CHAPITRE VII
d'Athènes les mots los plus sonores, la plèbe déguenillée de Rome et les rustiques citoyens de la campagne secouèrent la tète avec dédain. Il fallut que les sénateurs, descendus du haut de leur orgueil, vinssent solliciter humblement ceux qu'ils n’auraient pas daigné regarder la veille , et qu'ils touchassent en suppliants les mains calleuses de ces hommes auxquels les jeunes patriciens demandaient quelquefois, dans les comices, s’ils ne marchaient pas à quatre pattes... Harangues et supplications auraient été vaincs toutefois, si un prêteur n'eût dissous brusquement les comices en enlevant le drapeau blanc du Janicule, dont la disparition mettait fin à toute assemblée.
.Mais en démasquant Cicéron et en humiliant le sénat, César était resté rnaitre au Forum. Son élévation à la dignité de grand pontife et, bientôt après, à la preturc, prouva sa force. Ces deux degrés franchis, la voie qui menait à l'empire allait s’élargissant devant lui, et il pouvait y devancer Pompée lorsqu'il y fut devancé lui-méme par un nouveau concurrent.
Lrcius Catiuna. — Il y avait alors & Rome un patricien dont le visage d'une pâleur cadavéreuse, les yeux injectés de sang, le regard fixe et dur, les gestes saccadés et la démarche brusque et incertaine frappaient d’une sorte d'effroi : c'était ce fratricide qui, après avoir torturé au delà du Tibre le parent de Marius, était venu laver ses mains sanglantes dans l’eau lustrale du temple d'Apollon. Dix-neuf ans s’étaient écoulés depuis ce crime, et Catilina en avait alors quarante. S'il faut en croire Sallustc, Lucius Catilina était aussi vigoureux d'esprit que de corps, mais sa nature vicieuse inclinait au mal. Les discordes, les pillages, les agitations et les meurtres de la guerre civile avaient été les amusements de sa jeunesse; les révolutions furent les rêves de son âge mûr : seulement sa fière intelligence les faisait grands et lieaux. 11 voulait écraser cette détestable oligarchie sénatoriale gorgée d'or, gangrenée de vices, effrayante de corruption et d'égoïsme. « Plus je réfléchis, disait-il à scs amis, plus mou esprit s’enflamme de colère en songeant à l'avenir qui nous attend si nous ne savons pas reconquérir la liberté. Depuis que la République est devenue le patrimoine du petit nombre, quelques hommes oppriment le peuple et les nations, marchant insolemment sur nos têtes comme des rois et des telrarqucs; et tandis que nous, plébéiens ou nobles, bons citoyens ou bons soldats, ne sommes qu'un vil rebut méprisé, repoussé, foulé aux pieds par ceux qui trembleraient à notre aspect si la liberté vivait encore I... Ils ont tout accaparé : le pouvoir, les faveurs, les honneurs, les richesses , et ne nous ont laissé que les périls, les affronts, les condamnations et la misère ! s
Tels étaient les motifs de Catilina quand il entreprit, pour renverser l’oligarchie, d'emporter d’assaut ce pouvoir suprême convoité par Crassus et Pompée , et vers lequel César plus habile se frayait pas à pas une voie souterraine. Comme il était le plus faible des ennemis du sénat, et qu’il le regardait comme son ennemi personnel depuis qu’il lui avait disputé le consulat , c'est lui qu'attaqua Cicéron. N'écoutons pas d'autre témoin que lui-même , et nous achèverons de voir & quoi se rédui-