CHAPITRE VI
Noi veli.es PBOscniPTiojts. — Joignant à l'instant l’effet il la menace , il lit afficher une grandp taille de proscription portant les noms de quarante sénateurs et de seize cents chevaliers. Une note assurait une récompense de deux talents à ceux qui égorgeraient les proscrits ou qui révéleraient leurs asiles, et menaçait de mort quiconque les aurait aidés à se dérober à sa vengeance. Le lendemain quatre-vingts sénateurs, et le jour suivant deux ccnt vingt autres, vinrent grossir la liste fatale. I.a plupart de ces derniers . pris il l'improviste, furent immolés sur-le-champ où on les trouva, dans leurs maisons, dans Ips rues, dans les temples. Les têtes des uns furent portées en triomphe h Sylla au bout des piques et jetées & ses pieds. Les assassins traînaient avec les crocs des gémonies les cadavres des autres et les couvraient d'outrages sans que dans le nombre de ceux dont les yeux avaient à subir ces spectacles épouvantables, il se trouvât un seul homme qui osât murmurer un mot, tant la terreur était profonde !
Personne ne fut épargné dans le parti opposé à Sylla; ceux qui échappaient à la mort étaient bannis; la confiscation dépouillait les autres. D'infâmes perquisitetirs couraient de maison en maison , avides de gagner ce salaire, de l'homicide promis à l'esclave qui égorgeait son maître , au fils qui égorgeait son père ! Il n’y avait ni temple des dieux, ni foyer domestique consacré par les lares, qui mit à couvert du fer de l'assassin. Tout élait souillé de sang. On tuait les maris sur le sein de leurs femmes, les enfants dans les bras de leurs mères. L'amitié , l'hospitalité donnée ou reçue , l'emprunt on le prêt d’argent, devinrent des motifs de proscription. Il suffit même quelquefois d’avoir été à son insu le compagnon de voyage d'un proscrit. Quant aux riches, ils étaient tous condamnés d'avance, comme ce propriétaire de la belle maison d'Albe, par leurs palais, leurs fermes et leurs jardins; car un des côtés les plus odieux de cette orgie prétorienne, c'était la confiscation des biens , que Sylla volait aux parents des victimes en les déclarant infâmes pour les dépouiller innocents.
Commets cemekts de Catilika . — Montrer l'appât de ce butin aux soldats qui ne distinguaient plus, quand il s’agissait du pillage, leurs concitoyens de l’ennemi, comme ils l'avaient déjà montré sur la voie Sacrée, c’était en faire autant de bourreaux : ils répondirent à l'espérance de Sylla. Mais un sénateur les devança tous dans la voie sanguinaire. Catilina, qui débutait alors dans le crime, venait de tuer son frère : pour effacer les traces du meurtre , il pria Sylla de mettre le mort sur les tables de proscription. Cette faveur lui ayant été gracieusement accordée, il s'empressa d'en témoigner à l'instant même sa reconnaissance. Il restait encore un parent du grand Marins, compté des premiers parmi les gens de bien et très-aimé du peuple. Catilina courut le prendre chez lui , le fit battre de verges dans toutes les rues de Home, puis le menant au delà du Tibre, ordonna à ses esclaves de lui briser les os , de lui couper les mains et les oreilles, de lui arracher la langue ; et quand ce tronc humain horriblement mutilé fut insensible à la dotdeur, il lui trancha la tête et vint la poser sur la tribune où Sylla haranguait le peuple. Peu-