‹ Rome au siècle d'AugusteChapitre 28 sur 44 · LES LITTERATEURS. LES RECITATIONS · texte numérisé non relu

LES LITTERATEURS. LES RECITATIONS

Ne t'effraie pas trop de ce titre, et ne me demande pas comment ce qui paraît ne concerner que la simple culture de lesprit, par son côté le plus futile, peut nous intéresser, moi et toi ; tout se tient dans une société polie, tout a son importance effective en même temps que relative, et c'est souvent dans les choses en apparence les moins sérieuses qu'il faut aller chercher Torigine de très-grands résultats. Les armes et la violence ne sutiisent pas pour conserver le pouvoir souverain dans un État qui a longtemps joui de la liberté et garde encore le nom de république ; il est nécessaire, après la victoire, d'entreprendre une lutte avec ceux qu'on a vaincus ou du moins conquis. Et je dis lutte dans toute la rigueur du terme, c'està-dire un combat silencieux, sans violence bruyante , mais où Ton doit employer toute sa force pour jeter ou pour maintenir son ennemi à terre. Cette lutte, c'est la réunion de tous les efforts patents ou secrets pour agir sur les esprits, pour conquérir une force, trèspuissante sur l'existence des gouvernements, mais insaisissable, invisible comme les vents qui produisent les plus violentes tempêtes, en un mot, l'opinion publique.

Celui que les Romains appellent aujourd'hui le divin Auguste, était trop habile, et surtout trop sagement conseillé par Agrippa et par Mécène, pour ne pas enlreprendre cette guerre morale, après avoir heureusement accompli ses guerres violentes. Les premiers soldats qu'il enrôla dans ce but furent les poètes. J"ai déjà dit un mot de celte grande manœuvre dans une lettre sur Tibur (") ; mais peut-être auras-tu pris cela comme un fait isolé, tandis qu'il est ou qu'il était la conséquence d'un système général appliqué par Auguste avec beaucoup de suite et d'adresse.

Les poètes sont les plus populaires, les plus répandus de tous les littérateurs qui s'adressent au public, soit à cause du peu d'importance de leurs œuvres, qui se lisent plus [facilement, soit parce que

(«) Lettre XLVll, i. II. p. 297 et sui>.

leur langage harmonieux et cadencé, plus attrayant pour l'esprit, se grave mieux dans la mémoire. C'était donc un puissant motif pour que le divin Auguste cherchât à se les concilier. Il faut dire aussi que cet Auguste, qui fut bien plus heureux qu'il n'est aujourd'hui réellement divin, trouva là, comme dans cent autres circonstances de sa carrière politique, les voies toutes préparées : en effet, depuis le siècle dernier, les poètes forment à Rome une corporation, un collèges ou pour mieux dire, une société, car ils ne pourraient être assimilés aux collèges de métiers dont j'ai parlé autrefois ("). Mais je ne t'ai peut-être pas fait assez comprendre ce que sont les poètes : ils mériteraient de former une catégorie à part dans les diverses classes du peuple, tant ils ressemblent peu au reste des citoyens ; la pauvreté est leur état ordinaire, et je le dis plutôt comme éloge que conmie blâme. Peu soucieux des biens de la Fortune, ils ne font rien pour les acquérir, et jouissent de la vie sans presque s'inquiéter des besoins qu'elle réclame. Us perchent plutôt qu'ils ne logent à un troisième étage*, dans ce pays où il est si fatigant de monter, se rient des incendies, des fuites d'esclaves, vivent de gros pain et de légumes, ne songent qu'à la gloire et aux Muses ^, qu'à se couronner de lierre, symbole de la joie *, s'absorbent dans des travaux poétiques qui puissent leur mériter des applaudissements et quelques paroles flatteuses. Tu vois que les poètes forment un singulier contraste au milieu de la société romaine, âpre au lucre et non moins ardente à l'ambition.

Toutes les jouissances de ces candides courtisans des Muses étant dans les éloges qu'ils espèrent s'attirer par la communication de leurs ouvrages^, même non terminés, même encore en projet, ils ont cherché les moyens de se procurer facilement des auditeurs et des confidents, et pour cela se sont avisés de se réunir en sociétés, en collèges, comme je disais tout-à-l'heure.

