CICÉRON
lin signe du dictateur, était allé trancher la tête à Lueretius Offella sollicitant les suffrages au Forum : César le cita à son tribunal et le condamna comme homicide, malgré l'impunité que lui assuraient les décrets de Sylla. Par cette énergie et la libéralité qu’il déployait en toute occasion , donnant des deux mains aux citoyens pauvres, et réparant & ses frais les voies et les édifices publics , il avait conquis tout le parti démocratique si dévoué jadis il Marins.
Marcis Tourna Cicérox. — Un seul homme partageait avec lui la popularité. Simple chevalier romain , Marcus Tullius Cicéron s'était élevé par son talent de parole aux premières dignités de la République. Le premier au barreau, il plaisait à la foule par une intarissable loquacité qu’au Forum il savait égayer de traits mordants et revêtir d’une forme triviale ; il plaisait an sénat par la pompe et la solennité de son éloquence dans la Curie. Mais, manquant de naissance et n’ayant qu’à demi l’espoir de se faire adopter par l’oligarchie hautaine dti Capitole, il se rapprochait tous les jours davantage du peuple, qui l'accueillait à bras ouverts. Les habiles du sénat comprirent ses hésitations : pour conserver le pouvoir que leur avait rendu Sylla , il leur fallait un chef agréable au peuple, et capable d’opposer au besoin la toge à l’épée. Cicéron leur parut être l’homme qu'ils cherchaient, et ils lui firent des avances que l'avocat romain accepta avec cet empressement que mettent les hommes du barreau il se jeter du côté où se trouvent le lucre et les honneurs.
Il kst xohké corsbl. — Cet arrangement était conclu lorsque , en 03 , Cicéron brigua le consulat. Porté par le peuple, qui le croyait l’ennemi des nobles , et par les nobles, sûrs désormais de son dévouement, il obtint une immense majorité. Mais son succès fut une révélation pour César : il devina la transaction que tous ignoraient encore, et, pour écarter ce rival du Forum, il le força, par une manœuvre des plus adroites, à jeter lui-même son masque. A l’exemple de Marius, qui s’était toujours caché derrière un tribun pour faire la guerre légale , il fit proposer par Servilius Rullus une nouvelle loi agraire. Le piège était bien tendu, et Cicéron ne pouvait s'empêcher d’y tomber. Lié par ses engagements avec le sénat, il fallait nécessairement qu'il combattit la loi; il la repoussa si chaleureusement, que le peuple, en comparant son discours aristocratique aux menaces qu'il adressait h l’aristocratie dans l’oraison contre Verrès, n’eut aucune peine à comprendre sa volte-face. Mais voulant que ce rôle d’avocat dévoué du sénat fût bien nettement dessiné, et tournant en même temps la colère inspirée au peuple par cette défection , César lit mettre en jugement , par un autre tribun de ses amis, le vieux sénateur Rahirius qu'on accusait d’avoir trempé, trente-sept ans auparavant, dans le meurtre de Sat irninus et de t'daucia. Comme il s’agissait d’humilier le sénat en vengeant l’attentat commis sur des magistrats pléléiens, le peuple, qu’enflammait encore une image de Salurninus placée sur la tribune aux harangues, seconda cette poursuite avec passion. Cicéron eut beau déployer ses phrases les plus ondoyantes, cadencer les périodes les plus arrondies, aligner selon les préceptes de l’école