‹ Rome & BerlinChapitre 20 sur 105 · COMBAT AU LARGE DES BOUCHES · texte numérisé non relu

COMBAT AU LARGE DES BOUCHES

sées, Tenveloppe de la cheminée percée en plusieurs endroits, 47 hommes tués ou blessés grièvement, tels étaient les effets du terrible obus de 43% lancé par Vitalia.

I/amiral avait signalé au Colbert de se rendi'e à la Maddalena, d'y remplacer le BedoxUable, qui viendrait le rejoindre devant Civita-Vecchia, et de s'y réparer provisoirement, en rendant compte par le télégraphe au ministre de la marine. Un des remorqueurs de la flotte de charge avait reçu Tordre de convoyer le paquebot et le Colbert,

Peu à peu, les signaux de la tactique ou le télégraphe marin rendaient compte à l'amiral des divers incidents du combat. Le chef de division des navires de charge annonçait que le Saetia avait été coulé par deux des grands canots à vapeur; l'un avait percé sa chaudière de plusieurs coups de hotchkiss (47%), l'autre, profitant de la diminution brusque de la vitesse du torpilleur italien, l'avait abordé en plein flanc et coulé sur le coup.

Les commandants des cuirassés rendaient compte de leurs avaries : le Duperré avait reçu un coup de canon de 100 tonnes à la flottaison ; mais sa cuirasse de 55 centimètres l'avait efficacement protégé et le navire ne faisait pas d'eau.

Le Richelieu avait vu son faux-pont supérieur, à l'avant, percé par un obus de 25% du Giovamii-Bausan; le mât militaire de misaine était ouvert, des logements, dessoûles, des chemins de fer pour les passages avaient été plus ou moins atteints et détruits par les éclats. Ses canons de 24% des tourelles, privés de carapaces, avaient perdu beaucoup de leurs servants, atteints par les nordenfeldt.

Je passe sous silence les avaries légères, mais nombreuses, causées par les excellents canons de 15% des Italiens. Au reste, les capitaines s'accordaient à annoncer

que leurs hotchkiss et leur mousqueterie paraissaient avoir causé à rennemi de gi^andes pertes et qu'il fallait leur attribuer notamment le silence des grosses pit^ces de 100 tonnes à la fin du combat.

A huit heures du soir, les cuirassés Courbet et Démstatioriy les avisos et les torpilleurs ralliaient le vice-amiralj revenu à bord du Duperré.

Le Courbet annonçait que le Giovanni-Bausan était coulé, mais que les deux cuirassés italiens, malgré Je très graves avaries, se retiraient dans le Nord-Est avec une viteese de 13 à 14 milles à Theure. L'avant des deux cuirassés français était criblé de projectiles de 15% et de 57% (canon rapide hotchkiss). Un des derniers coups de VUalia avait emporté le blockliaus de la Dévastalion et tué le commandant. Le Coz(r^^/ confirmait les effets remai-qnablps de notre mousqueterie et de nos canons légers : le feu plongeant des hunes de combat n'avait plus permis à Tennemi la manœuvre de ses canons de 100 tonnes.

Quant au Lepanlo, il avait certainement reçu une torpille qui avait détruit son hélice de tribord^ il ne marchait plus qu'avec une seule machine.

Enfin le Giovanni-Bausan avait reçu de la Dèvaslalion un coup d'éperon mortel au moment où, pour sauver le Lepanto, menacé d'un abordage par l'arrière, il avait viré de bord et présenté son flanc.

L'insaisissable Folgore avait disparu.

Le 16 avril, à 3 heures du matin, les éclaireurs signalaient le Sfax, puis, à quelque distance àrO--S.-0., le convoi des troupes d'Afrique : on était à 65 milles de Ponza, à 60 milles de Civita et à 50 milles de la bouche du Tibre (Fiumicino). Le vice-amiral et le commandant en chef de l'armée appelaient à bord du Dupej^vê le générai

commandant la division du 19* corps, le chef de division commandant le convoi et Tescorte, et le contre-amiral commandant en sous- ordre Tescadre de la Méditerranée.

Dans cette conférence, et pendant que Tarmée navale tout entière faisait route au Nord-l/4-Nord-Est à la vitesse de 10 nœuds, les dispositions suivantes avaient été prises pour la journée du 16 :

« Le Courbet, le Sfax, le Condor et deux torpilleurs de « haute mer, réapprovisionnés récemment par le Japon, « en eau, combustible et torpilles, formeront une division « légère qui aura pour mission de croiser au nord-ouest « de Civita et de prévenir tout retour offensif des cuirassés « italiens.

