Dont 2 pièces démontées
104 ROMB ET BERLIN.
Dans ces circonstances, il devenait inutile et dangereux de s'obstiner à garder le plateau. A 10 heures, le général eu chef donnait Tordre de reprendre les positions de la veille. Nous n'avions conservé d'autre avaatage que celui, assez précieux d'ailleurs, d'avoir établi 4 pièces de 80% sur le flanc de droite du fort Portuense.
Les pertes de l'armée française dans la journée du 25 avril s'élevaient à 800 tués et 1780 blessés; la légion élrangère avait, à elle seule, perdu 500 hommes, dont 180 tués.
Nous avions fait, dans notre brusque attaque des camps italiens et dans l'assaut du fort Bravetia, un millier de prisonniers; on put en échanger 400 ou 500 contre un égal nombre de eoldats du 19* corps capturés à la suite de leur pointe téméraire sur le Janicule.
Le 25 avril, le général en chef, en rendant compte au gouvernement français de l'insuCLès de sa tenlalive, émettait l'avis que rien né l'obligeait jusque-là à renoncer au succès final, mais qu'il fallait se hâter de lui envoyer des renforts en infanterie et surtout en artUlerie ; que d'ailleurs la tournure des événements semblait devoir faire du camp retnmché de Rome un deuxième Sébaslopol et qu'il fallait se décider promptemenr, soit à entreprendre une at'aque en règle avec de l'artillerie de siège, ou au moins avec des i>ièces de position, soit à protiler de la supériorité manifeste de la flotte française pour transporter l'armée sur un terrain d'opérations plus avantageux.
Le général en chef, faisant remarquer que l'altaque sur Rome avait eu pour résultat d'y faire converger toutes les forces disponibles des VIP, YIIP, IX* et X" corps, estimait que si l'armée pouvait, après une retraite bien conduite- sur Civita et Porto, se rembarquer et paraître, au
COUP d'CEIL sur l'ensemble DBS OPÉRATIONP. lOÔ
bout de 8 jours, devant Vado et Savone (Ligurie), elle serait en mesure de jouer un rôle prépondérant dans les opérations en cours sur les Alpes et sur le Var.
Ce projet, qui renfermait une exacte appréciation des services que peut rendre une flotte puissante dans le cours d'une grande guerre, fut agréé par le gouvernement français avec d'autant plus d'empressement que les événements militaires qui se déroulaient sur la frontière du Sud-Est semblaient prendre un aspect défavorable.
Les 14* et 15* corps avaient été poussés jusqu'à la crête des Alpes, non sans de pénibles travaux, dus à la longueur peu ordinaire de la saison froide.
On s'était disputé pendant quelques jours les neiges du col de Tende, puis, peu à peu, la supériorité numérique de l'ennemi s'étant accentuée, nos troupes avaient été reportées sur les positions de l'Aulhion et de la Turbie.
Dès le 20 avril le 17* corps avait été porté sur le massif du Cheirou, puis sur la Vésubie, et une série d'engagements avait lieu contre les Italiens des I", IP, IIP et IV' corps.
Le 25 avril, nos troupes, reculant peu à peu, couvraient Nice et les forts de la Corniche, tandis qu'une division du 14* corps et les compagnies alpines protégeaient avec succès la haute vallée du Var. Pendant ce temps, les corps de Tarmée territoriale s'organisaient et bientôt Ton pourrait compter sur les secours de ces troupes robustes pour défendre pied à pied le département des Alpes-Maritimes... Il fallait seulement qu^me diversion puissante vint • aiTêter la marche en avant des Italiens. .
En tout cas, ladestination définitive donnée aux troupes du Î7* corps excluant toute idée de renforcer Tarmée expéditionnaire, le ministère français avait avisé le général
en chef, par une dépêche arrivée précisément le 25 avril ^ qu'il ne pouvait compter sur une brigade du 17" corps, mais qu'on l'autorisait à emprunter encore deux bataillons et une batterie aux troupes de la Corse. La 2* division du 19* corps était, comme le 17% destinée à renforcer l'armée des Alpes, et l'on réunissait à Marseille les paquebots qui devaient la transporter.
