‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 24 sur 44 · OV LA FERA ARRACHER · texte numérisé non relu

OV LA FERA ARRACHER

MEVRE LE DERMER DES SIENS*.

Afin de pouvoir toujours retrouver l'emplacement des bornes, dans le cas où elles seraient enlevées ou frauduleusement reculées, on avait eu soin, avant la cérémonie, de jeter dans les trous une matière incorruptible, telle que de la chaux, du gypse, des tessons de pots en terre cuite, du verre pilé, des os brûlés ^ ou bien encore des charbons'".

Les travaux cessèrent à la fin du jour. J'avais précédé de quelques heures la famille à la Villa, et sa rentrée me fut annoncée par les

1 Varr. R. R. H, 1, 2.— Plin. U, Ep. 17. — Hor. Epod. 1, v. 27. =3 Tit.-Liv. XX((, U. =• 3 Varr. — Hor. Ibid. 2. = '•Leilre LWXII, p. 52G. = s Varr. Ibid. 1.— Fest. v. Scriplurarius. = ^ Calo. 30. — Varr. U. R. U, 2.— Plin. XVil, 9 ; XVUI, 23. = ^ .Sicul. Flacc. de Condit. agrar. p. 5. = « Spon, Miscell. p. 11. =» Sicul. Flacc. Ibid. = lo Ibid.— S. Aug. de Civil. Dei, XXi, 4.

LETTIŒ f.XXXI. 325

oios ot les ponrceaux qni coururont, on arrivant, so pnVipifor dans le Complunum de la Hasse-Cour, pour y boiro et s'y baigner ' Bientôt après parut le Villicus, marchant, comme le malin, en tète de son essann (resclaves^ La charrue suivait, ramenée le soc en Tair^^ pose sur le joug * \ Les bouviers dételèrent leurs bœufs, les étrillèrent, leur frottèrent le cou, leur pressèrent le dos avec la main en pinçant la peau, alin qu'elle n'adhérât pas au corps, ce qui serait tres-nuisible à ces animaux, et les laissèrent suer et soufiler avant de les rentrer à rétal)le% car ils étaient fumants^. Ils leur donnèrent - un peu a manger, les menèrent se baigner et boire dans le Compluvrum en s.lïïant pour les y engager, et leur jetèrent ensuite une al)ondante nourriture \

Les bergers donnèrent du sel aux brebis pour les exciter à boire et a manger, et garnu>ent leurs mangeoires de feuillage de frêne « de pei>pher, d'orme, de chêne «, de saule, de genêt, d'arbousier- el de cytise , que les Frondateurs apportèrent par bottes '^ Les bœufs eurent leur part de cette pâture, à laquelle on ajouta pour eux des femlles de saule '3, de figuier '*, et de la tlente de grives. Cette (1er niere substance, donnée aussi aux porcs, les fait enoraisser ^^

Pendant ce temps, le Villicus s'occupait de tout le monde.' Je vis a que ses dévouas lui imposaient des soins tout paternels envers les esclaves : avant de rentrer chez lui, il commença par faire administrer des secours à ceux qui avaient attrapé quelque mal en travaillant, par faire conduire les malades à l'Infirmerie, en ordonnant un traitement pour chacun»''.

Ensuite il alla visiter la Cuisine, où tout était en mouvement- les celleriers»^ servaient le souper qu'ils avaient apprêté '«. D'un autre cote, déjeunes marmitons «« pilaient des os avec de la moelle faisaient une patee de pain d'orge détrempé avec du petit lait'-« ou de l'eau dans laquelle on avait fait cuire des fèves : c'était pour la nourriture des chiens^'. Les esclaves arrivèrent tous pour se mettre à table Le Vilhcus leur recommanda de ne point emporter leur souper de-

2 VeT-^S v.i' *'• -^«'"ra<'';I> 6. = 2 Vernas. ditis cxam.-n domus (lor Food

V. 454 ; ,11, V. 300. = V. 'columH Tlî't V. Z^^^ZL^l'- i7v '"'''' l''"' "' >-'■ 12.-Varr. R. R. „, 9.-Vi..g Georg. HI, v. 406. = .. yllJcoZtmf. "^

hors; de manger auprès du dieu Lare du maître et du foyer de la famille. Il s'assura si les cellériers n'avaient rien retranché de la ration de chacun, et, après cette inspection, alla souper à son tour'.

Après son souper il recommença une nouvelle ronde avant d'aller se reposer^ ; s'assura si tout était bien fermé, si chacun était couché à sa place, si les bestiaux avaient à manger ^ si le Gallinaire avait bien clos toutes les ouvertures du colombier *. J'accompagnai le Villicus dans cette dernière tournée, et je remarquai que l'on donnait aux chevaux de l'orge ^ ou des fèves* , que l'on déliait les bottes de foin avant de les leur jeter ^ et que les chiens soupaient dans les étables *.

