SPARTACUS
aujourd'hui, si nos esclaves brisaient leurs fers, pourrions - nous leur résister?...» Huit fois la réponse à cette question avait été affirmative : mais les huit victoires même des maîtres révélaient la gravité du péril et la force des esclaves. Au moment où l'on y pensait le moins, un autre libérateur se leva aussi intrépide que le Syrien et plus terrible qu'Alhénion et Salvius.
Spartaccs. — Capoue était célèbre alors par les écoles d'escrimo où l’on exerçait les gladiateurs : dans celle de Lentulus Uatiatus, l'un des maîtres les plus habiles, il y avait un Thrace, autour duquel ces infortunés destinés à mourir pour les plaisirs des Romains se groupaient avec d’ardentes sympathies et un respect mystérieux. Tous, en effet, le croyaient appelé à de hautes destinées, malgré scs chaînes, et ils sc racontaient tout bas le prodige suivant : la veille du jour où il devait être vendu à Rome, pendant qu’il dormait sur la terre nue, un serpent était venu se rouler tranquillement autour de son front; il la vue de cet effrayant diadème, l'esclave couchée à ses côtés , qui avait été initiée aux bacchanales et lisait dans l’avenir, l’éveilla en lui disant : « Spartacus, les dieux t'annoncent que tu seras un jour élevé il un grand pouvoir qui doit commencer humblement et finir avec gloire, a
Tous les esclaves de Capoue connaissaient le prodige et la prophétie : Spartacus n’eut donc besoin que de rappeler il ceux de Lentulus le serpent symbolique, pour leur faire briser les fers du bourreau qui vendait leur sang. Aimant mieux mourir dans la campagne , en combattant pour leur liberté, que pour l'amusement de Home dans le cirque, soixante-dix-huit de ces sacrifiés se jetèrent à sa voix sur leurs gardiens , et s'ouvrant un passage les armes à la main , ils s’échappèrent. Spartacus les mena droit au Vésuve. Là , ayant été rejoint par des esclaves fugitifs et un grand nombre d'hommes libres que la misère avait chassés de Rome , il organisa rapidement sa troupe et choisit deux gladiateurs pour lieutenants , Crixus et CKnomaüs. Comme il divisait sa troupe en cohortes, car ayant été incorporé dans une légion , la tactique militaire des Romains lui était connue , l'esclave initiée aux mystères de Bacchus qui l'avait suivi aperçut du haut des rochers où elle faisait sentinelle quelques milices envoyées par les décurions de Capoue pour reprendre les gladiateurs ; courant aussitôt avertir ces derniers, elle leur promet la victoire, qui en effet ne fut pas douteuse un instant. Rompus au premier choc, les présentais cnpuans s'enfuirent en jetant leurs armes contre lesquelles Spartacus et ses compagnons purent échanger celles du cirque , dont ils avaient horreur.
Tel fut le premier combat de Spartacus. A ce nouveau réveil de. l’esclavage , Rome tressaillit. Ces milliers de déshérités qui passaient leur vie dans un travail sans trêve ni relèche , pour qu’elle fût oisive ; leurs jours dans la douleur, pour qu’elle eût des plaisirs; leurs nuits dans les larmes, pour que les siennes fussent plus douces et plus voluptueuses, et qui n’avaient pour récompense que leurs fers et un morceau de pain trempé dans le vinaigre , image de leur existence amère , lui firent pour. Claudius Pulchcr , le préteur, arma il la hftte trois mille légionnaires , et parut quelques jours après au pied du Vésuve. Le camp de Spartacus était jeté