Les simples amateurs de littérature furent admis aussi dans ces réunions qui, vers la fm du siècle dernier, avaient acquis une certaine célébrité, étaient assez agréables pour que les grands en recherchassent la fréquentation. Elles se tenaient dans une espèce de domicile commun qu'on appelait Y école des poètes *, mot qui signitie

> CoMegium poelarum. V. Max. Ul, 7, 11.= 2Mail. I, 109, 118. =3 Hor. II, Kp. 1, V. 119. — Ov. .\rl. am. Ul, v. 403.— Tac. de Oral. 10. = * Ov. Ibid. v. 411. — Hor. 1, od. 1, V. 29. — Virg. Egl . 7, v. S."} ; 8, v. 12. — Mari. VUI, 82. - Plin. XVI, 34. = 6 Pers. S. 1, V. 41.— iar. Ibid.—^ Sriiola poelarum. Mari. 111, 20 ; IV, 61. (") Ldlre IV, t. I. p. 241.

proprement lieu de conversation, de même qu'on dit l'école d'un bain*. Le divin Jules, ou, plus humainement parlant, le dictateur César, y venait quelquefois, soit pour se délasser des soins du gouvernement, soit, peut-être, pour se concilier les poètes. On le recevait avec tout le respect dû à son rang ; il régnait néanmoins beaucoup d'indépendance dans ces sociétés, et l'on cite un poêle Accius qui ne se levait jamais devant le dictateur : «La prééminence, disaitil, ne se mesure plus ici sur le rang, mais sur le talent, et mes titres littéraires établissent ma supériorité sur César -. »

Les poètes s'étanlpour ainsi dire organisés en corps, et leur caractère étant bien connu, il ne fut pas difficile de les attaquer pour en faire, àleur insu, desinstrumenls politiques. Le Sénat, le peuple, les comices, l'administration de la justice et l'éloquence qui en dépend, avaient été pacifiés par l'Empereur, c'est-à-dire domptés, asservis ; pouvait-il en être autrement de la littérature et des littérateurs? Une société est comme la mer, du moment qu'une agitation sérieuse se manifeste de quelcpie côté, elle gagne de proche en proche, jusqu'à ce que tout soit également agité au loin. La réaction a lieu de même lorsque le calme renaît, et successivement il devient aussi général que l'avait été la tempête; c'est la marthe naturelle dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique. D'une autre part, les littérateurs, et les poètes en particulier, ressemblent assez à une lyre qui peut prendre tous les accents, rendre tous les tons, mais n'a par elle-même qu'une puissance négative; le peuple, en pleine jouissance de sa liberté, l'animera des plus mâles harmonies; qu'il se laisse asservir, la lyre passe aux mains des détenteurs du pouvoir, et ne résonne plus que dans le diapason qui leur convient. On rencontre sans doute quelques exceptions à ce principe , mais la voix qui ne trouve plus d'écho nulle part, se réduit bientôt d'elle-même au silence; car écrire, c'est exprimer ou provoquer des sympathies, et peu de littérateurs sont assez énergicjues pour s'isoler dans leurs opinions et dans leurs sentiments, pour subir lindiftérence ou l'inintelligence du peuple qui devrait les comprendre, les encourager, et les applaudir.

La littérature en général, a donc clé pacifiée comme tout dans la république. Il en est résulté une IWcbeuse influence pour le c<iractère de ceux qui la cultivent; ils sont devenus les flatteurs, les com-

' I-iMliP XII, I. I, p. 5-2S. =2 V M;ix. VIII, 7, II.

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plaisants dos grands qui se disaient leurs amis; ils ont ravalé la muse à la condition de cliente. Mécène fit beaucoup d'avances aux poètes, les combla de marques d'estime, témoigna beaucoup de générosité à ceux qui montraient du talent, en lit ses amis, ses commensaux, des espèces de parasites honorables'. On soupçonne qu'il ne fut en cela qUe f exécuteur secret des ordres d'Auguste, qu'il mit ensuite en relation directe avec les plus éminents, tels que Virgile, Horace, Varius, Ovide, et particulièrement les deux premiers ^.

J'ai fait connaître dans une de mes précédentes Lettres quel lut contre Horace le résultat de la faveur impériale (").

Ovide, dans ses poèmes, ne parle jamais d'Auguste et de son père César, que sur le ton de la louange la plus outrée ^

Virgile ne se montra pas moins courtisan qu'Horace son ami : je n'en citerai qu'un trait, mais capital : 11 avait commencé le quatrième livre d'un poème sur l'agriculture par l'éloge de ce pauvre Cornélius Gallus, poète comme lui. Quand la délation de Largus et la bassesse du Sénat eurent porté l'infortuné jeune honmie à se donner la mort (''), Auguste voulut que Virgile rayât de son poème l'éloge et le nom d'un ami. Le poète obéit à Tordre de son protecteur, et refit un épisode dont il emprunta le sujet, non plus à l'amitié, ce qui pouvait quelque jour devenir encore inopportun, mais à la mythologie ancienne *. Auguste comprit que les beaux vers de son protégé inunortaliseraient Gallus, tandis qu'il voulait faire oublier cette nouvelle victime de ses lâches soupçons. Sa demande fut honorable pour le talent de Virgile, mais elle ne le fut guère pour le caractère de ce poète.

