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:^\.i ROME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.
Le nom d' Essédaires indique que ce sont des gladiateurs curules. Ils combattent sur un esseda, char militaire*, conduit par un esclave, de l'adresse duquel dépend en grande partie la victoire^ C'est, je crois, une imitation de la manière de combattre des Bretons **.
Quant aux Andabates , ce sont les plus extraordinaires des gladiateurs \ si toutefois ce nom peut convenir à des malheureux auxquels les principes de l'art qu'on les condamne à exercer, l'adresse à porter les coups, à les parer, sont tout-à-fait interdits, car ils ont la tête et la figure entièrement enveloppées dans un casque, et combattent en aveugles^. Ces joutes bizarres, où le combattant ressemble presque à une machine que l'on lance sur Tarène pour l'y abandonner; où la victoire n'est plus le prix de la Valeur, mais le résultat du hasard, furent sans doute imaginées pour des spectateurs ([ui, fatigués et non rassasiés d'unesuite d'émotions violentes, avaient besoin, pour les savourer davantage, d'en être un instant détournés par un spectacle dont la gaîté apparente eût encore néanmoins quelque chose de barbare. De longs éclats de rire accompagnèrent ces prétendus combats , dont les singuliers acteurs se fuyaient souvent en croyant se poursuivre, se heurtaient en croyant s'éviter, se parlaient pour se rencontrer, et frappaient les airs on sillonnaient l'arène de coups vigoureux, quelquefois innocemment homicides.
Le combat des Andabates termina la première partie du spectacle ; il était alors environ midi®, et, par suite d'un usage qui date de la fin du dernier siècle (''), des hérauts coururent annoncer la suspension des jeux, afin que chacun pût aller dîner \ En peu d'instants l'amphithéâtre devint presque désert; on voyait seulement quelques intrépides amateurs auxquels la crainte de ne point retrouver de places pour les combats de l'après-midi avait fait apporter un modeste dhier qu'ils prenaient sans quitter leurs sièges'; et un petit nombre d'enfcUUs qui, tourmentés de la même crainte, mais ayant été moins prévoyants, enduraient patiemment la soif et la faim*, .l'ai quelquefois aussi dîné de la sorte en public; je le dis sans honte, car l'empereur Auguste n'était pas moins passionné que nous pour les jeux, et je l'ai vu demeurer au Cirque, avec sa femme et ses enfants, pendant des jours entiers *".
1 Senec. Ep. 29.— Suel. Claud. 21. = 2 Suet. Calig. 33. = 3 Cic. Ep. famil. VU, 10. — Caes. de Bell. Gall. IV, 24 ; V. 9, 15. = » Cic. Ihid. - Non. Marccll. v. rrseslingere. — Non. Marcell. ILid. et v. Lusciosi. = s suel. Claud. 31. =7 /éid.— Dion. XXXVU, 46. = 8 Quint. Inst. otat. VI, 3. = » Cic. de Finib. V, 18.= «> Suet. Auà. 45. (") L'an 693.
LKTTliE XCV. oIT)
Il y avait cependant un spectacle encore dans cet entracte, c'était l'enlèvement des morts et des mourants restés sur l'arène : deux ministres des jeux, l'un habillé en Mercure et l'autre en Pluton, y présidaient; au milieu de cette tragédie sanglante, ils venaient jouer la comédie des enfers, Mercure chercher ses morts, Pluton en prendre possessioTi. Mercure portait un caducée de fer fortement chauffé, dont il touchait chaque corps, afin d'éprouver quels étaient ceux véritablement morts, ceux qui feignaient de l'être, et ceux qui n'étaient qu'évanouis. Pluton le suivait, armé d'un maillet, dont il frappait ceux qui étaient bien morts'. Des esclaves publics venaient ensuite, qui tiraient avec de grands crocs ces corps mortsou vivants *, et les traînaient hors de l'amphithéâtre par la porte Lihitinaire* .