« Quand Tarmée navale sera arrivée sur le parallèle de « Fiumicino, le convoi d'Afrique se détachera du gros « et se dirigera à vitesse réduite vers les bouches du « Tibre.

« Le contre-amiral commandant en sous-ordre prendra, « avec la Dévastation, la direction de ce convoi et celle des « opérations de la descente, si Tétat de la mer et de la « barre du fleuve permet Taccès de Fiumicino. En tout « cas le débarquement ne devra pas commencer avant « midi, heure où Topération contre Civita sera en cours « d'exécution.

« Le Papin et Vinconslant, après avoir débarqué leurs « embarcations et rais leurs compagnies de débarquement « à bord du cuirassé Triomphante, seront échelonnés sur « la côte à la fois pour canonner, le cas échéant, la ligne « du chemin de fer de Civita à Rome, et pour répéter les « signaux de grande distance de Tamiral.

« Le Milan sera détaché par Tescadre, dans le même « but, sur la côte sud. Si les circonstances le permettent,

DESCENTE A CIVITA-VBCCHIA, 61

« les marins torpilleurs de cet éclaireur d'escadre seront « mis à terre et iront détruire la ligne du chemin de fer à « Santa-Severa.

« Le gros de Tescadre et le convoi du IG'corpsatlaque- « ront Civita-Vecchia ; si Tétat de la mer le permet, des « détachements du corps de débai'quement de l'escadre « seront jetés à terre au nord et au sud de la place, à la « Fossa del Campo Sanlo et à Santa- Marinella,

« En même temps le Faucon et un transport-écurie, la « Gironde, sei'ont dirigés sur Tembouchure de la Maria; un « escadron de dragons sera mis à terre au moyen de cha- « lans fournis par la Gironde et la Nive. Le commandant « de cet escadron recevra directement, par l'intermédiaire « du sous-chef d'état-major de l'armée, des instructions « sur sa mission.

« Le vice-amiral recommande la plus exacte surveil- « lance vers le large et désire être prévenu de tout inci- « dent qui pourrait, soit devant Fiumicino, soit sur la « côte, retarder ou entraver l'exécution de ses ordres. »

A 10 heures du matin, le 16 avril, l'armée navale se présentait en efTet devant Civita-Vecchia. Cette ville a une enceinte fortifiée déjà ancienne et peu armée : l'ouvrage di Capuccini, malgré tous les efforts des Italiens, n'était pas encore en état de rendre de grands services : cependant trois pièces de campagne y avaient été placées en batterie. La 1" brigade du IX' corps occupait la ville, le bagne (au nord) et lo camp retranché (au sud). Le Terribile et ses deux torpilleurs se tenaient, faisant bonne contenance, à un demi-mille au large de la jetée. La mer était calme, la brise au N.-N.-O., très faible. A 10 heures 15 minutes, au signal du Duperré, le bombardement des ouvrages et du camp retranché commen-

çait, les Mtimeals de combat défilant, du S.-S.-E. au N.- N.-O., à 1,200 mètres des fronts de mer.

l^e Terribile, après une défense honorable, se retirait, à 10 heures 20 minutes, dans l'intérieur du port; son commandant était résolu à le couler, aussitôt que les Français se présenteraient dans les passes, entre la jetée et le musoir du Nord. Les torpilleurs avaient été coulés par un feu écrasant.

A 11 heures, le feu de la place paraissant éteint, le Z)wperr^ signalait à Tarmée navale de mouiller aux postes indiqués dans le plan de descente, puis d'armer les embarcations en grerre, enfin, à 11 heures 20 minutes, d'effectuer le débarquement.

Ail heures 25 minutes, une violente détonation et une énorme gerbe de feu annonçaient que le commandant du Terribile avait rais son projet à exécution ; cet officier, cependant, s'était trompé en comptant que la carcasse de son navire coulerait dans la passe nord. Elle se soutint pendant quelques minutes sur l'eau, et, poussée par le vent et le courant, vint se ranger, en s'enfonçant peu à peu, le long de la jetée.

Le combat fut vif dans le petit port de Civita-Vecchia : les troupes italiennes y reprenaient l'avantage de la position et infligèrent à la première division des embarcations armées en guerre des pertes sensibles. Mais bientôt se fit sentir l'influence des deux attaques de flanc : le général qui commandait la brigade du IX* corps, inquiet surtout de se voir coupé de la capitale par le débarquement de nos bataillons à Santa-Marinella, ne jugea pas devoir s'exposer à l'enveloppement lactique, et, à midi, cédant la ville maison par maison, il se retirait en bon ordre par la route de Bracciano. La hauteur des Capucins était, à la suite

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