‹ Rome ancienne et moderneChapitre 64 sur 428 · KIH · texte numérisé non relu

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Jours f :sar. — Deux orateurs avaient surtout contribué, par leur éloquence, & ce dernier vole qui éloignait Pompée, et laissait le cliamp libre à leur ambition : l’un était Cicéron dont nous parlerons tout à l'heure, et l’autre Julius César. Ce fils de Vénus, comme on l'appelait quelquefois par allusion à son origine prétendue céleste, tout en affectant de s’occuper plus sérieusement de sa toge aux plis ondoyants, de ses cheveux parfumés et de ses armures, que des affaires publiques, les suivait déjà de l'œil du génie. Comme l’aigle qui , en se jouant dans les airs , ne perd pas un instant le soleil de vue, au milieu de sa vie folle et insoucieuse en apparence, César avait constamment l'œil fixé sur son but, le pouvoir suprême. Le front ceint de la couronne de roses des festins, il rêvait un autre diadème; et quand ses amis récitaient des vers, il ne se souvenait, lui, que de ce passage d'Euripide qui exprimait sa pensée secrète : o S’il faut briser les lois, que ce soit pour l'empire ! » En le voyant dompter un cheval fougueux au Champ-dc-Mars, lancer le javelot, traverser le Tibre à la nage avec l’adresse et la vigueur du plus rude légionnaire, malgré une apparente faiblesse de constitution ; en l'entendant tonner dans la curie, ou faire éclater sa voix impérieuse nu Forum , les vieux sénateurs tressaillaient sur leurs chaires, et pensaient aux Gracques et au prescripteur d'Arpinum. Mais lorsqu’ils le surprenaient drapant avec la plus grande attention les plis de sa toge, ou en relevant un coin devant son visage pour cacher les sourires de sa bouche féminine à la lecture d’un message d’amour, ou se grattant la tête du bout de l'ongle de peur de déranger sa coiffure et de montrer sa calvitie naissante, ils se rassuraient cl disaient comme Cicéron : a Ce sybarite ne songe pas à bouleverser la république ! »

S'ils l'avaient observé avec plus de soin, ils auraient changé d'avis : la marche politique de César pendant dix ans, de 73 b 63, fut pleine d’audace, d’activité et d'habileté. Jamais, b Rome, on n'avait conçu de plan plus admirable; à la vérité, il fallait autant d’adresse et de patience pour le suivre que d’énergie pour le concevoir. César ne s'en écarta pas d’une ligne. Tout à coup on le voit paraître aux obsèques de Julia, sa tante, portant dans ses bras l'image de Marius. A l'enthousiasme frénétique soulevé dans les masses par la seule vue de cette image, qu’on ne pouvait exposer en public sous peine de mort, il comprit quelle influence il allait désormais, lui, neveu du grand homme, exercer sur le peuple, et il marcha télé levée. Un matin, Rome entière se précipite vers le Capitole : les trophées de Marius, monuments immortels de ses victoires sur les Kymris et les Teutons, avaient été replacés, éblouissants d’or, en ce même lieu d’où les avait arrachés un sénatusconsulte dicté par Sylla. Une foule immense les baignait de ses larmes; sa joie était de l'ivresse, l’étonnement du sénat de la fureur. On demandait le nom du téméraire : a C’est moi» , dit César au sénat. Et, devant ce mot et les acclamations unanimes du peuple, les patriciens gardèrent le silence.

Il n'était qu'édile curule quand il fit cela ; élu président du tribunal des enquêtes, il osa davantage. C'est la mémoire de Sylla lui-même qu'il attaque, bravant son parti tout entier encore maître du pouvoir. On se souvient de ce centurion qui, sur

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