‹ Rome ancienne et moderneChapitre 70 sur 428 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

des combats de gladiateurs et des spectacles donnés au peuple avec la magnificence d'un homme qui ne comptait plus ses créanciers et qui pouvait puiser jusqu'à huit cent trente talents (deux millions quatre cent quatre-vingt-dix mille francs) dans l'arche de Crassus , lui valurent le gouvernement pour cinq ans de la Gaule cisalpine et transalpine avec quatre légions.

César part pour la Gaule. — En partant pour venger sur les fils du Brenn le désastre de l'Allia et la rançon du Capitole, César resserra les noeuds du triumvirat et le fortifia par un double mariage : il donna sa fille à Pompée et épousa celle de Pison , qu’il fit nommer consul en même temps qu’il désignait pour le tribunal deux ennemis personnels de Cicéron, Vatinius et Clodius Pulcher. Sûr désormais que son influence ne perdrait rien pur son absence, il alla porter dans les Gaules, au bout de son épée, le gouvernement, les lois, les mœurs et la civilisation de Rome. Débarrassé de ce terrible ennemi, le sénat se crut sauvé, et Cicéron respira. Ils ne savaient pas qu’en partant, César avait enfermé un loup des Apennins dans le bercail de l’oligarchie. Clodius, surnommé Pulcher, parce que, selon la remarque sensée de Plutarque , il était plus Iteau qu’il ne convient à un homme , avait été surpris dans la maison de César essayant de profiter des mystères de la bonne déesse pour séduire sa femme. César, homme d’esprit et politique habile avant tout, refusa hautement de croire à l’attentat de Clodius et lui prêta même de l’argent pour acheter ses juges; puis il répudia Pompéia, en protestant qu’il la croyait innocente , mais que la femme de César ne devait pas même être soupçonnée. Par ce moyen , en même temps qu’il pouvait contracter un nouveau mariage utile à ses vues sans froisser la famille de Pompéia , il setait fait, de ce jeune homme ardent et sans frein, un partisan à toute épreuve. Bien moins adroit, Cicéron avait suivi la marche contraire. Soit pour satisfaire quelque rancune, soit par hypocrisie, affectant tout à coup un grand zèle pour ces pratiques religieuses dont il riait tout haut, il avait fait contre Clodius un plaidoyer accablant : aussi ce dernier, qui ne respirait que vengeance , n'eut pas plus tôt en main la puissance tribunitienne, qu'il se hâta de faire expier au consul en rolie ses exploits nocturnes du Tullianum.

Clodius tait exiler Cicérox. — «On interdira le feu et l'eau à quiconque aura violé les lois en ôtant la vie à un citoyen sans jugement. » Telle était la rogation qu'il vint lire au Forum. Cicéron, foudroyé, perdit tout sang-froid et toute dignité. Celui qui, depuis quatre ans, abusait de la patience du sénat et du peuple, en ressassant à tout propos et répétant sans cesse: Catilina! Catilina! Catilina! se laissa aller aux derniers degrés de la faiblesse quand on lui demanda compte de ce meurtre extra-judiciaire pour lequel il setait si fièrement comparé aux Scipions, à Paul Émile, à Marius et à Pompée lui-même. Vêtu de deuil, on le vit solliciter dans toutes les rues de Home, pleurant, gémissant, se lamentant, et tombant aux genoux du premier venu. Le spectacle d’une telle lâcheté fut odieux à ce peuple chez qui le courage était une seconde nature, et Marcus Tullius Cicéron, couvert de huées par les Quirites et bafoué insolemment par Clodius, qu’il avait la bassesse de fatiguer

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