Arrivés dans l'étable aux bœufs, je fus frappé, en entrant, d'une odeur très-forte. — c( C'est du bois de cèdre et du galbaneum que l'on a brûlé, pour chasser les serpents ou les couleuvres qui pourraient s'être glissés danslahlière des animaux^, me dit le Villicus; une fumigation de corne de cerf a la même vertu'''. » — Au même instant un bouvier vint se plaindre qu'un de ses bœufs se trouvait fort échauffé, et qu'un autre avait un flux de ventre. Le Villicus ordonna de faire avaler au premier deux sextarii de vin", et de mettre le second à Xocymum pour toute nourriture. Uocymum est un fourrage produit du mélange de diverses graines dans les proportions suivantes : dix parties de fèves, deux de vesce, deux de cicers, et quelquefois une partie d'avoine grecque'^. Un berger déclara pareillement qu'un de ses chiens était triste et qu'il le croyait mordu par un loup enragé. — «Frotte sa blessure, lui fut-il répondu, avec un liniment composé de cytise et de sésame piles ensemble et mêlés avec de la poix liquide. Si la rage se développe et atteint le plus haut degré, nous emploierons l'huile de cèdre. Ce remède , ajouta le Villicus en se tournant vers moi, est aussi etficace pour les hommes que pour les animaux '^ »

Tout étant en ordre, la Villica ayant de son côté fait ranger dans rintérieur et nettoyer le foyer", nous allâmes nous coucher. Lagarde de la Villa fut alors abandonnée à un énorme chien '^ noir '^ habitué à dormir enfermé pendant le jour, à veiller pendant la nuit", et à ne manger que le soir '*.

1 Columel. XI, 1. = '^ Ibid. ; I, 8. — Ph.xd. U, 8, = 3 Calo. 5 = * Columel. VIII. ^. = 5Varr. U. l\.U, 1.— Juv. S. 8, v. 155. = G Vair. Ibid.— ' Juv. Ibid.= «Varr. Ibid. 9. = 9 Virg. Georg. UI, v. 414.= i" .-Elian. de Animal. Il, 9. — Soliii. 21. = " Coluinol. Il, 3. = 12 Plin. XVUI, 16. = '» Columel VU, 13. = '* Calo. 143. = "5 ]d. 124. — vàrr. K. tl. I, 21. = '^ Columel. Ibid. = i' Calo. — Vair. Ibid. = i« Varr. IM. Il, 9.

LETTRE LXKXI. ,"25

Telle est la journée d'une Villa, à peu près en tout temps. Seulement, quand il fait mauvais, on occupe les esclaves à Tintérieur ' ; et dans les jours courts, on fait des veillées pendant lesquelles la famille répare ou confectionne des outils, fabrique des claies, des paniers, des torches, des ruches, des mannes et cent autres ouvrages pareils ^ A l'époque de la moisson, qui se fait avant le lever de la canicule, c'est-à-dire vers la fin de juillet ', et pendant les foins, la journée commence avant l'aurore, afin de profiler de la rosée pour faucher les prés et les chaumes, qui se coupent bien plus aisément quand la chaleur du jour ne les a pas encore desséchés *.

En regardant la longue bande de papyrus dont se compose celte lettre, et quel gros rouleau elle va former, je crains de m'étre laissé trop entraîner au plaisir de causer avec toi; mais la matière était si abondante que je n'ai fait encore que l'efïleurer, et si intéressante, que nul sujet ne pouvait nous occuper plus sérieusement; car la terre, c'est la force et la liberté: l'homme qui la possède, le citoyen qui s'y attache, qui la cultive, ressemble à ce géant d'une fable grecque que le dieu Hercule ne put vaincre qu'en l'élevant en l'air, et le séparant de la terre qui lui communiquait une vigueur toujours nouvelle. Les Romains dévorés par le luxe, aveuglés par la mollesse, se séparent eux-mêmes du sol et marchent à leur décadence. I-,cs champs italiques presque entièrement peuplés d'esclaves, la patrie romaine ne produisant plus assez de bras pour la défendre, voilà un fait immense que nous a révélé l'examen que je viens de faire : notons-le dès aujourd'hui pour nous en souvenir quand des temps meilleurs nous permettront d'essayer de secouer le joug de la conquête, pour reprendre enfin notre indépendance.

1 Calo. 2. = 2 Coliimel. XI, 2.— Virp. GeorR. I, v. 291. — Plin. XVIII, 26. = ' Columel. Il, 21. = 4 Virg. Ibid. v. 287. — Plin. Ibid. 28.

LETTRE LXXXIl.

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