Le goût effréné du peuple pour les gladiateurs a nécessité une législation spéciale sur ces jeux : originairement, tout le monde pouvait en donner sans qu'aucune restriction fut apportée à ce droit; mais quand on eut reconnu toute rinfluence de ces Présents sur le peuple, quand les ambitieux en eurent fait un moyen de corruption, on décida que toute candidature aux charges publiques ne serait permise qu'autant que le candidat n'aurait donné , depuis deux ans, d'autres Présents de gladiateurs^ que ceux dont l'époque était fixée par un testament*.
Dans un règlement que le divin Auguste fit sur les Jeux publics, il décréta qu'il faudrait la permission du Sénat pour un Présent de gladiateurs * ; que la même personne n'en pourrait donner plus de deux chaque année, et à quelque dislance l'un de l'autre; que le nombre des gladiateurs ne dépasserait jamais cent vingts et que les vainqueurs auraient toujours leur congé "^.
Auguste fut assez tolérant dans ce qu'il ordonna touchant le nombre des gladiateurs, car lui-même ne consommait qu'un peu plus de deux cent vingt gladiateurs par an, dans divers Présents qu'il donnait soit en son nom, soit au nom de ses petits-fils. On a calculé que durant son long principal il ne produisit sur l'arène que dix mille gladiateurs environ '. Certainement c'était peu : il est est vrai que dans l'origine on ne donnait pas plus de quarante à soixante combattants ; plus tard on alla jusqu'à la centaine', et J. César, étant
> TeituU. Apolop. IS ; ad Xat. I, 10. = ' Plin. l'ancgyr. 53. =3 c/,r. pro l'iso. 64. = * Id. in Valin. 15. = 5 Dion. LIV, 2, 19. = « Ibid. 2. = " Glariiatoies sine niissione edi prohibuil. Suel. Aug. 45. = 8 Lap. Anrvr. col. 4. = » Til.-I,iv XXXI .lO- XXXIU 30; XXXIX. 46. -Plin. XXXV, 7.
édile, ottrit au peuple un Présent de six cent quarante gladiateurs'. Ce funeste exemple de prodigalité, qui n'eut que trop d'imitateurs, força d'établir des restrictions.
Aujourd'hui le Sénat n'accorde de permission pour donner des gladiateurs qu'aux gens qui font preuve d'un cens de quatre cent mille sesterces ("). Il a pris cette résolution à la suite d'un grand malheur arrivé à Fidènes : un affranchi avait élevé, dans cette petite ville, qui est voisine de Rome, un amphithéâtre en charpente pour y donner, par spéculation, un spectacle de ce genre. Le monument était mal construit; il s'écroula pendant les jeux, lorsqu'il était plein de spectateurs, et cinquante mille personnes furent écrasées ou estropiées par ce funeste accident-.
Lorsque les combats de gladiateurs eurent pris rang, en quelque sorte, parmi les institutions romaines, leur exercice devint lout-àa-fois un art et une profession ; mais, comme toutes les professions, elle n'est guère exercée que par des étrangers : les gladiateurs, en général, sont des Thraces^ des Syriens S des Libyens, des Sarmates, des Germains % et des Gaulois^ conduits à Rome, ou qui y sont venus pour y chercher une condition et s'y faire un sort. Ils prennent ce métier par passion, tant est grande leur ardeur pour la guerre ; il leur faut des combats, même au sein de la paix ; la mort presque sans gloire qu'ils affrontent, les funérailles de l'arène ne les effraient point, pourvu qu'ils puissent exercer leur ardeur martiale ^: Que de beaux jours perdus I s'écriait un de ces escrimeurs en se plaignant de la rareté des Présents depuis le principat de Tibère*.
