LE TRESOR DE SATURNE
Le Forum romain est toujours resté le cœur de la ville, malgré les agrandissements de Rome; c'est là que le Sénat se réunit le plus ordinairement , là que le peuple tient la plupart de ses assemblées, là que se traitent les atfaires publiques les plus importantes, politiques ou financières, et beaucoup d'affaires privées. Le peuple s'assemble au Comitium; le Sénat, dans la curie Julia ; les politiques , dans les basiliques .-Emilia ou Julia; les plaideurs et les justiciables, au tribunal du Préteur ou à la colonne Menia ; les banquiers à la basilique Argentaria ou aux deux Janus ; et ceux qui s'occupent des finances de la république, au temple de Saturne ("),
On nomme aussi ce dernier édifice le Trésor de Saturne\ parce qu'en effet il contient le Trésor public, ou plutôt ce Trésor lui est annexé. L'édifice s'élève au bas de la roche Tarpéienne, tout près de l'endroit où le clivus Capitolin débouche vers le milieu du Forum, en passant sous un Arc de triomphe que l'on vient d'ériger en l'honneur de Tibère (*). Le temple s'avance jusque sur le bord de la place. II est flanqué de deux cours en péristyle, au fond desquelles s'élève, dans toute la largeur, un grand corps de bâtiment qui contient le Trésor ordinaire, le Trésor militaire, le Trésor des enseignes, le Trésor des archives, et enfin le Trésor du butin.
Le Trésor ordinaire est celui où l'on paie toutes les dépenses courantes de la république, telles que les fournitures pour la guerre *, les jeux sacrés ^ , les indemnités aux proconsuls , les gratifications aux gens de leur suite '' , les dépenses pour les travaux d'utilité publique ^ la solde des armées, etc.
I^e Trésor militaire sert uniquement à payer des pensions de retraite aux soldats * qui ont vingt ans de service '. L'Empereur Auguste le créa huit ans avant sa mort , l'an sept cent cinquante
' /Erarium Salurni. Suct. Claud. 24. — Luraii. Ul, v. IH. — (Jruler. p. 454, 457. = 2 Til.-Liv. \\U\, 48; XXVU, 10. — IMut. Apolliegm. p. 758, etc. = 3 Leilre XLVIII, t. M, p. 305, 306.= * I.etlieLXX, p. 1 10. =& Til.-Liv. XXIV, 18. = « Lap..\ncyr. col. 3. — Uion. LV, 25. = '^ J.ap. An( yr. Ibid. («] Plan el Dcscript. de Rome, i»»» 125, 122, 151, 115, 128, 121, 130, 158, 159, 88. C-) Ibid. n" 87.
neuf, sous le consulat de M. ^milius et de L. Aruntius'. 11 l'institua, non dans la vue de récompenser de vieux services , mais dans la crainte que l'indigence n'engageât les soldats licenciés à se portera quelque sédition ^
Le temple même de Saturne sert de Trésor des enseignes^. Là se trouvent rangés dans un ordre régulier les drapeaux des légions qui ne sont point en campagne*.
Le Trésor des archives renferme les originaux de tous les sénatusconsultes^ les plébiscites®, et autres actes publics ^ Le dépôt des sénatus-consultes fut imaginé pendant les premières années du quatrième siècle pour empêcher les consuls, jusqu'alors dépositaires de ces actes importants, de les altérer, et même de les supprimer, comme cela arrivait quelquefois '. D'abord il s'effectuait dans le temple de Cérès, sur le mont Palatin ("), et la garde en était confiée aux édiles plébéiens ^ Plus tard on les déposa dans le temple de Saturne *", et les tribuns du peuple furent adjoints aux édiles, comme conservateurs. Mais ces magistrats abandonnant à leurs appariteurs le soin de ce précieux dépôt, il s'y introduisit tant de désordre et de confusion, que l'an sept cent quarante-quatre l'Empereur Auguste le confia spécialement aux administrateurs mêmes du Trésor de Saturne".
Le Trésor du butin est le plus beau, peut-être, et le plus riche. Là sont déposées ces dépouilles de tous genres, conquises sur des milliers de nations, et qui, depuis des siècles , ont fait l'ornement de tant de triomphes '^ *.
