‹ Rome ancienne et moderneChapitre 82 sur 428 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tance, il embraser llome pour qu'il eût un bûcher digne de lui. A force d'instances, les Humilies obtinrent que le corps serait brûlé sur la place; mais ils ne purent sauver les chaires curules des magistrats et des sénateurs, qu’on prit pour former le bûcher. Tout ce que le peuple put ramasser de matières combustibles sur celte place et aux environs, il l'entassa sous le cadavre. On y ajouta les magnifiques ornements du trophée funèbre, et quand les flammes brillèrent, chacun accourut y jeter ce qu'il avait de plus précieux : les musiciens du choeur, leurs habits de fête; les matrones , leurs parures et jusqu'aux bulles d'or de leurs enfants; les vétérans, leurs armes, leurs bracelets , leurs couronnes civiques. Toute la nuit, le peuple veilla autour du bûcher, que remplaçait le jour suivant un autel orné, par des milliers de mains , de fleurs et de guirlandes, et d'auprès duquel , chose étrange! les Juifs ne 1 «jugeaient plus, comme si leur Messie devait naître des cendres de César.

Toutes les fois que le peuple se lève , il fait la fortune d’un ambitieux. Tandis que celui de Rome jetait les tisons ardents du bûcher dans les maisons de lînilus et de Cassius, Antoine profitait de leur fuite et de la terreur du sénat pour s'emparer du pouvoir. Sous prétexte de réprimer ces cxcè3 populaires qui faisaient Irembler les pères conscrits sur leurs sièges , il avait demandé une garde de six mille hommes. Quand il l'eut obtenue, il agit en maître qui ne craignait ni peuple ni sénat. Un Amatius , neveu , disait-on , de Marins le Grand , s'était mis à la tête du mouvement dans l’intention hautement proclamée de poursuivre les assassins jusqu'à ce que César fût vengé : Antoine, qui était arrivé à son but cl qui ne voulait pas de rival , le fit saisir et mettre à mort sans autre forme de procès. Le peuple ayant témoigné son indignation d'un changement si prompt , et voulant brûler la maison d'un fondeur chez lequel les statues de César , clandestinement arrachées de leurs piédestaux, avaient été portées pour être détruites, il envahit le Forum avec sa garde : tout ce qui résista fut tué. Les prisonniers de condition libre précipités de la roche Tarpéicnne et les esclaves mis en croix , apprirent à Rome qu’elle avait un tyran. Où la force avait échoué, le sénat, toujours engagé dans les voies souterraines, espérait que la ruse aurait plus de succès : il se trompa. Tout aussi fort que le sénat sur le terrain de l'intrigue, grâce aux inspirations de Fulvia, Antoine battit les pères conscrits. Ils s'étaient assurés sous main du gendre de Cicéron , son collègue; Antoine le tourna contre eux en lui abandonnant le gouvernement de Cassius, dont le jeune ambitieux se hâta d'aller prendre possession. Seul désormais à Rome entre un peuple hostile, mais contenu, et un sénat avili qu'il remplissait d' affranchis et d’étrangers, disant qu’il avait trouvé leur nomination dans les papiers de César, Antoine semblait devoir jouir longtemps en paix de son usurpation tyrannique, lorsqu'un nouvel acteur parut sur la scène.

Octave vie.vt réclahe» l'héritage de César. — C’était le fils adoptif de César, Octave, jeune homme de dix-huit ans , qui malgré les terreurs de tous les siens et les larmes de sa mère, venait réclamer hardiment le nom et l'héritage de

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son oncle. A snn entrée à Home, un arc-en-ciel l’avait entouré, disait-on , d’une auréole radieuse , image de la |>o|Hilarilé dont le brillant rayonnement éclairait sa marche. Le peuple, les légions et les vétérans, qui adoraient la mémoire de César, se groupèrent autour de lui avec enthousiasme. Arrivé seul à Rome , il s’y trouva le lendemain à la tête d’un parti formidal île , et il touchait au pouvoir suprême , qu’ Antoine et les sénateurs le jugeaient à peine digne de leurs railleries. « C’est le petit-fils d’un meunier, disait en riant l’aristocratie hautaine du sénat; sa mère l’a coure, t île forme! » Antoine, de son côté, le prenait gaiement |Kiur but de ses sarcasmes militaires : « J’attends l'héritier de César , ne cessait-il de répéter à Fulvia; c'est une jeune fille délicate qui a peur du froid et du chaud, ne sort jamais sans avoir la tête couverte , et voyage en litière ; mais patience ! nous la verrons peut-être , à moins qu’il n’ait tonné à sa gauche ou qu'elle ne sache pas encore son discours par cœur, a

Tout cela était vrai. Aussi quand ce prétendant si raillé se présenta au* jardins de Pompée , qui étaient , comme nous l’avons dit , occupés par Antoine, celui-ci le fit attendre longtemps à la porte , et ne put retenir un sourire de dédain lorsqu'on eut introduit devant lui un être chétif, pAle. blond , boiteux , et qui, rougissaut à sa vue, paraissait tout tremblant. Mais qu’on se figure sa surprise en entendant cet adolescent le remercier avec dignité de ce qu’il avait fait pour la mémoire de son père adoptif, annoncer d’un ton ferme l’intention de venger sa mort, et oser lui réclamer, (jour payer les legs du testament, les sommes dont, lui Antoine, il s’était emparé, et qui dépassaient quatorze cent mille écus de notre monnaie. Dès ce moment, l’habileté que déploya Octave, dans sa conduite, lui montra qu’avant de mépriser son ennemi il faut être bien sûr de sa faiblesse. Au bout de quelques jours ce jeune rival avait séduit Cicéron , et par lui le sénat, passionné le peuple, et réveillé si vivement le vieil enthousiasme des légions pleines de césuriens, que les propres soldats d'Antoine le forcèrent ti reconnaître le fils de leur général bien-aimé. Tout ce qu'il put faire, cc fut de résister une année, pendant laquelle Cicéron le foudroya au sénat de ces douze discours étincelants de mépris et de verve, et où la personnalité amère et insolente éclate à chaque mot. Vers la lin des calendes de novembre 43, après une tentative intructueusc de guerre civile et deux combats malheureux dans les marais de Forum Callorum (Castel-Franco), il fallut obéir aux légions.

Les vingt-trois qu’ Antoine commandait avec Lépide , et celles qui oliéissaient à l’héritier de César devenu , par leur volonté et les suffrages unanimes du peuple, consul malgré la loi annale et le sénat , exigeaient que leurs chefs fussent unis. Ceux-ci se réunirent donc pour s'entendre auprès de llologne , dans une Ile du Réno. Octave et Antoine étaient suivis chacun de cinq légions. Après avoir établi leurs camps sur les deux rives, en face l'un de l'autre, ils s'avancèrent avec trois cents soldats de leur cohorte prétorienne, jusqu'à deux puits qu'on avait jetés sur cette petite rivière. Lépide passa le premier dans l'ile pour s’assurer qu’il n’y avait

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