‹ Rome & BerlinChapitre 13 sur 105 · Voir le croquis, page · texte numérisé non relu

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Nord et que ses éclaireurs chei^chaient à couper la retraite de la division italienne ; le commandant du Dandolo prit la résolution de regagner la Maddalena, comptant sur sa parfaite connaissance de ces parages accidentés, soit pour vemonter au Nord vers Razzoli et Lavezzi avant que Tescadre française eût atteint le débouché du détroit, soit pour s'échapper par TOuest si la mer paraissait libre dans cette direction. Le Dandolo avait filé 14 nœuds passés à ses essais de recette, mais sa carène était sale et il ne pouvait guère compter que sur 13 nœuds de vitesse.

A 6 heures 30 minutes, le groupe italien, le cap à rOuest-Sud-Ouest, doublait les Biscie, lorsque le torpilleur d'avant-garde signala une division française sortant de la Bocca-Scirocco. C'était V Indoviptabie et ses torpilleurs qui, fort désappointés en trouvant vides les deux bassins de Maddalena et de Caprera, se lançaient à toute vapeur dans l'Est, sur la foi de quelques indications arrachées à grand'peine aux pêcheurs de la côte.

Ainsi, de tous côtés, l'ennemi apparaissait. Le Dandolo ne changea pas sa route : puisqu'il fallait combattre , le commandant italien préférait se mesurer d'abord avec le garde-côtes français ; s'il parvenait à lui passer sur le corps avant l'arrivée des éclaireurs de l'escadre, il ne désespérait pas de mettre son plan primitif à exécution.

La tâche de Vindomptable, il le faut reconnaître, n'était pas aisée : on ne peut plus arrêter un cuirassé ennemi, résolu à poursuivre sa route, en lui opposant son travers, comme le faisaient quelquefois nos pères ; quelle que soit la puissance des gros canons, quelle que soit l'efBlcacité des torpilles Whitehead, un bâtiment bien cloisonné et pourvu de pompes puissantes continuera toujours à marcher malgré ses blessures et se rira de vos efforts

si VOUS ne pouvez engager avec lui qu'une rapide passe d'armes. Seul un coup d'épeix)n peut amener un résultat décisif, immédiat; mais il faut pour cela qu'il y ait une mêlée ou que du moins les deux adversaires isolés se livrent à des évolutions, ou bien encore qu'il y ait entre eux une différence de vitesse très sensible.

Tel n'était pas le cas : le Dandolo accusait la ferme intention de pénétrer dans la Bocca-Scirocco ; V Indomptable, peu à son aise dans cette passe étroite, cherchait à devancer son adversaire dans le bassin extérieur qui s'étend à Test de Caprera vers les Biscie ; à 7 heures, le combat s'engageait à l'ouverture du golfe d'Arsachena et la fortune se chargeait, dès la première passe, de délivrer de toute inquiétude le commandant italien : un projectile d'un des canons de 100 tonnes de la tourelle A{ avait pénétré dans la superstructure de V Indomptable et y avait fait des ravages énormes : les cheminées étaient percées, les portevoix, timbres, indicateurs et transmetteurs d'ordres, les chaînes du Farcot étaient en pièces ; la superstructure même avait été soulevée par l'explosion et le blockhaus du commandant chancelait sur ses bases.

En même temps l'un des torpilleurs italiens avait fourni un coup heureux qui avait percé la muraille du cuirassé français ; mais la double coque avait résisté.

Au reste, le Dandolo avait, lui aussi, de graves avaries : un projectile de 42% avait atteint l'une de ses grosses pièces de la tourelle avant et l'avait mise hors de service : c'était là un coup de hasard dû peut-être à un pointage défectueux ; mais ce qu'il faut noter à l'honneur de Vindomptable, c'est que sa mousqueterie des hunes et ses canons-revolvers avaient fait d'affreux ravages dans les tourelles et sur le pont du Dandolo : les balles avaient pé-

nétré partout, les obus de 37 % et de 47 % avaient percé le blockhaus, blessaut le commandant, tuant un officier et deux timoniers placés à côté de lui... Les petits projectiles révélaient déjà leur étonnante puissance.

Quoi qu'il en fût, V Indomptable, envahi par la fumée, privé momentanément de ses moyens de transmission d'ordres, sa vitesse bien diminuée par la brusque diminution du tirage, était désormais hors d'état de barrer le chemin à son adversaire ; le contre-amiral signala aussitôt à ses torpilleurs de poursuivre Tennemi, au Dupetit-Thouars et au transport-aviso, qui restaient exposés aux coups du redoutable cuirassé, de prendre chasse devant lui; enfin, aux éclaireurs de Tescadre, qui apparaissaient devant les Biscie, de s'élever au Nord, vers le détroit, pour y devancer le Dandolo.

La lutte allait changer d'aspect: 5 torpilleurs français (le sixième avait eu sa chaudière percée par un projectile léger) se lançaient, à la suite du Dandolo et de ses deux torpilleurs, dans les passes rocheuses du canal de TOrso..

La position était dangereuse pour l'italien, obligé de présenter son arrière, son gouvernail, ses deux hélices aux coups des torpilleurs ; déjà, malgré le dévouement de ses annexes, qui « chargeaient » à tour de rôle, s'efforçant de heurter avec leur avant leurs adversaires, un coup violent et un craquement sinistre sous sa muraille de tribord avaient appris au commandant du Dandolo qu'une torpille française avait atteint son but. L'angoisse du vaillant officier devenait poignante : ses hotchkiss paraissaient impuissants cette fois contre les tôles renforcées des 'liorpilleurs français... Mais le dernier jour du Dandolo n'était pas encore venu.

A l'ouvert de Spargi, déjà, la mer avait grossi sous Tin-

fluence du mistral, qui soutQait depuis le lever du soleil. Les torpilleurs français commençaient à en ressentir les effets : leur vitesse diminuait au moment même où, le détroit s'élargissant, il allait leur devenir possible de manœuvrer pour envelopper le Dandolo ; le tir, d'ailleurs, devenait très incertain et le remplacement des torpilles lancées fort difficile. Bientôt il devint évidentque la poursuite n'aurait plus d'objet ; du moins allait-on recueillir comme trophées d'une journée qui n'était pas sans gloire les deux torpilleurs italiens. En vain le Dandolo s'était-il efforcé de leur donner la remorque... il dut les abandonner pour ne songer qu'à sa sûreté, et lorsqu'en effet les éclaireurs de l'escadre, la Couleuvrine et le Faucon en tête, entrèrent dans les Bouches, où déjà la mer se faisait fort mauvaise, le Dandolo avait disparu dans le Sud-Ouest.

Ali heures du matin, l'escadre mouillait tout entière dans la rade de l'Agincourt ; la division de Corse occupait le mouillage de la Maddalena.

Le vice-amiral prescrivait aussitôt les mesures propres à nous assurer la conservation de cette position précieuse : les ouvrages abandonnés par les Italiens étaient occupés par les quatre compagnies d'infanterie de marine ; un bataillon demandé au général commandant en Corse allait bientôt les renforcer. Les artilleurs de marine embarqués à Toulon étaient mis à terre avec deux batteries de montagne ; l'amiral faisait étudier la construction d'une batterie de canons de 16% sur le sommet de l'îlot de San-Stefano, réduit central de la position ; les bois devaient être fournis par le génie àBonifacio, Porto-Vecchio et Ajaccio ; les pièces étaient annoncées de France et devaient venir par un transport. Enfin des communications optiques étaient installées avec Lavezzi et Bonifacio.

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