Tu n'apprendras pas sans un vif sentiment d'orgueil qu'avant les guerres civiles de la fin du dernier siècle, le temple de Salurne renfermait encore un autre trésor que l'on appelait Trésor Gaulois. Il avait été formé après la fameuse invasion de nos ancêtres, invasion dont le souvenir inspirait un tel sentiment de terreur aux Romains, qu'ils jugèrent alors nécessaire d'établir un trésor spécial, auquel il était défendu de toucher, sous peine des exécrations publiques, à moins que ce ne fût pour une guerre avec notre pays ''. Dans le temps où déjà les Romains s'appelaient eux-mêmes les empereurs de toutes les
1 Lap. Anryr. col. 3. — Suet. Aug. 49. —Dion. LV, 25. = 2 Suel. lbid.= ^ Conjecture. =* lit -Liv. 111,69; IV, 22 ; VII, 23. = 3 M. XXXIX, 4. — Tac. Ann. III, 51. — Suei. Ibid. 94.— Dion. LIV, 56. =« Digesl. 1, til. 2, leg. 2, g 21. =' Plut. Quacst. rom. p. 112.= « Tit.-Liv. III, 55.— Cic. ad Altic. IV, 18. = '■> Tll.-Liv. Ibid. = »» Id. XXXIX, 4.= 11 Dion. LIV, 36. = 12 Cic. in Verr. I, 21.— Luc.nn. III, v. 164. — Tit-Liv. XLV, 39. = '•' Appian. de Bell. ci\. II, p. 741. "j Plan et Desciipl. de Hume, n» 205.
nations * , ils disaient que tons les peuples devaient céder à leur courage, mais qu'avec les Gaulois ce n'était plus pour la gloire , mais pour le salut qu'il follait combattre ^ et que vis-à-vis de nous c'était bien assez de se tenir sur la défensive^. Quand J. -César, après av.iir passé le Rubicon, vint porter la terreur dans Rome, sa première démarche fut de s'emparer du Trésor de Saturne , pour y puiser l'argent dont il pouvait avoir besoin *. Il ne respecta pas le Trésor Gaulois, sacré depuis tant de siècles, disant que les Gaules étaient soumises au peuple Romain de la manière la plus solide , et qu'ainsi Rome pouvait disposer de ce fonds ^.
Les ressources du Trésor ordinaire se composent de revenus fixes et de revenus casuels : les premiers sont les tributs payés par les provinces, la location des domaines de la république, soit terres, soit mines d'or ou d'argent'; les seconds se tirent du produit des amendes imposées sur des citoyens ^ du vingtième du prix de tous les esclaves livrés à l'affranchissement *, et surtout du butin de guerre qui , pris en compte par les questeurs des gouverneurs de provinces', vient se verser au Trésor de Saturne, après avoir orné les pompes triomphales '*".
Dans les circonstances calamiteuses, lorsque les finances de la république sont insulfisantes, on ajourne le paiement des fouruisseurs, on les engage à faire des avances nouvelles", ou bien encore, les citoyens sont sollicités de venir au secours du Trésor soit par des contributions volontaires '^ soit par des prêts sans usure''. Le divin Auguste prêta ainsi à la république, en quatre fois différentes, cent millions cinq cent mille sesterces '* ("). Trois magistrats spéciaux, appelés triumvirs-banquiers, sont chargés de recueillir les dons ou les avances '^
Je t'ai dit dans l'une de mes dernières lettres (*) que vers la tin du septième siècle le revenu du Trésor était de deux cent vingtquatre millions de sesterces ["] , et que les victoires de Pompée lavaient porté à trois cent soixante-cinq millions cent vingt m\\\o {■^).
' Imperatores nniiiiuni ;;oiiliuiii. Siill. .luffurt. 51. = - Ibid. 114,= 3 Cir. de Provinc. roiisul. 13. =4 pior. iv, 2. — l'Iiii. XXXMI, 5.— Lucan. IH, v. 114.— Dion. Xl.l. 17.— Plul. Cws. 5."j ; Pomp. 62. = "' Appian. de liell. civ. U, p. 744. = ^ Siiab. Ul, p. 1 47 : ou /«25, tr. fr. =7 Tac. Ann. XUI, 28. = » Cir. ad Allie. Il, 16. — Ïil.-Liv. VU, 16. — 8 Cir. Rp. fairiil. Il, 7. — Ïil.-Liv. V, 26 ; XXVI, 47.— Poljb. X, 2 —A. Gell. XUI, 25. = '" Leilie lAIl p. 144, 151, 167. — •' Til.-I.iv, XXIII, 48, = 12 Id. XXIV, 18 ; XXVI, .'^6; XXIX, 16; XXM, 15, -l'Ior. Il, 6. = i'' Tae. Ilisi, IV, 47.= i'' Lap, Aiiesi. eol,' 5, = '5 Triuniviii mensaiii. Tit,-Liv, XXIil, 21; XXIV, 18. ("} 27,0211,460 IV. ['' V. (.élire LXXll, p. I,">0, (' i 45,470,0110 l'r. '' 70.840,000 fr.
