‹ Rome ancienne et moderneChapitre 91 sur 428 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

penses dues au génie , Horace et Virgile gravaient la gloire de son règne sur des monuments plus durables que l'airain.

Mokt d'Aijgijst*. — Telle fut la vie d’Auguste jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans dix mois. Affaibli par les années, les fatigues du pouvoir et la maladie, il était allé respirer les brises délicieuses de Naples. Les matelots et les passagers d’un vaisseau d’Alexandrie ayant aperçu sa galère , accoururent , vêtus de blanc et couronnés de fleurs, brûler de l’encens à scs pieds et le remercier, les larmes aux yeux, de la liberté et de la paix qu'il faisait régner dans le monde. C'était la dernière action de grâces de ce monde pacifié. Sentant sa fin approcher , il se fit porter dans la chambre où était mort son père, voulut qu'on drapât sa tunique avec soin et qu'on arrangeât scs cheveux. S'adressant ensuite à ses amis, réunis autour de son lit : a Eh bien ! leur dit-il , ai-je mal joué mon réle dans le drame de la vie humaine?... Allons! applaudissez, citoyens!» Après ces paroles, il demanda à quelques personnes qui arrivaient de Rome des nouvelles de la fille de Drusus, alors convalescente; puis, congédiant tout le monde, il fit signe à sa femme d'approcher, la serra dans ses bras et s'éteignit en lui disant : a Livie , souviens-toi de notre union et.... adieu!... »

Averti d'avance par cette même Livie, que l’histoire accuse d'avoir empoisonné sur l'arbre les figues qu'aimait Auguste, pour faire régner son fils, Tibère était accouru à Nola. Trouvant l'empereur mort, il conduisit son cadavre à Rome. Les décurions et les sénateurs de la cité campanienne le portèrent sur leurs épaules jusqu'à moitié chemin : là, on rencontra les chevaliers, qui prirent le cercueil et attendirent la nuit pour entrer dans la ville. Le lendemain, Tibère et son fils Drusus se rendirent au sénat, réuni depuis le point du jour dans la curie Hostilia. Ils étaient suivis de l'affranchi Polylie, chargé de lire le testament de son maître. Auguste y déclarait Tibère son héritier, et, magnifique dans ses dernières volontés comme de son vivant, il léguait quatre cent mille grands sesterces au peuple romain, cinq cents sesterces à chaque citoyen de la ville, mille par tète aux prétoriens et trois cents aux légionnaires. Des cités, des rois, des sénateurs, des chevaiers et jusqu'aux petits enfants des citoyens, étaient inscrits en lettres d’or dans ce testament, où il no s'était souvenu de sa fille et de sa petite-fille que pour défendre de mêler un jour leurs cendres à ses cendres.

Après l’ouverture du testament, on s’occupa des funérailles. Malgré Tibère, qui cherchait à calmer le zèle du sénat, elles furent dignes du mort. Le cercueil descendit du Palatin sur un lit d'or et d’ivoire que fermaient des rideaux de pourpre aux franges dorées, précédé de son image en cire, vêtue de la toge triomphale, devant laquelle marchaient les consuls désignés; les sénateurs en portaient une autre d'or, et une troisième était dressée sur le char des triomphes. On voyait ensuite toutes les etligies de ses aïeux , moins César, fait demi-dieu par le sénat, et celles des illustres de Rome, depuis le fils de la Vestale jusqu’à Pompée. On plaça le lit au Forum, devant la tribune, et Tibère et son fils Drusus prononcèrent deux

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éloges funèbres après lesquels le cadavre fut porté au ChampHle-Mars par la voie Flaminia, escorté du sénat en corps, des chevaliers avec leurs femmes, des prétoriens et de toute lu population de Rome. Dès que les illustres de l'ordre équestre l’eurent déposé à la place où il devait être brûlé , les divers collèges des pontifes formèrent le premier cercle autour du bûcher, les chevaliers le second, et les légionnaires, empressés à jeter aux llammes, en signe d'honneur, leurs récompenses militaires, le troisième. Puis les centurions mirent le feu au bûcher, et quand la flamme s'élança dans les airs , elle consuma les liens d'un aigle attaché au lit funèbre, qui , prenant tout à coup son vol vers les deux, sembla y porter l’âme d’Auguste. Cela fait, tout le monde se retira, laissant Livie dans le Champde-Mars, où elle resta seule pendant cinq jours avec les premiers de l’ordre équestre, pieusement occupée à recueillir les ossements de son époux et à les ensevelir dans son tombeau.

Tibèhb lui succède. — Pendant ce temps, Tibère se faisait offrir par le sénat l'empire dont il s'était déjà emparé. L'inauguration de ce pouvoir nouveau , qui eut lieu l’an 14 de notre ère, ouverte à la venue du Christ, fut signalée à Rome par une violente émeute. Un histrion, ne trouvant pas son salaire assez élevé, refusait de jouer dans les jeux augustaux. Le peuple s’en indigna au point que peu s'en fallut qu'il ne prit les armes ; mais l'histrion ne voulant pas céder, et le tumulte augmentant toujours, le sénat, pour rétablir l’ordre , laissa fléchir la majesté des lois devant l'insolence du mime. Dans ce désordre populaire, Tibère, laissant agir les tribuns et les pères conscrits, s'était habilement effacé. Des soins plus graves le préoccupaient : l’armée, sentant son importance dans un gouvernement basé sur le glaive, voulait bien acclamer l’empereur, mais à condition qu'il lui achèterait l’empire. Tibère n'avait traité qu’avec les soldats qui étaient dans Rome , ceux des provinces se révoltèrent : ils exigeaient un denier de solde par jour et une forte somme payée comptant à titre d'aubaine. Sans une éclipse de lune qui effraya les trois légions de Pannonie, et la courageuse fidélité de son neveu Germanicus, fils de Drusus, qui en retint sept campées sur le Rhin, le règne de Tibère était fini. Ce péril à peine écarté il lui en vint un autre de la Gaule. Auguste avait laissé un petit-fils né du grand Agrippa et de la trop faible Julie, i Pour n’avoir pas plus tard à le redouter, Tibère, le jour même de la mort . d'Auguste , le fit assassiner. Agrippa avait un esclave qui lui ressemblait; ce mal- I heureux, nommé Clément, profita du hasard et se fit passer pour son maître, qui était peut-être son frère. Le trône impérial reposait sur un sol si mouvant encore, que l’entreprise de l’esclave réussit. Un parti s’était formé rapidement autour de lui, et l’avait porté de la Gaule en Italie et d'Italie à Rome. Les deux rivaux allaient se disputer l’empire; mais Clément était trop jeune pour lutter contre le vieux Tibère. Oii la force aurait peut-être échoué, celui-ci employa la ruse, et le faux Agrippa tomba entre ses mains. Il le fit mettre à la torture pour savoir le nom de scs complices, mais l'esclave était plus fort que la douleur, et les bourreaux ne

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