POMPÉE, CÉSAR ET CRASSUS
de ses supplications, fut forcé, pour éviter pire, de se condamner à l’exil. Tandis qu’il portail aux rois el aux cités les lettres de recommandation du sénat , Clodius, achevant sa vengeance , faisait raser sa maison du Palatin et ses villas.
Cependant Pompée , dont l’orgueil nourrissait sans cesse l'ambition , couvait dans l’ombre l'espoir du pouvoir suprême. Tant que le tribun Clodius humilia Cicéron et débarrassa le triumvirat d’un surveillant incommode en éloignant Caton, sous prétexte de mission à remplir en Chypre et à Byzance, Pompée ne bougea pas; mais cette impassibilité disparut lorsque Clodius l’attaqua lui-même. Le jeune tribun s'enivrait de son double succès. Voyant le peuple s’émouvoir et marcher comme un seul homme à sa voix , il oublia qu’il n’était que l'instrument des triumvirs et les attaqua avec l’imprudence de son âge et la chaleur de son caractère. Un jour que Pompée assistait au procès d’un de scs clients , Clodius monte sur un lieu élevé d'où il pouvait être vu de tout le monde , et s'adressant à la foule turbulente et insolente d’amis qui l'entouraient : «Quel est, leur demanda-t-il en secouant sa robe, quel est le souverain le plus intempérant de cette ville? — a Pompée, répondirent en chœur ses amis. — a Quel est l'homme qui cherche un homme? » — a Pompée! » — « Quel est celui qui se gratte la tête du ltout du doigt? — « Pompée !... » Chaque fois que ces jeunes fous répétaient ce refrain et livraient aux risées du peuple un nom si vénéré naguère , le sénat applaudissait par vengeance , la foule par légèreté. Pompée, rentra chez lui , furieux contre Clodius , et bien résolu à châtier son insolence. Après y avoir rêvé avec ses amis , il ne trouva pas de moyen plus prompt et meilleur que le rappel de Cicéron.
Poupée paît rappeler Cicéron. — En conséquence , seize mois après son exil, Pompée, tenant par la main Quintus, parait au Champ-de-Mars et prie le peuple de lui accorder la grâce de son frère. Il y eut bien des coups donnés et quelques citoyens tués de part et d’autre , mais enfin Pompée l’emporta sur Clodius. Rappelé par un plébiscite, Cicéron trouva toute l’oligarchie aux portes de Home. On lui fit une entrée triomphale. Appien dit que la journée suffit à peine aux salutations d'usage en pareil cas. En ramenant Cicéron, Pompée ne songeait pas seulement à mater le tribun, il voulait, par l'intermédiaire du vainqueur de Catilina, se réconcilier avec le sénat. Dans sa reconnaissance, Cicéron travailla avec ardeur à opérer ce rapprochement. Une loi frumentaire servit de prétexte : chargé pour cinq ans , par décret du sénat, d’approvisionner la République, Pompée fut investi, tant sur mer que sur terre , d'une autorité sans contrôle et sans limites. Reconnaissant à son tour, il cède une bande de ses vétérans les plus audacieux à Cicéron, qui, leur donnant pour chef Milon , un autre tribun du peuple, léger de probité et de scrupules, se mitâ lutter d'illégalité et de violence avec Clodius.
Conquête des Gaules. — Pendant ce temps-là , César fondait sa grandeur sur la victoire. Il y avait un siècle que Rome convoitait la Gaule. Cent cinquante-quatre ans avant notre ère, les légions, conduites par Quintus Opimius et par Fulvius Sextius, intervenant dans l’intérêt de Massalie, l’alliée fidèle, étaient venues planter
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