‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 22 sur 44 · I.ETTP.E LXXXJ · texte numérisé non relu

I.ETTP.E LXXXJ

néanmoins peu distant do la Villa', el en vue du Prétoire *. — «Voici YArea, nie dit mon j;nide. Nous avons coutume, à mesure qu'on moissonne, d'extirper de suite le grain de l'épi. Cette opération se fait ici ', dans l'enceinte de ces fortes barrières \ sur cette place rondeS dont le centre est légèrement convexe, pour faciliter l'écoulement des eaux pluviales ^

« Le Nubilarium est cet éditice ouvert du côté de l'Area, et percé de fenêtres propres à établir un courant d'air. On y apporte toute la moisson ; de là on jette sur l'Area les épis que l'on veut faire fouler'', après avoir réservé les plus beaux pour la semence*, et, en cas d'orage, on rejette promptement la moisson dans le Nubilarium ^. « L'6^?>i6rac'M/um, continua-t-il en me montrant une espèce de hangar auprès de l'Area, sert d'abri aux ouvriers, au moment de la plus grande chaleur du jour *°; c'est là que les moissonneurs, quand ils ne sont pas trop loin, viennent manger l'ail'' et le serpolet '^ mais l'ail surtout qui les ranime, et les rend en même temps moins sensibles à la chaleur ^^ Allons nous reposer un instant dans cet endroit, et je vous expliquerai la manière dont on doit faire un bon Area. — Ou, en d'autres termes, la manière dont le vôtre est construit. — On a commencé par creuser la terre, puis sur toute la partie excavée on a répandu du marc d'huile. Une fois le sol bien imbibé, on a rejeté les terres sur la fouille même, en les émiettant, les égalisant bien, et les foulant. Ensuite, au lieu de couvrir le tout d'une couche d'argile, comme cela se pratique assez ordinairement '*, je l'ai fait caillouter pour le rendre plus solide "*; puis enduire d'une nouvelle couche de marc d'huile, dans le double but d'empêcher les herbes d'y croître, d'éloigner les fourmis *^ les mulots, les taupes, et de lui donner une qualité onctueuse qui l'empêchât de se gercer pendant l'été, et d'olfrir ainsi des réceptacles à l'eau, au grain et à la vermine'''. Néanmoins je ne suis pas encore content de cet Area ; je trouve trop souvent dans mon blé des petits fragments de silex et de terre '*, et pour éviter cet inconvénient, je finirai par faire faire ici un dallage en pierre".

1 Pallad. I, 36. = 2 Ibid. — Columcl. 1, 6. =3 Vair. R. R. IV, li. — Columel. Ibid. — Hor. 1, S. 1, V. 45. = * Pallad. Ibid. = 5 Varr. II. R. 1, 51.— Senec. Nat. quœst. I, 8. = 6 Varr. Ibid. ='' Terere. Hor. Ibid. — Varr. Ibid. I, 13. — Columel. I, 6. — Pallad. I, 56. = « Columcl. II, 7. = 9 Ut supra, n« 7. = i» Varr. R. U. I, 51.— 'i Virg. Eglo. 2, V. 10. — Hor. Epod. 3, v. i. = '* Virj,'. Ibid. v. 11. = '3 Serv. in Virg. Ibid. = ** Calo 91, 1-29.— Varr. /Au/. — Columcl. Ibid. 11, 20. — Pallad. I, 30 ; VII, 1.= i3 Varr. Ibid. Columel. I, 6. = 16 Calo. 91. = i'' Varr. /ftiii. — Columel. Il, 20. — Virg. Georg. I, V. 180. =18 Columel. I, 6. = >9 Varr.— Columel. Ibid.

soi ROME AU SlftCl.R D* AUGUSTE.

« Si vous voulez prendre une idée de la fatigue qu'éprouve un Area, examinez ces deux machines dont nous nous servons pour tirer le grain de l'épi. »

Je m'approchai, et vis un rouleau hérissé de dents terminées par des petites boules : on le nomme chariot Punique '. A côté se trouvait une autre machine appelée tribulum, et composée d'un plateau de bois armé de dents de pierre ou de fer. On le charge d'un poids considérable, et un homme monté dessus conduit deux chevaux ou deux bœufs, qui promènent ce traîneau sur TArea*, pendant que des ouvriers, placés en dehors des barrières, et armés de longues perches, repoussent les épis sous la machine'. Dans les villas où il y a beaucoup de bœufs ou de chevaux, on leur fait fouler le blé aux pieds*. Quand on veut ménager la paille, on se sert de bâtons, qui remplissent le même but.

Aux environs de Piome, et dans presque toute l'Italie, voici comment on moissonne : le moissonneur, armé d'un fauchet ou d'une faucille*, saisit l'épi de la main gauche, et coupe la paille au milieu de sa hauteur. D'autres ouvriers ramassent les épis en tas, les mettent dans des corbeilles ' qu'ils chargent sur leur tète*, les portent HulNubilarium, pour être foulés de suite '^. Plus tard on revient couper le reste de la paille *, et quelquefois on le brûle sur pied pour réchautfer la terre, et détruire les mauvaises herbes* *.