Je dirai, pour être juste envers les littérateurs poétiques, que le maître de l'empire les prenait par une séduction à laquelle il paraît dificile que des hommes purement d'imagination puissent résister : il les traitait habituellement en familiers, en amis, il leur faisait presque la cour; j'ai vu des lettres de lui au poète Horace qui sont vraimejit celles d'un égal à un égal; une, entre autres, finit par cette phrase remarquable, qui contient le plus aimable reproche ; a Je suis irrité contre vous, sachez-le bien ; vous ne parlez })as de moi dans vos épîtres; craindriez-vous d'être ditfamé dans la postérité en paraissant avoir été mon ami ^ ? »

• Horaduni véniel ab isla [lua] parasiliea mensa, elp. Suet. Ilor. vil. Epist. Aug. Mœcenal. = * /èid. — Virgil. vila. = 3 Ov. passim. = * Serv. in GeotR. IV, v. 1. = * SuPt. Hor. vil. {") I.t'iiro XI.VM, I. Il, p. 299 et suiv. f*) Ledre X\XV, I. II. p. l/,->.

Les poètes étant devenus les serviteurs du pouvoir, les trompettes de l'estime dont il veut être entouré*, les auxiliaires 'moraux de la tyrannie, tu vois quelle est leur importance morale dans la république, et s'il m'était possible de ne pas leur donner une place dans mes tableaux. Ils servent encore les gouvernants d'une autre manière, mais qui, cette fois, ne coûte rien à leur caractère, qui même doit le rehausser dans l'esprit des gens honnêtes : certains poètes, et particulièrement Horace, se sont adonnés à un genre de poésie qui pourrait être d'une grande utilité morale si les Romains étaient moins corrompus; ce sont des discours en vers contre les ridicules, les ruses, les vices et les infamies du siècle. Dans ces pièces, tout ce qui blesse le bon, Futile et Thonnête est signalé au mépris, à l'indignation des gens vertueux ; les vicieux sont attaqués soit sous des noms supposés, soit sous leurs propre noms. C'est une sorte de magistrature des mœurs, de Censiire que les poètes s'arrogent par droit de talent; ce sont de véritables notes d'infamie qu'ils attachent à tels ou tels citoyens indignes, et ces notes, pour n'avoir aucun caractère d'autorité publique, n'en sont pas moins puissantes, pas moins stigmatisantes. Outre lia force réelle qu'elles empruntent à la vérité des accusations, leur forme poétique les vulgarise, et leur donne une durée accablante; car ces honnêtes et franches délations, pressées au pied nombreux de la poésie, se gravent aisément dans la mémoire, sont redites par toute la ville*, et marquent, pour ainsi dire au front, le ridicule, l'infamie ou le crime, avec une énergie que n'ont point toujours les vérilables notes censoriales.

Mais ce ne sont pas les poètes seulement qui ont cédé à \r pacification d'Auguste; les littérateurs qui cultivent le genre grave et sérieux de l'histoire, n'ont pas su non plus s'en garantir. Ici la faute est plus grande, parce que leurs œuvres ne peuvent, comme celles des poètes, passer pour de simples jeux d'esprit; l'historien est, en quelque sorte, le magistrat du présent et de l'avenir; son premier devoir est la vérité et l'impartialité, et s'il y manque, il forfait à l'honneur, il trompe indignement ceux qui viennent à son tribunal pour y chercher un de ces arrêts é(|uitables qui consolent l'innocence, flétrissent le vice ou le crime, et vengent la vertu. Cette affreuse forfaiture, dont on a plus d'un exemple, se pratique encore

' liurriiialoros rxisliinationis. Cir. Ep. f.iiiiil. XVI, 21. = i Qui me comnioril. inolius non Uuisetcl rliimo. Flebii, l'i insif;iiis loi» c.int;il)itur l'rbe. Hor. Il, S. 1, \ . 4r>, '(<;.

en ce moment, sous nos yeux, par deux écrivains nommés l'un Velléius Paterciilus, l'autre, Valère-Maxime. Le premier, dans un abrégé de l'histoire romaine, s'est constitué le flatteur de Tibère' ; le second, dans un ouvrage du même genre, ne s'est pas contenté de prodiguer son encens au maître, il a voulu en donner aussi une part à Séjan son ministre, et ne rougit pas d'avancer qu'on ne saurait parler de Cassius et de Brutus sans y joindre l'épithète de parricides *!

