CHAPITRE III
Hypothèses sur les destinées d'art de Rome.
Nous avons pensé qu'après la constatation des faits actuels, il serait intéressant d'envisager quelles pourraient être au point de vue de Tart, les destinées futures de Rome.
Là encore nous devrons tenir compte de Finfluence politique, dont nous avons montré dans le présent Faction qui ne saurait manquer de s'exercer sur l'avenir. Nous ne nous mêlerons point ici de creuser toutes les combinaisons, sérieuses ou chimériques, qui s'élucubrent à propos de la Question romaine. Quel que soit d'ailleurs leur nombre et leur diversité, elles aboutissent en vue large à trois résultats possibles :
i» Le Statu quo indéfini; 2» La Papauté hors de Rome ; 3® Le gouvernement Italien hors de Rome.
Nous examinerons successivement cette triple hypothèse et les effets qui sont suséeptibles d'en découler.
lue STATU QUO indéfini.
Le Statu quo, si tant est qu'il subsiste longuement, semble ne devoir que continuer, avec peut-être quelques
précautions de plus (i), la marche suivie jusqu'à présent. C'est, nous Tavons montré, une fatalité due à la politique inéluctable du gouvernement, dont une des parties essentielles du programme, est rétablissement de la capitale de ritalie unifiée dans Rome modernisée.
Au cas indiqué les Musées, leurs arrangements, leurs agrandissements et leurs améliorations, les acquisitions et les créations nouvelles recevront sans discontinuer, si Ton en juge par les précédents, une progression heureuse.
De plus en plus TÉtat centralisera sous sa direction, socialisera pour ainsi dire les grandes collections particulières. Et toutes ces richesses protégées par des lois sévères, constitueront à lltalie un précieux et inaliénable domaine, source à la fois de profit pécuniaire et d'éclatant prestige. De même encore, les fouilles antiques, menées avec méthode verront se parachever leur mise en valeur rationnelle. Quant aux travaux d'édités, ils se continueront sur des bases dont l'élargissement dépendra des ressources du budget. Souhaitons surtout que l'assainissement de Rome et de ses environs soit poursuivi scientifiquement et persévéramment.
Mais, en revanche, il est à craindre que la physionomie de Rome, tellement mutilée ces dernières années, n'aille s'effaçant toujours davantage. La ville ne peut vraiment devenir capitale moderne qu'au prix de sacrifices pareils à ceux qui furent perpétrés dans Paris. Découronnée de
(i) On ne saurait trop le redire, ces précautions ne seront jamais prises, si les amis de l'Art ne les réclament avec énergie et sans trêve, en saisissant de leurs griefs dûment appuyés, ^et les gouvernants et l'opinion publique, par des pétitions, par la voix des journaux, par des conférences, des brochures, bref tous les moyens à leur portée .
Actuellement, c'est ce qui a lieu à Paris. Ainsi obtenait-on par exemple, il y a quelques années, que la façade si intéressante du Musée de Gluny fut dégagée par un square placé au devant. Tandis qu'on la menaçait d'être obstruée par le vis-à-vis annihilant d'un énorme immeuble à étages sans nombre.
son antique splendeur, il ne lui restera que des édifices épars, noyés dans le flot montant des constructions neuves. Ceux, nombreux, qui attenaient au culte continueront d'être désaffectés, modifiés, même détruits. Trop abondants et inutiles deviennent-ils pour un état de choses auquel ils ne correspondent plus. Les uniformes militaires achèveront de remplacer les soutanes multicolores, les couvents de se transformer en casernes. L'existence grave de Rome sera remplacée par l'agitation trépidante de nos civilisations économiques. La cité verra diminuer son ancienne ambiance, comme son aspect d'antan, pour d'autres préoccupations. C'est une lutte que l'État Italien a engagée vis-à-vis de la Papauté. Tant que leurs destinées continueront d'être voisines tout en restant opposées, le gouvernement devra bon gré mal gré, aller jusqu'à l'ultime bout de sa tentative.
Xja Papauté hors de Rome.
Cette hypothèse semblerait de nature à porter à Rome un coup profond.
C'est dans cette ville, en effet, que s'est accompli le fait capital du monde chrétien remplaçant le monde païen. C'est là que le Catholicisme, qui ajoute même à ses titres celui de romain, s'est développé historiquement, de là qu'il a rayonné et rayonne encore sur le globe. Lui ou les communions qui en sont proches. Eglise orthodoxe, Protestantisme, possèdent l'immense majorité des nations blanches, vont s'inflltrant parmi les autres races. Et, cette domination s'exerce sur l'essence intime des consciences, non plus comme au temps antérieur, par la force sur les corps, ce qui constitue, nous en avons fait la remarque au
début, une différence si grande entre Faction du Christianisme et le pouvoir antique.
Rome depuis les Césars n'a valu que par la Religion et les productions de TArt, encore souvent sont-elles étroitement mêlées. La plupart des chefs-d'œuvre sont faits dans les édifices et pour la glorification du culte. La Papauté une fois hors de Rome, la ville semble perdre sa fondamentale raison d'être. Alors sa transformation totale s'impose à bref délai, car ce n'est plus pour elle une question d'importance relative, mais bien d'existence ou de mort, de devenir une grande cité industrielle, commerciale et vivant de sa propre activité. Le pourra-t-elle jamais?
Xje gouvernement Italien hors de Ronxe.
Dans ces conditions la Papauté ne pourrait certes pas remettre les choses en l'état passé.
Ce qui a été fait l'est irréparablement. Tout au plus certains monuments désaffectés reprendraient-ils leur destination première. Rome, en outre, serait alors rendue à son rôle ancien. Sauf les mesures d'hygiène et de viabilité qui s'imposeraient à l'autorité pontificale comme partout ailleurs dans le monde civilisé, il est présumable qu'on chercherait à faire disparaître autant que possible les adjonctions qui ont changé le caractère de la ville. Elle retrouverait dans une ambiance religieuse ressuscitées la pompe de ses cérémonies à nouveau déployées. Son sort serait intimement lié aux destinées du Catholicisme.
Les Musées et les monuments antiques sans nul doute resteraient avec l'apparat du culte, des éléments essentiels d'attraction pour le monde entier. A leur égard y aurait-il maintien des utiles réformes accomplies par le gouverne-