‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 21 sur 44 · I.ETTRR LXXXI. Ttô · texte numérisé non relu

I.ETTRR LXXXI. Ttô

variéfi'. Là aussi, par une nimiie d'imitation, pour ainsi dire perpétuelle, tout porte des noms grecs^.

Mais aujourd'hui mon but n'est pas de te décrire ces maisons d'une magnificence vraiment royale; d'ailleurs je ne ferais guère que répéter ce que j'ai déjà dit en décrivant la maison de Mamurra ^ Je veux essayer de te faire connaître une Villa véritable. C'est maintenant une rareté, car on en voit peu en Italie, excepté dans les provinces les 'plus éloignées*; elles sont en Sicile'', et dans les pays d'outremer ^ Néanmoins il en existe encore quelques-unes aux environs de Rome, et Pomponius Atticus en possède une fort belle à Nomentum'', dans la Sabine*, à quatorze milles (") seulement de la ville ^ Un peu de hasard m'a fourni l'occasion de la visiter dans tous ses détails.

Je me récriais un jour devant mon ami de ce que Ton donnait le nom de Villas à ces somptueuses propriétés qui couvrent le Latium et la Campanie, et j'ajoutais que je n'avais pas encore vu une véritable Villa. « Dans deux jours je vais à Nomentum, me dit Atticus, venez avec moi ; je vous en ferai visiter une qui ne se distingue point par un luxe stérile, et dans laquelle, sans sacrifier tout-à-fait l'agrément, j'ai néanmoins visé à l'utile, au produit; car je pense comme Cicéron: de toutes les professions qui peuvent enrichir, la meilleure, la plus féconde, la plus douce, la plus digne d'un homme libre, c'est l'agriculture*". »

SECTIo^ II. Aspect de la campagne de Nomentum. — La Fenaison. — Manière d'exploiter les Villas. — Agents d'exploitation. — Nous quittâmes Rome par la porte Colline et la voie Salaria, et presque au sortir de la ville nous 'prîmes à droite une voie qui conduit à Nomentum, dont elle emprunte le nom". A troismilles {''] de Rome nous passâmes TAnio sur un pont de pierre, et immédiatement audelà du pont, adroite delà route, sur la rive droite du fleuve, dans un coude qu'il fait en cet endroit, Atticus me montra le mont Sacré '^, lieu fameux dans l'histoire romaine par cette retraite des Plébéiens à la suite de laquelle furent créées les tribuns du peuple, il y a

1 llor. I, Ep. 10, V. 22. — IMul. Luoull. 39.— Nibby, Viagtiio aniiq. C. 11, 12, 21, 25 ; Analisi délia Caria de' diiitorni di Kotiia, \. Tusculum, t. Ml, p. 532. — Leltie LXXXIV, passiin. = 2 Varr. K. 1!. Il, prœf. = ■» l.eltrc IX. I. I, p. 274. = * Varr. Ibid. IM, 2. = s Klor. m, 19. = e l'iiii. XVIU, 10.=z-(;. Nep. Allie. U.:=8Sliab. V, \>. 228 ; ou 180, Ir. fr. = "' Aeadein. des liisciipl. l. XXX, p. 196, 229. — Xililij , Anali^i délia Caria de' dintorni di Koiiia, v. Nonienluin, l. Il, p. 409.^1" Cic. de Ollie. I, 42.= " Aeadeni. des Inscripl. l. XXX, Carie des environs de Rome. — \V. (iell. Caita de' diniorni di Ronia. =; 12 ji;ii)by, Analisi délia Caria de' dinlorni di Ronia, v. Saero, l. III, p. T>'S. (") 20 kilomèlr. 740. (''"> 4 kilonicMr. 4V'(.

lit. 48

cinq siècles environ*. C'est une petile colline presque isolée, qni n'est remarquable que comme bonne position militaire, du côté de Rome, où elle est couverte par l' Anio.

Immédiatement au-delà du pont de Nomentum commence la Sabine, province très-montueuse^ mais singulièrement fertile : elle nourrit beaucoup de bétaiP, et dans quantité d'endroits elle offre des coteaux en pente douce *, chargés d'oliviers' et de vignes, principales productions dupays^ et entremêlés de prairies. L'aspectde cette riche culture forme un spectacle ravissant. Les sites variés du pays étaient animés par les travaux agrestes, et surtout par ceux de la fenaison. Les foins se font ici avant que la graine soit mûre', vers les kalendes de Juin* * {"). Les ouvriers avaient la tête ceinte d'une espèce de couronne d'herbe tordue, pour se garantir de l'apdeur du soleiP. Les uns fauchaient avec une faux beaucoup plus petite que celles dont se servent nos agriculteurs, et qu'ils maniaient d'une seule main ; d'autres, armés de petites fourches, étalaient et retournaient cette herbe pour la faire sécher. Quand elle était parfaitement fanée , mais non entièrement desséchée, car dans le premier état le produit et la qualité sont supérieurs, ils la mettaient en tas "* très-pointus *'. On la liait ensuite en petites bottes du poids de quatre livres'- (''), que des chariots venaient enlever. Derrière les chariots des ouvriers ramassaient avec des râteaux les débris restés sur le champ, et en formaient de nouveaux tas''; puis les faucheurs revenaient sur les parties ainsi râtelées, pour y passer encore une fois la faux et abattre les sillons formés par la première fauche '*.

La vue de ces travaux amena naturellement la conversation sur les Villas et leur exploitation. « — Faites-vous, dis-je à mon compagnon de voyage, pour vos Villas comme pour vos maisons de Rome; les atfermez-vous pour un prix déterminé ? — Quelquefois oui, quelquefois non, me répondit-il. Une Villa éloignée, en Sicile par exemple, ou même dans quelque autre province, se loue d'ordinaire

1 Tit.-Liv. n, 52, 53. — V. 5lax. vin, 9, 1. — D. Halic. VI, 45-49, elc. = « Ilor. Il, od. 4, V. 21. — Sirab. V, p. 228 ; ou 179, tr. fr. = » Sirab. Ibid. ; ou 182, Ir. fr. = * Modici clivi. Columcl. V, 8. —^ lbid.—0\. Fasl. lU, v. 151. — Plin. XV, 3. =« Hor. II, od. 20, V. 1. — IMin. XIV, 2, 3. — Strab. Ibid. = " l'ienum... prius(iuani semen niatuium siLl, sccalo. Calo. 53. — Columel. II, 19. = » Plia. XVMI, 2C. = » Ha falcom, et loilo fronlem niihi comprime fœno : Jurabis nostra gramina sccta manu. l'roperl. IV, 2, V. 25, 26.— Tempera sœpc grrens fœno religata recenti, Deserlum poleral gramen versasse videri. Ov. Melam. XIV, v. 6^5, 646. = '» Yarr. 15. 11. I, 49. — Plin. NVIIl. 28. — Columel. II, 9.= " In mêlas exstrui. Columel. Il, 19. := '^ Plin. Ibid. = '3 Varr. Jbid. = 1* Yarr. — Plin. Ihid. («) l" juin. C-) 1 kilogram. 305.

à des 2;ens de condition libre nommés colonsK On leur fait nn bail d'un lustre^, et ils exploifonl à leurs risques et périls. La location se paie en argent, avec quelque redevance en nature, telle que du bois et autres productions de la Villa ^, ou bien tout en argent, ou tout en nature*, en fruits nouveaux °, Dans ce dernier cas, le maître du fonds, envoie quelquefois un agent sur les lieux pour recueillir sa part des fruits, et voir si on ne le fraude pas ^ Les fermages s'acquittent tous les ans aux kalendes de Mars '' (").

«Du temps de Caton l'Ancien, ce dernier mode d'exploitation était aussi en usage en Italie : l'exploitant , appelé />o/?7or pour les terres à blé, et puftiarius \iOuv les vignes, recevait la buitième partie du blé en épis, dans une bonne terre de Casinum ou de Vénafre ; la septième, dans une terre de moyenne qualité ; et la sixième dans une terre de troisième classe. Si le blé était en grain, la part du politor se composait du cinquième de la récolte *. Il recevait également le cinquième de l'orge ou des fèves *. Les bœufs et les autres troupeaux étaient fournis par le maître ; ils demeuraient sa propriété comme la terre, mais le politor avait droit à la moitié du croît', ainsi qu à la part de foin et de fourrage nécessaire pour leur nourriture *°.

« Nous avons aussi des colons en Italie , mais d'une espèce toute particulière, car beaucoup cultivent des champs qui leur appartenaient jadis, et dont ils ont été dépouillés pour satisfaire la farouche avidité des soldats vétérans des guerres civiles". C'est ainsi qu'une partie des terres et des bois de la belle et fertile Campanie leur appartient, par don du divin Auguste '-.

c( Pour peu qu'une terre soit bonne, il y a plus de profit à la cultiver soi-même. Néanmoins, si l'on ne peut la visiter souvent, mieux vaut la louer, parce qu'une culture abandonnée à des esclaves, race infidèle et toujours peu soigneuse des intérêts du maître , devient plutôt onéreuse que fructueuse ; ils laissent dépérir les troupeaux ou les louent à des étrangers, cultivent mal, laissent voler le blé, ou le volent eux-mêmes , soit en portant sur leurs registres des quan-

1 Coloni. Cic. pro Cœcina, 52.— Columel. 1, 7. — Plin. III, Ep. 19 ; X, Ep. 24. — Scnec. do Benef. VI, 4. — Digcst. VII, til. 1, Icg. .58 ; XXXII ; XXXIII, passim. — Inslil. 11, lil. 1, § 56. = 2 pijn. IX, Kj>. 57. — Di?osl. XLVII, lit. 2, leg. 69, § /(. = 3 Columel. Ibid. = * l'iin. Ibid. =■> Cic. Brul. 4. = « Plin. Ibiil. = "? Digest. VII, lil. 1, Ior. .",8. = 8 Cato. 156, 157. = 9 Digest. XV!I, lil. 2, log. 52, g 2 ; XIX, lil. 3, log. 15, § 1. = 10 Ibiil. 157. = 11 llor. Il, S. 2, v. 1 1 '«.— Virg. C.coig. IV, 12.Ï, 1/(6. -Appi.in. cU- Bell, civ. V, p. 181. — Serv. in Virg, Ibid. = '^ Fi-ont. de Colon, p. 115, 129. (") lei mars,.

tités moindros que celles récoltées, soit en comptant plus de semence qu'ils n'en ont employé'. Cela leur est d'autant plus facile, que cette partie de l'agriculture ne saurait être réglée tout-à-fait : d'habitude, on met quatre wîorfiï (") de froment par jugèreC") dans les terres fortes , et cinq {') dans les médiocres ; mais ces proportions varient suivant les lieux, les saisons et la température de l'air : les semailles d'automne exigent moins de grain que celles faites à l'approche de l'hiver ; celles faites par un temps humide , moins que celles faites dans un temps sec^

« Quand on loue à des colons, on s'arrange, autant que possible, pour que tout soit cultivé en blé, parce qu'ils ne peuvent rien détruire, comme dans une culture composée de vignes et autres plantations.

« — Change-t-on souvent de colons? — Rarement; la Villa la mieux en valeur est toujours celle où les colons sont indigènes , et pour ainsi dire nés dans la maison paternelle. Je pourrais vous citer des Villas où, depuis de longues années, les mêmes se succèdent toujours de père en fils^. — Je vois, d'après ce que vous venez de me dire sur la manière d'exploiter, que ce précepte par lequel le Carthaginois Magon commence son traité d'agriculture : Quiconque achète un bien rural , doit vendre sa maison de ville *, demande presque toujours à être suivi rigoureusement. — Il ne faut pas prendre ces expressions à la lettre : 3Iagon a voulu seulement faire entendre par là que la présence du maître était souvent nécessaire. Cependant , quand on a fait choix d'un bon Villicus, on peut rendre les voyages moins fréquents.

