‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 13 sur 44 · I.KTTUK lAXIl. IRO · texte numérisé non relu

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tait-ce pas toujours le même homme qui commandait, ou était censé commander les armées; le général allait à la guerre, voyait l'ennemi de près, tandis que maintenant il combat avec le bras d'un autre, et court de glorieux dangers... dans la personne d'un tiers*. Quelle récompense Claude Tibère va-t-il recevoir pour la belle campagne <iu'il vient d'accomplir? une statue couronnée de laurier^ dans le Forum *; peut-être un arc triomphal dans la Pannonie ; le droit de porter, aux kalendes de Janvier, l'habit et la couronne de triomphe '; et quelques autres honneurs non moins insignifiants *. Ces honneurs, les seuls dont le Sénat pourra désormais récompenser nos généraux •, ont toujours été la conséquence du triomphe, et seront la marque qu'on n'a pas triomphé.

« On doit à Marcus Agrippa d'avoir rendu tout-à-fait personnel à l'Empereur ce noble prix de la valeur et du génie. Dans l'opinion do cette homme (et sans doute il n'a pas tort), un prince s'offusque de toute gloire autre que la sienne : l'homme qu'il charge d'une entreprise doit s'attacher d'abord à réussir, ensuite à rapporter tout l'honneur du succès au maître dont il prétend conserver la faveur''. Lui-même, Agrippa, se conduisit d'après ce principe : ayant remis sur le trône Polémon, roi de Pont, il n'écrivit point au Sénat et refusa le triomphe. Un tel exemple était trop beau pourne pas trouverdimitateurs; aussi, depuis ce temps, a-t-il servi de règle à la plupart des généraux *.

ic Octave savait bien que, d'après les anciens règlements, il fallait avoir commandé en chef pour triompher; mais par politique, il ne réclama pas de suite ce privilège, et dans le commencement de son principat accorda assez facilement le triomphe; on compte jusqu'à trente généraux qui l'obtinrent de lui'. Depuis le refus d' Agrippa, refus inspiré sans doute par des ordres secrets, on ne voit plus guère de triomphes que dans la famille impériale '", quand cela, toutefois, ne déplait pas à notre empereur , beau litre qu'on lui rendit personnel", et qui ne s'obtenait jadis que pour des champs couverts de morts* ; glorieux surnom que les soldats, dans les transports et les acclamations de la victoire , donnaient jadis spontanément à leurs généraux , mais que maintenant on ne peut décerner sans la per-

1 Ovide à Aufiuste, en pailanl de Tibt're : Per quem bella geiis, ciijus nunr corpore pupnas. Trisl. M, v. 172.= - T.ir. Aprirol. 40 = "> /,/. Aiin. IV, 2:i ; \V, 72. — Juv. S. 1, V. 129. = * Dion. LIU, 26. = STac. Agrirol. /<0. = ^ Ibid. ; Ann. M, 52. — l'aterrul. Il, 115. = " Dion. \L1\, 4. = 8 /,/. LIV, 24. — Tac. Ibid. =9 Suel. Aug. 58. = 10 id. Tib. 20. -Tac. Ann. IV, kk, 46. = n Uion. LU, 41.

mission du chef de l'empire , et que bientôt sans doute on n'accordera plus à personne '. 0 Rome ! n'as-tu donc conquis le monde que pour en faire le patrimoine d'un Octave ! d'un tyran qui ne doit qu'aux perfidies les plus lâches , et à la cruauté la plus inouïe , le pouvoir suprême dont il nous accable aujourd'hui! — Faisons trêve à ces tristes réflexions , dit Crémutius , pour ne pas aigrir nos douleurs ; car si le souvenir du passé est amer , combien l'attente de l'avenir Test-elle plus encore ^ ! »

Malgré ces paroles conciliantes, Atticus, qui se crut probablement dans une assemblée de conjurés, prit un prétexte pour ne pas rester plus longtemps avec nous; il sortit comme épouvanté de ce qu'avait dit Labéon.

Son brusque départ nous fit sourire ; il mit fin à ce long entretien où j'ai trouvé un intérêt si puissant, mais qui m'a fait naiire un regret, celui de ne pouvoir plus espérer de voir le plus magnifique et le plus glorieux spectacle qu'un peuple guerrier ait jamais imaginé.

1 Tac. Ann. 111, 74 ; XllI, 41. = 2 cic. Brut. 76.

LETTRE LXXllI.

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