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LES TIUL'.MVIIIS
«il
de condition libre, cent mille sesterces; à l’esclave, quarante mille, et de plus la liberté et le droit de cité de son maître. Tout citoyen qui fera connaître la retraite d’un prosrrit obtiendra la même récompense. Et du reste , les noms des hommes qui auront frappé, et ceux des révélateurs , ne devant être mis sur aucun registre, resteront inconnus. »
Au bas de ce préambule, dont on peut se figurer l’effet , se déroulait la liste des proscrits, ouverte parle propre frère de Lépide , l’oncle d’Antoine, le tuteur d’Octave, et les deux candidats désignés pour le consulat de l’année suivante. En mémo temps qu’on publiait cette liste au Forum, on faisait fermer les portes de Rome, des centurions étaient placés de distance en distance autour des murs, pour que personne ne pût s’échapper, et les soldats se mettaient à l'œuvre au milieu de la stupeur générale. I.e massacre commença par les magistrats encore en fonctions. Salvius , tribun du peuple, ancien partisan d'Antoine, et proscrit pour avoir depuis secondé Cicéron , donnait un festin 11 ses amis. Tout il coup le triclinium est envahi par les soldats des Triumvirs. lais convives se dressent effrayés : a Que personne ne bouge ! » dit tranquillement le centurion , et saisissant par les cheveux Salvius, qui achevait de vider sa coupe, il lui tranche la tète et sort, en ordonnant aux convives de continuer le festin s’ils ne veulent avoir le même sort. Glacés d’effroi par celte menace, lc3 amis du tribun passèrent la nuit sur les lits du festin, auprès de ce tronc ensanglanté.
Le préteur Minutius fut la seconde victime. Il présidait l’assemblée des comices au Forum, quand il apprit que son nom était sur les tables. 11 quitta aussitôt sa robe, et , prenant une tunique d’esclave , alla se cacher dans I a boutique d’un de scs clients. Il avait ordonné à ses licteurs de se retirer avec leurs faisceaux. Mais ceux-ci, restant devant la porte, par respect pour sa dignité, l’indiquèrent involontairement aux assassins. Dans le môme temps, un autre préteur courait de rue en rue, sollicitant des suffrages pour son fds, qui demandait la questure: quand on sut qu’il était proscrit, tout le monde l’abandonna, excepté un pauvre client des Esquilies , qui le recueillit dans sa masure. C’est là que son fils conduisit les bourreaux lui-même, afin d'hériter plus vite. Heureusement il ne garda pas longtemps l'héritage ni l’édilité que lui donnaient les Triumvirs : ayant payé du vin, en revenant, aux meurtriers de son père, il les échauffa tellement qu’un débat s'éleva entre eux, et ils l'égorgèrent.
Le haut de la société romaine était au reste si corrompu , que ce crime contre nature ne fut ni le seul ni le plus odieux. Un ancien préteur, nommé Thuranius , avait un fils ami d’Antoine; lorsque les centurions se présentèrent, il les supplia d'attendre qu’il eût envoyé ce fils chercher sa grâce , mais ils lui répondirent en riant que c’était à lui qu’il devait la mort. Septimius comptait sur sa femme, qu'un amour adultère liait à l’un des familiers du plus farouche Triumvir; elle le fit tuer le malin et épousa son amant le soir. Celle de Solanus se montra aussi cruelle et plus perfide encore. L’infortuné était venu se réfugier, après avoir erré quelque temps hors de Rome , dans sa propre maison, vendue en son absence. L'esclave