‹ Rome ancienne et moderneChapitre 68 sur 428 · CATILINA · texte numérisé non relu

CATILINA

en jetant à ses ennemis ce défi menaçant : «Vous voulez mettre le feu à ma maison ; eh bien ! soit ! je l’étoufferai sous les ruines de vos palais ! »

Catilina va rejoindre Mallius. — Le soir, il était sur la voie Flaminia et se dirigeait vers le camp de Mallius, établi à Fésule. Le vétéran de Sylla ne l’avait pas attendu pour lancer son manifeste. Cette pièce, rédigée en termes assez modérés , était ainsi conçue :

« Nous prenons à témoin les dieux et les hommes, qu’en recommençant la guerre, notre pensée n’est pas de combattre contre la République , mais de défendre seulement noire liberté personnelle. La barbarie des usuriers et l’odieuse tolérance du préteur à leur égard, en nous réduisant tous à la misère et au désespoir, nous a réduits è cette extrémité. Vos pères , ô patriciens , qui avaient au moins pitié du pauvre peuple , vinrent souvent en aide par leurs décrets aux débiteurs insolvables : de nos jours, avec l’assentiment des gens de bien, les dettes ont été ramenées au quart , de telle sorte qu'avec une pièce d'airain on a pu payer une pièce d'argent. Nous n’en demandons pas davantage. Pour acquérir le droit de participer au gouvernement ou pour abaisser l'orgueil de ses maîtres, le peuple armé s'est quelquefois séparé des grands : bien loin d'imiter cet exemple , nous n'ambitionnons , nous , ni l’autorité , ni les richesses , ces grandes causes des discordes humaines ; la seule chose que nous voulons, c’est la liberté à laquelle des gens de cœur ne renoncent qu'avec la vie. Nous supplions donc le sénat et les consuls, de prendre en pitié la misère de tant do citoyens. Rendez-nous, pères et magistrats du peuple , ce bouclier de la loi , que nous arrache le préteur, et ne nous imposez pas par un refus cette nécessité cruelle de marcher à la mort, en nous disant qu'il ne nous reste plus qu'à la faire payer le plus cher possible à nos concitoyens. »

Cet appel venait d'étre adressé au séuat par Marcius, le chef des légions de l’Étrurie, lorsqu'un de ses membres nommé Catulus, ayant reçu une lettre de Catilina, se hâta de la communiquer à ses collègues : le ton de cette lettre ne contrastait pas moins, par sa modération, que le manifeste de Mallius avec les sanglants projets que prêtait Cicéron à celui qui l’avait écrite :

« La foi rare et fidèle, disait Catilina à son ami, que tu m’as toujours gardée et qui m'est si douce , me répond que tu ne m'abandonneras pas dans cette grande calamité. Je ne dis rien pour justifier le parti que je viens de prendre : ma conscience est en paix sur ce point; mais je veux te faire juge de la légitimité de mes motifs. Abreuvé d'injustices , poussé à bout par les outrages de mes ennemis , privé de la récompense due à mes services et des honneurs où m'appelait mon rang , j’ai pris en main, selon ma coutume, la cause des malheureux , qui cette fois était la mienne. Non que je ne puisse et largement payer toutes mes dettes et faire pour moi ce que, grâce à la liltéralité d'Aurclia Orestilla et de sa fille, j’ai fait pour les autres , mais parce que je ne puis me voir de sang-froid écarter des honneurs qui sont prodigués à des hommes indignes. Dans cette extrémité , j'ai pris la seule voie qui me restait pour sauvegarder ma dignité. J'aurais voulu t'ecrire plus au long .

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omis j'apprends qu'on prépare contre moi les dernières violences. Je te recommande Orestilla et la confie à ta foi ; protége-la , je t’en supplie par la télé de tes enfants. Adieu !... »

La lettre de Catilina, si différente par son style de l’apostrophe de Cicéron, ne produisit aucun effet sur l'esprit prévenu de la majorité du sénat : son consul pacifique effaça vite la bonne impression qu’elle aurait pu faire en ajoutant une nouvelle scène à l’intrigue si laborieusement enfantée de sa conjuration. Quelques jours après le départ de Catilina , il réunit de nouveau les pères conscrits dans le fameux temple de la Concorde , bâti par Opimius dont les lauriers l’empêchaient de dormir, et leur présenta les complices du fugitif, Lentulus, Gabinius , Statilius et Céthégus : des députés allobroges, témoins suspects , car ils avaient le plus grand intérêt en ce moment â gagner les bonnes grâces du consul , accusèrent ces quatre patriciens d’avoir voulu les entraîner dans leurs complots , et sur le témoignage de ces Barbares et la lecture de quelques missives conçues en termes assez vagues, Cicéron , qui disait la veille, en plein Forum, a il n’y aura pas une seule goutte de sang versé b, demanda les têtes des quatre accusés présents, et de cinq contumaces. Toutefois , on ne vota pas ce jour-là ; mais le lendemain des nones de décembre , la délibération s’ouvrit sur la proposition du consul. Cicéron , qui présidait le sénat, ayant demandé , selon la coutume, au premier inscrit sur l'album, quel était son avis, ce sénateur opina pour la dernière peine , et sa réponse fut répétée successivement par quatorze sénateurs. César était le quinzième : dès que Cicéron lui eut adressé la formule consacrée : Parle, Julius César ! il se leva, et dans un discours admirable démontra si éloquemment l'injustice et l’inopportunité d'un arrêt de mort, que ceux mêmes qui l’avaient déjà prononcé revinrent sur leurs pas, et s’enveloppant dans le vague de la phrase, déclarèrent qu’ils n’avaient entendu appliquer que l’exil. Cicéron eut lieau déployer toutes les ruses de son éloquence , l’avis de César prévalait sans Caton.

Caton vote contre lui. — Arrière-petit-fils du censeur, Caton , surnommé depuis d’Ulique, marchait avec ostentation sur les pas de son bisaïeul. Vêtu de la plus vile pourpre, il dînait avec des figues pour condamner la table somptueuse de Lucullus, se promenait nu-pieds dans le Forum pour faire remarquer les brodequins rouges de César, et donnait de l’ail et des laitues au peuple pour se moquer des festins publics de Crassus. Sévère disciple d’ailleurs de la secte stoïcienne, il était le censeur-né et accepté de scs contemporains et de son siècle. Comme son opiniâtreté de caractère et son tempérament bilieux le poussaient à prendre toujours le contre-pied des autres, il se garda bien de laisser échapper cette occasion. César avait parlé pour la clémence, il parla, lui, avec acharnement pour la rigueur; et, ce que Cicéron n’eàt osé faire, il attaqua César lui-même. Plus d’une allusion transparente alla frapper sur son siège curule le chef du parli populaire et le présenta comme complice; mais, supérieur à tous ces hommes, César n’écoutait pas. Pendant la philippique de Caton, et au moment oii tous les yeux étaient fixés sur

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