Dans le Picenum («), on fait à peu près de même, excepté qu'au lieu de couper la paille par le milieu, on en détache seulement l'épi, avec une petite faux en fer, montée au bout d'un bâton court et recourbé.

Dans l'OmbrieC'), c'est une manière toute différente: on fauche le blé à fleur de terre, et on le laisse sur place. Quand il y en a une certaine quantité, on y revient, on sépare les épis de la paille que l'on enlève plus tard, on les met dans une corbeille, et on les porte à l'Area'**, ou même au Grenier, où ils sont serrés pour être foulés pendant l'hiver.

Les épis étant foulés ou battus, on jette le blé au vent " avec des pelles de bois'-, pour le purger de sa menue paille, de ses aiguilles^^.

1 Plostellum pœilicum. Varr. R. R. I, 51, 52. = 2 Ibid. 52. — Columel. M, 21. = 3 Varr. JLiil. = '• Coluniol. Ihid.— 5 Varr. Ibid. 50. — Columel. Ibid. — Mort-ll. Col. Traj. Il, § 85. = 6 l'iopini. IV, 2, v. 28. = 7 Vy,, . — Columel. Ibid. = 8 Varr. Ibid. — « Virg. Georg. 1, v. 84.— l'iin. XVllI, 50. = ii> Varr. Ibid. = »' Columel. Il, 21. — i^Calo. 11. -Varr. Ibid. 52. — Isid. Orig. X\, 24.= i:'Acus. Varr. Jbid.{") l,a Marche d'Ancône. ('')La Légalioii île Spoielo ei Rieli.

i.KTTRE Lxxxi. no:,

S'il ne fait pas de vent, on le vanne. On le laisse ensuite rafraîchir à l'ombre, puis on le porte au Grenier *.

Dans tous ces pays, une fois la moisson faite, on glane \ S'il rosle trop peu d'épis dans le champ, au lieu de les ramasser, on fait pâturer sur place '. Avec ces procédés, un bon moissonneur peut couper la valeur de cinq modii {") de blé, un médiocre trois C"), et un mauvais moins encore*.

Nous quittâmes l'Area pour rentrer au Prétoire, en gagnant le chemin qui lui fait face. Atticus m'arrêta dans la cour plantée pour me faire voir les citernes. 11 y en a deux, donnant l'une dans l'autre*, et composées chacune d'un bassin oblong et voûté'. Le premier reçoit d'abord les eaux. Là, elles déposent leurs impuretés, et passent ensuite dans le second". C'est une précaution nécessaire, indispensable, parce que les citernes ne sont alimentées que par les eaux de pluie, qui tombent des toits des bâtiments '. — « Pourquoi ces citernes, dis-je à mon hôte, puisque vous avez un petit ruisseau. — C'est qu'aucune eau n'est préférable à l'eau pluviale, et qu'elle se conserve excellente dans les citernes , en ayant soin, comme j'ai fait, d'y mettre des anguilles et des poissons de rivière, qui lui donnent l'agitation des eaux courantes '. »

Il était tard, et je remis au lendemain à visiter le Potager et le Verger.

Sectio.n VIIL Le Potager et le Verger. — Le jour suivant je fus éveillé dès l'aurore par un immense incendie qui couvrait les champs presque à perte de vue devant la Villa. Elfrayé de ce spectacle, je courus chez Atticus: — « Rassurez-vous, me dit-il; ce sont nos pâturages que nous brûlons, pour qu'ils nous donnent l'an prochain une lierbe plus fournie et plus tendre, et dans le but aussi de détruire les ronces et les broussailles qui s'y trouvent '°. Cette opération ne se fait ordinairement qu'au mois d'Auguste ", quand le soleil a tout desséché : cette année on a brûlé plus tôt parce que la saison a été très-hâtive. Mais ce n'est pas là ce qui doit nous occuper; nous avons à voir le Potager et le Verger. «

Le Potager est au midi de la Villa, dont il occupe un côté presque entier ['). 11 confine à la Rustique, qu'il enveloppe en partie, au

1 Columel. Il, 21. = 2 Varr. R. R. I, 53. — Digest. L, tit. 16, leg. 30, § I. = * Vair. /iiJ. = M»alla(i. VU, 2. =5 Plin. XXXVI, 23.= 6 Pallad. I, 17. ='îPlin. Ibid. = •Tallad. 1, 16. =^ Ibid. 17. = »» Columel. VI, 23. — Pallad. IX, 4.— Hor. I, S. 3, v. 37. = 1' Pallad. Ibid. (") 43 litres 535. (*) 26 litres 013. (') V. la Vue de la Villa.

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