Une période de calme relatif avait succédé, sur le Tibre, aux combats du 25 avril; les Italiens s'efforçaient, malgré le tir de nos batteries de campagne, de réarmer le fort Bravetta; ils battaient surtout avec acharnement nos positions de droite au Portuense et au Truglio ; la division d'Afrique, placée en flèche, souffrait beaucoup des feux qui commençaient à se croiser, du Nord et de l'Est, par-dessus le Tibre.
Le fort Portuense était toujoure occupé par nos soldats, mais il était comme isolé au milieu des positions de l'adversaire et l'on pouvait aisément prévoir une évacuation prochaine.
Le 27 avril, au soir, le général en chef recevait l'avis que le Gouvernement adhérait au plan proposé le 25. On l'informait en même temps que si les circonstances paraissaient favorables, la 2* division du 19* corps serait dirigée sur Savone dès que cette ville aurait été fortement occupée par le 16® corps.
Le vice-amiral commandant l'armée navale était avisé que VIndomptable reprenait sa station de la Maddalena, que le Colhert serait promptement muni de deux nouveaux canons de 27% , que le Caïman pourrait probablement faire partie de l'escadre le 30 avril, enfin qu'on lui envoyait tous ses transports et ses cargo-boots en vue de l'évacuation de Civita.
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On l'invitait en outre à renvoyer le plus tôt possible la division navale d'Algérie à Bône pour qu'elle fût en mesure de convoyer la 2* division du 19* corps.
Le 27 avril, peu d'heures avant l'arrivée de cette dépêche au camp français, notre détachement de Bracciano avait essuyé une attaque vigoureuse de la part de la 3* brigade du VIII* corps qui descendait de Toscane par Orvieto, Orte et Civita-Castellana. Le combat s'était terminé à l'avantage des nôtres, mais l'ofUcier supérieur qui commandait à Bracciano faisait savoir que l'ennemi s'était retiré à peu de distance et paraissait disposé à recommencer son attaque.
Cette tentative, parfaitement prévue du reste, ne pouvait que hâter les résolutions du général en chef : il importait cependant que Tennemi restât le plus longtemps possible dans l'ignorance de sa retraite qui se préparait; aussi, en expédiant une brigade du 16* corps et deux batteries de 80% par la route de Bdccea, le général en chef avait-il affecté d'annoncer que ces Iroupes se portaient au secours de notre détachement de ilanqueurs. En réalité, l'officier général qui commandait cette brigade avait pour mission, après avoir repoussé l'ennemi hors du bassin du lac, de s'établir sur l'Arrone et d'y choisir une bonne position où l'armée fût assurée de trouver un point d'appui après sa première marche en retraite. Une compagnie du génie allait d'ailleurs disposer, sur la rive droite du torrent, des emplacements de batterie. Un pont de chevalets serait établi entre ceux de la route et du chemin de fer.
Déjà, depuis le 25 avril, en prévision d'un mouvement de retraite, des ordres avaient été donnés pour compléter la défense de Porto et de Fiumicino, que le général en chef comptait utiliser largement ; les ports de Trajan et de
108 ROME ET DERLIN.
Claude avaient fourni les éléments d^une sorte de camp retranché à Tabri duquel d'assez nombreuses troupes pourraient entreprendre la délicate opération du rembarquement en pleine côte.
Le génie et la marine avaient même, en 10 jours, réussi à construire devant les bains un appontement qui permettait aux grandes embarcations et aux tartanes de venir prendre directement le personnel et le matériel de poids moyen.
Si le temps n'était pas trop défavorable, on pouvait espérer rembarquer à Fiumicino une bonne partie de Tinfanterie, les batteries de montagne et quelques batteries de campagne, sans les caissons, les chariots et forges, qui devaient forcément passer par Civita.
Le général en chef donna aussi Tordre de surseoir au débarquement des chevaux récemment venus de France ; on ne dut mettre à terre que ceux qui devaient compléter les attelages, fort éprouvés, des batteries de campagne.
Ces mesures préliminaires ayant été prises, le général en chef et le vice-amiral, accompagnés de leurs chefs d'état-major, s'étaient rencontrés à Fiumicino et avaient arrêté tous les détails de la retraite et de l'évacuation.