« — Qu'entendez-vous par un Villicus? \ous semblez surpris: mais je vous préviens que mon ignorance est fort grande dans tous ce qui concerne les Villas d'exploitation. — Le Villicus est un esclave chargé de diriger en chef tous les travaux rustiques ^ Comme vous voyez, son nom vient du mot Villa*. Il est habituellement élevé et formé par le maître qu'il remplace et représente pendant son absence'', et jouit d'un pouvoir absolu surtout le monde*, à l'exception du Projnus ou maître cellérier^ Personne ne peut sortir des Umites de la Villa sans être envoyé par lui *"; il juge les contestations

» Columel. 1, 7. = 2 Id. H, 0.— Vair. H. R. 1, 44.^» Columel. I, 7. = * Qui agrum parabil domum vendat. Id. I, 1. — Plin. XVIU, 6.= ^ Columel. I, 8. = « Varr. Jbid. 2. — "J Columel. XI, 1.— Cic. OEoonom. II. = 8 Columel. 1, 8 = 9 Varr. Ibid. 16. = ^" Columel,— Varr. Ibid. (<») 34 lilr. 684 niillil. C") 23 ares 28 cent. ('') 45 lilr. sr.ô m.

LETTIŒ LXXXl. 277

onlre les esclaves \ punit ceux qui manquent à leurs devoirs *, a le droit de les faire mettre aux fers^ mais ne peut les délivrer sans en informer le père de famille. L'inspection générale sur tout ce que renferme la A'illa lui appartient : esclaves , bestiaux*, nourriture, habillement^. Deux fois par mois, aux jours fériés, il fait une revue jiénérale des outils de fer et des habits. — Un Villicus, répondis-je , doit posséder bien des qualités pour remplir convenablement son poste.

« — Oui, certes, reprit Atucus, et l'on se trompe plus d'une fois avant de rencontrer l'homme convenable. Il faut qu'il soit habitué dès l'enfance aux travaux rustiques et à la fatigue ; qu'il connaisse bien la culture et puisse en remontrer aux ouvriers placés sous ses ordres ' ; qu'il cherche toujours à s'instruire '' , soit presque aussi habile que son maître *, et n'ait point la prétention de connaître ce qu'il ignore^. Il peut ne pas savoir lire , et néanmoins parfaitement conduire sa chose , s'il a une excellente mémoire. Au yeux même de bien des personnes, son ignorance est presque une qualité, attendu qu'elle le rend plus défiant, plus dilTicile à tromper, et l'on n'a pas à craindre qu'il fasse des comptes fictifs. Il doit être marié : le mariage le rend plus sédentaire, et lui procure en même temps une compagne pour le soulager dans une partie de ses travaux. Autant que possible , on doit prendre un Villicus dans la force de l'âge '" : depuis trente ans jusqu'à soixante, s'il est d'une santé robuste '^ ; trop jeune, les vieux ne lui obéiraient qu'avec peine ; trop vieux , il ne pourrait supporter la fatigue du travail '^

« Son caractère exige aussi beaucoup d'attention : on a vu des ViUici gâter les affaires de leur maître pour n'avoir pas su commander d'une manière convenable ". Qu'un Villicus ne soit donc ni trop indulgent, ni trop sévère aVec les esclaves; qu'il protège les meilleurs ouvriers, sans tourmenter les moins bons, et fasse craindre sa sévérité, et non redouter sa cruauté '* ; il y parviendra en s'altachant à prévenir les fautes plutôt qu'à les punir , c'est-à-dire en tenant toujours les esclaves occupés, car l'oisiveté conduit au mal. Il doit avoir des mœurs pures, ne jamais s'enivrer, dormir peu et donner l'exemple de la frugalité et du travail '^ ; c'est pour cela qu'il faut

1 Calo. 5. = 2 Ibid. — VaiT. l\. R. I, 16. = » Columcl. 1, 8.= * Id. I, 8 ; XI, 1. = ■> Ibid. — Cato. 14-2. = G Coliimel. Ibid. ='' Ibid. — Calo. 5. = « l'Iin. XVIH. 6. = '•> Columcl.— Calo. Ibid. = i» Coluniel. Ibid. = " Id. XI, 1. = '2 Ibid. 1, 8.— Calo. :>. = 13 Columcl. XI, 1. =1* /(/. I, 8 ; XI, 1. = 'syôid.-Cato. 3.

278 HOME AV SIÈCt.E D'AUGUSTE.

éviter de le prendre parmi les esclaves de la ville, qui sont, en i;énéral, paresseux, dormeurs, habitués à l'oisiveté, au Champ, au cirque, au théâtre, aux jeux de hasard, aux tavernes, aux mauvais lieux *.

(c Le Villicus représentant le maître dans une Yilla, jouit de plusieurs distinctions notables : ainsi il mange seul, et en vue de tout le monde, quoique sa nourriture soit la même que celle des autres esclaves. Il mange assis, et les jours de fête seulement se met à table couché. Ces jours-là il fait des présents aux plus laborieux et aux plus frugaux, et quelquefois les admet à sa table, ce qui est pour eux un honneur-. 11 se fait servir, dans ce qu'il ne peut faire lui-même, par sa femme, ou un vicaire ^ car jamais il ne doit employer pour lui les esclaves du maître*.

«Le Villicus fait aussi, en l'absence du maître, les sacrifices ordonnés par ce dernier pour la lustration des champs ^ ou la conservation des biens de la terre ^ Également chargé de veiller sur le moral des esclaves , il doit chasser les aruspices , les magiciennes , les augures, les devins, les chaldéens, qui, par de vaines superstitions , entraînent à des dépenses, et de là au crime '.

« Défense expresse lui est faite d'accorder l'hospitalité aux voyageurs, à moins qu'ils ne soient parents ou amis de son maître*. S'il sort, ce ne doit être ni pour aller à la chasse ®, ni pour souper dehors "*, mais pour venir au marché acheter ou vendre quelque chose qui tienne à ses fonctions", tout commerce pour son propre compte lui demeurant interdit*^; ou bien pour aller étudier une culture voisine. Dans tous les cas, son absence dure le moins possible'*, et jamais il nedécouche sans la permission du maître*^

« Le choix de la Yillica sa compagne '* ne demande pas moins de discernement. On ne la prend ni trop jeune, ni trop âgée, afin qu'elle inspire plus de respect aux ouvriers, et soit plus ai)te à supporter la fatigue; on tâche quelle soit d'une santé robuste, et d'un physiqni^ agréable, sans cependant être trop jolie '^ Elle doit craindre son mari, n'être point trop fastueuse, se lier aussi peu que possible avec les voisines et les autres fenunes, ne les point recevoir, ne pas aller souper dehors, être sédentaire. 11 faut encore qu'elle soit proprement

1 Columcl. I, 8. = 2 Ibid. ; XI, 1 . = 3 Conjorluie. V. Lcllre XXII, I. T, p. 431.= * Columcl. Ihid. = ^ Ibid. — Caio. lU. = « Fost. v. Calularia el lUitiliC. ='' Columcl. Ibid. — Cato. 5. = 8 Columcl. 1, 8. = » /(/. XI, 1. = '« Ibid. : I. 8. — Calo. 5. = n Colurael. Jbid. =^^ld. 1, 8. = i» Id. XI, 1. = »* Vair. W. li. 1, IG. = Vi Columcl. I, 8. — Calo. 145. = 16 Columcl. XU, 1. -

LETTliE LXXXI, il',)

vôliio, ne lasse aiiciiii sacrifice sans l'ordre du uiaitre ou de la niaitrossc'; soit 1res sobre, très chaste, et nullement superstitieuse-.

« Ses fonctions consistent à seconder son mari, à tenir tout dans un ordre parfait*. Comme l'intérieur de la .Villa la concerne particulièrement, elle a soin, aux noues et aux ides de chaque mois («), ainsi qu'aux fêtes, de suspendre une couronne au foyer, et d'adresser sa prière au Lare domestique'^.

« Voilà, sous les ordres du maître, les deux régisseurs d'une Villa. Avec ces deux agents, possédant toutes les qualités que je viens d'énumérer, un fonds doit rendre à son propriétaire tout ce qu'il a droit d'en attendre.

« — Le VillicusetlaVillica sont, dites-vous, les seuls régisseurs d'une Villa; mais il me semble avoir entendu parler d'un agent qu'on appelle le Procurateur, et aussi important qu'indispensable? — Indispensable, non : car il n'y en a pointdans toutes les Villas. Dans celles où il y en a, le Procurateur passe avant le Villicus ^ C'est un homme de condition libre^ chargé de tenir tous les comptes. Les grandes exploitations sont ordinairement administrées par des Procurateurs. Quelquefois, quand un citoyen possède deux Villas voisines, il n'a qu'un seul Procurateur pour les deux '', au lieu que, dans une grande exploitation, on compte souvent plusieurs Villici. Par exemple, je possède auprès de Vénafre une culture d'oliviers de quatre cent quatre-vingts jugères {^] : j'ai deux VilUci pour la diriger'; à Nomentum, et à Ardée^ je n'en ai qu'un seul et point do Procurateur.

({ — Ainsi, repris-je, on peut dire en résumé : une Villa est toujours ou louée à des colons, ou exploitée par son propriétaire ; dans ce dernier cas, deux esclaves de choix, nommés l'un le Villicus et l'autre la Villica, en sont les régisseurs, et tous les travaux sont exécutés par les esclaves du maître. — Dites : les travaux en général, mais non pas tous; car pour les foins, pour la moisson, pour les vendanges on prend des ouvriers de supplément, gens de condition libre, qui se louent pour ces travaux spéciaux '", et se payent quelquefois en nature, tels que les moissonneurs, par exemple ''. Il y a

» r.alo. 145. =: - Columcl. XII, 1. = » Ibid. 2. = '* Calo. 145. = ' Proniralor. Cir. dp Oiat. I, 58. — Columel. I, C. = fi Cic. pio CiPoina, 20. ='^ Pliii. Ul, Ep. I'.!. = 8 Varr. II. P.. 1, 18. =» C. Ncp. Altic. U. = '<> Varr. li. 15. I, 17. — Cir. de Ollic. I, 13. — l'Iul. C. (".race. 13. = '• Cato. 130. (") Le 5 ou le 7, et le 15 ou le 15 de cliï- ([ue mois. ['') 121 hectares, 56 aies, 28 cciiliaies.