Les littérateurs se montrent infiniment moins flatteurs dans les relations qu'ils ont entre eux; quand il s'agit déjuger leurs talents respectifs ^, loin d'être disposés à se tresser mutuellement des couronnes*, ils atï'ecteni une sévérité qui parait être en proportion de la bonne opinion qu'ils ont généralement d'eux-mêmes. Parmi les poètes surtout, rien de plus rare que d'en rencontrer un qui ne se croie pas le premier des hommes, et aux yeux duquel le genre qu'il cultive ne soit pas le plus beau de tous '. Un tel caractère, comme tu penses bien, rend ces littérateurs extrêmement irascibles; aussi fautil de grandes précautions pour ne point choquer leur amour-propre et leur orgueil ^ Ceux que des talents éminents font sortir de ligne, et qui sembleraient, par la supériorité de leur esprit, devoir se trouver à l'abri de cette faiblesse, s'y laissent aller comme les autres : beaucoup parmi eux donnent des repas à une foule de petits auteurs faméliques'', les gratifient de quelques vieilles toges; pourquoi? pour obtenir publiquement leurs éloges. Ces repas et ces cadeaux s'adressent surtout aux grammairiens , tourbe faisant métier de vanter ou de dénigrer les littérateurs qui paient leurs louanges ou dédaignent leurs injures*. Ce sont d'anciens précepteurs esclaves' qui, après avoir gagné la liberté en faisant l'éducation des fils de leurs maîtres, tiennent des écoles publiques/", où ils enseignent les principes de la littérature ", et s'arrogent le droit de critique littéraire '^ Ces critiques systématiques ont un surnom emprunté à leur humeur hargneuse, on les appelle vitiligateurs, mot forgé par Caton, et qui signifie à peu près chicaneurs^^. S'ils étaient moins aveuglés par la passion, ils verraient que souvent leurs blâmes injustes ne

1 Palercul. HI, passim.=2 V. Max. I, 8, 8 ; Hl, 1, S; VI, 4,.").= 3Cic. Oral. 7.= * Sibi nectarc ulerque coionam. Ilor. U, Kp. a, v. 9G. =s ^jp, iuscul. V, 2-2. — Hor. Ibid. 90. = 6 Gcniis iriilabile valum. Ilor. Ihid. v. 10-2. —TJd. I, Ep. 19, v. 38; Ail. poel. V. i20. = 8 1(1. I, Ep. 19, v. /«O. — Pors. S. 1, v. 54. = 9 Suel. de lllust. gramni. passim. — Li-ltre LV, t. 11, p. 593.= <« Suct. Ibid. = " (.Kiinl Insl. oiat. 11,1.= 1- Suet. Ibid. = !•* Vililigatoros, qiiod Calo elctranlpr on viliis e( lilipatoribus romposuil. Plin. I, prnef.

déshonorent qu'eux-mêmes, et que celui ([iii s'attache à une grande ilkistration pour la ravaler, ne fait, comme on dit, que choisir un arbre pour se pendre '.

L'état de fortune fort peu brillant qui force les poètes de la basse littérature à vendre leurs suffrages pour des soupers et des habits, ne leur est pas particulier : la littérature, même avec les plus rares talents, ne conduit pas à la richesse; et depuis Homère, qui mourut dans Y mcWgence, poë te e\ pauvre sont deux mots à peu près synonymes ^ Je ne vois guère que la littérature dramatique qui offre quelque ressource, parce que les poètes vendent leurs ouvrages aux donneurs de jeux ^; mais ces ouvrages ne servant presque jamais qu'une fois * , un drame ne se paie pas bien cher; je me rappelle qu'une comédie intitulée \ Eunuque ayant été achetée pour une deuxième représentation, parce qu'elle avait obtenu un grand succès ^, ne produisit pas à son auteur plus de huit mille sesterces {") ; cependant cette somme parut si considérable, qu'on eut soin de l'inscrire après le titre de la comédie ^ !

La protection que le divin Auguste parut vouloir accorder aux lettres fit éclore une foule de petits versificateurs pour lesquels écrire devint un métier et non plus une vocation, et qui ne se proposaient d'autre but que d'attirer sur eux la munificence de l'Empereur"; mais Auguste, dont les libéralités avaient un but politique, ne les étendit guère qu'aux littérateurs dont le talent, goûté du public, pouvait être utile à ses vues secrètes. Il eut raison d'en agir ainsi, car rien n'est plus inutile qu'un mauvais littérateur.

Il y a plus de deux cents ans que les premiers poètes parurent à Rome *; mais ce ne fut qu'après la ruine de Carthage et la conquètf de la Grèce que les Romains prirent vraiment goût à la littérature^; et depuis, ils ont toujours manifesté la plus haute estime pour ceux qui la cultivaient honorablement. Cette estime prit sa source dans la pensée que les littérateurs sont tout-puissants pour consacrer la mémoire des faits, et la transmettre à la postérité. Théophane de Mitylène, qui écrivit les actions de Pompée, reçut de lui, en présence de l'armée romaine, et aux grandes acclamations des soldats, les droits de citoyen de Rome '".

' Plin. I, preef. = 2 Ov. Trist. V, 10, v. 19. — Tac. de Oral. 9. = >' Hor. H, Ep. 1, V. 173.— Ov. Trist. H, v. 301.— Tereiit. Eunurli. ; l'horm. piolog.= * Teient. Ileaulon.; Hecyr. prolog. = 5 Donal. iiiTerenl. Euiiucli. aigurii. = <" /6id.— Suet. Terenl. vil. = 'Hor. 1, Ep. 1, V. 226. = 8 A. Geli. XVli, 21 = » Hor. II, Ep. 1, v. 156.= »'> Cio. pro Archia, 10.— V. !\la\. VIU, U, 3. ("^ 1552 fr. 40 c.