Il s'élève aujourd'hui beaucoup plus haut. La somme exacte en était relatée dans le testament d'Auguste , mais j'ai perdu ce renseignement.
Voici, par compensation, l'état des revenus accumulés à diverses époques, et tenus en réserve pour les temps difficiles. Vers Tan cinq cent quatre-vingt seize, sept ans avant la troisième guerre Punique, le Trésor renfermait, en métaux non monnayés, seize mille huit cent livres d'or ("), vingt-deux mille soixante-dix livres d'argent [''), et en espèces monnoyées, six millions deux cent quatre-vingt cinq mille quatre cent sesterces {"). L'an six cent soixante-trois, au commencement de la guerre Sociale, il y avait un million six cent vingt-huit mille cent vingt-neuf livres d'or (''}. Quarante-deux ans après. César y trouva quinze mille livres d'or {'], trois cent cinquante mille livres d'argent {^), et quarante millions de sesterces («j, lorsqu'il s'empara de Kome, au commencement de la guerre civile*.
Aujourd'hui le Trésor est moins riche; on m'a cependant assuré qu'il renferme encore près de trois milliards de sesterces * {'') !
Le Trésor militaire n'eut point d'abord de revenus fixes, et fut doté par Auguste qui , lors de sa création , y tit verser, tant en son nom qu'au nom de l'empereur actuel, cent millions sept cent mille sesterces ^ {'"'). Ces généreux donataires promirent de continuer par la suite à l'alimenter. D'après leur exemple, des rois, des peuples, et même de simples citoyens prirent un pareil engagement. Cependant, beaucoup oubliant leur promesse , et les tlons volontaires ne couvrant qu'une très-petile partie des dépenses, Auguste demanda à chaque sénateur de lui proposer, par écrit, ses vues sur les moyens qu'il jugerait les plus efficaces pour aUmenler ce trésor ; puis n'ayant approuvé aucune des propositions, il établit l'impôt de la y'ieésime'', qui consiste dans le prélèvement, au profit du trésor, du vingtième de tous les héritages ou legs *, ceux des proches parents ou des pauvres exceptés. Afin de mieux faire passer ce nouvel impôt, il feignit d'en avoir trouvé le projet dans les Commentaires laissés par Jules- César *.
Tibère donna au Trésor militaire un autre impur, (jui, créé du
1 Plin. WXUl, 3. = 2 Biolici- in Tac. Aiin. XUI, 29. = » Lap. Anc>r. col. 5. = * Supl. Aup. 49. — nion. LV, -26. = ■> l'iin. l'ancgyr. 57. -Dion. Ihid. — 6 Dion. Ibid. (a) 5,482 kilogr. 470 grani. {'> ^ 7,202 kiloar. 294 giiiiii. (<■; 11,040,000 fr. ''] 530,321 kilogr. 124 grani. (^ 4,895 kilogr. 070. ') 114,218 kilo^jr. ^y\ 11,180,000 fr. ['>) 800,670,000 fr. <•»] 27,078,250 fr.