'i.SO HOME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.

même une circonstance dans laquelle nous préférons les ouvriers de louage, ou bien ces débiteurs connus sous le nom d'obérés, qui engagent leur travail pour acquitter leurs dettes : c'est lorsqu'une ville est située dans des régions malsaines', et il y en a même en Campanie *. — Pourquoi donc ne vous servez-vous pas d'esclaves? — Parce qu'ils finiraient par être victimes de l'insalubrité du pays, ou qu'il faudrait les y laisser peu de temps, sans néanmoins éviter tout-à-fait les inconvénients du séjour. Or, un esclave de campagne nous coûte six ou huit mille sesterces' (°); ce serait donc trop risquer. Vous comprenez alors que nous préférons employer des ouvriers qui ne s' engagent que pour une saison ou seulement pour quelques journées, et dont la perte, s'ils succombent, ne coûte rien au maître qui les emploie*. c( — Combien comptez-vous d'ouvriers ou d'esclaves pour une certaine étendue de terre, pour un jugère, par exemple? — Cela dépend de la nature et de la situation des terres. Cependant, pour parler en général, et s'éloigner le moins possible de la vérité, on compte un esclave pour huit jugères* C"). Relativement aux animaux, une paire de bœufs suffit pour cent jugères" (•■). Je dis des bœufs, pour parler en termes généraux, car on se sert aussi pour le labour, de vaches, de mulets, d'ânes, suivant la qualité des terres, et les facilités qu'elles offrent pour les nourritures ^

« — Quelle est la condition des esclaves? Comment les traitez-vous? Après le Yillicus et la Villica, est-il d'autre rang distingué? — Oui, certes : parmi les simples esclaves, nous avons les Maîtres des travaux '', chefs de chaque espèce de culture, dirigeant, surveillant les ouvriers, sans néanmoins avoir droit de les frapper, et travaillant avec eux. On choisit pour ces fonctions les plus intelligents, les plus soigneux, les plus sobres, les plus âgés. Ils sont mariés à des esclaves de la Villa, et on leur concède un petit champ dont la culture leur rapporte un léger bénéfice. Outre cela, on les traite plus libéralement pour les vivres et pour les habits; ces petits avantages les rendent plus actifs, plus laborieux, plus attachés. De temps en temps, je leur distribue des récompenses, et leur accorde quelques distinctions.— Et les simples esclaves? — Ils sont nourris et habillés*, et quand ils commencent à devenir maladifs et à vieillir, on les vend^.

' Varr. R. R. I, 17. = 2Cic. de \a-^. a£?rar U, 26, 27. = 3 Columel. UI, 5 — Plul. Calo. maj. i. = 4 Va,r. ibid. 18. = 3 Ibid. 19. = « Ibid. 20 ; 11, 6. = » n|ipium mngistri. Colunsol. 1, 8, 9. = 8 Varr. Ibid. 17. — Columel. Ibid. —'■> Calo. 5. ^"j 1163 a 1332 fr. ('') 2 liecl. 2 arcs 27 centiares. (<•) 23 lieci. 28i arcs.

« Il y a encore le Maître du ^row/jeaw ', chargé en chef du soin des troupeaux de gros et de petit bétail, comme le Villicus du soin de la culture-. 11 est aussi plus âgé et plus expérimenté que les autres pasteurs, et tous sont sous ses ordres'.

« Les esclaves femelles qui ont élevé trois enfants , reçoivent des exemptions de travail, et la liberté, quand elles en ont produit un plus grand nombre *. »

Tout en causant ainsi, nous arrivâmes à Ficulnea*, qui donnait jadis son nom â la voie Nomentane" ; trois milles plus loin, la route fléchissant un peu sur la gauche'', et commençant à se border de tombeaux, nous annonça que nous approchions deNomentum^, aux portes de laquelle nous nous trouvâmes bientôt. Au lieu d'entrer dans la ville, nous prîmes un chemin de traverse arrangé avec du gravier®, et qui mène de la voie publique à la villa d'Atticus '". « Cette voie esta moi, me dit mon hôte; c'est une voie privée 'S et cependant je ne puis en interdire la jouissance au public '^. Elle dessert plusieurs villas, mais elle n'aboutirait qu'à la mienne, que la servitude n'en existerait pas moins pour aller aux champs qu'elle avoisine ". Voies agraires est le nom général que nous donnons à ces chemins'*. Il y en a de deux sortes, des grands et des petits : le grand, nommé «ctus *^ ou diverticulum^^ , est pour les chars et les troupeaux de gros bétail*'' : il a juste la largeur d'un char'^; le petit, appelé iter, sert aux gens à pied, en litière, ou à cheval '^. »

Dès l'entrée du diverticulum, nous nous trouvâmes sur les terres d'Atticus. Les confins en sont marqués, d'un côté, par un espace de cinq pieds (") laissé en friche, entre sa propriété et celle des voisins^", et de l'autre, par des bornes de pierre-' ou des plantations d'arbres tels que des pins, des cyprès, des ormes, et surtout des peupliers. On veut, par là, tâcher d'éviter les querelles et les rixes qui souvent s'élèvent à propos des limites, entre les esclaves de deux exploitations limitrophes ^^

» Magisler pecoris. Varr. R. R. 1, 2. = 2 Ibid. = 3 Ibicl. H, 10.= * Columel. I, 8. = 5 Nibby. Viedcgii aplichi, c. 2, § 1. = " Til.-Liv. Ul, 52.= •? Nibby, lbid.=^ Id. Kwalisi délia Carta de' dintorni di Roma, v. Xomentum, I. \\, p. 414= ^ Cic. adU- Frai. lU, 1. = 10 Suet. Nero. 48.= *' Via privala. Digesl. XLIll, lit. 8, leg. 2, § 21, 22.= 12 Ibid. g 23. = 13 Ibid. ,§ 2t, 22, 23. — Teronl. Eunurli. IV, 2, v. 7. = >* Viœ agi-nrice. Digesl. XLIII, til. 8, ,§22. = "S Dig^st. VIII, lit. 3, leg. 1, 12. =is Ihid. 1, 7, 12. — l'iin. XXXI, ;{.— Suel. Nero. -48.— Seiv. in .^^.neid. I\, v. 379.= '"^ Digesl. VIII, lil. 5, leg. 1, 7, 12. = i« Isid. Orig. \V, IG. = '9 Digesl. Ihid. =2" Cic. de l.egib. I, 21. = -' Tibull. I, 3, V. 43. = '^'- Varr. II. K. I, 15.— Ilor. Il, Ep. 2, v. 170. — Sieul. Flacc. de Cond. agr. p. 7. /') 1 rnélrc 481.

t>8-2 ROME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.

Le terrain frontière a été établi par la loi des Douze Tables. C'est comme un sol public, sur lequel cbaque cultivateur a droit de passer à pied, à cheval, et de tourner la charrue, mais qui n'appartient, ni ne peut appartenir à aucune des deux propriétés qu'il sépare'.

La loi des Douze Tables a réglé aussi que tous les arbres limites, dont les rameaux s'étendent sur le champ auquel ils n'appartiennent pas, doivent être élagués à quinze pieds (") du sol. On manque d'autant moins à cette prescription, qu'en cas d'inexécution, le propriétaire riverain aurait droit d'y procéder, et de garder pour lui le produit de Télagage^

Les bornes sont toujours en pierre étrangère au pays, de couleurs variées , et portant inscrits sur leurs parois le nom du territoire, celui du possesseur ^ et l'étendue de la terre*.

Je remarquai aussi, de loin en loin, quelques carcasses de têtes d'ânes fichées sur des pieux : « Ce sont, me dit Atticus, des préservatifs contre les influences malignes qui pourraient atteindre les champs ^ »

Les pièces de terres situées au centre, et loin de tout voisinage, sont plantées du côté du nord seulement; par jà, on n'abrite point les récoltes des rayons du soleil, et l'on a en même temps des arbres qui fournissent avec abondance du feuillage pour les brebis et les bœufs ^ auxquels on donne cette sorte de pâture, comme je le dirai tout-à-l'heure.

Quand notre char (nous étions dans un rheda'' attelé de mules") eut roulé quelque temps sur ce joli chemin de gravier, j'aperçus devant nous une montagne boisée, entourée de vastes pâturages. — « Nous voilà arrivés, me dit Atticus ; après ce biais que fait le chemin, vous verrez ma Yilla. Elle s'élève de l'autre côté de la montagne, à l'exposition dulevant équinoxial, de manièrequ'ellea de Tombre pendant l'été, et du soleil pendant l'hiver^. On peut l'habiter en tout temps, et l'insalubrité du canton n'oblige pas à la déserter pendant la saison des chaleurs, ainsi que cela se voit dans certaines parties de notre belle Italie '".

«Voici les vergers et les viviers, continua-t-ii, en me montrant plusieurs enclos, fermés les uns d'une haie vive en épine et en fram-

1 Cic. de Legib. 1, 21. = 2 Diiiest. XLHI, til. 27, le?. 1, g! 7. = » Front, de Colon. p. 117.— Hjgin. de limil. p. loO, 133. — Simplie. de Condit. agr. p. 87, 88. = * /*("(/. — Hor. I, S. 8, V. 12.=: » Coluiiicl. X, v. 3ii. = « Varr. R. II. I, 21. - Calo. C. 33: T Hov. I, S. .ï, V. 86 ; 11, S. 6, v. .'(2. = « Uor. 1, S. 5, v. i7. — Mail. VIII, 61. = 9 Varr. Ibid. 12. — Columcl. I, 5. — '« Calo. 14. (") i niélr. 444.

LETTUE LXXXI. 285

hoisiors inélaiiyés •, ou de perches très rapprochées et entrelacées de branchages; les autres, de pieux h claire-voie, consolidés par deux, ou trois traverses sur leur hauteur; d'autres, d'un large fossé rempli d'eau- (chose rare dans cette contrée généralement aride*), et dont les terres avaient é(é rejetées en dedans pour en former une espèce de rempart; enfin d'autres, de simi)les troncs d'arbres fichés en terre les uns contre les autres. J'aperçus ensuite quelques clôtures faites en briques crues ou en pierres* posées à sec^ Plus loin, des bâtiments en bonnes briques ^ et que dominait une petite tour blanche, me firent croire que nous touchions à la Villa''; nous en étions néanmoins encore plus loin que je ne pensais: le jour est, en Italie, d'une pureté si admirable, qu'à l'œil, les distances se rapprochent et diminuent réellement en apparence. Cependant, nos mules sentant approcher le terme de leur voyage, doublèrent le pas, et bientôt elles s'arrêtèrent devant une grande porte sur laquelle était clouée la carcasse d'une tête de loup, préservatif contre les maléfices, à ce que j'ai su depuis*.

Nous entrâmes dans une vaste avenue ou cour longue plantée de quatre rangées d'arbres, et tlanquée de bâtiments(") . La Villica accourut pour nous recevoir, suivie d'un agason, esclave d'écurie®, qui détela notre char. Atticus adressa quelques paroles à cette femme, puis me conduisant au fond de la cour, vers l'habitation réservée au maître:

— « Un père de famille, me dit-il, doit, en arrivant dans sa Villa, aller d'abord saluer le Lare familier; voulez-vous faire comme moi? — Volontiers, répondis-je. — Après avoir rempli ce devoir''', nous quittâmes la loge afin d'être plus à notre aise " : nous ne gardâmes que la tunique et le caleçon'^; des CMÔicu/a/res s'empressèrent de nousôter nos 6'a/ce^'^ chaussure qui enveloppe tout le pied ^'*, et les remplacèrent par des sandales, qui, laissant les orteils découverts, s'appli- (|uent sous la plante, contournent seulement le talon, et s'attachent à lajambe avec des courroies '^ elnousconnnençâmes une tournée.

Atticus, en propriétaire soigneux, voulut voir où en étaient les travaux, ce qu'on avait fait pendant son absence, ce qu'il restait à

» Pall.id. I, 3'<.= 2 Varr. W. W. I, I'». = « Mail. XII, 57. =4 Varr. Ibid. = S Pallad. Ibid. = « l'ailad. I, 11. —~ Ibid. 21. — Varr. Ibid. ; UI, 3. — Mart. XU, 51. = 8 l'iiii. XXVIM, 10. = 9 .\cron. in llor. Il, S. 8, v. 72. = 10 Cato. 2. — Columel. I, 8.

