JULES CÉSAR
besoin pour fuir; si nous sommes vainqueurs, l'ennemi m’en fournira un aussi beau et'aussi rapide. » A ces paroles, donnant le signal , il fondit sur les légions. Le combat fut long et acharné , car les esclaves se battaient en désespérés. Sparlacus , cherchant le consul , s’était frayé à travers les liastats un chemin jonché d’armes et de cadavres; deux centurions qui l'attaquaient à la fois avaient reçu la mort de sa main. Atteint enfin d'un coup de flèche à la cuisse, il tomba sur son genou , et, se couvrant île son bouclier, lutta jusqu’à ce que tous ceux qui l’assaillaient et ceux qui s’efforçaient de le défendre, s'égorgeant mutuellement, eussent formé autour de lui un cercle de morts.
On no retrouva pas le corps de Spartacus, soit que dans le tumulte du combat l’initiée aux mystères de llacchus l’eût fait enlever par ses fidèles, soit que les fugitifs l’eussent emporté dans les montagnes. Il avait disparu, mais quarante mille cadavres, entassés sur ce champ de carnage, pouvaient rassurer les Romains. De toute cette armée si formidable naguère, il ne restait que six mille fuyards que Pompée surprit en Lucanie et extermina jusqu’au dernier, et autant de captifs qui furent mis en croix le long de la voie Appiu.
Délivrés de cette terreur, les partis, qui s’étaient arrêtés pendant la guerre servile, se remirent en marche après la mort de Spartacus. A cette époque, c'est-à-dire soixante-dix ans avant notre ère, on en comptait quatre bien tranchés à Rome : celui de Pompée, qui se composait particulièrement des légions dont presque toutes avaient servi sous ses ordres; celui de César, comprenant la masse du peuple habitant la ville, les nouveaux citoyens et les vétérans de Marius; celui de Crassus, formé de l’immcn3e clientèle groupée autour de son coffrc-fort et de l’aristocratie oliérée; et celui du sénat, qui ralliait sur le terrain du pouvoir et de l’intérêt commun les grandes familles patriciennes et les opulents chevaliers. Avec de pareils éléments de discorde, la paix n'était pas possible. L’amour-propre commença par mettre aux prises Pompée et Crassus. Ce dernier se plaignit avec raison que pour avoir battu quelques fuyards, Pompée voulût s’attribuer l’honneur de la guerre servile; Pompée à son tour, dans son immense et naïve vanité, s’étonnait qu’un autre eût même l’idée d’avoir vaincu sans lui. Nommés tous deux consuls, ils s’efforcèrent à l’envi de gagner la faveur du peuple en lui prodiguant les adulations. Pompée rendit aux chevaliers et aux tribuns tous les droits dont Sylla les avait dépouillés; Crassus, de son côté, faisant taire son avarice et devenant prodigue par ambition , donna de superbes festins à la plèbe affamée ; dix mille tables furent dressées dans Rome pour rassasier les citoyens, et des milliers de boisseaux de blé distribués aux pauvres. Mais ces largesses n'eurent pas l'effet qu'il en attendait : il s’adressait à l'estomac du peuple, tandis que Pompée s'était adressé à son coeur; le peuple donna la préférence à son rival. Des majorités formidables l’investirent d ahord, malgré la vive opposition du sénat, d'un pouvoir dictatorial pour purger les côtes d’Italie des pirates qui les infestaient , puis lui remirent l'honneur de terminer la guerre contre Mithridute que Lucullus était sur le point d'accabler.