Dans la nuit du 27 au 28 avril, nos soldats abandonnaient les ruines du fort Portuense et la position du Montedel-Truglio. A 2 heures du matin, une formidable explosion détruisait les casemates du fort évacué et annonçait à l'armée italienne surprise que la rt'lraile des Français commençait. En effet, le 28, au point du jour, le mouvement était déjà en pleine exécution ; les ambulances, les convois administratifs, lés parcs filaient déjà par le chemin de fer de Civita dont la voie avait été réparée, pjar les routes de Civita (via Aurélia) et de Boccea. Cette der-
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nière, particulièrement monacée par rennemi, était couverte par la cavalerie et par une brigade du 16* corps.
Les deux autres brigades, les bataillons de renfort et les batteries attelées restaient en position au centre, sur le plateau de la Galera ; la division d'Afrique se portait avec l'infanterie de marine au Ponte-di-Galera.
La retraite des Français se croisait fort heureusement avec un projet d'offensive sur tout le front et d'attaques de flanc contre la ligne de communications, conçu par le grand état-major italien qui, ayant sous la main plus de 80,000 hommes de toutes armes, jugeait le moment venu de lâter la position de Tarmée française. Les ordres d'attaque étaient donnés pour le 28 à midi. Dès que l'on s'aperçut de la retraite des convois, que dénonçait une épaisse poussière, les colonnes italiennes se mirent en devoir de poussc^r vigoureusement l'ennemi.
Chacun connaît les épisodes principaux de cette remarquable retraite. Nos soldats, qui savaient que, seule, la situation des affaires sur le Yar leur imposait la retraite, conservaient une altitude de vainqueurs et infligèrent souvent aux têtes de colonne de l'ennemi des pertes sensibles.
On tint la ligne de la Galera jusqu'à la nuit pour permettre l'écoulement, parles trois routes et par des sentiers praticables, de tous les impedimenta. Le soir venu, la division d'Afrique, les bataillons de Corse et toute l'infanterie de marine, avec deux batteries de campagne et trois batteries de montagne, se dirigèrent sur Fiumiciuo, où ces troupes anivèrent le malin du 29. A minuit, le pont sur la Galera sautait et le 16" corps se dirigeait sur l'Arrone.
Le 29, le 16* corps ralliait le détachement de Bracciano et la brigade détachée ; un violent combat s'engageait au passage du torrent: les Italiens étaient repoussés.
Le 30, on coacliaità Santa-Severa ; le 1" mai, après ua nouvel et très vif engagement où la cavalerie française avait montré un dévouement héroïque, le 16* corps ren- Irait à Civita-Vecchia. Malheureusement, le temps s'étant mis à la pluie le 29, un certain nombre de fourgons et de caissons vides, embourbés, avaient dû être abandonnés. C'étaient d'ailleurs, avec les deux pièces démontées et avariées dans le duel d'artillerie dû 24 avril, les seuls trophées de l'armée italienne.
Quant à la division d'Afrique et aux troupes qui la suivaient, elles avaient pu gagner Fiumicino et commencer leur rembarquement sans être inquiétées ; le souvenir de la journée du 19 inspirait à l'ennemi une grande prudence, et c'est à peine si, le 30, au moment où l'infanterie de marine se dispof=ait à embarquer, les troupes du X* corps se présentèrent devant le camp retranché.
Le corps de débarquement de l'escaJre, solidement établi avec ses pièces de 65% derrière de bons parapets et dans des maisons fortifiées avec soin, reçut l'ennemi de manière à le dégoûter de toute nouvelle attaque. A la nuit faite, nos marins embarquaient lestement dans leurs canots sans laisser aux Italiens une seule voiture ni un seul caisson.
Le 3 mai, malgré un violent bombardement des Italiens sur la malheureuse ville de Civita-Vecchia, l'opération du rembarquement était entièrement terminée.
Le 16* corps avait perdu, pendant la retraite et dans le bombardement de la ville, 250 tués et 1,000 blessés environ.
On dut laisser 200 blessés dans les hôpitaux de Civita -, c'étaient ceux qu'on n'aurait pu transporter sans inhumanité; plus- tard un cartel d'échange rendit à la France ceux qui avaient survécu à leurs blessures.