— " l'Iin. V, Kp. C ; VII, Ep. 3. = '- Sublifiaculum. Cic. de Ol'fic. I, 3.5. — Non. Marrcll. V. Subli'.'a('uliim.= '^ Tcreiit. Iloaut. I, 1, v. 72. = '* Cic. l'iiilipp. Il, 50 ; pro Milo. 10.— riiii. VII, Ep. 5. — Scrv. in /Encid. I, v. 286. = '5 Scnec. de Ira, III, 18.— A. r.cll. XIII, 21.— Montl'auc. Aiilit]. expl. t. III, part. I, pi. 54 ; I. V, pi. 148. («) V. la Vue de la Villa.

faire ^ si le Villicus avait eu soin qu'on ne pratiquât point de nouveaux sentiers dans les terres^. Il visita les plantations, parcourut les vignes, recensa les esclaves, compta le bétail, s'informa, près des chefs, si personne n'avait manqué à la discipline', et, auprès des esclaves, s'ils n'avaient point eu à souffrir de la colère ou de la cupidité de tous ceux auxquels ils sont soumis, les engageant à se plaindre des agents qui les maltraitaient ou les volaient.

Il inspectait aussi leurs habillements et leurs chaussures, et demandait à chacun s'il avait reçu tout ce qui doit être fourni. En rentrant, il se rendit dans la cuisine, et goûta le pain, la boisson et les aliments des esclaves, pour s'assurer s'ils étaient de bonne qualité*. Le reste de la journée fut employé à cette inspection générale'.

Le jour suivant, mon ami manda le Villicus. — « Félicio, qu'a-t-on fait depuis mon dernier voyage, lui dit-il? — Maître, on a façonné les terres du cO)té du nord, arraché les mauvaises herbes dans les blés, arrangé les vignes, et commencé à préparer les champs pour les cultures d'automne. — Tout sera-t-il fait à temps? — Je l'espère. — Moi, j'en doute. Et les foins? — On a rentré les dernières voitures hier. — Combien a-t-on mis de temps pour nettoyer les blés? — Quinze jours". Dans certains cantons où ils étaient trop forts, j'ai fait passer les moutons dessus''. — Pour travailler les vignes? — Un mois environ. — C'est trop; je ne reconnais pas là ton activité, ta vigilance ordinaires : on aurait pu finir plus tôt ; il n'y avait là nulle ditiiculté, et tous ces travaux auraient dii être faits comme par une baguette divine *. » Félicio, effrayé des reproches de son maître, parut un instant consterné. — « Eh bien ! continua Atticus, tu ne sais que dire : te voilà plus muet qu'une statue ^ — Que je périsse malheureusement, repartit alors Félicio, si je n'ai pas fait tout ce qui était en mon pouvoir "; mais plusieurs esclaves sont tombés malades, cinq ont pris la fuite sans qu'il ait été possible de les rejoindre ; il nous est venu fort peu de mercenaires pour les foins; et nous avons eu la corvée publique pendant douze jours. Joignez à cela les contrariétés de la saison, tous les menus travaux que je ne compte pas, déduisez les jours de fête, et vous verrez que je ne suis

1 Cato. 2. — Columel. I, 8. = 2 Colnmol. Ibid. ; XI, 1. = ' Ibid. XI, 1. — Calo. 2. = *CoIump1. I, 8. = s Ibid. —Cato. 2. = 6 (;a(o. 2. = '^ Ne gravidis prorumbat culmus arislis, I.uxuricm scgctum loncia di'iiascit in lieiba. Virp. Ccorg. I, v. 111, 112. = 8 Ouasi vii};ula divina, ut aiunt, su[ipcdilarrnliir. Cic. de Offir. I, H. = 9 Slalua tacilurnius. Ilor. Il, E|>. 2, v. 83. = i» l'enain inalc si, v\c. Ilor. Il, S. 1, v. 6.

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pas si coupable que je le parais. — Tu me paies là de paroles ^ Pour éviter les maladies, il fallait réduire la nourriture des esclaves; quand le temps était mauvais, il fallait les occuper à rincer les tonneaux, à les poisser, à nettoyer dans la Villa, à porter le blé, à sortir le fumier, à préparer la litière, à sarcler les semences , à réparer les vieux cordages, à en tresser de nouveaux, à mettre des pièces aux habits, à faire des capuchons. Quant aux fêtes, tu sais bien qu'il est certains travaux spécialement permis ces jours-là *, tels que : curer les vieux fossés, réparer la voie publique, couper les ronces, bêcher le jardin, éplucher les prés, faire des gaulettes, arracher les épines. — C'est aussi ce que j'ai fait, et vos esclaves n'ont guère eu de repos pendant ces derniers mois'. Je n'ai point oublié. Maître, que je dois suivre la corde, et non pas la tirer*, et je me suis astreint, aussi rigoureusement que possible, à l'ordre et à la quantité des travaux mensuels, dont vous avez fait placer le tableau près de ma demeure'. »

Atticus, qui sentait la justesse des réponses de Félicio, passa à d'autres questions; il lui demanda ce qui restait de vin, de blé, d'huile et d'autres provisions, puis lui dit en le congédiant : « Dans trois jours nous nous déferons de tout ce qui n'est pas nécessaire à notre consommation ; nous vendrons aussi les toisons, les peaux , les vieux outils de fer, les vieux chariots, les vieux bœufs, les vieilles vaches, les vieilles brebis, les esclaves vieux ou maladifs. Il faut qu'un père de famille soit vendeur et non acheteur ^ »

Section III. Description delà Villa. — Une Villa véritable se compose de trois parties distinctes qui sont : V Urbaine'' ou le Prétoire^, la Rustique, et la Fructuaire^.

L'Urbaine est la partie réservée à l'habitation du maître;

La Rustique, celle pour les esclaves et les animaux ;

Et la Fructuaire, celle où l'on serre toutes les récoltes de fruits.

Cet ensemble est complété par une Basse-cour extérieure, un Area pour dépiquer les grains, un Rucher, un Vivier, un Verger, et un Potager.

Section IV. Le Prétoire ou l' Urbaine. — Le Prétoire, nom vraiment romain , emprunté à la langue des camps, occupe à peu près le centre de la Villa ("). 11 est bâti sur un endroit un peu élevé, de

J Dare vcrba. Ilor. I, S. 5, v. 22. = 2 Viig. Gcorg. 1, v. 267.— Calo. 2. = 3 calo. 2. := * Scqui polius quam durcre funem. Hor. I, Ep. 10, v. 48. = ^ Varr. R. II. 1, 36. = 6 Palreni familiam vciidacein non emaoem esse oporlel. Calo. 2 = '' L'rbana. Columel. 1, 6.= 8 riœloriuni. /6id. — Pallad. I, 11.— Suet. Aug. 72 ; Tib. 59 ; Calig. 37. = 9 Frucluaria. Coliinicl. Ihid. {") V. la Vue de la Villa.

sorte que le maître voit de chez lui les diverses parties de son exploitation*. La construction est en briques revêtues d'nn enduit, avec un entablement de terre cuite-. Elle est surmontée d'une jolie tour qui sert de colombier, et dont les murailles, percées sur quatre côtés de fenêtres si petites que les colombes seules y peuvent passer, sont blanchies, polies^, et achèvent de donner au Prétoire un aspect j)ittoresque, qui justifie le nom de Fabrique champêtre, sous lequel on le désigne aussi quelquefois *.

Un petit bout de corde suspendu dans toutes les ouvertures du colombier, attira mes regards. Atticus m'apprit que c'étaient des fragments de la corde d'un pendu, et qu'on en mettait ainsi à toutes les fenêtres afin de rendre les pigeons plus attachés à leur demeure et de les empêcher de l'abandonner ^

Mon ami, quoique riche d'un revenu de douze millions de sesterces environ* ("), se montre naturellement ennemi de tout ce qui sent la recherche et le superflu ; néanmoins il a fait dans son Urbaine des dépenses qui, de sa part, sont un objet de calcul, car lorsqu'on est bien logé, cela détermine à venir plus souvent, et, comme on sait, la présence du propriétaire vaut mieux que ses ordres"; ou, pour me servir d'un ancien dicton, que Pomponius a souvent à la bouche : Ce qui fertilise le plus une terre, c'est l'œil du maître*.

On trouve dans son Prétoire des logements pour chaque saison de l'année : au midi, appartement d'hiver; au nord, appartement d'été; il Torient, appartement de printemps et d'automne^. Outre cela, il y a encore des bains placés à l'occident d'été, des portiques servant de promenoirs, tournés au midi équinoxial, afin que l'hiver ils puissent être échauftés par les rayons du soleil pendant la plus grande partie du jour, et que l'été ils les reçoivent moins longtemps'", et un vaste Xyste ou jardin pour la promenade du maître '*.

Section Y. La Ilustiijue. — La Rustique s'élève à gauche, en arrivant par la cour plantée qui précède le Prétoire. Elle se compose d'une vaste basse-cour entourée de bâtiments, et placée au midi, afin qu'elle soit plus chaude en hiver *^. Au centre est un compluvium ou demi-piscine, pour baigner les bestiaux et les abreuver" (*).

1 Pallai]. I, 8. = 2 jtid. 11. = 3 Jbid. 24. — Mail. Ul, 58. = * Agrcsiis fabiira. Pallad. 1, 12.=3yi;rf.24.=6C. Ncp. Allie. 5, lh.= ' Calo. 4.— Columcl. I, 4 ; IV, 18. =: s Ferlilissimum in agio oculum ilomini esse. l'iin. XVUI, 6. := ' Colunicl. I, 6. — l'allad. I, 9.= '" Coluniel. Ibid. — n Conjeclure. = '^ Columel. I, ùi. = >» Ibid. — Voit. R. R. I, 15. (") 3,355.600 fr. {'>) V. la vue delà Villa.

LETTRK I.XXXI. 287

Au-dpssus de lu porte d'entrée, il existe un logement ordinnirement réservé au Procurateur, quand il y en a un; c'est atîn (|u'il puisse tout inspecter de chez lui, et voir même ce qui se passe chez le Villicus ', dont la demeure se trouve juste en face de cette porte, également pour la facilité de la surveillance ^ avantage précieux que l'on ne néglige jamais dans une Villa, surtout quand il n'y a point de portier.

La cuisine vient ensuite*. Elle est vaste, afin que les esclaves puissent s'y reposer à l'aise, et élevée, pour prévenir les incendies''. En dehors, le long des murs, sont des mangeoires découvertes, où, pendant les belles matinées d'hiver, on met manger les bœufs, atin qu'ils deviennent plus brillants.

Les bains rustiques joignent la cuisine, ce qui facilite beaucoup le service ^ quoique cela ne revienne pas très-souvent, attendu que les esclaves ne se baignent que les jours de fête, l'usage fréquent du bain nuisant à la vigueur du corps.

Au-dessus des bains est un étage nommé YApothcca^, où l'on serre le vin nouveau , parce que, dans les endroits exposés à la fumée, comme celui-ci, il mûrit beaucoup plus promptemenf^.

V! Etuve sèche pour la dessiccation de quantité de choses, suit les bains*. Ensuite vient \ Horreum , magasin où sont déposés les intruments de culture, et dans un endroit particulier, fermé à clef, les outils de fer'.

Atticus, qui, la veille, n'avait pu visiter ce magasin et reconnaître la quantité et l'état de son mobilier '", me fit voir tous les instruments qu'il renfermait, et m'expliqua l'usage de plusieurs. Les charrues attirèrent surtout mon attention; il y en a de trois sortes : la charrue Romaine, la charrue Campanienne'* et la charrue à roues '^.

