‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 19 sur 44 · III · texte numérisé non relu

III

•2o8 ROME AU SIÈCLE D AUGUSTE.

L'établissement du Trésor de Saturne remonte à l'origine du gouvernement républicain ; Valérius Publicola , consul avec Brutus après l'expulsion des rois, ayant, pour soutenir la liberté, remis en vigueur un impôt de guerre institué par le roi Servius et négligé pendant tout le règne de Tarquin *, ordonna que le temple de Saturne servirait à serrer les deniers publics. Cette destination s'est perpétuée jusqu'à nos jours-, où le temple a été restauré par Munatius Plancus^ l'un des courtisans de l'Empereur Auguste.

Rien de plus animé que l'aspect du Trésor de Saturne : c'est un mouvement continuel ; ce sont des allées et des venues de gens de toutes conditions, de toutes professions, de tout âge; car les salles, môme celles où travaillent les scribes, demeurent pendant le jour constamment ouvertes au public. Dès le matin arrivent les Préfets '* et les Scribes, se rendant à leur poste; puis toute la journée, des tabellaires, esclaves porteurs d'avis des sommes recouvrées; des muletiers ^ et leurs mulets agitant sur leur tête des clochettes dont le son argentin semble annoncer le riche fardeau qu'ils portent ® ; des crieurs, proclamant leur arrivée; des viateurs, venant prendre les sommes dans des paniers, et les portant dans l'intérieur " ; des libripendes ou peseurs, recevant ces paniers sur des balances *, etc. ; et, de temps en temps, au miheu de tout ce fracas, les Préfets allant, entourés d'une pompe militaire, remettre les enseignes à quelque légion réunie dans le Champ-de-Mars, et sur le point de quitter la ville' ; ou des ambassadeurs étrangers venant, selon l'antique usage , faire inscrire leurs noms sur les registres du Trésor, pour constater leur arrivée à Rome '°.

Je suis sorti du Trésor de Saturne émerveillé, comme de presque tous les établissements que je visite ici. Chez aucune autre nation, on ne trouverait, je crois, un temple comme celui-ci, renfermant tous les actes les plus importants, toutes les richesses de l'empire, tous les trophées de victoire depuis des siècles; et auprès de cela , le dépôt des enseignes militaires, comme pour rappeler que la guerre, qui a fait Rome ce que nous la voyons, doit aussi toujours contribuer à enrichir son Trésor.

1 Tit.-Liv. I, 42. =2 Plut.b Plie. 1 ; Qutfsl. rom. p. 113. = » Suef. Aug. 29.= 4 Plut. Calo. min. 18.= 5 Cic. in Vevr. HI, 79. = « Phird. U, 7. = '' Cic. Ibid. =- 8Yan. L. L.V, g 183. = 9 Tit.-Liv. Ul , 69 ; VU, 25. = »" Plut. Qusesl lom. p. 113.

Page 1