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RAVITAILLEMENT ET RENFORTS

besoin par les canots à vapeur, amenaient jusqu'au pied du Monte-del-Truglio de lourds chargements transbordés, non sans peine, de nos navires de charge sur des tartanes capables de franchir la barre.

Le général en chef attribuait d'autant plus d'importance à la voie fluviale et aux routes de Fiumicino, que sa ligne de communications, de CivitaàRome, lui paraissait difficile à protéger longtemps contre les entreprises de l'ennemi. Du moins faudrait-il lui consacrer des forces assez considérables, qui ne pouvaient évidemment être fournies que par des renforts venus de France, les trois divisions et la brigade d'infanterie de marine qui composaient l'armée* étant à peine suffisantes pour les opéi-ations actives.

Dès la soirée du 19 avril, aussitôt que le général en chef s'était vu assuré, par les succès de ses troupes, que la présence des transports et des paquebots n*était plus aussi indispensable, il avait invité le vice-amiral à expédier un certain nombre de ces navires à Porto- Vecchio, Toulon, Marseille et Bône, d'où le gouvernement français l'autorisait éventuellement à tirer des renforts.

A Porto-Vecchio, le général commandant la subdivision de Corse avait reçu l'ordre de tenir un bataillon de ligne à la disposition de l'armée expéditionnaire. A Bône, on devait trouver deux bataillons, deux batteries, dont une de montagne, et un régiment de chasseurs d'Afrique. Enfin, le général en chef, en expédiant des transports en France, comptait sur l'envoi immédiat d'une brigade d'infanterie du 17® corps : en tout cas les dépôts des régiments du

1, Encore fallait-il en déduire les deux bataillons de Bracciano et dos postes à Santa-Marinella, Santa-Severa, Palo, etc.

16* corps pourraient fournir plus d'iui millier d'hommes qui viendraient combler les vides produits par le feu.

Le vice-amiral avait désigné pour ces diverses missions :

1"* Le Mylho et le Shamrock, grands transports doués d'une belle vitesse et qui, installés d'ordinaire pour le rapatriement des malades de la Cochinchine, allaient pouvoir porter en France les blessés du 19 et quelques fiévreux.

2° UOrne, pour aller prendre le bataillon tout prêt à Porto- Vecchio ;

3" Quatre paquebots pour le complément de la division d'Afrique. Ces derniers navires devaient être convoyés par la Triomphante et le Papin. Les trois transports gagnaient les Bouches sous la protection du Friedland et de deux torpilleurs de haute mer.

Les avisos rapides faisaient journellement le service des communications entre Porto- Vecchio ou Bastia et la côte italienne. Les cargo-boats éiâient partis se réapprovisionner à Marseille ; on avait capturé* plusieurs navires italiens chargés de charbon et on avait trouvé à Civita un stock assez important.

Le vice-amiral se préoccupait à son tour du soin de renforcer son armée navale et de refaire ses munitions. Il avait demandé depuis plusieurs jours si le degré d'avancement des réparations de Y Indomptable permettait d'envoyer le Colbert à Toulon pour changer ses deux canons de 27%. Malgré la, disparition de Vllalia, le commandant en chef estimait que la flotte italienne n'allait pas larder à reparaître dans les eaux de Civita avec 4 cuirassés au moins, et il constatait que la perte du Duperré, les avaries du Colbert et la nécessité de garder un cuirassé devant Fiumicino réduisaient ses forces actives à 5 bâtiments de ligne.

SITUATION DU «DUPERUÉ». 93

La perte du Duperré n'étant pas considérée comme définitive, bien que, par un hasard fâcheux, deux de ses compartiments de Tavant fussent intéressés par les deux coups des canons de 100 tonnes, le vice-amiral demandait au port de Toulon des allèges capables de recevoir les poids disponibles, des bigues puissantes, des scaphandriers, des tôles et des écrous préparés.

Le cuirassé, échoué par un fond de 9", 50 de sable, avait heureusement réussi à éviter les roches qui parsèment la côte romaine ; son avant reposait seul sur le fond et était maintenu par un solide eyslème d'accores ; l'arrière flottait, mais en gardant un cap invariable, grâce à 4 chaînes de grosses ancres, mouillées aux points convenables par les soins de Teecadre. Si de gros temps du Sud à TOuest ne survenaient, on pouvait espérer i-alsonnablement le renflouement prochain du Duperré.

Pendant que les chefs de Tarmée et de la flotte française vaquaient à ces soins importants, le grand état-major italien s'efforçait de pourvoir le mieux possible aux exigences d'une situation difficile. Les renforts arrivaient peu à peu au camp ti*acé entre le fort Bravelta, le fort Aurelia-Antica, la villa Pamphili et les remparts sud du Janicule.

Mais si les pertes du 19 étaient largement réparées, on ne pouvait compter encore sur l'esprit des troupes, si durement éprouvées ; les soldats italiens des IX* et X* corps avaient la conscience d'avoir bravement combattu ; mais ils constataient que ni leurs fusils ni leurs canons ne valaient ceux de l'ennemi, et ils paraissaient, fait .plus grave encore, avoir perdu leur confiance dans l'habileté de leurs chefs. Il fallait donc les laisser reposer quelques jours, fortifier leur position, engager une série d'actions de détail, et enfin, l'armée reconstituée, reprendre l'offensive

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sur le front des Français, tout en agissant sérieusement contre leur ligne de communications de Civita à Rome, dont le flanc gauche ne pouvait être défendu partout.

Le grand état-major comptait avoir sous les murs de Rome, vers le 25 avril, 6 divisions d'infanterie à peu près complètes, trois brigades de cavalerie et près de 100 pièces de campagne : ces forces paraissaient devoir suflBire contre l'armée française, dont on évaluait l'effectif, renforts compris, à 70,000 hommes de toutes armes, ce qui était exagéré.

En attendant, le fort Bravetta couvrait d'obus le Monte- Verde et le fort Portuense, dont nos troupes utilisaient le mieux possible les abris, assez mal construits. Le fort Ostiense, sur la rive gauche du Tibre, ne pouvait fournir de coups dangereux sur le Portuense, mais son armement, tout à fait provisoire d'ailleurs, gênait nos troupes sur le mont Truglio.

La perte de Vltalia avait causé une profonde sensation ; en vain faisait-on remarquer que le vaillant navire n'avait succombé qu'en coulant un des plus puissants cuirassés français (ce qui était inexact, mais consolant pour l'orgueil italien) et un torpilleur ; qu'un second cuirassé français (le Courbet) avait des avaries qui réduisaient de beaucoup sa valeur militaire l'opinion publique, en Italie, regrettait vivement qu'un ordre peut-être un peu inconsidéré eût lancé Vltalia presque seule contre toute une escadre ; n'aurait-il pas mieux valu attendre que le Dandolo et le Ruggiero-di-Lauria fussent en mesure de lui prêter mainforte ?

Au reste, le débarquement des Français étant désormais un fait accompli, le ministre italien avait sagement donné l'ordre de n'expédier contre les convois de renforts et

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