MARIUS ET SYLLA
femme cl mes enfants ont pu chercher leur salut auprès (le moi. Dos attentats semblables ne peuvent rester impunis. J'arrive donc pour venger sur ceux qui osèrent les commettre, le deuil des citoyens et celui de la République. »
La terreur plana sur le sénat après la lecture de ce message. Placés entre les lieutenants de Marius et de Sylla, comme entre le marteau et l'enclume, les membres de ce corps décimé et dégénéré essayèrent d’une intervention timide entre les deux partis : des députés allèrent implorer Sylla, et les Mariens furent invités il suspendre leurs armements. Personne ne daignant s’arrêter aux instances du sénat, Carbon, investi de toute l'autorité consulaire par la mort de Cinna, que ses propres légions venaient d’égorger, s'associa les fils de Marius, et, levant des soldats de tous côtés, s'occupa promptement de fermer l’Italie à Sylla. Pour celui-ci, en apprenant le meurtre du consul , il s'était embarqué , et les Mariens le croyaient encore en Asie qu’il touchait à Blindes avec quarante mille hommes. Alors la guerre civile , sans trêve et sans pitié, se ralluma aux portes de Borne. (Jualre de ces prodiges qui glaçaient le sang des Humains l’avaient déjà présagée : une mule était devenue féconde ; une femme, au dire des augures, était accouchée d’un serpent; des temples s'ôtaient écroulés à la suite d'un violent tremblement de terre, et un incendie, allumé par des mains inconnues, avait dévoré le Capitole bâti depuis quatre cents ans. Nul ne fut donc surpris de voir les torrents de sang que cette guerre impie fit couler pendant les trois années qu’elle dura. Il u’y eut qu’un homme de bon sens, nommé Furtidius , qui , entendant raconter que Sylla avait tué six mille Humains à Canousc, vingt mille sur le Liris, trois mille à Spolète, dix mille à Faventia, et deux fois autant à Clusium , s'écria a qu’on ne ferait pourtant pas mal de laisser vivre un citoyen afin d'avoir quelqu'un sur qui régner. »
Il bbxtbb dams Bomb. — Après ces tristes victoires, dont chacune avait déchiré le sein de la patrie, Sylla rentra dans Rome précédé de la tête du jeune Marius, et laissant trente mille nouveaux citoyens étendus morts à la porte Colline. Huit mille prisonniers suivaient son cortège. Il les jeta dans le cirque , et se rendit au sénat, assemblé à côté, dans le temple de Bellone. Là, son discours fut bref et clair:
«J’ai vaincu, dit-il durement; ceux qui m’ont contraint à prendre les armes contre ma patrie paieront de leur sang le sang que je viens de répandre ! »
A ces mots , des cris, des gémissements , des lamentations déchirantes éclatent à deux pas du temple et troublent le sénat ; c’étaient les huit mille Samnites qu’on égorgeait dans le cirque. Aux hurlements désespérés de ces malheureux , les sénateurs se regardèrent en frémissant ; mais Sylla, continuant d'un air calme et froid : o Écoutez , dit-il , pères conscrits, le discours que je vous adresse, et ne vous occupez pas de ce qui se passe ailleurs : ce sont quelques rebelles seulement que je fais châtier ! a Continuant ensuite sa harangue devant ces hommes pâles d'anxiété et d’effroi , il finit par ces mots qui les frappa tous comme un coup de tonnerre : « Sachez que je n’épargnerai pas un seul de ceux qui ont marché contre moi : préteurs, questeurs, tribuns, centurions ou autres, ils périront tous! »
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