GOMDA.T DE LA GALERA
A 2 heures, les combattants avaient parcouru 7 kilomètres ; les Italiens se tenaient sur la ligne des hauteurs, ne gardant dans la plaine que leur cavalerie qui venait de faire sa jonction avec les têtes de colonne du IX* corps.
A 4 heures et demie, nos adversaires, ralliés derrière la Galera, s^établissaient sur les collines (40 à 50 mètres de relief) qui bordent la rive gauche de cet affluent du Tibre : leur droite (!'* brigade du IX* corps) barrait la route de Civita; cette aile recevait des détachements tirés de Rome et notamment les deux premiers bataillons d'une brigade du VIII* corps qui arrivait par la route d'Orvieto-Viterbe- Ronciglione. Un régiment de cavalerie battait Testrade vers la route de Boccea.
Le centre, composé des trois brigades du IX* corps, tenait les abords de San-Gosimato.
Trois régiments du X* corps et trois régiments de la brigade de cavalerie de Caserte se massaient à la gauche, vers le Tibre, défendant la route de Porto et le chemin de fer de Civita. 72 pièces garnissaient le front de cette ligne et un régiment du X* corps se tenait en réserve en arrière de la gauche, sur la via Portuense.
L'effectif des troupes qui avaient combattu tout le matin devant Porto était affaibli par de grosses pertes : on comptait au moins 700 tués et 600 blessés qull avait fallu abandonner sur le champ de bataille; on emmenait en outre 1,300 blessés.
Le moral des Italiens était vivement affecté par leur échec et déjà quelques débandés se montraient en arrière de la ligne des forts détachés.
A Rome Témotion était grande ; Tétat-major général ne pouvait se dissimuler la gravité de la situation : sans doute les forts de la rive droite fournissaient à l'armée en
retraite un appui à peu près assuré; cependant celui du Monte-del-Truglio, qui commande la vallée du Tibre, était à peine ébauché et le fort Portuense, qui s'élève sur le Monte- Verde, n'avait peut-être pas un relief suffisant pour résister à une attaque brusquée.
Les dépêches les plus pressantes enjoignaient aux commandants des VIP, VHP et X* corps de presser la marche de leurs secours. Le X* corps surtout, dont les chemins de fer fonctionnaient sans interruption, devait fournir sa 3* brigade et deux nouveaux régiments de cavalerie. La 4* brigade seule restait à la défense de Naples : Salerne était évacuée.
On avait laissé le commandant en chef du IX* corps libre de juger s'il devait se retirer tout de suite à l'abri des forts ou s'il pouvait disputer le terrain sur les bords de la Galera.
Cet officier général avait répondu que ses troupes étaient à bout de forces (elles avaient marché et combattu de minuit à 4 heures du soir), et que d'ailleurs la poursuite du 16* corps français paraissait moins pressante. Tout portait à croire que la journée était terminée.
C'était une erreur : le commandant en chef français avait donné à ses troupes deux heures de repos ; il avait rallié à lui son aile droite, les troupes d'Afrique, et, sentant combien il était essentiel de brusquer la marche des événements, il s'était décidé à attaquer les Italiens vers 5 heures pour profiter des deux dernières heures du jour. Confiant dans la valeur de ses troupes, il ne désespérait pas de pousser l'ennemi jusqu'à la ligne des forts et se flattait d'occuper, le soir même, la hauteur importante du Monte-Truglio . C'étaient les troupes d'Afrique qui allaient encore donner de ce côté : le général en chef passa devant
le front de ces braves soldats, les complimenta de leur succès du matin et leur dit en peu de mots quels services il attendait d'eux, avant la fin de cette glorieuse journée.
La division du 19* corps comptait encore 9,000 fusils : un millier d'hommes, épuisés de fatigue, se traînaient sur la via Portuense, 250 tués et 800 blessés étaient restés sur le champ de bataille de Porto.
Les troupes du 16* corps et l'infanterie de marine présentaient un effectif de 27,000 fantassins et 700 cavaliers: l'artillerie française des 16% 19* corps etarlillerie de marine comptait 60 pièces de 80% et 18 pièces de montagne.
A 5 heiiros 15 minutes, le combat reprenait sur toute la ligne de la Galera ; nos canons, dans cette lutte à peu près égale, affirmaient bientôt leur supériorité de justesse et de puissance; on voyait sous les coups des obus nouveaux (obus à segments et à balles) les lignes italiennes évacuer peu à peu les crêtes de collines et chercher des abris.
A 6 heures, l'armée française prononçait son attaque par la droite oii le général en chef venait d'amener lui-même un renfort de trois bataillons d'infanterie de marine et de quatre escadrons de cavalerie. A 6 lieures 50 minutes^ l'ennemi, abordé avec la dernière vigueur, cédait le terrain sur toute la ligne ; aussitôt notre artillerie, malgré la faiblesse de ses attelages, passait la Galera et, s'avançant au centre, parla gtrada délia Bravetta, hâtait la déroute des italiens. Mais c'étaient surtout les malheureuses troupes du X* corps qui avaient été enfoncées par celles du 19* corps français et qui s'enfuyaient dans le désordre le plus complet vers le fort Portuense, en dépit des charges de la brigade de Caserte.
A 7 heures, aux dernières lueurs du jour, nos soldats
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entraient pêle-mêle avec les fuyards dans cet ouvrage, dont Tartillerie n'avait pu donner, tant les Italiens et les Français étaient confondus. En revanche, le IX* corps occupait fortement la ligne des collines qui court derrière le fort Bravetla. Là le canon grondait, arrêtant la poursuite de notre 16* corps.
Ainsi le succès de Tarmée expéditionnaire, compromis un moment par Tisolement de la division d'Afrique, paraissait complet et définitif.
Les troupes du 16* corps, parties de Palo à 8 heures du matin, avaient fait, les unes 33, les autres 36 kilomètres, dont 12 ou 14 en combattant ou en poursuivant Tennemi ; quelques bataillons, partis des environs de Sanla-Severa, avaient même fourni une étape de 45 kilomètres, fait dont Thisioire militaire enregistre quelques autres exemples, mais fort rares *. La fatigue des troupes d'Afrique n'était guère moindre, bien que le trajet de Fiumicino au fort Portuense ne fût que de 24 kilomètres environ. Ces braves soldats avaient, en effet, combattu dès la pointe du jour et aucune distribution régulière n'avait pu être faite.
Au reste, si la gloire était grande, les difficultés ne faisaient que commencer : les Gaulois mesuraient une fois de plus les remparts de la Ville éternelle, mais ces remparts tomberaient-ils sous leurs coups ?
1. Le 2e corps prussien (Poméraniens) avait, le 18 août, fait prés de 45 kilomètres et combattu vigoureusement, vers 7 heures du soir, contre les tranchéesabris de la gauche française au « Point du Jour ». (Bataille de Gravelotte-Saint- Privât.)