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Le même Pompée, venant rendre visite à Posidonius, célèbre philosophe, défendit au hcteur de frappera la porte, suivant l'usage, et celui qui avait vu l'Orient et l'Occident à ses pieds, baissa ses faisceaux devant la maison d'un littérateur*.

Il n'y eut pas jusqu'à Marins, ce paysan d'Arpinum, dont la rudesse guerrière ne s'adoucît pour les lettres jusqu'à lui faire rechercher Tamitié des poètes Archias et Plotius^

De nos jours, le divin Auguste, pendant sa campagne d'Egypte, ayant pris Alexandrie, entra dans celte ville en tenant par la main le philosophe Aréus, et causant avec lui seul de toule sa suite. Il répondit aux Alexandrins, qui s'attendaient à être saccagés et le suppliaient de leur pardonner : c( J'y consens, et de plus je vous reçois (( en ma bonne grâce, premièrement pour la beauté et la grandeur « de votre ville, secondement pour son fondateur Alexandre, et troi- « sièmement pour l'amour d' Aréus, votre concitoyen, que je reu garde comme mon ami '. »

Ce fut surtout dans la personne des deux premiers poètes du siècle, Horace et Virgile, qu'Auguste montra toute sa déférence, tout son respect pour les lettres, en admettant ces génies privilégiés dans sa familiarité la plus intime*.

Beaucoup de poètes du jour, Ovide, Catulle, Properce, Bassus, Bibaculus, Cornélius Sévérus, Manilius, Phèdre, Ponticus, TibuUe, et d'autres, vivent avec ce que Rome a de plus grand, de plus illustre, de plus distingué. Chose admirable ! dans ce pays où Ton tient tant à la noblesse d'origine, où les patriciens ont été si longtemps avant de consentir à s'allier aux plébéiens, personne ne s'in- (|uiète de la naissance des littérateurs, pourvu qu'ils aient du talent. La servitude marque ceux qui l'ont souftèrte d'une tache que l'affranchissement même ne peut effacer, et dans toutes les conditions, un affranchi est un être plus ou moins méprisé; mais que cetatiranchi possède les dons de l'esprit ou du génie, aussitôt les personnages les plus distingués par leur naissance, leur mérite, ou leur haute position, se font gloire d'être de ses amis, et recherchent sa société. Le poi'te comique Térence, qui vécut dans rintimité de L«lius et de Scipion, était affranchi'; Phèdre, le fabuliste, reçu dans les meilleures maisons de la ville, n'a pas une autre origine*'; la plupart des

' Plin. VII, 50. — Solin. 2. = ^ Cic. pro Aicliia, 9. = 3 Dion. LI, 16.— Plul. lleipub. gerend. piaeccpla, p. 244. = * Suel. Horat. vil.— Toc i\c Oint. IS. zr-. » Oie. de .\nniri(. ik.— SiiPl. TertMit. vil. = " Pli.Td. f.ilnil. lit.

jlOi ROME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.

grammairiens, également *; le poëte Horace, si chéri du divin Auguste, était, tu le sais, fils aussi d'affranchi, et Virgile, qui ne fut pas moins avant dans l'amitié de ce prince, eut pour père un potier de terre cuite, ou, suivant une version encore plus répandue, le serviteur d'un mage ambulant ^

Otte estime, ce respect pour les poètes a gagné jusqu'à la plèbe grossière; en voici un exemple : Virgile arrivant un jour au théâtre, où l'on venait de réciter de ses vers, l'assemblée, encore ravie de cette belle poésie, se leva d'un mouvement unanime et spontané, et rendit au favori des muses les mêmes respects qu'elle eût rendus à l'Empereur lui-même^.

Cette considération qui entoure les littérateurs d'un talent véritable, est un stimulant pour tous ceux qui cultivent les lettres; ils brûlent d'impatience de faire connaître leurs œuvres au public, afin d'obtenir aussi la part d'estime, d'admiration à laquelle ils prétendent. L'un des moyens les plus fréquents qu'ils mettent en usage, est celui des Récitations. On nomme ainsi des lectures publiques, faites par les auteurs eux-mêmes, de celles de leurs compositions qu'ils n'ont point encore publiées. Le but avoué de ces lectures est de recueillir les avis et les critiques de ses amis, et de faire les corrections qu'ils indiqueront, avant de livrer l'ouvrage tout-à-fait à la publicité*, (c Dites-moi la vérité : vous ne sauriez croire avec quel plaisir je l'entendrai. )i Tel est le langage ordinaire des auteurs à leurs auditeurs ^. Le but véritable, du moins pour la plupart, est de chercher des applaudissements et des louanges.