temps des guerres civiles , portait le nom de Centésime, parce qu'il se composait du centième de toutes les ventes * aux enchères ^ Cet impôt, dont on se plaignait beaucoup, vient d'être abaissé de moitié, et la partie supprimée remplacée par les revenus du royaume de Cappadoce , réduit en province romaine, depuis le décès d' Archelaûs son roi, mort tout récemment à Rome \
Dès l'époque des rois, le soin du Trésor fut confié à des fonctionnaires nommés questeurs *, du verbe quœrere, chercher, parce qu'ils étaient chargés de faire rentrer les impôts ^ Les rois les élisaient; après la destruction de la royauté ils furent élus par les consuls, puis entin par le peuple assemblé en curies ^ Dès ce moment la questure, qui avait été une magistrature patricienne, fut ouverte aux plébéiens '', en conservant néanmoins les insignes des grandes magistratures patriciennes, la chaise curule et les licteurs, deux seulement, mais armés de faisceaux avec la hache*. L'élection curiate ne devint indispensable qu'à l'époque où les questeurs durent suivre les armées, ce qui arriva soixante ans environ après l'expulsion des rois. Rome n'ayant fait jusqu'alors la guerre qu'autour d'elle, à tous ces petits peuples qui voulurent l'étouffer dès son berceau, les questeurs pouvaient, sans sortir de la ville, surveiller les atïaires de finances du dehors. Ils continuèrent à remplir ces doubles fonctions, en faisant de temps en temps de petits voyages aux armées, tant que la république ne porta pas ses armes trop loin; mais à mesure que le théâtre de la guerre s'éloigna, leurs absences durent être plus longues, et de part et d'autre les atïaires en souffrirent. L'inconvénient était grave. On y remédia en créant deux questeurs spécialement pour Rome et pour le dehors ®. Les premiers furent appelés questeurs urbains "*, et les autres questeurs provinciaux : j'ai déjà fait connaître les attributions de ceux-ci ".
Lorsqu'aux tributs que payait déjà l'Italie se joignirent les revenus des provinces, le nombre des questeurs fut porté à huit '^; une loi de Sylla l'éleva jusqu'à vingt, afin qu'ils servissent à recruter le Sénat"; après ce dictateur, il retomba à huit **.
Jusqu'à ces derniers temps l'administration du Trésor avait toujours été confiée aux questeurs; on ne citait guère qu'une seule
» Tac. Ann. I, 78. = 2 Suet. Calig. 16. =3 Tac. Ibid. II, 42. = * Jbid. XI, 22. = 5 Varr. L. L. V, § 81. — Digest. 1, lit. 2, § 22. = g Tit.-Liv. IV, 45, 54. — Tar. Ann. XI, 22. = " Tit.-Liv. Ibid. =* Thesaur. Morell. famil. Pupia, n°^ 1, 2. = » Til -Liv. — Tac. Ibid. = 10 Suel. Aug. 36. — Ascon. in Verr. I, p. 70.= «i Lettre LXX, p. 114. = >» Til. -Liv. XY, Epito. — Tac. Ibid. =« »^ Tar. Ibid, = "> Conjecture.
exception, qui eut lieu sous le quatrième consulat de Jules-César, où, faute de questeurs élus, les édiles curules administrèrent le Trésor pendant toute l'année sept cent neuf'. Aujourd'hui les questeurs urbains n'existent plus : l'Empereur défunt les a supprimés. Voici pourquoi : De tout temps la questure avait été la première magistrature par où l'on débutait dans la carrière politique - (on pouvait \ être élu à vingt-cinq ans^), et pour cette cause elle se trouvait abandonnée à des jeunes gens sans expérience , qui, bien souvent, n'étaient guère que simples titulaires d'une charge dont ils ne connaissaient ni toutes les attributions, ni l'étendue des pouvoirs qu'elle conférait. Les scribes du Trésor * , auxquels tout commerce est interdit *, et qui forment une corporation ^ dont les offices s'achètent ■' et sont perpétuels, les scribes ayant continuellement entre les mains les livres des comptes, possédant les édits sur la matière, étaient les véritables questeurs; ils exerçaient une sorte de despotisme administratif sur ces jeunes gens, incapables de diriger une administration qu'ils n'avaient point étudiée, et non-seulement ils se gardaient bien de leur en dévoiler le mécanisme, mais encore ils leur cachaient soigneusement tout ce qui aurait pu les éclairer. Aussi arrivait-il qu'ils profitaient de l'ignorance de leurs chefs pour se livrer à des malversations si fréquentes, qu'elles étaient dégénérées en habitude *.