Cependant comme les provinces ne fournissent pas suffisamment de quoi recruter cette milice volontaire de l'arène, on a recours à l'esclavage, et souvent on enrôle à Rome même des esclaves® que l'on décore du nom de Gaulois, quand ils sont armés à la gauloise'", de Thraces, quand ils portent le petit bouclier thrace", et deSamnites, quand ils ont le casque à aigrette'-, le scutum ou bouclier pointu par en bas, et la jambe gauche chaussée de la bottine appelée ocrea^"\ Le divin Auguste prit un jour pour gladiateurs des Daces et des
1 Plut. Caes. 5. — ^lac. Aiin. IV, 62, 63 = 3 Hor. H, S. 6, v. 44. — Plut. Crass. 8. = 4 Hor. Ibid. = » Vopisc. Piob. 19. = ''> Plut. Ibid. = "! Manil. V, v. 223. = 8 Senpc. de Provident. 4. = 9 Tit.-Liv. WVUI, 21.= ><> Kesl. v. Rcliaiio. = " ]d. V. Thraeces.— Hor. I, Ep. 18, v. 36. =>2 Vair. L. L. V, § 142.— Til.-Liv. IX, 40. = 18 Til.-Liv. Ibid. {") 106,2.50 fr.
Siièves qu'il avait faits prisonniers dans ses guerres contre Antoine'. 11 arrive encore quelquefois qu'on fait descendre des malfaiteurs sur l'arène^ : les uns sont condamnés au glaive, et s'ils ne périssent pas de suite, doivent trouver la mort dans l'année de leur condanmation ; les autres ne sont condamnés qu'aux combats, et si pendant cinq ans ils échappent aux dangers sans cesse renaissants de leur périlleuse carrière, ils peuvent recevoir le congé*.
Tous ceux qui doivent paraître dans les joutes gladiatoriales sont confiés d'abord à des Lanistes'', maîtres gladiateursS qui leur enseignent la théorie ^ et les exercent à la pratique de Tescrime'', leur montrent l'art de recevoir des blessures avec grâce et noblesse^ Une baguette^ ou uneépée de bois'** sont les armes dont se servent ces élèves désignés par le nom de Tyrons ", jusqu'à ce qu'ils soient dignes de celui de gladiateurs. Quelquefois, à l'instar de ce qui se pratique pour les nouveaux soldais, les lanistes donnent à leurs tyrons une massue de bois et un bouclier d'osier, l'une et l'autre beaucoup plus pesants que les armes ordinaires'-, et, ainsi équipés, les font escrimer vivement contre un poteau fiché en terre '^
Pendant tout le temps que les lanistes ont les tyrons dans leurs écoles, ils achèvent de les préparer pour l'arène, en leur donnant une nourriture très-substantielle, composée d'une forte ration de viande, et appelée j[;«^(''e gladiatoriale^'*, afin qu'ils soient plus vigoureux et qu'ils aient plus de sang à répandre'^.
Quand la passion pour ces jeux fut devenue si forte que les Romains les introduisirent jusque dans leurs festins'*, qu'ils y coururent avec plus d'ardeur et d'empressement qu'aux Comices mêmes'^ le métier de laniste prit de l'importance, et leurs écoles devinrent de grands magasins où l'on trouvait toujours des combattants tout dressés, du sang à vendre '*. Il faut prendre cette dernière expression à la lettre, car c'est dans les écoles de lanistes qu'on trouve aussi ces gladiateurs destinés à une mort inévitable, qu'on fait tuer en com-
'Dion. LI, 2-2. =2vo|iisr. Prob. 9. = ^ Ulpian. fragni. vulpat. a J. C. Pylliœo. = * Laiiisla'. Til.-l.iv. XXVUI. 21. — Seiicr. de Rfiief. VI, 12.— Suel. Civs. 2g'— Juv. S. 11, V. 8, elr. = ^ noclorcs ;,'ladiatoiuni. V. Max. U, 3, 2.= c Dictala. Sm-l. Caes. 26. — Regia verba lanislac. Juv. Ibid. = ' V. Max. U, 5, 2. — Summa cura exercel. Sencc. de Beiicf. VI, 12. — Vulcal. Avid. Cass. 6. = » Senec. E|). 95. = 9 Rudis. Cir. de Oplim. gt-ner. orat. 6. — Suel. Calig. 52 ; Claud. 21. — Tac. de Oial. Si. = "^ Dion. LXX!I, 19. = " Tjrones. Suet. Ca'S. 26.=: '^ Senec. C.ontrov. 1\, proœni. — Vegcl. J, 11. = '■' Juv. S. a', V. 247. — Vegel. Ibid. = '* liladialoria sagina. Tac. Ilisl. 11, 88.— Uuinl. Ueclam. X, 5, 22. = '» Senec. Ep. 57. = i« Leitre XUI, l. I, p. 5i2.:^ i"» Cic. l>io Scxt. 59. = '8 Sanguis Acnalis. Tit.-Li>. XXVIil, 21.
haltam, autour des bûchers, dans les funérailles. Us sont appelées hmluaires, du mot hustum, qui signifie bûcher *.