Les Récitations sont une invention assez récente d'Asinius Pollion^ Poëte, historien, orateur'', cette triple qualité lui dut inspirer l'idée des lectures publiques. Il faut que je dise, pour être exact, qu'il existait avant Pollion un usage qui sans doute lui donna l'idée de son invention, car il ne faut pas croire que depuis des siècles que l'on cultive les lettres à Rome, les littérateurs n'avaient pas encore cherché à poursuivre les suffrages de leurs amis dans des communications privées : on lisait, ou l'on faisait lire dans les festins®, ce qui n'était pas toujours le moyen d'en augmenter l'agrément. Asinius fit des lectures l'objet de réunions spéciales, et son innovation eut un

1 Suet. (le lllusl. gramm. passim. = 2 Virn. vit. in Scrv. = * Tac. do Oral. 10 = *Piin. U, Ep. 10; ni, Ep. 17; Y, Ep. 5; VU, Ep. 17;VUI, Ep. 21 . = » Mari. VUI, 76. = 6 Senec. Conirov. IV, proopm. = ^^ Hor. U, od. l. — VIoi. IV, IQ. — Suel. Aup. 4j. = " Cir. ad Allie. XVI, 2.

LEÏTIŒ LXXXMll. iur>

tel succès, qu'il n'y a plus guère aujourd'hui que les gens auxquels il est plus aisé de réunir des convives que des auditeurs, qui pratiquent encore l'ancien mode ^

Le petit peuple, la plèbe de la littérature, qui ne peuvent ni convier des auditeurs à leur table, ni les appeler dans leur taudis* pour de véritables récitations, empruntent la maison d'un ami', ou bien louent une salle d'audition *, où ils font disposer des bancs pour la foule*, et, pour eux-mêmes, une estrade, une espèce de tribunal avec un siège élevé '.

Mais le plus difficile consiste à réunir des auditeurs; car aujourd'hui que tout le monde compose des vers'', on abuse tellement des Récitations, elles sont souvent si maussades, si ennuyeuses, si fatigantes, que bien des personnes ne se soucient point d'y venir*; et puis, comme ces lectures n'ont lieu qu'aux mois d'Avril^ ou d'Auguste'", alors elles sont presque quotidiennes", de sorte qu'il s'établit entre les littérateurs une sorte de concurrence qui n'est rien moins que propre à piquer la curiosité, d'autant que les séances se prolongent ordinairement pendant tout un jour*^, et sont reprises quelquefois deux ou trois jours de suite pour le même ouvrage '^

Les auteurs sont donc obligés de s'y prendre d'avance , et d'employer tous les moyens pour se composer un auditoire un peu nombreux : d'abord ils font connaître publiquement , par des affiches attachées ou peintes sur les colonnes des portiques'*, l'heure et le lieu de la Récitation; ensuite ils répandent par toute la ville des annonces particulières '^ invitent leurs amis par lettres '^ et vont aussi quêter, mendier des auditeurs de maison en maison '\ Ces annonces publiques, ces sollicitations privées demeurent sans effet pour la plupart, à moins que le poëte ne soit riche, car l'homme doué des dons de la fortune trouve toujours des complaisants '*. En attendant ce grand jour, le favori ou le courtisan des Muscs se tient le col bien chaudement enveloppé de laine, de peur d'attraper un enrouement'',

> Mait. ni, 5 ; V, 79. = 2 Sener. Conirov. IV, pioœm. = ■■ Plin. VUI, Ep. 12.— Juv. S. 7, V. 40.— Tac. di; Orat. 9. — Mari. I, 77. = * Audiloiiuiii. Tac. Ibid.— Suel. Claud. ■il. = 5 Subscllia. Tac — Sud. /*irf.— Juv. S. 7, v. 43. = ^ Aiiabalhruin. Juv. Ibid. v. 46.— Sfdcs celsa. Pers. S. 1, v. 17.= "< Uor. 1, Ep. 1, v. 108. — 8 Ibid. Ep. 19, v. 39. — l'Iin. III, Ep. 18; VIII, Ep. 12. = ^ Id. 1, Ep. 15. = '«Juv. S. 3, v. 9. = " Plin. Ibid. =-. 'i Mari. \, 70. = i' Plin. MI, Ep. 18; VIII, Ep. 21. = '* Acron. iii llor. Art. poct. V. 373. = 13 Pcr libcllos adinonili amici. Plin. \\l, Ep. 18. —Libelles dispcrgit. Tac. de Orat. 9. = '^ Codir illi. Plin. Ibid. — '" lîogare ullro et ambire, ut sint qui digncntuv audirc. Tac. Ibid.=^ i' Hor. Art. poel. v. 420. = 19 Qujd rccilalurus circumdii« vcllera collo? Mart. IV, Jl. (,'ui récitât lana fauccs, et colla revinclus. VI, 41.

