DISTRIBUTION DES NAVIRES FRANÇAIS
de }a marine avaient ménagé de nouvelles forces. En effet, augmentée du Colbert, réparé, de V Amiral- Baud in, qui ralliait Tescadre avec sa division, et de la Triomphante, cuirassé de 2' rang qui venait d'arriver devant Savone avec la deuxième division du 19* corps, l'escadre Je combat comptait 9 cuirassés, dont 8 de premier rang, 2 grands croiseur, 3 éclaireurs d'escadre, 3 avisos- torpilleurs, 2 croiseurs-torpilleurs, et 8 torpilleurs de 1'* classe.
Cette force navale pouvait attendre avec confiance Tattaque des escadres ennemies.
En attendant, le ministre ayant avisé le commandant en chef que le cuirassé italien Andrea-Doria, du type du Lauria, était sur le point de prendre la mer et d'aller se joindre aux alliés devant Messine, le vice-amiral prit les dispositions suivantes pour tenir bloqué ce cuirassé et les navires légers qui devaient le suivre, sans pour cela diminuer d'une manière compromettante la protection qu'il devait à la flotte de transport et à la base d'opérations de l'armée expéditionnaire.
Les cuirassés Caïman et Trident, le croiseur Sfax, revenu de Tunis, les avisos-torpilleurs Bombe et Lance, et 4 torpilleurs de 1" classe durent former une division détachée qui était chargée de bloquer Spezia et en même temps d'éclairer l'armée navale vers le sud (canal de Piombino). La moitié de cette division se tiendrait au mouillage de la Magra, au sud-est de Spezia, gardant allumés les feux des deux tiers ou de la moitié de ses chaudières, l'autre serait de garde devant la Laie. Les deux avisos-torpilleurs alternaient pour la surveillance spéciale de la côte sud, vers Livourne.
Les torpilleurs de la station de Bastia (Corse) étaient tout naturellement désignés pour la surveillance du canal
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de rîle d'Elbe. 2 torpilleurs de l'escadre vinrent les renforcer pour ce service, toujours pénible. Là le télégraphe devait transmettre, par la France et par Antibes, où se tenait toujours un torpilleur de haute mer, les avis des éclaireurs au commandant en chef.
Enfin, pour éviter toute surprise venant du Sud-Ouest, une croisière était installée entre Nice et l'île Rousse (Corse) : elle se composait des éclaireurs d'escadre Milan, Hirondelle et Desaix et des croiseurs- torpilleurs Faucon et Cotidor.
Le vice-amiral, qui avait mis son pavillon sur VAmiral- Baudiny gardait avec lui 7 cuirassés, 1 croiseur de 2* classe, 1 croiseur-torpilleur, 2 torpilleurs de haute mer et 3 torpilleurs de 1'* classe. Ces bâtiments légers servaient, à tour de rôle, de liens entre le gros de l'escadre et les détachements.
Le 21 mai, vers 10 heures du soir, l'aviso-torpilleur Lance, en croisière de l'île Gorgona à la côte de Livourne, fut brusquement attaqué par 4 torpilleurs de différents types qui avaient pu se dissimuler derrière l'île ; l'aviso français se défendit avec énergie et causa de graves avaries à deux de ses adversaires avec ses projectiles de 47 % (canons rapides), mais il fut torpillé cependant par un « porte-torpilles » italien qui parvint à faire exploser son engin sur l'avant de l'aviso. Bientôt, malgré la puissance de ses pompes, il devint évident pour le capitaine de ce navire qu'il fallait se hâter de rallier la division détachée et peut-être se jeter à la côte avant que l'eau eût rempli le compartiment avant. A 1 heure du matin, la Lance, en effet, après avoir marché aussi vite que le lui permettait sa situation, l'hélice à moitié hors de l'eau, s'échouait au nord de Viareggio, vers Pietra-Santa, mais en brûlant des
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artifices, tirant des fusées et des coups de canon, enfin en usant de tous les moyens en son pouvoir pour avertir la division de rapproche de Tennemi.
A 1 heure 15 minutes, les bâtiments mouillés devant la Magrà appareillaient et se réunissaient à ceux gui tenaient le blocus.
