CHAPITRE IX
us
triumvirales, il quitta In rigueur sanguinaire, et redevint ce qu'il était naturellement, un homme juste et bon. Les citoyens attendaient ses édits avec impatience pour savoir sa pensée : aussi le premier qui lut afliclié au Forum y attira une foule immense. Octave disait dans le préambule : « Puisse la République, saine et sauve, grâce à mon bras, rester inébranlable sur sa base! Toute mon ambition est de la faire heureuse et grande, de mériter pendant ma vie le titre d'auteur de sa prospérité, et de la laisser établie, en mourant, sur des fondements éternels! »
Nouvelle orgamsatiox Dr pocvoir. — Justifiant cette adroite abnégation aux yeux de la foule, de tous les titres qu'on lui offrit il n’accepta que celui à'impernlor. C'était une simple flatterie militaire, que les soldats décernaient à leurs chefs après la victoire. Le choix d'un titre semblable paraissait donc peu menaçant pour la liberté romaine, et cependant il ne manquait pas de portée : en le prenant de préférence Il tous les autres, Octave plaçait franchement son point d'appui au milieu de l'armée. C’est le gouvernement militaire qu'il inaugurait, avec les modifications conseillées par Mécène, qui lui avait dit : « Organisez votre pouvoir pour nous comme vous voudriez qu'il fût organisé pour vous-méme si, au lieu d’être maître, vous étiez né sujet. » A ce point de vue , l’armée devait être et fut son premier souci. Distribuant les vétérans dans trente-deux colonies italiennes, afin de les avoir au besoin sous sa main, il ne garda sur pied, pour défendre les frontières de ce vaste empire et y maintenir l'ordre, que vingt-cinq légions, dont dix-sept avaient à répondre de l'Europe , et huit de l'Afrique et de l'Asie. Douze cohortes, de mille hommes chacune, appelées, les neuf premières, prétoriennes, et les trois autres urbaines , garantissaient la paix intérieure de Rome.
Après l’armée , vint le sénat. Cette assemblée , autrefois si majestueuse, avait été avilie à dessein par César et Antoine : des affranchis, des Barbares, et jusqu'à des esclaves, siégeaient sur les chaises curules. Octave leur arracha le laticlave en exigeant rigoureusement la justification du cens sénatorial, qu’il élevait en même temps de huit cent mille sesterces à douze cent mille. Il n'ignorait pas que cette augmentation excluait les chefs des plus vieilles familles; mais il les retint dans la Curie en la payant de ses deniers, et en leur accordant, sous une forme honorable, un salaire qui les mettait à sa merci. Le même moyen, employé avec profusion, lui donna le peuple. Ce que demandaient les fils oisifs et nonchalants de Quirinus, c'était de nourrir leurs illusions rie souveraineté populaire et de grandeur, à l'ombre de la République.
Octave prexd le ko» d'Auguste. — Puis, quand il eut fait tout cela, et que, grâce à la sagesse de son administration, Rome jouit enfin d'un calme qui n'avait jamais brillé dans scs murs, il vint un jour à la Curie déposer ses pouvoirs. Ce fut un moment de sincère et vive alarme. Tremblants rien qu’à la seule idée de l'anarchie qui pouvait suivre sa retraite, tous les sénateurs tombèrent à ses pieds pour le supplier de garder le pouvoir toute sa vie. Voulant les éprouver sans doute, il résista longtemps, et, malgré leurs instances, n’accepta qu'une prorogation de dix ans
ROME SOUS LES CESARS. MÜ
et le nom d'Auguste, que nous lui donnerons désormais. On ne pouvait confier le pouvoir absolu à des mains plus habiles. A peine prorogé, Auguste compléta l’organisation militaire de l'empire, en formant deux flottes nombreuses qui étaient chargées de veiller sur les côtes, de faire la police des mers, d'escorter les tributs des provinces, et de transporter les blés et les vivres nécessaires à l’immense consommation de Rome. Désireux de montrer ensuite qu'il était sorti pour toujours de la voie sanglante, il rapporta les décrets rendus sous le Triumvirat, et après les avoir remplacés par des lois bonnes et douces , et fait le dénombrement des citoyens, il alla organiser la Gaule et l'Espagne. Pendant son absence, qui dura trois ans , la comédie républicaine se joua dans la ville avec le plus grand calme et un sérieux parfait. Le sénat se réunissait gravement, mais pour délibérer sur des mesures votées d'avance ; les comices s’assemblaient dans le Forum au jour marqué , mais on n'y élisait que les candidats de l'empereur. Aucune magistrature n'avait été abolie : consuls, proconsuls, préteurs, édiles, questeurs, sénateurs, étalaient fièrement leurs faisceaux et leurs robes bordées de pourpre ; mais chacun n’avait que le titre et le costume de sa charge. Il ne leur était permis, à ces ombres de magistrats, de prendre l'initiative que pour faire acte de servitude, et ils se trouvaient si heureux d'échapper un instant à leur nullité en brûlant de l'encens aux pieds du maître, qu'ils saisissaient ces occasions avec fureur. De tout temps, même aux époques les plus sombres de la tyrannie triumvirale, la parole avait été libre à Rome. En l'absence d’Auguste, un ancien gouverneur d'Égypte, Cornélius Gallus, l'ami de Virgile, laissa échapper quelques propos piquants contre le petit-fils du mercier (Kcstio) de Velletri. Il n’en fallait pas tant pour allumer la colère du sénat. Les pères conscrits, indignés, s’assemblent en tumulte, comme s’il s'agissait du salut de la patrie, et Gallus est condamné tout d’une voix au bannissement perpétuel. Plus ferme de cœur et plus fier que ses juges, quand on lui apprit cet arrêt il se tua dédaigneusement.
Il tombe malade-, akxieté de Rome. — Tandis que les sénateurs prouvaient ainsi leur reconnaissance des quatre cent mille sesterces donnés tous les ans & chacun d'eux par Auguste, Agrippa, qui le représentait à Rome, élevait des monuments où se déployait avec magnificence toute la grandeur d'idees de l’empereur. Les portiques et le temple de Neptune, les bains chauds ou Thermes d' Agrippa et le Panthéon étaient achevés en 24, au retour d'Auguste. Peuple et sénat le revirent avec une joie qui alla jusqu'au délire l'année suivante. Atteint d'une maladie des plus graves, il se crut perdu, fit son testament, et donna publiquement son anneau impérial à Agrippa , pour le désigner au choix de Rome. La ville était consternée , les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices, et nuit et jour une foule éplorée et sincère assiégeait les temples pour demander aux dieux le salut du père de la patrie. Celui surtout qu’ils imploraient si ardemment entendit les Romains : le médecin grec Musa guérit Auguste, et alors une joie sans frein éclata sur les sept collines. Musa obtint l'anneau d'or et une statue d'airain dressée en face de celle