et prend un breuvage adoucissant, afin de se rendre la voix, plus douce et plus flexible ^

J'ai plusieurs fois assisté à des Récitations, et, par Hercule, les auteurs ont bien du courage pour supporter la tiédeur ou l'apathie de leur auditoire^. La plupart de ceux qui le composent ne viennent que par politesse, et parce qu'ils n'osent refuser ; s'ils sont littérateurs eux-mêmes , pour qu'on leur rende la pareille ^ ou dans la crainte d'attirer sur eux les propos de la médisance \ Je connais un écrivain d'histoires qui prête de l'argent à grosses usures, et contraint ses débiteurs à venir aux Récitations de ses œuvres littéraires^ On a remarqué que le divin Auguste, toujours si facile dans les relations privées avec les citoyens, assistait avec une extrême patience à ces petites solennités, qu'on y lût des poëmes ou des histoires , des discours ou des dialogues®. Il avait son but, et tu le devines.

Cornélius Sévérus lit les frais de la dernière Récitation à laquelle je fus invité, et où je me rendis. Il avait annoncé une poëme sur la guerre civile entre Octave et Sextus Pompée. J'ignore si ce fut la faute du sujet, qui cependant annonçait un certain courage de la part de l'auteur, ou bien la crainte de l'ennui , mais les amateurs montrèrent, ainsi qu'à l'ordinaire, très-peu d'empressement. Sévérus, coifie, paré comme en un jour de fête, chose assez remarquable, attendu que bien des poètes affectent de ne se faire ni la barbe , ni les cheveux, ni même les ongles''; Sévérus, dis-je, élégamment accoutré et monté sur l'espèce de trône réservé au lecteur, promenait autour de lui des regards tristes, en voyant ses bancs demeurer presque déserts.

Cependant, après avoir un peu attendu, il déroule lentement son livre, et commence à lire, en balançant mollement lu tête*, et s'arrêtantde temps en temps pour avaler quelques ampoules d'eau tiède, afin de s'entretenir le gosier souple'. Une partie des invités, assis eu dehors de la maison, tuaient le temps dans des conversations futiles; les moins indifterents envoyèrent demander d'abord si le récitateur '" était entré, puis s'il avait fini déjà sa préface, puis s'il avait lu bien des feuillets. Vers les deux tiers de l'ouvrage, on les vit arriver lente-

1 Liquide cum plasmate gutiur Mobile oollueris. l'ers. S. i, v. 17, 18. = - l'iin. I, Ep. 13. = 3 Ibid. ; VIII, 12.= ^ ilor. 1, Ep. 19, v. 59.= » Ici. I, S. 3, v. 86.— Aeron. — Porphvv. in Hor. ior. cil. = 6 guet. Aup. 89. = '• Hor. Art. poel. v. 297. = » Laxa cervice. Pers. S. 1, v. 98. =■ » Mari. VI. 35. = i» Heeitalor. l'Un. 1, Kp. 15. — Senec. Ep. 95.

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ment, cuniiiic à regret ; et la plupart encore n'attendirent-ils pas la Hn pour s'en aller : ils se dérobèrent, les uns adroitement et un peu confus, les autres sans façon et la léto levée'.

Quoique d'ordinaire le succès soit rarissime dans les Récitations -, cependant le poète en obtint un très-grand. L'approbation des auditeurs se manifesta d'abord par de petits bruits de lèvres simulant un baiser ^ puis par des courage ! des très-bien'' ! des beau ! très-beau^! mais lorsque Cornélius Sévérus termina en faisant entendre des chants de douleur et de liberté, à propos des proscriptions du triumvirat, et particulièrement de l'assassinat de Cicéron, alors l'enthousiasme éclata : les uns bondissaient , frappaient du pied ; d'autres versaient, comme on dit plaisanmient, la rosée de leurs yeux®. Dès que Sévérus eut fini sa lecture, les plus intimes, au milieu de leur émotion, franchirent les bancs, vinrent baiser leur ami'', et le féliciter mille fois. Voici ce morceau, qui obtint un si grand succès, et dont la poésie est animée des plus généreux sentiments.

On eût dit qu'au milieu des publiques douleurs

Cicéron seul de Rome eût mérité les pleurs.

A l'aspect de ses mains, de sa tète sanglante,

On se souvient du jour où sa voix éloquente ,

Du lieu raème aujourd'hui couvert de ses lambeaux,

Vint de la trahison révéler les complots,

El les nobles, tout pleins d'espérances perfides,

El de Culilina les serments parricides.

Où sont ces jours de gloire, ornement de la paix.

Soixante ans de vertus, d'honneurs et de bienfaits !

H n'est plus ; et le crime, en frappant un grand homme,

A détruit d'un seul coup la liberté de Rome.

.\jipui des accusés, lumière du Sénat,

Philosophe sublime, et sauveur de l'État,

Les Romains autrefois l'ont appelé leur père.