A 2 heures, ils étaient attaqués par les torpilleurs de Tennemi et par ceux de la défense mobile de Spezia : cet émouvant combat de nuit, s'il n'eut pas pour résultat de couler ou d'avarier gravement nos cuirassés, permit du moins au Doria d'appareiller à son tour, tous feux éteints, et de se glisser le long de la côte de Lerici jusqu'en dehors de la baie. Le Sfax, seul, s'étant aperçu de la sortie d'un navire de haut bord, signala cette circonstance au chef de division qui, jugeant toute poursuite désormais inutile, répondit par l'ordre de ralliement général et absolu.
Le jour venu, les torpilleurs ennemis lâchèrent prise •, à toute vue dans le Sud on apercevait distinctement les panaches de fumée d'un grand nombre de vapeurs : c'était l'escadre alliée. Le chef de division dépêcha le Sfax vers la Lance, toujours échouée, pour en recueillir l'équipage •, l'aviso fut détruit et la division détachée fit route sur Savone, le Sfax et les torpilleurs gardant toujours le contact avec l'ennemi.
A 5 heures 30 minutes du matin, l'amiral était prévenu, par les signaux de grande distance, répétés par VÉjyervier, de l'arrivée de sa division détachée et de l'approche de l'ennemi.
L'armée navale appareilla aussitôt et poussa ses feux : les éclaireurs furent rappelés ; le torpilleur de haute mer Déroulède arrivait, longeant la côte à toute vapeur, et
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Bataille de Savone.
apportant la nouvelle (qu'un concours de circonstances favorables venait de rendre inutile) du passage des alliés dans le canal de l'île d'Elbe. D'ailleurs, les torpilleurs détachés ne tardaient pas à paraître à leur tour dans le S.-S.-O.
A 8 heures du matin, l'armée navale était ralliée et complète, sauf Y Hirondelle j dont on n'avait pas de nouvelles.
Le vice-amiral français adopta pour la bataille qui allait s'engager les dispositions suivantes :
L'armée navale allait se ranger sur trois lignes, distantes de 5 encablures (1,000 mètres). La première ligne se composait des cuirassés : Amiral -Batidin, Redoutable, Caïman et Colbert; la deuxième des cuirassés : Dévastation, Friedland, Richelieu et Trident; la troisième, du cuirassé de 2* rang Triomphante et des croiseurs : S fax, Villars et âJEstrées. Dans chaque ligue, les unités de combat étaient séparées par un intervalle de trois demi-encâblures.
La distance de 1,003 mètres entre chacune des trois lignes de front était calculée de manière à ne pas laisser à l'ennemi le temps de recharger ses grosses pièces et à permettre au contraire à la fumée de se dissiper; d'ailleurs les vents étaient à l'Est et commençaient à fraîchir : la mer grossissait peu à peu. Les deux flottes ayant à peu près, l'une le cap au S.-S.-E. (Français), l'autre le cap au N.-N.-O. (Alliés), recevaient les lames par le travers.
Les torpilleurs fatiguaient beaucoup; l'amiral, qui avait d'abord l'intention de les grouper autour de la 3' ligne (composée des navires les plus faibles, mais qui devait recevoir des adversaires déjà sérieusement atteints sans doute), se vit obligé de les placer sur la hanche de tribord de chacune des unités de combat des deux premières lignes.
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En revanche, les trois torpilleurs de haute mer et les trois avisos-torpilleurs furent affectés à la troisième ligne. Les trois croiseurs-torpilleurs et les éclaireurs d'escadre furent placés sur les flancs de Tarmée. A 8 heures 30 minutes, le vice-amiral passa sur le Milan et signala à Tannée de régler la vitesse à 11 nœuds ; VAmiral-BaiLdin servait de régulateur à la première ligne ; la Dévastation à la seconde ; la Triomphante à la troisième. Le contre-amiral, commandant en sous-ordre, avait demandé et obtenu de rester sur son navire amiral.
A 9 heures, vu Tétat de la mer, la vitesse fut réglée à 9 nœuds. A ce moment, on voyait, à 6 milles dans le S.-S.-Ë. Tarmée ennemie prendre sa formation de comhal.
