‹ Rome ancienne et moderneChapitre 67 sur 428 · CATILINA. IM · texte numérisé non relu

CATILINA. IM

sait on réalité cette conjuration si formidable dans ses terreurs oratoires, et ce danger si terrible dans ses discours.

« I.e groupe de factieux assemblés par Catilina se compose, disait Cicéron au Forum, de ceux qui doivent lieaucoup mais qui possèdent bien davantage; seulement ils aiment tant leurs biens, qu'ils ne consentiraient pas, pour se libérer, à se séparer d’un arpent. Il y en a d'autres qui, bien qu'attachés au joug de l’usure, veulent arriver au pouvoir; mais comme iis désespèrent de monter aux honneurs dans un temps calme, croyant qu’ds auront plus de chances si la République était troublée, ils désirent un orage. La troisième classe des conspirateurs est formée d'hommes déjà vieux, mais endurcis par le travail, comme ce Mallius, par exemple , qui se donne à Catilina. Ce sont ces vétérans que Sylla a établis dans les colonies de Fésule, grands et courageux citoyens, je l’avoue, mais qui ont dépensé leurs sesterces trop magnifiquement, bâtissant comme les heureux de Rome ; ils voulaient avoir des terres, des palais , des esclaves , et se délecter dans des festins. Aussi qu’cst-il arrivé? qu'ils se sont si bien endettés, que, pour s'affranchir maintenant, ils auraient besoin de tirer Sylla des enfers. A ces vieillards déjà infirmes se sont joints quelques paysans misérables et méprisables, qu’allèche l’espoir des anciennes rapines. Vient ensuite un mélange confus, bourbeux et grouillant d’hommes écrasés par le luxe, la paresse ou la débauche, et qui n'ont d'autre asile contre leurs créanciers et la justice que le camp de Mallius. Vil ramas d'insolvables que je ne prends pas pour des soldats !

o Je mets au cinquième rang les parricides, les assassins, les scélérats de profession , et au dernier, ces beaux jeunes gens élevés par Catilina, et qui ne le quiltent jamais; ce sont eux que vous voyez si bien peignés, avec des robes flottantes, mais qui ne sont pas capables d’autre travail que de passer les nuits à table. Dans ce troupeau vont se jeter avec délices tous les joueurs, tous les adultères et tous les impudiques de Rome. C'est le séminaire ( seminarium ) de Catilina! Chers enfants que nous allons perdre, et dont le malheur m’afflige en vérité!... Car comment feront-ils pour supporter les neiges et les brouillards de l’Apennin?... L’hiver est dur au pied des montagnes , et il ne suflit pas , pour braver le froid , de s’y être habitués en dansant nus dans les festins ! — Oh ! la redoutable guerre que celle où le général aura pour cohorte prétorienne tout ce troupeau d'efféminés !

« Voyons maintenant , Romains, ce que nous pouvons opposer à cette terrible armée de Catilina. Nous avons d'abord nos troupes et nos légions , nos généraux et nos consulaires, qui peuvent bien lutter contre Mallius, ce gladiateur cassé et estropié de Sylla. Nous avons , pour tenir tête à cette bande demi-nue et demimorte d’hommes perdus, la fleur et la force de l'Italie; nous occupons les villes, les colonies, les municipes, et il ne leur reste pour citadelles que les monticules des bois. Mais sans compter les ressources immenses dont nous disposons, et qui manquent au parti de ce larron avec lequel je ne veux pas vous laisser même un instant en parallèle, a-t-il le sénat, les chevaliers, le peuple, la ville, le trésor, les revenus

CIIAPITIIH VII.

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de l'empire, toute l'Italie, toutes les provinces et toutes les nations alliées?... » Non , Catilina ne les avait point , et c'est ce qui affaiblit singulièrement ce danger que Cicéron, inconséquent par nature et par profession , présentait à la tin de son discours comme le plus grand qui fut jamais. Général en robe , comme il s'appelait lui-méme avec un épanouissement d'orgueil si naïf, il voulait une campagne où l'on pût triompher avec éclat sans le moindre péril , et il rnlla outre mesure la conjuration de Catilina. Sans preuves réelles , sur le simple témoignage d'une femme perdue , le 6 des ides de novembre , Cicéron convoque le sénat dans le temple de Jupiter Stator, et là , quand il a rempli la ville de légionnaires, et que les armes d'une foule de chevaliers brillent autour de la Curie, il apostrophe Catilina, l'irrite, et le pousse à bout par ces paroles célèbres :

i Pars! les portes de Rome te sont ouvertes, sors-en vite ! Purge la ville de ta présence ! Je me sentirai délivré d'un lourd fardeau en voyant les murs entre nous. Tu ne peux rester ici plus longtemps, je ne le veux pas, je ne l'entends pas, je ne le souffrirai pas!... Pars donc, te dis-je, va-t'en! Le silence du sénat ne te dit-il pas que si tu attends qu'on prononce le mot d’exil, il sera prononcé?... Tu vois tous ces chevaliers et ces braves et honnêtes citoyens en armes qui environnent la Curie; tu es témoin de leur affluence et de leur zèle ; tu as entendu tout à l'heure leurs clameurs menaçantes; c’est à peine si je peux retenir leurs bras et leurs poignards. Et cependant, si tu consens à partir, je me fais fort d'obtenir d’eux qu'ils t'accompagnent jusqu’aux portes. Sors donc, je te le répète : que les pervers se séparent des bons; qu'ils mettent, comme je l’ai souvent dit, les murs de Rome entre eux et nous ; qu'ils cessent de tendre des pièges au consul jusque dans sa maison, d'entourer le tribunal du préteur , de venir avec des glaives au sénat , de préparer des torches pour incendier nos maisons; qu'on lise enfin sur le front de tout citoyen les sentiments qu’il a pour la patrie. Pars sous ces auspices , Catilina ; va nous faire une guerre sacrilège qui soit le salut de la République, ta perte et celle de tous ceux que t'associent les crimes et le parricide. »

Sous l’aiguillon de ces insultantes personnalités, Catilina avait bondi plusieurs fois de fureur, plusieurs fois il avait interrompu le consul pour nier ses accusations, repousser ses calomnies, en appeler au sénat et demander des juges. Aussi , quand Cicéron eut cessé de parler, Catilina se leva et prit la parole; mais son émotion était si grande, qu'à peine il put articuler d'abord ces mots d'une voix tremblante et saccadée :

«Je vous en conjure, pères conscrits, réfléchissez ! réfléchissez avant de prêter l’oreille à ces mensonges téméraires. Songez que je suis un Sergius ; que mes aïeux ont noblement servi la République; et c'est leur descendant qui voudrait la perdre aujourd'hui et la laisser sauver par Cicéron, un inconnu! un Sahiul un intrus qui n'a pas même de maison à Rome! un lâche qui... a Interrompu à cet outrage par les amis de Cicéron , dont les plus ardents lui criaient : Méchant ! rebelle ! parricide ! Catilina se redressa, et magnifique d’indignation et de colère, il sortit rie la Curie

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