Leur père ! el maintenant sa lète auguste et chère,

Et sa main, qui traça de si nobles écrits,

D'un lâche triumvir attendent les mépris !

Mais en vain ton poignard fil taire l'éloquence,

Antoine : il est des dieux, crains leur juste vengeance,

' Plin. I, Ep. 13.= * Quando raris?iniaium recilationuni famn in tolam Urbeni pénétrât? Tao. de Oral. 10. = ' l'opjsma. Juv. S. 6, v. 382. — Sriiol. in loc. cit. = * Euge *l lielle. Pcrs. S. 1, v. 49.= '' Puiclue ! bene ! rrcle 1 Hor. Ail. poel. v. 428.= ^ Etiam tlillabil amicis Ex ocuiis lorem. Ibid. v. 429, 430.= "^ Basia crêpant. Mari. 1, 4, 77.

Crains du ciel irrité l'inévitable loi ;

Écoute l'avenir qui parle contre toi

Vit-on chez nos aïeux cette rage insensée? Rome au traître Syphax, au timide Persée Épargna cet opprobre, et de vils assassins N'osèrent point llétrir et leur lète et leurs mains; Jugurtha du bourreau n'éprouva point l'outrage, Rome enfin respecta le héros de Carthage, Et sans craindre l'alTront d'un homicide acier, Annibal chez les morts descendit tout entier ' (a).

Le succès des Récitations est un véritable triomphe littéraire, et je dis triomphe dans toute la rigueur du terme, car cela ne dure qu'un jour ou deux-. Ces triomphes sont quelquefois arrangés d'avance par des amis complaisants qui, en prêtant leur maison, poussent la courtoisie jusqu'à distribuer au fond de l'auditoire leurs clients et leurs afiranchis pour applaudir le lecteur ^ Ils font plus : quand ce dernier, par une discrétion feinte, s'interrompt après avoir lu la plus grande partie de son œuvre, et dit à ses auditeurs : « Je cesserai, si vous le souhaitez. » «Lisez, lisez, w crient ces bons amis, qui, la plupart du temps, voudraient que le lecteur devînt muet toutà-coup*. La crainte d'essuyer la froideur et les dédains d'auditeurs ignorants ou mal disposés, et par là de compromettre une réputation déjà acquise, empêche bien des littérateurs d'un vrai talent, de se livrer aux Récitations ; le poète Horace, par exemple, ne lisait jamais rien en public ^ Ces lectures ne sont guère pratiquées, en général, que par les jeunes débutants dans la carrière, qui saisissent ce moyen de commencer à se faire connaître*, et font la chasse aux suffrages ''.

La petite littérattuT, les auteiu's trop pauvres pour supporter les frais d'une Récitation, trop peu prisés ou trop obsciu's pour réunir un auditoire suflisant, choisissent une plus grande scène, qui ne leur coûte lien : ils récitent leurs œuvres dans les bains publics *, dans le Forum de César ^ dont les vastes portiques offrent de si beaux abris'**, ou même sur le grand Forum. Ce sont particulièrement les poètes

' Senec. Suasor. 7. — lïunnann. Aniliolog. lai. 1, p. 53*. = - Tar. de Oral. 9. — Ju\. S. 7, V. 83.= * Juv. Ibid. v. *3. = * Scncc. Ep. 9.5. = s Hor. I, S. l, v. -23, 75; I, Ep. 19, V. 37. = 6 Ov. Tiist. IV, 10, v. 37. = ' Non ego \t>nlosir plobis su(Tra(!ia vcnor. Hor. 1, Ep. 19, v. 57. = « lier. Ibid. v. 73. — Mari. Ml, iH. = » ricoroni, Mascli. srcn. lav. 1. = i» l'Inn cl Ucsnipl. de Home, n" 133. (") Trad. do M. J. V. I.e Cleir.

LETTRE LXXWTII. AOS)

qui s'exposent ainsi au vrai public*. Ils sont toujours sûrs de trouver un auditoire suftisant dans les bains, fréquentés par tant de monde, ou dans \csfora, presque continuellement remplis d'oisifs, de curieux, ou de gens affairés. S'ils réussissent, leur réputation éclate tout d'un coup; s'ils échouent, ils échappent à la honte de voir leurs auditeurs fuir devant leur muse ; car dans un lieu public, quand les ims s'en vont d'autres reviennent; les passants succèdent à d'autres passants, remplacent les indifférents ou les ennuyés, de sorte que le lecteur ne récite jamais dans le désert. Ce petit calcul d'amour-propre me semble assez adroit, et n'est certainement pas ce que les poètes ont inventé de moins ingénieux.

» Hor. I, S. 4, V. 74 ; I, Ep. 19, v. 37. — Ov. Tiisl. IV, 10, v. 57.— Ficoroiii, Manch. sccn. lav. I.

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