La charrue Romaine se compose d'un fort talon en bois, garni d'un soc triangulaire de fer ou d'airain. Sur ce talon s'élève perpendiculairement un manche, traversé à son extrémité supérieure par une cheville sur laquelle le laboureur appuie ses deux mains pour diriger la machine. L^ne autre pièce de bois, courbe, plus longue et plus forte, fixée en avant de la première, également dans le talon de

Columcl. 1, 22. = ^ Vair. P.. R. I, 15. — Columel. lbid.= 3 Varr. Ibid.= '' Columol. I, 6. =:S Vitruv. VI, 9.= G Columel. Ibid. — '^ Ibid. — VWn. XXXUI, 1. = « Fiimarium. Columel. I, 6. = ^ /ôjrf. = •" M. I, 8. — Calo. 2. = " Arairum lomanirurn, Aralium canipanicum. Calo. 135. = i^ Plaumoralum. Plin. XVMI, 18. — Aralra liabcnl roias ((uibus juvantur. Seiv. in f.porg. I, v. 174.

ti88 ROME AU SIÈCLE D'ALGLSTE.

la charrue, forme un timon qui soutient le joug après lequel sont attelés les bœufs*.

La charrue Campanienne, réservée pour les terres légères \ est très-petite-, et ressemble un peu à la précédente: elle se compose d'un tronc d'arbre de moyenne grosseur, long de huit pieds ("), et mimi de deux fortes branches divergentes aux deux bouts opposés. La plus courte est façonnée en soc, et la plus longue, courbée en arrière, forme le manche que tient le laboureur. Ces charrues se préparent sur l'arbre vif; on choisit dans la forêt un jeune ormeau dont on plie les branches suivant la courbure voulue, en les assujettissant au tronc avec des liens; quand elles ont ainsi passé quelques années, on abat l'arbre et on achève de le façonner en charrue. Ensuite on l'expose dans le foyer, à la fumée, qui communique au bois une dureté extraordinaire ^

Une autre charrue, plus simple encore, a la forme d'une ancre de navire ; un des côtés entame la terre, et l'autre sert de manche au laboureur *.

La charrue à roues qu'on pourrait appeler chariot-charrue, se compose de deux manches verticaux au bas desquels est un soc plat, assez allongé, monté entre deux roulettes placées en arrière, h l'aplomb des manches. Cette charrue a été inventée assez récemment dans la Gaule rhétique ^ ['').

Je vis aussi dans ce magasin quelques charrues à oreilles', destinées à façonner les terrains plats et à creuser des sillons à bords trèsrelevés, pour procurer de l'écoulement aux eaux des pluies d'hiver, qui pourriraient les grains''.

En continuant au midi, nous trouvâmes les bouveries ou étables à bœufs ^ Atticus me fit observer que les mangeoires étaient tournées vers le foyer, parce que les bœufs qui voient la lumière et le feu ne dépérissent point '. « J'ai grand soin de mes bestiaux, ajouta-t-il, et ces bouveries sont disposées de manière à ne craindre ni le chaud ni le froid*" : dans l'été, on ferme les ouvertures du côté du midi et l'on ouvre celles au nord; en hiver, on fait l'opposé". Si l'emplacement me l'avait permis, j'aurais construit, comme dans certaines

1 Calo. 155. — 2 Columrl. II, 11. = » Viip. (".pori;. 1, v. 160. = * Cal. Fircnz. l. U, lav. 42. = 5 plin. XVUl, 18. = 6 lîinae auri-s, iliipliri .iplaiilur dentalia doiso. Viig. Georg. 1, V. 172. = ^ l'allail. I, 45.= -* Itubilia. Ihid. 21. — Varr. K. H. I, l.->. = 9 Pallad. 1, 21. = 10 Columcl. 1, G. = i> Pallait. Ibid. v" 2 mènes 508. '■, La Suisse vers Avianctu's.

Villas, dos houveries d'été et des hou veries d'hiver' ; mais cela ne in'ayant pas été possible, j'ai cherché à rendre celles-ci aussi saines (jiie commodes. Vous voyez que (ont est pavé en pente; c'est pour empêcher l'urine de séjourner sur le soP, ou elle s'infdtrerait et finirait par vicier Tair. Chaque paire de bœufs a un espace de dix pieds de large sur sept de long (") ', proportions suffisantes pour que le bouvier puisse tourner autour des animaux lorsqu'ils sont couchés*. Ces barres en forme de joug, placées à sept pieds de hauteur, en travers de chaque loge, servent à attacher les jeunes bœufs qu'on veut dresser^. »

A la suite des Bouverics, toujours au midi, et de l'autre côté du logement du Villicus, sont les Bergeries des brebis et des chèvres ^. Le plafond en est fort bas, afin qu'en hiver la chaleur se concentre mieux dans ces étables, les brebis étant très-frileuses, quoique les mieux fourrées de tous les animaux''. Entre chaque troupeau est un espace de quatre pieds et demi, environ* C"), rempli d'une litière abondante et bien sèche ^, composée de brins de fougère'** : c'est là que sont renfermées les brebis prêtes à mettre bas ''. Toute Tétable est pavée en terre cuite *^

En retour des Bergeries, dans le corps de bâtiment qui regarde l'orient, on trouve les Poulaillers^^ . Ils se composent de îroispièces communiquant ensemble, l'une de sept pieds en tous sens, et les deux autres de sept pieds sur douze ["). La plus petite est au milieu et sert de communication aux grandes. Elle est percée, à une certaine hauteur, d'une porte où les volailles arrivent à l'aide d'un soliveau taillé en gradins et descendant presque jusqu'à terre. Cette entrée élevée a pour but d'empêcher les animaux nuisibles de pénétrer dans les poulaillers qui sont revêtus d'un enduit parfaitement lisse, même à Tintérieur, parce que les nids des volailles sont creusés dans les murs. Ces poulaillers sont bien entendus; rien n'y manque: on y trouve jusqu'à un foyer à l'aide duquel on enfume les poules, auxquelles la fumée est agréable et salutaire'*.

Sous les Poulaillers est l Frgastulum ou prison des esclaves. C'est un endroit souterrain, qui ne reçoit de jour, ou plutôt d'air que par des fenêtres étroites, et assez élevées pour que les prisonniers n'y

1 Columel. I, 6.= 2 Varr. R. R. 11, l. = ^Columel. Ibid. — Pallad. I, 21.— Vilruv: VI, 9. = 4 Columel. Ibid. — ^ Id. VI, 2. = 8 Ovilia et Caprilia. Virg. Ceorg. III, v. 502. = ■' Co'umi'i. Vil, 3. =8 Vilruv. VI, 9. = 9 Colunii'j. VI, 3. = '» Virg. Ibid. III, v. 297. = >' Varr. Ibid. 2.= <2 Ibid. 3.='' Gallinaiia. Columel. VIII, 3. = i4 Ibid.{") 2 niélr. 965, sur 2 m(Mr. 222. {'>) 1 mtHr. 355.^') 2 nuHr. 074, sur ? raèlr. .555.

puissent atteindre avec la main*. — « Passons, me dit mon liôte : les misérables enchaînés dans ce réduit ne méritent aucune pitié. » Puis, revenant sur ses pas: « cependani, reprit-il, un bon père de famille doit visiter la prison comme les autres parties de sa Villa. Les prisonniers se trouvant soumis non-seulement au Villicus, mais encore aux Maîtres des travaux et aux Ergastulaires, sont plus exposés aux injustices, et par conséquent plus redoutables dans le cas où les mauvais traitements les réduiraient au désespoir : il faut que je les voie. »

Il descendit dans la Prison, s'informa des prisonniers eux-mêmes s'ils ne manquaient de rien; goûta leur pain et leur boisson, examina leurs habits et leur chaussure, ets'enquit si aucun n'avait à se plaindre de l'avarice ou de la cruauté de ses chefs'.

En sortant de la Prison, Atticus me fit visiter l'Infirmerie^, où l'on soigne les esclaves lorsqu'ils sont malades, où on les envoie se reposer un jour ou deux quand ils sont fatigués*.

« — Les esclaves en bonne santé, demandai-je, où les logezvous? — Par ici, au midi équinoxiaP, au-dessus de la Cuisine et des Ecuries ®. Les bouviers et.les bergers couchent en face de leurs troupeaux, pour se trouver plus à portée de les soigner. Je croyais vous avoir fait remarquer leurs cellules rangées les unes auprès des autres, afin dépiquer davantage leur émulation, en les rendant témoins mutuels de leur diligence ou de leur incurie, et aussi afin que le Villicus puisse les inspecter tous d'un coup d'œil. »

Sur le même côté que l'Infirmerie sont des Hangars pour remiser \esplaustra'', chars à roues sans rayons appelées tympans^, et destinés au transport des lourds fardeaux®. Nous ne nous y arrêtâmes pas, et continuant notre tournée par le corps de logis parallèle à la Cuisine : ce Vous voyez où je vous conduis, me dit Atticus; cette figure d'Epone charbonnée sur la muraille, vous indique assez que vous êtes dans les Ecuries *°, dont Epone est la déesse ". L'exposition du midi, ordinairement choisie pour toute espèce d'étable, est encore celle des Écuries. On a pris également la précaution de ménager des jours au nord, pour préserver les chevaux de la chaleur '*. Mais il faut éviter soigneusement, par opposition à ce qui se fait

1 Columcl. I, 6. =2 Ibid. 8. = 3 Valeludinarium. = 4 Id. XI, 1 ; MI, 3. =^ Id. I, 6. :=6 Conjeclure. := "? Honeum. Colutnel. Ibid. = * llinc lynipana plaustris agrirolie. Virg. Geoig. II, v. 344i. = » Vair. L. L. V, § 140.— Viig. Georg. I, v. 165 — Lui'ret. Vf, V. 546. = )0 Equilia. = '' .luv. S. 8, v. 137. — Srhol. iii Jnv. yftirf.— Apulée Molam. MI. = i2Pallad. 1,21.

LETTRE LXXXI. ^29i

pour les boiiveries, do (onrnor les écuries du cô(é du foyer, ])aree que la vikî du feu nuit aux chevaux, et les fait dépérir', ,1e n'ai rien ménagé ici : l'endroit où stationnent les animaux est planchéié en chêne, et on leur étale la litière sur ce plancher^.

« Quels sont, dis-je en me rapprochant du compluvium, et désiiiuant la partie de la cour située devant les Bouveries et les Bergeries, quels sont adroite ces étroits réduits hauts de trois ou quatre pieds ("), et à gauche ces espèces de petits portiques couverts les uns en feuillage, les autres en jonc, en genêt ou en bardeaux ? — Les premiers sont les Etahles à porcs *. On les a construites basses afin que les truies pleines qui y sont enfermées ne puissent sauter assez haut pour se faire avorter*. Ces cabanes sont divisées en loges de trois à quatre pieds de large, renfermant une truie. Le seuil de la porte est élevé d'un pied et une palme [''), pour empêcher les petits de suivre les mères dehors. Sans celte précaution les portées se mêleraient, et des mères, ne pouvant reconnaître leurs marcassins, seraient exposées à en avoir plus qu'elles n'en pourraient nourrir ^

« Les petits portiques de gauche sont des Toits à poules, destinés à leur procurer de l'ombrage pendant les chaleurs de l'été^. Les tas de poussière et de cendres que vous apercevez sous ces abris, n'y sont pas mis sans intention : c'est pour que la volaille puisse s'y rouler etjieltoyer son plumage''.

