‹ Rome ancienne et moderneChapitre 55 sur 428 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pas ordinaire, il rentra chez lui, se coucha, et mourut dans le délire en agitant les bras et encourageant les légions par des cris de guerre, le dix-septième jour .de son septième consulat.

Le grec Plularque, qui n'aimait pas les Romains et qui d'ailleurs, à l’exemple de la plupart des historiens de l’antiquité , se range toujours par système du côté de la naissance et de la richesse, a calomnié Marius. A l’en croire, cct homme d’airain qui par son incroyable fermeté domina tout, jusqu’à la mauvaise fortune, celui dont on seul regard fit reculer glacé d'effroi le Cimbre de Minturnes , aurait tremblé à ridée du retour de Sylla ; il lui avait tenu tète au forum Esquiiin avec une poignée d’hommes, et quand il en comptait plus de cent mille derrière ses faisceaux il aurait craint son ancien questeur, lui qui ne craignit jamais rien. Une telle supposition, détruite d'ailleurs par Appien, annaliste autrement sérieux que Plutarque, est une injure à la vérité et à la grande mémoire de Marius. Ajoutons que le paysan d’Arpinum est peut-être le seul qui en égorgeant les hommes ait mérité la reconnaissance de l'humanité. Supposez en effet qu'il n'eùt pas été là pour arrêter avec ses bras d'Hercule cette masse sauvage de Teutons, d' Ambrons et de Kymris qui se précipitaient sur Rome, tout ce qu'il y avait alors de lumières et de progrès dans la civilisation latine périssait étouffé sous les pieds des Barbares. Le déluge des invasions arrivait cinq cents ans plus tôt, et ses ravages étaient bien plus terribles et plus irréparables, car la barbarie n'avait pas encore émoussé sa rudesse primitive au contact de l'empire, et cette étoile lumineuse qui la guida cinq cents ans plus tard ne brillait pas encore sur l’étable de Bethléem. Otez donc les quelques gouttes de sang que la fureur des guerres civiles fit jaillir sur la robe triomphale de Marius, et la statue de ce géant de Rome antique s'élèvera dans le passé aussi majestueuse et aussi haute que les grands murs du Colisée dans l'ombre.

Sul k quitte l'Asie. — Dès qu'il fut mort, pour bien montrer qu'à son exemple ils s'appuieraient exclusivement sur le peuple, ses successeurs firent rendro contre les usuriers une loi qui portait que tout débiteur pourrait solder son créancier en lui payant seulement le quart de la somme due. Ils demandèrent ensuite au sénat un autre décret contre Sylla, que les pères conscrits allaient docilement proscrire une seconde fois, quand ils reçurent un message qui refroidit cet enthousiasme d’obéissance. Ce message était de Sylla. a Vous savez, disait-il au sénat, ce que j'ai fait en Afrique étant encore simple questeur : vous n’avez sans doute pas oublié mes services lors de ma légation auprès de Kymris, durant ma préture en Cilicie, dans le cours de la guerre sociale et pendant mon consulat. Dans l'espace de moins de trois ans j'ai battu Mithridate; j'ai fait mordre la poussière à cent soixante mille hommes; j’ai réuni à l’empire romain la Grèce, la Macédoine, l'Ionie, l'Asie et d'autres régions sur lesquelles pesait le glaive du roi de Pont. Mon camp a servi de refuge aux bannis qui fuyaient la tyrannie de Cinna, mes bienfaits ont allégé leur infortune ; et pour reconnaître tout cela vous m’avez proscrit, mes ennemis ont rasé ma maison, massacré mes amis et poursuivi les miens avec une telle rage , qu’à peine si ma

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