Rome a quelques écoles de gladiateurs*; mais la plupart sont et furent toujours à Ravenne^ et à Capoue *. Elles sont si abondamment pourvues d'escrimeurs, que l'on est obligé d'entretenir une garnison dans ces deux villes pour maintenir les gladiateurs dans l'obéissance ^ Comme ces combattants sont fort chers, quelquefois les citoyens qui doivent donner des Présents achètent eux-mêmes les hommes dont ils ont besoin, les font dresser par les lanistes^ et quand ils s'y sont pris un peu d'avance, les louent à ceux qui célèbrent des jeux avant eux. Le prix de location a plus d'une fois dédommagé les spéculateurs de leurs avances, et les gladiateurs leur sont restés pour rien '.
Aux nombreuses écoles de lanistes de profession il faut encore joindre Y Ecole de l'Empereur, invention de Jules-César. Ce grand homme, qui trouvait bons fous les moyens de conquérir la faveur populaire, imagina le premier de s'établir, non pas seulement le numérateur^, mais le laniste, pour ainsi dire, du peuple Romain, en entretenant perpétuellement à ses frais une troupe de gladiateurs'. Auguste adopta cette innovation, et l'Empereur possède une école "' où l'on tient des gladiateurs toujours prêts à combattre à la demande; du peuple", et que pour cette raison l'on womme Postulatices^^-, et quelquefois Fiscals '', comme appartenant au fisc du Prince *.
Quoique les Romains regardent le métier de gladiateur comme le plus vil et le plus abject de tous '*; quoiqu'ils méprisent ceux qui s'y livrent au point de n'accorder qu'à peine aux plus intrépides*le nom de courageux '', on voit néanmoins des chevaliers et des sénateurs se dégrader sur farène. Cette infamie eut lieu pour la première fois aux jeux donnés par Jules-César, lors de son quadruple triomphe(''). On connaît les noms des coupables'®; mais une partie de la honte en retombera sur César lui-même, qui porta ce goût ignoble dans les hautes classes, en chargeant des chevaliers et des sénateurs e\-
1 Pelron. 45.— Serv. in JEneid. X. v. 519. = 2 p. Vict. de rcs. uib. Honi. passiiii. = 3 Slrab. V, p. 213; oul21.tr. fr. = » Ïit.-Liv. Kpilo. XCV. — Tlor. Ul, 20. — Sparlian. Did. Jul. 8.— Plut. Crass. 8. — Appian. de HpI!. civ. 1, p. 702. = 5 Flor. — Appiaii. Ihid. = S cic. pro Sylla, 19. = ^ Id. ad AKir. IV, 4. = « Munoralor. KIor. Ibid. — 9 Suet. Cebs. 26.= '0 Ludus. Suel. Ibid. ; llomil. i.= " Mail, de Spect. 22. = 12 Postulalilii. Senec. Ep. 7. = '3 Fiscales. Capitol. C.oid. tr. 52.= >* Cic. pro Milo. 34.— Til.-Liv. XXVlll, 21.— Flor. III, 20.— Dion. M, 7 = '» Sener. de Bent-f. Il, 54. = 16 guet. Cœs. 59.— Dion. XLIII, 23, («) L'an 708.