« Des précautions sont prises aussi pour conserver son boire et son manger dans un état continuel de propreté; on le met dans des vases de plomb, de bois, ou de terre cuite, fermés par un couvercle. A peu près vers le milieu de la hauteur du vase et tout autour sont percés des trous, espacés l'un de l'autre d'une palme ["). L'oiseau passe sa tête par ces ouvertures pour manger ou pour boire. Le vase étant clos, la volaille ne peut, en se perchant dessus, répandre ni souiller ce qu'il contient*. »

Mais avant de sortir d'ici repassons tout ce qui compose cette Rustique. Vers la cour du Prétoire, au septentrion , nous trouvons le logement du Procurateur, au-dessus de la porte d'entrée; à droite les Ecuries, et à gauche la Cuisine. A l'orient sont les Bains rustiques, VEtuve sèche, et \ Horreum ; au midi, les Bouveries, le lo-

» Vitruv. VI, 9. = 2 l>allad. 1, 21. = s Harae. Varr. R. R. II, 4. - Columel. VII, 9. = •'• Varr. Ibid. = ^ Columel. —Varr. Ibid. =c Columel. VllI, 4. — Pallad. I, 22. = 'Vair. U. H. lil, 9. — Columel. Ibid. — » Ibid. 5. («) 888 millimètr. A I mètr. 183. (''; 570 iiiilliiiièlr. i^'-) 74 millimt^tr.

gement du ViUicus, les Bergeries; à Toccident, les Poulaillers, el XEryaslulam au-dessous, \ Infirmerie, et les Hangars. Enfin au centre delà cour, il y a le compluvium ; devant les Bergeries, les Btables à porcs; devant les Bouveries, les Toits à volailles; et devant la Cuisine et les Écuries, les mangeoires en plein air pour les bœufs. » Section VI. La Fructuaire. — La Fructuaire, où mon hôte me conduisit ensuite, fait pendant à la Rustique, et se trouve à droite de Tavenue du Prétoire ("). Elle se compose aussi d'une suite de bâtiments développés autour d'une vaste cour. Atticus l'a rééditîée depuis peu de temps, et me la montra avec la satisfaction d'un propriétaire qui a tout créé lui-même. « Je n'ai pas acheté la folie d'un autre, me dit-iP ; pendant ma jeunesse j'ai planté ma villa, et à trente-six ans j'ai commencé à bâtir. Ce sont là les principes de notre vieil agriculteur Caton ^ Dans une Fructuaire la place de chaque partie est aussi réglée d'après l'usage auquel elle sert. Commençons par l'exposition du midi où nous trouvons d'abord le Tordoir à l'huile ^ On se sert ici de leviers et non de vis pour pressurer; j'ai donc été forcé de donner à cette officine d'assez grandes dimensions : elle a quarante pieds de long sur seize de large (*). Dans ma villa de Vénafre, où je ne cultive que des oliviers, deux pressoirs à vis tiennent dans une halle de vingt-quatre pieds de large (') seulement*. Comme l'huile ne se fait qu'en hiver, la cueillette des olives n'ayant lieu qu'au commencement de décembre ^ un tordoir doit être bien abrité du froid, aussi j'ai choisi pour le mien cette exposition méridionale ^ Dans les temps clairs, le soleil suffît pour l'échauffer"'. Lorsque le ciel est couvert, on a recours à un chauffage factice : deux fourneaux souterrains, établis aux deux extrémités de cette pièce, lui communiquent une température douce, et sans fumée, dont la seule odeur suffirait pour altérer la qualité de l'huile *. Ces fourneaux sont réellement indispensables, parce que le pressurage doit être fait le plus tôt possible, attendu que les olives perdent à être gardées. Nous faisons trois qualités d'huile, une première en écrasant le fruit sous ces meules verticales, que j'aurais dû vous faire voir d'abord, et les deux autres en le passant sous le pressoir. Les trois cuves que vous regardez sont destinées à recevoir le produit

1 Opiimumque est (ut vulgo dixcre) aliéna insania fiui. Plin. XVUI, 5. = * Calo. 5. = 3 Torcular. Coluniel. 1, 6.— Viliuv. VI, 9. = * Viiniv. Ibid. = ^ Coluniel. XU, 50. =: G /ftjd.— Pallad. I, 20. = 7 Coliimcl. I, G. = » M. XU, 50. — Pallad. Ibid. {") V. I.n Vue de la Villa. ('') 11 mèlr. 852 sur 't iiiùtr. 740. (<•) 7 mc^lr. I H

LETTRE LXXXl. 295

ûo cos trois opérations. On y laisse l'huile reposer un peu, puis on la décante au moins trente fois de suite avant de la livrer à la consomination. Les bassins en maçonnerie qui remplissent une partie de rotficine sont destinés à recevoir la cueillette de chaque jour, et dans leurs compartiments on classe les olives suivant leur qualité. Au moment de la récolte, le sol pavé en terre cuite de chaque bassin est couvert d'une claie de jonc exhaussée sur des lambourdes, afin que Teau et la lie (|ui s'échappent toujours de ces olives en tas ne puissent pas les faire gâter. Les bassins sont en pente sur un petit canal qui ramène tous les écoulements dans une cuve où on les recueille'.

« Le Cellier pour l'huile tire aussi ses jours du côté des régions chaudes, non-seulement pour éviter que l'huile ne gèle, ce qui lui donne un mauvais goût*, mais encore afin que la chaleur naturelle lui fasse perdre l'âpreté qu'elle a lorsqu'elle est nouvellement fabriquée. Vous voyez, d'après les dimensions de cette pièce, ainsi que par le nombre d'outrés et de tonneaux qui la remplissent, que ma récolte oléagineuse n'est pas ici très-considérable^.

(( La Cuisine esl auprès du Cellier à l'huile et peu distante du Tordoir, pour que l'apprêt des fruits oléagineux puisse se faire plus commodément *.

« En regard de la Cuisine, et joignant le Tordoir, est le Cellier au vin^. Il n'a que quelques fenêtres au nord, et l'on y entretient une obscurité presque complète, de sorte qu'il y règne une fraîcheur excellente pour la conservation du vin ^. Son sol est pavé avec une seule pente aboutissant à un bassin, qui reçoit le vin échappé des tonneaux que la fermentation fait casser'. Son étendue permet d'y resserrer la récolle même la plus abondante*. Il y a une vaste cuve à fouler le raisin^. Elle est placée sur un socle éh\é de trois ou quatre degrés, et flanquée de deux bassins qui reçoivent le vin à mesure qu'il se fait. Des tuyaux de terre cuite partent de ces bassins, et vont verser la précieuse liqueur dans des dolia ou tonneaux rangés le long des murs"*.

« La Cortinale, où l'on réduit le vin dans des chaudières pour le convertir en vin cuit, touche au pressoir '^ Elle est vaste et claire, de manière ([ue le service s'y fait très-commodément'-.

1 Columel. XII, .",0. = 2 Cella olcaria. Id. I. C. = ' Ihid. = 4 Ibid. —Wlvus. VI, 0. = 5 Cello vinaria. =" Vitniv. Ihid. — PaWad. 1, 18. = "' Varr. 15. K. I, 15. — l'allad. Ihid. =«(:olunii'l. 1.6. — l'allad. /fti(/. = 9 Calcatorium. Pallad. Ibid.= lo Ibid. = " Conjucluic. = '- ColuuK'l. I, 0.

« Il nous reste encore à voir ici l'Office, le Fruitier, le Grenier \ » L'Office est tournée vers le nord-, et dans un endroit frais et sec. Nous y entrâmes, et je vis des jeunes garçons occupés, sous l'inspection de la Villica^, à préparer les ditierentes provisions pour conserver : les uns enfouissaient des fèves et autres légumes semblables dans de vieux, vases à huile qu'ils remplissaient de cendres*; d'autres accommodaient des figues, des cormes, des coings dans du vin cuit; rangeaient, pour l'hiver, des œufs frais dans la menue paille % ou dans du son, après les avoir frottés pendant trois ou quatre heures avec un peu de sel et de la saumure. Ils avaient soin de les mettre par couches régulières, et en nombre impair ". Tous les vases employés pour ces préparations étaient petits, de forme cylindrique et en terre cuite ou en verre. L'ingrédient employé pour la conservation des comestibles était presque toujours du vinaigre ou de la saumure. Suivant la nature de chaque chose, on laissait le vase ouvert, ou bien on le fermait hermétiquement et on le poissait. Atticus me dit que Ton n'employait à ces préparations que de jeunes esclaves encore impubères, parce qu'il est extrêmement important, pour la réussite, que les manipulateurs soient chastes et exempts de toutes impuretés ".

Nous passâmes de l'Othce dans le Fruitier, où je reconnus la sagesse d' Atticus qui sait oublier sa simplicité habituelle et son penchant pour réconomie, lorsque la circonstance le demande. Ainsi, après avoir établi son Fruitier avec des fenêtres au nord, que l'on peut fermer à volonté, de peur qu'un vent continuel ne dessèche ou ne fane les fruits, il n'a pas reculé devant la dépense lorsqu'il s'est agi de revêtir de marbre la voûte, les muradles, et même le sol. Le but de ce revêtement est d'entretenir dans le fruitier un air frais, premier principe de conservation pour ce que l'on y serre. Atticus, sans attirer mon attention sur cette magnificence, qui n'en est pas une pour lui, employa tous ses soins à m" expliquer les meilleures manières de conserver chaque espèce de fruits^.

Il me montra, rangées par tablettes, et posées séparément sur une feuille de noyer, des pommes dont on avait poissé la queue avec de la poix bouillante; d'autres sur des claies garnies de paille* ou de mousse '"; d'autres suspendues à la voûte, et entièrement recouvoites

• Pcnus, Opoiolheca, Iloncuni. Cohimcl. XU, i. = - Ibid. = ^ Calo. 45. = '• V;iir. R. R. I, 58. = s piin. X, 60.— Calo. 43. = « Varr. Ihid. 111, 9. ='' Columi'l. MI, i. = « Varr, Ibid. l, 39. = 9 l'allad. 111, 25. = lo Varr. Ibtd.

LKTTiiL LXXXl. ±)o

de terro à potior' ; des poires également pendues par la queue, avec un brin de genêt '\ — « La conservation des ponuiies lutées de terre grasse, me dit-il, m'a été indiquée par le Carthaginois Magon , dans son Traité d'agriculture, traduit par ordre du Sénat ^ En ayant soin d'enduire ainsi le fruit aussitôt qu'il vient d'être cueilli , on est certain de lui retrouver sa fraîcheur primitive, après l'avoir lavé dans l'eau au moment de le servir. Autre procédé, pareillement indiqué par Magon : prenez un vase de terre tout neuf, mettez-y alternativement une couche de sciure de bois de peuplier ou de chêne vert, et une rangée de pommes, jusqu'à ce qu'il soit bien plein, puis refermez-le , et lutez-en soigneusement le couvercle avec de la terre grasse*. Voici devant vous quelques essais de ce genre que j'ai tentés. D'autres prennent encore la précaution de descendre le vase dans un puits ou dans une citerne^. «

Le Grenier est à l'exposition des vents de l'occident et du septentrion*. Il consiste en un magasin voûté, élevé du sol de quelques marches, et percé au nord de petites fenêtres^. Comme il sert à garder le blé, son sol est construit avec un soin tout particulier : il se compose d'un massif en maçonnerie de deux pieds (") d'épaisseur, sous lequel on a répandu d'abord du marc d'huile nouvelle et non salée. Ce massif est recouvert d'un enduit de ciment poli, relevé en bourrelet dans tous les angles, tant ceux des murs entre eux, que ceux des mur» et du sol, et fait avec un mortier de chaux et de sable, délayé avec du marc d'huile au lieu d'eau. L'ouvrage une fois sec, on a passé dessus une nouvelle couche de marc d'huile. Un grenier ainsi construit, forme le meilleur magasin pour le blé, et l'on n'y voit jamais ni souris, ni charançons, ni aucun des animaux nuisibles à cette précieuse denrée*.

