SAVONE
Situation des flottes française et italienne au commencement de mai. — Acceptation par TAllemagne du plan de jonction des deux escadres. — Sortie d'une division allemande, le 6 mai, par une brunie épaisse. — Réunion des alliés à Messine. — Déblocus de Spezia et bataille navale de Suvone : défuite des alliés. — Deuxième blocus de Spezia. — Opérations de l'armée « do Ligurie • dans le Monlferrat; les hostilités traînent en longueur jusqu'à l'armistice. — Coup d'œil d'ensemble sur le rôle de la flotte française dans la Méditerranée.
Nelson, en 1798, courant après Tarmée navale qui allait conquérir TÉgypte, avait traversé, dans l'ouest de la Crète, le sillage de nos vaisseaux, encore tracé sur une mer tranquille. L'escadre italienne passa, le 3 mai, à quelques milles de notre flotte de transport et lorsque, le 4, de grand matin, elle painit en vue de Civita-Vecchia, les sémaphores ne purent lui donner que des indications très vagues sur la route suivie par les Français.
Le vice-amiral italien résolut alors de se diriger sur les Bouches de Bonifacio ; si Tarmée navale ennemie avait franchi le détroit, le sémaphore du cap Ferro ne manquerait pas de le lui signaler. Mais là, pas plus qu'à Civita, on ne pouvait rien dire, et Tescadre remontait à vitesse modérée vers le canal de Tîle d'Elbe, le 5 mai, lorsqu'un torpilleur, expédié de Porto-Ferrajo dès la soirée du 4, vint lui annoncer que l'armée française était en pleine opération de débarquement sur la côte de la Ligurie. En même temps, le vice-amiral italien recevait Tordre de rallier Spezia sans s'engager avec la flotte française.
CONSTITUTION DE l'eSCADRE ITALIENNE. 115
Le 6, de très bonne heure, Tescadre mouillait à Tabri de la digue de Spezia.
Cette force navale, dont la rapide constitution par les moyens d'vn seul arsenal (du moins en ce qui concerne les cuirassés) faisait le plus grand honneur au ministre de la marine italienne, se composait des cuirassés nouveaux : Dandolo, Ruggiero-di-Lauria et Lepanto ; des cuirassés anciens: Principe' Amedeo et Palestro ; des croiseurs: Vesuvio et MarC'AntoniO'Colonna ; du torpilleur de haute mer Folgore et de 6 torpilleurs de 1'* classe 5 enfin l'aviso Rapido (déplaçant 1,600 tonnes et armé de 5 pièces de 7%, 5 d'Armstrong) jouait le rôle de soutien et de ravitailleurdes torpilleurs de V^ classe.
Les deux anciens cuirassés, ne pouvant plus donner que 11 nœuds de vitesse au plus, ôtaient à cetle escadre les qualités de mobilité qui auraient pu lui permettre de harceler la flotte française et de lui enlever une partie de ses transports, opération dont le Lepanto avait appris à ses dépens la difficulté.
Il ne lui restait donc qu*à se prendre corps à corps avec les cuirassés français, et alors, malgré la valeur des trois premières unités de combat, il était permis de craindre que la dernière escadre italienne ne subît un échec irréparable.
Ce n^était donc pas sans appréhension que le ministre italien avait consenti, sur les instances de ses collègues du cabinet, à faire prendre la mer à son escadre ; encore avait-il recommandé la prudence à Tofficier général qui la dirigeait. Sur ces entrefaites, la nouvelle arrivait à Rome, le 4 mai, que l'Allemagne acceptait la combinaison dont j'ai parlé déjà, dans le chapitre V, et qu'une division de 3 cuirassés, 1 croiseur, 1 aviso rapide et 3 torpilleurs.
devait sortir de la Jahde à la première occasion favorable et s'efforcer de gagner les eaux italiennes. On invitait le cabinet de Rome à fixer le point où se ferait la jonction des deux escadres. Cette dépêche fut suivie à deux heures de distance de celle qui annonçait le débarquement des Français à Vado et à Savone. Quels que fussent le désappointement et la surprise du ministère, qui avait compté sur la retraite définitive, à Toulon et à Marseille, de Tarmée expéditionnaire, ce n'était plus le moment de risquer une bitaille navale: il était évidemment plus sage d'attendre la jonction promise. Si, comme on Tespérait bien, la victoire couronnait enfin les efforts des alliés, Tarmée française, privée de Tappui de ses vaisseaux et du ravitaillement fourni par la flotte, tenue en échec sur les rochers de TApennin par les forces des corps italiens de la Péninsule qu'on allait envoyer le plus tôt possible dans la Ligarie, se trouverait bientôt dans la situation de l'armée de Masséna, en 1800, et ne tarJerait pas à capituler.
Il fut convenu en conséquence que l'escadre réunie à Spszia se bornerait à des expéditions d'un rayon peu rtendu, protégerait, par exemple, la circulation des trains et des transports de troupes sur les routes et sur la voie ferrée du littoral, et attendrait, sans engager d'action décisive, le concours promis par la marine allemande.
Le point de jonction à choisir donna lieu à des discussions assez vives. Tout bien pesé, et puisqu'on ne pouvait plus se servir de la Maddalena, où les Français se fortifiaient sans relâche. Messine fut désigné. On avait beaucoup travaillé aux batteries du phare 5 on était là assez loin de l'escadre française, forcément rivée à la côte de Ligurie, et enfin sous l'appui des forces navales qui