Auguste remédia à ces désordres en remplaçant les questeurs par des préteurs , ou par d'anciens préteurs, auxquels il donna le titre de Préfets du Trésor^. D'abord le Sénat élisait ces Préfets, qui sont au nombre de deux, et dont les fonctions durent un an '"; mais ensuite l'Empereur , pour éviter la brigue, décida que l'on tirerait ces magistrats au sort , toujours parmi les anciens préteurs ; et cela se passe encore ainsi aujourd'hui ". Pour les relations du Trésor avec les armées, il y a des fonctionnaires nommés Tribuns du Trésor, qui touchent les sommes nécessaires à l'entretien des troupes, la paye des soldats, et les remettent, ou les font parvenir aux questeurs. J'ai déjà parlé de ces tribuns '^, espèce de fonctionnaires mitoyens, intermédiaires obligés entre les armées et le Trésor, soit parce que les mi-
* Dion. XLUI, 48. = ^Til.-l.iv. IV, 54. — Cio. in Vrrr. I, 4. — Tar. Ann. \l,2a: Xni, 29. — Ascon. in Divinat. p. 29. =2Aoad. des Inscripl. nomel. série, t. XIU, p. 521 el suiv.= • Fesi. v. Seiibas. = s Suel. Domit. 9. =6 hoc. U, S. 6, v. S6. = ' Suet. Hoi. \il. — » IMul. Cato. min. 16. 17. =» Tac. Ibid. XIU, 59.— Suel. Aug. 56. — Uion. LUI, 2. — A. CcW. Mil. 25. = i» Dion. Ibiil. = ti T;,r. Ibid. = '« î-eltrc XXXIX, I. II, p. 189.
LETTRE LXXIX. i.H
litaires ik^ peuvent relever que de magistrats de leur ordre, s.iit parce qiraiiciin oHicier revêtu d'un commandement ne peut enliei' dans la ville *.
Le Trésor militaire, seul n'est point administré par des Préfets, mais par des Préteurs spéciaux , désignés aussi par le sort, parmi d'anciens consulaires. Ils sont au nombre de trois, nommés pour trois ans; chacun a deux licteurs et plusieurs employés particuliers'.
Il règne dans l'administration du Trésor un ordre si parfait, que l'Empereur peut, en un instant, connaître la situation tinancière de l'empire ^ Les recettes sont portées sur des registres particuliers appelés Pascua, parce que les pâturages composèrent longtemps le seul revenu de la république *. Les dépenses sont inscrites sur d'autres livres *, et ne s'acquittent qu'après avoir été ordonnancées par un sénatus-consulte ''j ou par l'Empereur * ; car le prince, quoique ayant son trésor particulier, que l'on nomme le Fisc'' , dispose aussi à son gré du Trésor public *.
Les indemnités aux proconsuls, pour frais de route et de voyage, sont les seules dépenses qui se paient sans être préalablement autorisées ^ : on remet à leur questeur une somme dont, au retour de la mission , il doit rendre au Trésor un compte écrit et détaillé par nature de dépense'". De son côté le proconsul rend le même compte séparément, afin que ces deux comptes puissent se servir mutuellement de contrôle. Les originaux réglés et vérifiés restent dans les deux principales villes de province, et l'on n'en dépose qu'une copie au Trésor de Saturne "; mais j'ai déjà dit cela en parlant du gouvernement des provinces'*.
Le Trésor du butin que Ton pourrait appeler le quartier-général de la gloire romaine, n'est pas tenu avec moins d'ordre; chacun des milliers d'objets qu'il renferme , soit armes, soit meubles, soit statues, ou autres objets d'art, est non-seulement inscrit sur des registres, mais inventorié avec tant de soin, que son article contient sa description complète , et que , pour les statues, par exemple , on y trouve relatés leur grandeur, leur attitude, leur draperie, et jusqu'à leurs attributs '\
1 Dion. LV, 25. = « Sud. A\ig. 101.— Tar. Ann. I, 11.= 3 Plin. XVUI, 3. = ' l'Iiil. Calo. min. IG, 17.— Ascon. in Vcrr. I, p. 70.—^C\c. in Valin. 13. — l'oljb. VI, 3.— Dion. LVIU, 18. — Plut. Lucull. 13. = -^^ Dion. LUI, 16. = ^ Tac. Ibid. VI, 2. - Sm". Ibid.— PWu. Pancgyr. 36. = » Dion. Ibid. = » Poljb. VI, 3. = i» Cic. in Veir. I, 1", U, 38.= " Id. ad Àliic. V, 20; Ep. famil. II, 17.= iJ V. Lettre LXX, p. 117,= 'Uic. Ml Verr. I, 21.