OPÉRATIONS DANS LA LIGURIE
brave Rampon, en 1796, avait arrêté avec 1,500 Français la division autrichienne d'Argenteau. De ces deux points on dominait le fort d'Altare et aussitôt on en commençait le bombardement.
- Pendant cette opération, les Africains du Id"" corps, grimpant par de vrais sentiers de chèvres, réussissaient à passer de Vado dans la haute vallée de la Bormida orientale, et le général lançait une forte colonne du 16* corps, avec des batteries attelées et le régiment de chasseurs d'Afrique, dans la vallée de TErro, par le col de Giove. Cette colonne devait occuper Sassello, y installer fortement un détachement des trois armes et se rabattre sur Dego par la route qui franchit le contrefort de TApennin. L*objectif général des colonnes en route était donc l'occupation de la ligne Sassello-Dego-Millesimo.
Cet objectif fut atteint le 7 mai dans la nuit et le 8 mai de grand matin par la colonne qui marchait sur Dego.
A Millésime, déjà, les troupes du 19^ corps (infanterie seule) s'étaient heurtées à une colonne italienne remontant de Ceva vers Carcare : cette colonne appartenait au VII* corps et au 1" régiment alpin.
Le 8 mai, vers le soir, notre détachement de Sassello était attaqué par des troupes du V corps ; enfin on signalait l'apparition de l'ennemi dans la haute vallée du Tanaro, vers Garessio et Marialto.
La position pouvait, à ce moment, devenir critique pour l'armée expéditionnaire : la résistance du fort d'Altare empêchait l'arrivée dans les hautes vallées des batteries de campagne et des échelons du parc ; seules les batteries de montagne pouvaient circuler sur les routes muletières du col de Giove et de Sassello à Dego. Enfin, le 9, après avoir, par des prodiges de patience et d'habileté, hissé
quelques pièces de 80% sur les hauteurs qui dominent TAltare, Tarmée française put entreprendre une attaque en règle devant laquelle Tennemi capitula, le 10. Il était temps, nos troupes étaient vivement pressées à Sassello et à Millésime, et, à plusieurs reprises, les munitions devenant rares, il avait fallu lutter corps à corps contre les têtes de colonne de l'ennemi.
En même temps, les deux flancs de Tarmée étaient menacés, à droite par une brigade du VHP corps qui arrivait à Gênes, à gauche par des troupes appartenant au VP et qui essayaient d'atteindre Albenga ou Finale-Borgo pour remonter jusqu'aux cols de San-Bernai-do et du Melogno. Le général en chef invita le vice-amiral à menacer Gênes, d'un côté, et, de l'autre, à faire occuper Finale par ses compagnies de débarquement et un bataillon d'infan^ terie de marine.
Cette dernière opération fut exécutée dans la journée du 11 mai ; un brillant combat nous livra Finale et une batterie de campagne italienne. L'attaque de Gênes était déjà l'objet des préoccupations du commandant en chef de l'armée navale, qui sentait toute l'importance de cette diversion et qui espérait, en outre, que l'escadre italienne se déciderait à sortir de Spezia pour secourir l'antique et riche cité des doges. Le vice-amiral répondit, en conséquence, à l'invitation du général en chef, que, dès l'arrivée du convoi d'Afrique (2* division du 19* corps), annoncée pour le 12, il appareillerait de Savone et de Vado avec son escadre de combat et 5 transports, laissant les autres à la garJe de la division d'Algérie i^enforcée par le Friraland, et qu'il opérerait sur Gênes une forte reconnaissance avec attaque des forts extérieurs et débarquement vers San-Pier-d'Arena.
SORTIE d'une division ALLEMANDE. 125
Le 10 mai, de grand matin, mi paquebot à grande vitesse qui, affrété par TÉtat et armé de quelques pièces légères, faisait le service postal entre Nice et Tarmée expéditionnaire, remit à Tamiral une dép^^che du Gouvernement annonçant que le 8 mai un torpilleur du port de Cherbourg, ayant poussé une pointe jusqu'en vue de la côte d'Angleterre, avait reconnu une division allemande qui suivait de près le littoral et faisait route pour sortir de la Manche.
Des brumes épaisses avaient régné sur la mer du Nord et sur le Pas de-Calais pendant plusieurs jours. . . ; on savait en outre qu'un engagement assez vif avait eu lieu le 6 entre les iia\ ires allemands renfermés dans la Jahde et l'escadre française qui les bloquait ; la brume n'avait pas permis à nos bAtiments de pousser à fond leur premier avantage et il était probable qu'à la faveur de celte diversion, un certain nombre de cuirassés ennemis avaient pu se soustraire à la survellance des nôtres. Le croiseur le Nielly, accompagné de deux torpilleurs de haute mer, avait été aussitôt dépéché de Brest à la recherche de l'escadre ennemie, mais on n'en avait pas encore de nouvelles. On avisait le viceamiral que, dans l'hypothèse où cette force navale se rendrait dans les eaux italiennes, on allait lui envoyer un renfort composé du grand cuirassé nenî Amiral- Baudin, qui terminait ses essais, d'un croiseur de 2^ classe, le Villars, et de deux avisos-toi'pilleurs, la Bombe et la Lance.
Le ministre invitait en outre le contre-amiral à faire observer le détroit de Gibraltar par deux navires légers.
Sur ce dernier point, il fallait se hâter et par conséquent envoyer un des navires les plus rapides de l'armée navale ; mais il fallait aussi que ce navire fût en mesure de croitier immédiate.nent sans renouveler son approvi-
sionnement de combustible ou d*eau douce * dans un port de la côte. Le 5/ax, à peu près seul, réalisait ces différents desiderata, et, non sans regret de se priver des services de cet excellent croiseur sur la côte de Ligurie, le vice-amiral Texpédia sur Gibraltar.
La mission confiée à ce navire consistait surtout à dénoncer le moment précis du passage de la division allemande dans le détroit au moyen d'une dépêche expédiée de Cadix, Tarifa ou Algésiras au gouvernement français, qui en aviserait le vice-amiral. Cela fait, le Sfax devait s'efforcer de retrouver la piste de l'ennemi, ce qui, avec sa vitesse, n'était pas bien difficile, le suivre à distance sans le perdre de vue et tâcher de communiquer le plus possible soit avec l'Algérie, soit avec les Baléares ou la côte espagnole ; à cet effet, un des torpilleurs de l""' classe lui fut adjoint.
Le 13 mai, en effet, le Sfax avait établi sa croisière entre Spartel et Trafalgar; son torpilleur, expédié à Tarifa, avait acquis la certitude que l'escadre allemande n'avait pas franchi le détroit.
Le soir même, un peu après le coucher du soleil, les vigies du Sfax annonçaient, dans l'O.-N.-O., un torpilleur, ou au moins un navire à vapeur très ras sur l'eau. Le torpilleur français poussa ses feux aussitôt et s'élança dans la direction indiquée : une houle assez forte, mais longue, venant de l'Ouest, n'arrêtait pas sa marche, mais diminuait beaucoup le champ d'observation.
Il était important, toutefois, si l'ennemi était proche, que le Sfax ne fût pas découvert avant que la division allemande donnât dans le détroit. A 8 heures du soir, les