périineiitt's dans le maniement des armes, de dresser dans leurs propres maisons les gladiateurs qu'il fit paraître aux funérailles de sa fille •••
Dès ce moment, des rejetons d'illustres races, des hommes décorés du litre de citoyens romains, ne craignirent pas de chercher dans le métier de gladiateur une dernière ressource à la misère, fruit de leur inconduite-, et cela pour gagner un misérable salaire de trois à quatre mille deniers par an (") * ! Auxiliaires, pour ainsi dire, du ramas d'étrangers qui alimentent l'arène, ils se soumettent à toutiîs les rigueurs de la profession : s'engagent par serment à souffrir le feu, la chaîne, les coups, la mort par le fer*; à suivre aveuglément les ordres du maître auquel ils livrent leur corps et leur courage*, vendent leur tète pour la mort^; maître impitoyable qui, pour tirer plus de profit du salaire qu'il leur donne, les fait quelquefois combattre le matin dans des Chasses, et l'après-midi dans des Présents^, où il les contraint de soutenir trois assauts'', et jusqu'à six assauts le même jour', car peu lui importe qu'ils succombent, ils ne sont que loués. 11 y en a néanmoins qui résistent longtemps à ces joutes meurtrières; j'en connais qui ont combattu dans plus de vingt jeux^, et un, entr<; autres, qui a déjà échappé à soixante-et-onze victoires*"!
Du temps de César on remarquait encore les citoyens qui s'a\ ilissaient au métier de gladiateur; on citait leurs noms, et les patriciens s'étaient assez respectés pour que le Sénat n'ait pas été contraint, comme il le fut quelques années après, d'interdire, par un édit, à tout sénateur de descendre sur Tarène ". Il étendit cette défense aux chevaliers, bien que le divin Auguste en eût fait paraître dans divers jeux qu'il donna'' ; mais ces derniers la violèrent si souvent et si obstinément, qu'au lieu d'augmenter les peines, on a fini dernièrement ('') par leur permettre de se livrer à leur passion, leur laissant, pour tout châtiment, la mort à laquelle ils s'exposent dans ces jeux terribles '^. Il n'y a plus aujourd'hui que ceux qui se louent pour être bestiaires qui soient légalement notés d'infamie *\
1 Suel. Caes. 26. = ^ Ilor. I, Ep. 18. v. S6.— PropcrI. IV, 8, v. 2.5. — Scnec. Ep. 99; Xal. quaest. VU, 51.— Uu'ot- '"st. orat. VUl, a. = * L'ri, virais feiroque ncraii. Hor. U, S. 7, V. H7. — Tri, Ninciii, fcnotiue necari. Sener. Ep. 37. — l'ri, \inciri, vciberari, ferroquc neciiri. l't'iron. 117. = ^ l'anquam lepilimi gl.nlialorcs, domino corpora animasque religiosissime addicimus. Pelron. 117. = ^ Caput in moi lem vendunl. Manil. IV, 22. == « Scnec. Ep. 7. = '' Dion. LXXVII, 6. = » Cir. Philipp. XI, 5. = 9 Grulcr. p. 355. — Monlfaiir. Aniiq. CNpIiii. suppiém. t. III, pl.C7.= 'O (jiu((.|-. Jtid. = «: IMon. XLVllI, i3.= '^ Suet. Auç;. 43. — ••' Dion. LVI, 25. = '» Digest. III, lit. I. leg. I, § 6 ; XXXVm, lit. 1, leg. 37. (", 2,600 fr. environ. {!') L'an 764,
Ali! que nous avons bien plus le sentiment de notre dignité que tous ces hommes, l'élite de la capitale du monde ! Dernièrement un Germain, condamné au métier de gladiateur, et sur le point d'être produit dans le cirque, ne put supporter Tidée de voir son courage avili dans une lutte dégradante. H feignit un besoin naturel et se retira dans le seul endroit où il pouvait aller sans gardes ^ Là, il trouva un de ces bâtons terminés par une éponge, et faits pour entretenir la propreté dans ces lieux '^; il s'en saisit, se l'enfonça dans le gosier, et eut assez de force pour s'étouflfer ainsi de ses propres mains. La mort ne le rebuta pas sous cette forme dégoûtante : elle lui sauvait l'honneur *!