Veut-on économiser la dépense, on se contente d'une aire d'argile mélangée de menue paille et de marc d'huile. On réussit également ainsi à écarter les rats et la vermine, auxquels l'odeur du marc d'huile est insupportable. Quant au blé, il acquiert sur ce sol toutes les propriétés qui peuvent aider à sa conservation ^

Le Grenier est partagé par cases ou bassins nommés Granaria, et dans lesquels on met les différentes espèces de grains '•*. Les murs

1 Columcl. XH, 44. = ' Mari. I, 4 4. = 3 p|in. XVIII, 5. = 4 Columcl. Ilnd. = S l'allad. 111, 2.5.= « Ici. l, 19.— Varr. H. It. I, .57.— Vilruv. VI, 9.= '^Coliimel. I, (î.— 8 Ibid. — Pallad. 1, 19. - Vair. Ibid. = 9 Vair. Ibid. = lo Columel. - Pallad. Ibid. («) 592 millimtHr.

2'Kj UOME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.

de ces bassins sont enduits d'un Uniment épais, compose d'argile délayée dans du marc d'huile, et mélangée de feuilles sèches d'olivier sauvage, au lieu de menue paille, toujours dans le but d'écarter les charançons et les souris*.

Je mis la main dans un tas de froment, et comme j'y trouvais une odeur de punaise assez prononcée : « C'est la coriandre qui produit cet effet, me dit Atticus, car on en mêle aussi quelquefois dans le blé pour aider à sa conservation*. On eniploie encore d'autres moyens pour arriver à ce but, soit en arrosant le blé avec du marc d'huile^, dans la proportion d'un quadrantal par mille modii (") *; soit en le roulant dans de la suie^; soit en répandant dessus de la craie de Chalcis ou de Carie, ou bien en le couvrant de plantes d'absinthe ^ Les liniments ne sont employés que pour les blés de semence, prêts à être confiés à la terre',

« Ces petites cases formées par des claies, et ces petits vases d'osier, continua-t-il, renferment des graines récollées en trop minimes quantités pour pouvoir remplir un bassin*.

« On conserve aussi du blé dans àcs Silos, qui sont de grandes cavernes souterraines, ou des puits tapissés avec de la paille et fermés hermétiquement. Ce moyen , employé dans les pays d'outremer', y réussit assez bien, et l'on a vu conserver, par ce procédé, du blé pendant cinquante ans, et du millet pendant plus de cent'". Mais ce mode de conservation ne convient pas dans nos pays remplis de brouillards, et un Horreum sera toujours préférable '*.

« C'est ici que finit la Fructuaire; elle comprend, connue vous voyez, une Cuisine, un Cellier à f huile, un Tordoir complet, un Cellier au vin, une Cortinale pour faire le vin cuit, une Office, un Fruitier, et un Grenier. Au centre de la cour, sous cette treille, il y a un puits au lieu d'une piscine'*, parce qu'il est expressément recommandé d'éloigner le cellier au vin des citernes, des eaux jaillissantes, et de ce qui peut produire de l'humidité, tels que les bains, de l'étuve sèche, du four, ou même de ce qui, comme les fumiers, exhale une odeur forte'^ Celte précaution n'est pas moins nécessaire pour le Fruitier, l'Office, et le Magasin à l'huile; voilà pourquoi une Fructuaire est toujours séparée des autres édifices '*, pourquoi les di-

« Pallad. I, 19. — Calo. 92. = « Pallad Ibid. :.= 3 Varr. R. R. 1, 57. — Columrl. X. V. 3o3. = * VaiT. Ihid. =5 Columol. Ibid. v. 354. = *' Varr. Ibid.^"^ Coluim-l Ihid. y. 33». = 8 Pallad. I, 19. = 9 Colunul. !, 6. = '» Varr. Ibid. = " Columel. Ibid. — "^ ConjP(tuM>.=; 1' Columel. Ihid. — Pallad. I, 18. ='> Conjeclure. («) 26 lilii's 012 par 80 licclolitr. 67 liln-s.

LETTHE LXXXI. 297

verses parties d'une Villa bien entendue ont leur position ahsoine et relative; c'est ce que vous allez mieux comprendre encore en poursuivant notre promenade. »

iSncTiON Vil. Le Rucher. — Le Vivier. — La Basse-Cour extérieure. — LJArea. — Le Nuhilarium et V Umhracutum. — Nous sortîmes de la Fructuaire en passant de nouveau par la cour plantée, et, suivant l'une des contre-allées, en remontant vers le Prétoire, nous entrâmes dans le Xysteow jardin du maître, que nous traversâmes dans toute sa longueur. « Je vous conduis au Rucher, me dit Atticus, en m'ouvrant un petit enclos entouré de murs assez élevés, percés, à la hauteur de trois pieds ("), d'étroites fenêtres au travers desquelles voltigeaient des abeilles. Cette clôture défend mes mouches des approches des hommes, des troupeaux, et des voleurs*. »

Les ruches sont érigées sur unvestibule^ tourné à l'orient d'hiver*, abrité de tous les vents*, et muni à son centre d'un grand palmier destiné tout-à-la fois à ombrager un peu la demeure des abeilles, et à fournir de suite un point de repos aux essaims qu'elles jettent ^. Ce vestibule est entouré de thym® de l'Attique, pays où le miel est si renommé'', de serpolet, de mélisse, de violette, d'asphodcMe, de sarriette, de marjolaine, d'hyacinthe, d'iris, de safran, de narcisse, et d'une multitude d'autres plantes odoriférantes, auxquelles sont mêlés (les buissons de rosiers et de romarins, des toufïes de lis, des rangées de fèves*, de pavots, de lentisque, de pois, de basilic, de souchet, de sainfoin, et surtout de cytise®. — «Vous voyez que nos abeilles ont ici de quoi butiner, ajouta mon hôte. Ces massifs de jujubiers, d'amandiers, de pêchers, de poiriers, de pommiers, tous arbres dont la fleur n'a aucune amertume, leur offrent encore une ample ressource dans la saison, sans compter celle que leur fournissent dans la forêt voisine le chêne, le térébinlhe, le lentisque, le cèdre, le tilleul et l'yeuse.

« J'ai soigneusement banni d'ici l'if, le tithymale, l'ellébore, la férule, l'absinthe, le concombre sauvage, et généialement toutes les plantes qui , produisant des sucs amers, pourraient nuire à la douceur du miel '".

« Ce Rucher a été disposé par moi avec un soin tout particulier : je

1 Columel. IX, 5. = 2 Virp. GeorR. IV, 20. = ' Varr. H. 1). IM, 16. = * Ibid.— ViiK. Ibid. V. 9. — Coliinicl. Ibid.— 5 Virg. Ibid. v. 20.= "^ Ibid. 31. -Columfl. IX, i.

— l'allad. 1, 37. = ' l'Iiii. XXI, 10. =» Ut supid, ii" G. = ' Vjirr. lOid. — '" Coluine!.

— l'.illad. /6i(/. ,"; 888 niilliiiit'lr.

298 KOME AU SIKCLE D AUGUSTE.

l'ai placé dans l'endroit le plus bas de ma Villa afin que les abeilles n aient à faire aucun effort d'ascension lorsque, chargées de butin recueilli dans les environs, elles rentrent au logis'. Bien que sous la vue de l'Urbaine , il est dans un lieu tranquille, retiré^ et sourd ; les mouches à miel craignent le bruit, et abandonneraient un rucher dont le silence serait troublé par un écho^ Remarquez, de plus, que des massifs d'arbres l'abritent du septentrion, et que nous nous trouvons loin des étables, de la cuisine, des fumiers, et de tous les endroits qui peuvent produire des exhalaisons désagréables*, parce que les abeilles sont, à cet égard, aussi susceptibles que les jeunes filles de la ville ^ J'ai construit ce petit canal, profond de deux ou trois doigts (") seulement, pour les abreuvera Les cailloux et les baguettes disposés de place en place, à fieur d'eau, sont des appuis où elles viennent se poser pour boire, ou pour sécher leurs ailes, si elles ont été submergées''.

« Approchons des ruches. Vous paraissez craindre mes mouches? Elles me connaissent et ne nous feront aucun mal. Ce podium ou soubassement de pierre, de trois pieds de haut et de trois de large C"), sur lequel reposent les ruches, est revêtu d'un enduit parfaitement poli, afin que les lézards, les couleuvres, et les autres animaux friands de miel, ne puissent pénétrer jusqu'aux alvéoles. Les ruches sont couvertes d'argile, ce qui les rend plus impénétrables au froid et à la pluie*. Sans cela, j'aurais été forcé de les abriter sous des hangars, comme on fait quelquefois'.

« Dans beaucoup de ruchers, on place les ruches au pied des bâtiments de la Villa ^^ sur des tablettes scellées en encorbellement dans les murs, et disposées en gradins. On en fait ainsi deux , trois et quatre rangs l'un devant l'autre *' ; mais un seul rang et un soubassement construit exprès sont bien préférables.

« — Pourquoi , dis-je, toutes vos ruches ne sont-elles point pareilles? J'en vois plusieursen osier, en liège, en canne, quelques-unes en terre cuite; d'autres, creusées dans un tronc d'arbre, ou faites en planches comme une cuve •^; d'autres en paille, en briques '='; de

1 Columel. IX, 5. = * Ibid. — Pallad. I, 37. = 3 vjrg. Georg. IV, v. 50. — V.iir. R. 15. III, 16. — Pallad. tbid. —'* Varr. Ibid.— Virg. Ibid. v. il.— Columel. IX, 5. — Pallad. Ibid. = ^ yElian. de Animal. I, 58. = ^ Varr. — Coluitiel. — Pallad. Ibid. = ' Virg. Ibid. IV, v. 25.— Varr. — Columel. — Pallad. Ibid. = * Pallad. I, 58. — Columel. IX, 7. — 9 Columel. Ibid. — '" /</. I\, prœf.— Varr. Ihid. 15 = " Columel. IX. 7.— Varr. Ibid. 16.= »2 Varr. /ftirf.— Columel. /èi'rf. 6. — Pallad. Ibid. — Virg. C.eorg. Il, V. 452 ; IV, V. 35, == '5 Columel. Ibid. 7. («) 38 ou 57 millimèlr. (»>) 888 millimôlr.

rondes, do carrées ' : est-ce que la matière et la forme d'une ruche sont tout-à-f;iit inditiërentes? — Nullement : mais ce sont des essais que j'ai voulu tenter, afin de juger par ma propre expérience, et non par celle des autres. J'ai appris de la sorte que si les ruches en paille sont trop sujettes à être brûlées^, les ruches rondes en osier, lutées en dedans et en dehors' avec de la bouse de vache, pour que leur Apreté ne rebute pas les abeilles; celles en férule, de forme carrée, hautes de trois pieds environ et larges d'un pied ("), ne sont point mauvaises, non plus que celles en bois*; je me suis convaincu que si celles en briques sont bonnes, elles ont l'inconvénient de ne pouvoir se transporter^; que les meilleures sont celles en liége,'parce qu'elles résistent mieux au froid et à la chaleur, et que, par la raison contraire, celles en terre cuite sont les plus mauvaises de toutes.

