CHAPITRE VIII
courtisane Cytbéris c t du mime Sergius , César, qui n’aimait pas ses défauts dans les antres , lui avait fait épouser la veuve de ce bouillant Clodius , l'ennemi mortel de Cicéron, que Milon assassina sur la voie Appiennc. C’était donner ii ce corps (l'Hercule l’âme qui lui manquait. Douée d’une ardente activité d'esprit et d’une énergie de caractère toute virile, Fulvia ne s’amusait point en effet à ses fuseaux et à ses laines. Son ambition était de dominer dans Antoine , non pas seulement l'époux, mais le général et l’homme publie. Elle voulait être dictateur du dictateur de la République et commander despotiquement il celui qui commandait déjà en despote à Rome et dans les camps. Inférieur par l'intelligence, d’une nature peu résistante et prompte à s’énerver, Antoine subit le joug sans murmure et alla tête baissée devant sa femme, portant ses idées, dit Appien, comme les mulets de lu Sabine allaient chargés de sel devant leur maître.
Sous rin3piration de Fulvia, quand les députés furent sortis, il donna ordre à tous les magistrats de passer la nuit à leur posle. Cette permanence inusitée, la présence des troupes au Champ-de-Mars, les allées et venues des complices de Brutus, courant de chez un sénateur chez l’autre pour les inviter à servir la cause des conjurés, augmentèrentencore l’agitation. Rome était éclairée comme en plein jour. Les colonsvétérans erraient, menaçants cl sombres, dans les rues étincelantes de lumière. A chaque instant on voyait passer un adhérent craintif des meurtriers, la tête enveloppée de sa toge, ou leurs parents portant des tuniques d'esclaves pour ne pas être reconnus, qui se rendaient au Capitole. Avant le jour, Antoine fit transporter dans la maison de Pompée, qu’il occupait aux Carines, le trésor et les papiers de César, et convoqua le sénat pour le lendemain dans le temple de la Terre, situé à deux pas de cette maison. A l'aube, les sénateurs commencèrent à paraître de tous côtés : ils traversaient en silence la foule épaisse qui couvrait les Carines, et qui s'ouvrait triste et muette pour leur livrer passage, lorsqu'on aperçut Cinna, se rendant aussi à la convocation. C’était ce préteur, allié de César, qui la veille avait foulé aux pieds sa robe prétexte en appelant tyran son parent et son bienfaiteur. A sa vue, l'indignation des vrais plébéiens éclate : «Cinna! Cinna! l’ingrat, le traître à César! » voilà les cris qui partent à la fois de mille bouches, et, assailli d'une grêle de pierres, le préteur est forcé de prendre la fuite. On le poursuit, on entoure la maison où il s’était réfugié, et il allait y périr dans les flammes sans l’intervention de Lépide.
Celui-ci n'avait pas de femme; ou du moins la sienne, toute différente de l'orgueilleuse Fulvia, ne savait ou ne pouvait le diriger Aussi toute sa conduite ce jourlà fut une éclatante révélation de son incapacité, de son caractère indécis, et de son ambition naïve et crédule. Antoine, que le peuple avait appelé au Forum, après avoir bercé les citoyens de vagues promesses de vengeance , l’y laissa pour r. tourner au sénat. Peu satisfaits des paroles d’Antoine, les anciens soldats de l’armée des Gaules et ceux des Quirites qui ne s'étaient pas vendus crièrent à Lépide de se mettre à leur tête et de punir le meurtre de César. Il ne fallait qu’un mot pour enlever ce peuple furieux, Lépide ne sut pas le dire. Porté sur les bras des plus enthousiastes