Mais que j'achève le récit des jeux gladiatoriaux de Tibère. Le matin, on ne donna que des combats singuliers, c'est l'usage*; mais la reprise de l'après-midi se composa de combats par troupes ' , afin qu'il y eût progression dans le spectacle : des Vélites parurent d'abord ; ce sont des gladiateurs qui combattent de loin, et seulement avec des armes de jet. Ils apportent une telle variété dans leur combat, qu'il est nn de ceux qui plaisent le plus au peuple ".
Après les Vélites vinrent de petits peletons de cinq contre cinq' , puis enfin des bandes nombreuses *. C'était beau, c'était une véritable image de bataille. Le bruit des combattants, le choc des aimes, la chute des vaincus, le sang répandu presque à flots sur l'arène, produisirent dans tout l'amphithéâtre une sorte d'enivrement qu'il serait impossible de décrire; on aurait dit que les spectateurs allaient combattre eux-mêmes. Quand la bataille fut terminée faute de combattants, et que Tibère se leva pour se retirer, il éclata presque un sentiment d'amour pour lui, et des milliers de spectateurs l'applaudirent pour le remercier du plaisir qu'il venait de leur donner.
La foule s'écoula lentement, tant elle avait peine à détacher sa vue de l'arène. Moi aussi je demeurai des derniers sur mon gradin ; lorsque je le quittai je me trouvai presque seul dans les longs corridors circulaires du monument, et sur ses nombreux escaliers de pierre où mon pied faisait crier le sable. Descendu presque au niveau du sol, de sourds gémissements frappèrent mon oreille. J'écoute : quelqu'un passe près de moi, et, en me voyant tendre l'o-
' Senec'. Ep. 70. = - Ihid. — M;iil. \U, iS. — ! Si'iicf. Ibid. = '• Dion. I.V. 8. = ^ Ibid. ; XLUI, 23. = 6 Isid. Uri};. Wlll, o7. :^ " Suut. Culi;;. 30. = » Dion. L\, 10. — Appiun. de Bell. liv. Il, p. 803.
LETTRE XCY. o21
roille, me jette ces mots sans s'arrêter : « Ce sont les échos tlu Spoliaire. » Je continue de rlescendre, sans deviner le sens de cette réplique, et i^uidé par le bruit, je m'avance sous les voûtes qui supportent les gradins inférieurs de l'ampliithéàlre *. J'arrivai dans un vaste réduit, éclairé seulement par quelques torches fumantes, et je vis une horrible scène de carnage: c'étaient tous les mourants, traînés hors de l'arène, et qu'on achevait d'égorger '. Des jeunes gens, apprentis du métier-, étaient les exécuteurs' ; c'est ainsi ([u'on les prépare à verser le sang dans les combats auxquels ils sont destinés*.
J'avoue que jusqu'alors le Spoliaire m'était resté inconnu : jouissant de ces jeux terribles, avec toute l'insouciance du peuple, je ne m'étais jamais inquiété de ce que devenaient les mourants, et ceux blessés assez grièvement pour qu'il n'y eût aucun espoir de les mettre en état de reparaître sur l'arène. Je regarde, ainsi que les Romains, les combats de gladiateurs, comme une excellente école pour apprendre à mépriser la douleur et la mort ^ ; mais je suis fâché d'avoir vu les égorgements du Spoliaire, car je crains qu'ils ne me dégoûtent de ces jeux qui me semblent l'un des plus beaux, l'un des plus dignes amusements d'un peuple éminemment guerrier.
' Numquid aliqurm [gladialoicm] lam stulte cupidum esse vilœ putas, ut jugulari il) Sfoliario, quam in arcna malit? Scncc. Ep. 93; M. de Provid. 3 ; Conlrov. X, i. — l'Iin. Panegyr. 36. — Lamprid. Ominod. 19. = * Tiruiiculi. Huinart. Acia martyr. S. s. Perpel. Felicit. etc. 21. = ^ Coiifectores. Ibid. —Q\x\nL Uecluin. 0. = '^ Conjecture. = 5 Cic. Tuscul. Il, 17.