« La conservation du miel et des abeilles exige une température moyenne®; voilà pourquoi chaque ruche n'a que deux ou trois petites ouvertures, tournées au midi d'hiver, et par lesquelles une mouche seule peut passer. L'exiguïté de ces portes ferme tout accès aux animaux nuisibles, et leur nombre offre des moyens de fuite en cas d'attaque''. Remarquez encore que la partie supérieure de chaque ruche s'ouvre : c'est par là que les Mellaires^, chargés de soigner le rucher, enlèvent les rayons de miel, et viennent voir, trois ou quatre fois par mois, au printemps et au commencement de l'été, dans quel état se trouve l'essaim, faire une légère fumigation, nettoyer la ruche, et s'assurer s'il n'y a pas plusieurs rois. «

Sur un des côtés du Rucher il y a une petite maison pour loger les MelUiires, et serrer tout ce qui est nécessaire à l'entretien et au soin des ruches^.

Du Rucher, nous passâmes au Vivier, dans lequel il est enclavé, et dont il fait presque partie (*) '". Le Vivier, qui occupe pour ainsi dire le fond de la Villa, est un vaste parc où l'on élève toute sorte de grand et de petit gibier ", et de plus, des loirs et des escargots pour la table '^ 11 est enclos de murs assez élevés pour que les loups ne puissent les franchir '\ et recouverts d'un enduit lisse après lequel les chats, les blaireaux, et autres animaux semblables, ne sauraient grimper'*.

1 Varr. R. R. Ml, 16 =2Columcl. IX, G. — ^ Viijj;. f.oorg. IV, v. 43. = 4 varr. Jbid. = s Columcl. Ibid. ^ ^ Viiçc. Ihid. v. 33. — Columel. Ibid. = '' Varr. — Columel. Ibid. — Pallad. I, 38. = » Mcllarii. — » Columi-l. IX, 5. = <« Vivarium. Varr. /6»d. 12. = »' /6iti. 5, 12. — Columel. VIII, 1 ; IX. 1.= '2 Varr. Ibid. 12. = i? Columel. Ibid. = '4 Varr. Ibid. (") 888 millimùtr. cl 200 iriillimclr. (*) V. la Vue de la Villa.

Ô(H) ROME AU SIECLE D AUGUSTE. "t

Son sol est divisé, partie en prairie, et partie en bois taillis entourés de grands arbres, tels que le chêne, l'yeuse, et tous ceux qui croissent dans les forêts'. Cette futaie fournit de la pâture aux animaux, abrite le Vivier^ et sert d'obstacle à l'impétuosité des aigles *.

Un ruisseau d'eau vive arrose cet enclos. Quand on n'a pas d'eaux courantes, on les remplace par une piscine en maçonnerie, alimentée par les eaux pluviales *.

« Mon Vivier a cinquante jugères(''), me dit Atticus. Il est peuplé a de sangliers, de cerfs, de daims, de lièvres, de chèvres, et d'autre gibier en quantité, car je vise au produit. Si je n'en avais voulu faire qu'un lieu d'agrément, un parc pour y prendre le plaisir delà chasse, j'y aurais mis des animaux accoutumés à venir au son de la trompe *, et à manger dans la main; mais ce petit plaisir coûte trop cher. Mes animaux sont moins familiers : je les abandonne dans ces bois et dans ces prés, où, pendant une partie de l'année, ils doivent chercher seuls leur pâture. Lorsque la pâture naturelle vient à manquer, on y subvient en leur jetant de l'orge, des fèves, du marc de raisin, des lupins macérés dans de l'eau, et d'autres choses de peu de valeur. Ils sont si sauvages, que pour leur apprendre à venir chercher cette nourriture, il faut lâcher avec eux ([uelques animaux apprivoisés, qui l(\s amènent à l'endroit où on la dépose. Quand les femelles ont des petits, elles reçoivent aussi ces aliments supplémentaires *. y>

En faisant le tour du Vivier, Alticus m'apprit qu'on le nommait lîoborarium lorsqu'il était clos de planches de chênes "', et quelquefois aussi Leporarium, parce que anciennement on n'y élevait que des lièvres*, mais que son vrai nom était Mnirium^, depuis ({u'un certain Fulvius Lupinus s'était avisé d'en former, auprès de Tarquinies, un dans lequel il enferma des troupeaux d'animaux sauvages, et que Lucullus et Hortensius, en suivant son exemple *", eurent rendu cette coutume générale.

A droite du Vivier est un enclos particulier qui renferme le Gliranumetle Cochlearium, parcs aux loirs et aux escargots C").

Le Glirarhnn est entouré d'une miuMille parfaitement lisse, afin que les loirs ne puissent s'échapper, et planté de jeunes chênes, dont

1 Columcl. VUI, 1 ; IX, 1.= * Ici. IX, 1. = 3 Varr. H. R. III, 12. = * Columel. IX, I. = s ihid. — Vair. ïhid. S, 12, 13. = e Columel. Ihid. — "! \. C.pII. Il, 20. = » VaiT. Ibid. 3, 12. = 9 A. Gel). Ibid. — '» Vair. ]bid. 12. — l'Iiii. II!, .52. ^") 12 hccluies 6i arcs 20 centiares. [''^ V. la Vue de la Villa.

le gland les nourrit pf^ndaiit nue partie de l'année. L'hiver, on leur donne des glands sees et des châtaignes. Tout autour de l'enclos sont deslogettes où les loirs vont faire leurs petits. Il y a aussi des tonneaux de terre cuite, qui ont des sentiers grimpants sur leurs parois intérieures, et dans lesquels on enferme ces petits animaux, avec d'abondantes provisions de glands, de noix ou de châtaignes, pour les engraisser dans les ténèbres'.

Une petite île, ^ien abritée du soleil, forme le Cochlearium. On isole ainsi les escargots pour qu'ils ne s'enfuient pas. Quand on manque d'un endroit naturellement frais, on y supplée de la manière suivante : on a un tuyau vertical, et par son orifice supérieur, garni d'une quantité de petits mamelons, on fait arriver de l'eau, qui retombe sur une pierre et rejaillit au loin.

Il faut très-peu de nourriture aux escargots : ils la trouvent euxmêmes en rampant à terre. De temps en temps seulement, on leur jette quelques feuilles de laurier avec un peu de son -. Quand on veut les engraisser, on les enferme dans un pot de terre percé de petits trous, et frotté de fleur de farine délayée dans du vin cuit*.

Les premières escargotières ont été établies un peu avant la guerre civile de César et de Pompée*, et le goût pour ces animaux est devenu si général, qu'on en élève de toutes les espèces, des petits, des moyens, des gros, des monstrueux, même, que l'on va chercher jusqu'en Afrique, et dont la coquille peut contenir jusqu'à vingt sex^anï(») de liqueur M

Après avoir parcouru presque tout le Vivier, nous prîmes, dans les bois, une allée qui nous conduisit à une petite porte par laquelle nous pénétrâmes dans la Basse-Cour extérieure, située en parallèle du Parc aux loirs et aux escargots C"). C'est aussi une grande cour entourée de bâtiments sur trois côtés : au midi est une Pistrine, otïicine où Ton fait le pain; à l'orient un Bûcher^ et un Magasin au foin''; à l'occident, un Magasin à la paille^. Ces fabriques sont placées ici parce qu'elles contiennent des matières combustibles, et qu'en cas d'incendie, les autres bâtiments de, la Villa s'en trouvant éloignés, ne courraient que peu ou point de danger ^

1 Yarr. R. U. Ul, 3, 1-2, 16. = « Ihid. li. = 3 Ibid. — Plin. IX, 50. = 4 Plin. IbiJ. = s Ibid. — VaiT. Ibid. l'i. = « r.c[>osilio li«ni. Pallad. I, 3-2. = "^ Fœnile. Ibid.— Coluniol. I, 6. — Vilruv. VI, 9. = » Palcaiiuin. Columcl. — Pallad. Ibid. — 9 Vitiiiv. — Columcl. — Pallad. Ibid. — Li-s oiiciilalions soiil conjertuiées. ("1 10 litres 8iO. (fc) V. la Vue dp la Villa.

Au centre delà cour est un bassin où l'on met tremper les osiers, les baguettes, les lupins, et généralement tout ce qui a besoin d'èlre macéré dans l'eau '. A l'exposition du septentrion^, sont deux vastes trous à fumier.^, dont l'un contient le fumier d'un an, et l'autre reçoit celui de l'année courante. « Le premier soin d'un bon cultivateur, me dit Atticus, est de se procurer d'excellents engrais; or, un fumier n'est bien bon qu'au bout d'une année. Toutes les précautions sont prises ici pour qu'il se fasse bien : on le couvre de paille, de branches d'arbres avec leurs feuilles, ou de claies, atin de le garantir des ardeurs du soleil qui le dessécherait, et le priverait de l'humidité sans laquelle les graines étrangères, dont il peut être mélangé, ne pourriraient point, et infesteraient les récoltes de quantité de mauvaises herbes*. Afin que le fumier ne perde rien de ses sucs, les bassins sont revêtus de maçonnerie. Us ont la forme d'une demipiscine; le sol en est pavé et va en descendant de l'entrée vers le fond^ Dans le milieu de ces bassins stercoraires, il y a un pieu de chène-roure, pour empêcher, dit-on, qu'il ne s'y engendre des serpents®.

Je demandai à mon hôte pourquoi cette Basse-Cour n'était pas aussi bien tenue que l'autre. « C'est avec intention, me répondit-il ; le chaume et la paille, répandus partout, sont ramassés pour ajouter aux fumiers, lorsqu'ils ont été foulés aux pieds des bestiaux \ car un bon père de famille doit chercher tous les moyens de multiplier les engrais. C'est dans cette vue principalement que nous avons des volières, parce que la fiente des pigeons, celle des grives et des merles, forme une excellente fumure* pour les prairies, les jardins et les blés ®. Nous nous servons aussi des excréments humains pour réchaufîer la terre ; c'est le meilleur fumier après celui des volières '**: aussi les latrines publiques sont elles aflérmées à des publicains ". Sortons de cette cour, ajoula-t-il, et allons voir YArea avec le Nubilarium et XUmhraculum. »

Après avoir marché pendant quelques instants, nous arrivâmes dans un champ au bout duquel il y avait tm monticule découvert, exposé à tous les vents '^ loin du Potager, des vignes, du Verger, et

* VaiT. R. R. 1, 13. — Columel. I, 6. = - Conjecture. = •' Slerquiliriia. Varr. Ibid.— Columel. I, 6. = i Vair. Ihid. — Coiunicl. 1, 6; II, 15. — Plin. XVU, 9. = ^ Columol. 1, 6.— l'iiii. Ibid. = 6 Varr. Ibid. 58. — Columel. M, 13— l'Iin. Ibid. = " Varr. Ibid. 15.= 8 Ihid. 58.— Columel 11, 15 ; Vlil, 9. — l'Iin. /6irf. — Pallad. I, 25. =» C.alo. 36. = *o Varr. Ibid. 58.= " .luv. S. 5, v. 58.-Schol. in Juv. /4»(/.— Digest. XXII, lit. 1. le^. 7, § 5. = '2 Varr. Ibid. 5l.-l'allail. I, 50.

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