‹ Rome ancienne et moderneChapitre 72 sur 428 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

les premiers jalons de la conquête en battant les peuples de la côte et jetant les fondements d’Aix. Élargie par Fabius, qui défit les Arvemes, et par Crasses, qui établit chez les Volsques Teclosages la forte colonie de Narbonne , la voie ambitieuse s'ouvrait magnifique devant César. Il s'y précipita télé baissée avec l’audace, le courage , l’ardeur et l’elfrayante activité qui le caractérisaient. En moins de cinq ans il refoula dans scs montagnes une émigration formidable d'Helvétiens, rejeta les blonds soldats d’Arioviste au delà du fthin , écrasa trois cent mille belges sur les bords de l’Aisne , soixante mille Nerviens derrière la Sambre , vendit à l’encan cinquante-trois mille Atuatiques , coula bas les deux cents galères des Vënètes , et, nouveau Marins , rompit entre le Rhin et la Meuse , une masse de quatre cent mille Usipiens et Tenctères , tandis que ses lieutenants dispersaient cinquante mille Ibères sous les Pyrénées.

Rrroi n de César. — Au milieu de ces beaux faits d’armes dont l’éclatant retentissement au Champ-de-Mars et au Forum, en flattant vivement l'orgueil national, lui gagnait tout le peuple, César, qu’enrichissait sa gloire, avait fait distribuer à ses amis de Rome une partie de son butin et était venu passer l’hiver à Lacques. Tout le monde y courut adorer le soleil levant. Ceux qui remplissaient des magistratures annuelles ou qui avaient des commandements particuliers en Italie s’y rendaient avec un tel empressement , qu’on voyait quelquefois & sa porte plus de cent vingt faisceaux de proconsuls et de préteurs. Il n’y manqua pas une dame romaine, et l’oligarchie elle-même y fut représentée par deux cents sénateurs, parmi lesquels Crassus et Pompée ne se distinguaient que par leur zèle. César renvoya toute cette foule chargée de présents et disposée à lui prêter le concours le plus énergique. Il demeura convenu entre Pompée , Crassus et lui , que les deux premiers se feraient porter au consulat en se partageant les autres gouvernements, et qu’il serait prorogé pour cinq ans dans le sien.

Malgré son avilissement, quand ce partage des dignités et du pouvoir fut connu à Rome, l’aristocratie indignée protesta dans la première assemblée où Crassus et Pompée parurent. Le consul Marcellinus osa se lever de son tribunal et les somma de dire s’ils poursuivraient le consulat. Tous deux gardaient io silence; mais le peuple leur ayant ordonné de répondre , il fallut parler. Pompée dit alors qu’il n’ambitionnait aucune magistrature , mais qu'il pourrait bien demander le consulat pour contenir les factieux et les méchants. Quant à Crassus, plus dissimulé, il se contenta de répondre qu’il ferait ce qu’il jugerait le plus expédient et le plus utile pour la République. Marcellinus , feignant de se payer comme tout le monde de ces paroles ambiguës , s’attacha donc à Pompée et déclama contre son ambition avec tant d’aigreur et de violence que le gendre de César, hors de lui , le menaçant du geste : « Tu es, lui cria-t-il , le plus injuste et le plus ingrat des hommes : il ne te souvient donc plus que c’est moi qui, de muet, t’ai fait éloquent, et d’affamé que tu étais, si plein, que tu vomis maintenant contre ton maître ! »

Celte fois cependant Pompée s’en tint aux menaces : mais le jour des comices il

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