SITUATION DE LA MARINE ITALIENNE
de réapprovisionnement que des navires légers, torpilleurs de haute mer ou avisos rapides. Il se réservait, quand Tescadre serait pai-faitement reconstituée avec les 6 cuirassés dont on allait pouvoir disposer dans quelques jours, de fixer un plan d'opérations offensives, soit contre l'armée navale ennemie, soit contre le littoral français de la Provence.
L'Allemagne, très sensible aux désastres maritimes qui frappaient son alliée, surprise d'ailleurs de ne pas sentir sur son littoral la lourde main de la flotte française, prêtait l'oreille à certaine proposition hardie qui s'était fait jour dans le conseil des ministres italiens. 11 ne s'agissait de rien moins que de profiter d'une brume ou d'un coup de vent pour faire sortir de la Jahde une division cuirassée allemande et de l'expédier dans la Méditerranée où sa jonction avec l'escadre italienne ne manquerait pas de changer la face des affaires.
Eu attendant que les détails de cet audacieux projet fussent discutés et acceptés, la flotte italienne s'efforçait de parfaire l'armement de ses grandes unités de combat ; comme la marine allemande, elle souffrait du manque de matelots et surtout de sous-officiers expérimentés dans les détails du service de guerre.
Beaucoup de paquebots, retenus à l'étranger par la crainte de devenir la proie des croisières françaises, avaient à4eur bord des mécaniciens dont l'absence, sur les navires de guerre, se faisait vivement regretter; la défense fixe et la défense mobile des ports absorbaient un nombreux personnel, qui eût été bien plus utilement employé sur les bâtiments de la flotte active, si l'on n'avait été obligé d'avoir égard aux clameurs, aux cris de détresse des grandes cités maritimes, épouvantées par la menace d'une irruption soudaine de la flotte française.
Venise, à peu près en sûreté dans ses lagunes, armait beaucoup de petits navires, qui venaient peu à peu, au risque d'être capturés, augmenter le nombre des éclaireurs et des croiseurs de la future escadre de combat concentrée à Spezia.
Revenons aux opérations en cours sous les murs de Rome:
Les trois jours des 20, 21 et 22 avril avaient été employéspar les Français, après l'indispensable repos accordé aux troupes, à aligner les vivres et les munitions qui arrivaient peu à peu, à rectifier les positions prises un peu à Taventure dans la soirée du 19, et à ébaucher la construction de batteries dirigées, soit contre le fort Bravetta, soit contre le fort Ostiense, ou plutôt contre les batteries de campagne et de position que les Italiens commençaient à élever sur la rive gauche du Tibre.
Au point de vue purement tactique, la position de Tarmée française ne laissait pas d'offrir de graves inconvénients. La gauche etle centre campaient sur le plateau qui s'étend à Test de la Galera, depuis la route de Civita jusqu'au fleuve ; les avant-postes garnissaient le vallon formé par la Maranna de Maglianella, à moins de 5 kilomètres du fort Aurélia, à 3 ou 4 kilomètres du fort Bravetta. La droite, formant un saillant, un crochet vers le Nord-Est, s'était établie sur le revers des collines qui descendent vers le Tibre et, se défilant à grand'peine des coups du Bravetta, occupait le Monte-del-Truglio et son ouvrage, ébauché par le génie italien; une sorte d'avant-garde, que l'on ravitaillait et réapprovisionnait la nuit seulement, était logée dans les casemates du fort Portuense. Toute cette aile commençait en outre à soufl'rir du feu fort incommode des pièces italiennes de la rive gauche.