Les alliés, assez peu habitués aux manœuvres d'ensemble, puisqu'ils étaient réunis depuis cinq jours à peine, dont deux employés, à Messine, à faire du charbon, avaient adopté un ordre simple et presque instinctif. Ils étaient rangés sur deux lignes de front, les six cuirassés italiens en tête : Dandolo, Lepanto, Ruggiero-di-Lauria, Andrea-Doria, Palestro et Principe- Amedeo ; les trois cuirassés allemands ensuite, à 4 encablures (800 mètres) de distance : Preussen, Friedrich der Grosse et Deulschland, Six croiseurs ou éclaireurs d'escadre étaient répartis sur les ailes ; les torpilleurs, ayant la mer un peu de l'arrière du travers souffraient moins que les nôtres, mais il était évident que leur tir serait tout à fait irrégulier.
A 9 heures 15 minutes, le vice-amiral français signala qu'il rappelait les instructions générales pour le combat données déjà à chacun des commandants, puis aussitôt, par le télégraphe : « La France compte sur la valeur des « équipages et sur l'habileté des capitaines. » A 9 heures 25 minutes, les grosses pièces de chasse des navires de la
première ligne commençaient le feu : on était à 5 encablures de Tennemi.
Comme la droite de la première ligne des alliés débordait la gauche de la nôtre de deux unités de combat, le vice-amiral italien, qui montait le Ruggiero-di-Lauria, précisément à la droite italienne, avait rendu sa manœuvre indépendante et, devançant le gros de son escadre, il était venu un peu sur sa droite (sur tribord) pour se rabattre ensuite sur le flanc gauche (bâbord) de la Dèvastatiotiy qui tenait la gauche de \d^ seconde ligne française, et où il voyait flotter un pavillon d'officier général. L'amiral italien comptait, par cette manœuvre, se mettre en mesure de donner un coup d'éperon au cuirassé français, ou bien l'obliger, pour éviter cette attaque, à venir sur bâbord et, par conséquent, à prêter le flanc au Dandolo qui, dans un moment, allait traverser la première ligne française.
Mais si Tordre de front est d'une conception simple et aisée, la pratique n'en est pas facile, par grosse mer, avec des escadres peu homogènes et encore mal exercées.
Le cuirassé neuf Doria, qui tenait la gauche du Dandolo et qui gouvernait mal, était venu brusquement sur la droite, un peu avant de travei-ser la ligne française et avait obligé le Dandolo à diminuer de vitesse et à lui céder le passage dans le premier créneau formé par V Amiral- Baudin et le Redoutable. Les cuirassés allemands, au contraire, s'étaient trouvés portés sur la gauche, formant comme une masse compacte, où devenaient inutiles les feux dix Preussen, cuirassé à tourelles, placé au milieu du groupe.
A 9 heures 27 minutes, les deux premières lignes, française et italienne, s'étaient rencontrées ; le Dandolo, placé un peu en arrière du Doria, et V Amiral-Baudin avaient tiré leurs grosses pièces de 100 et de 76 tonnes presque à bout portant.
Cependant ramiral italien exécutait son évolution contre le contre-amiral françnis ; mais la Dévastation, trouvant le champ relativement libre devant elle, avait pu, d'un coup de barre, éviter l'abordage et le Ruggiero-di-Lauria, tout en tirant sur sa hanche deux de ses grosses pièces, continuait à venir sur bâbord, sans pouvoir redresser immédiatement sa route. Le vice-amiral italien ne comptait pas sur la présence, en troisième ligne, d'un 9* cuirassé français, la Triomphante; son ^tat-major ne lui avait signalé qu'un groupe de croiseurs placé derrière la deuxième ligne française, et, de fait, la haute mâtm'e de la Triomphante justifiait, ainsi que l'éloignement, cette grave erreur.
La Triomphante trouvait là une occasion trop belle de porter à l'ennemi un coup décisif : à 9 heures 30 minutes, son éperon s'enfonçait dans la joue de tribord du cuirassé italien et y faisait une énorme brèche. A 9 heures 50 minutes, le malheureux Ruggiero-di-Lauria, achevé par nos toi'pilles, coulait à pic en s'enfonçant par l'avant.
Ce n'était pas d'ailleurs le seul résultat important de la première pisse: le cuirassé allemand Friedrich der Grosse avait eu son grand mât coupé par un projectile de 42% du Caïman. Comme les haubans de ce mât avaient été largués, pour dégager le tir des pièces de la tourelle A{, un coup de tangage le fit tomber sur la tourelle, qu'il fui désormais impossible de faire mouvoir.
Le Lepanto, après avoir, au centre de la ligne italienne, épuisé ses quatre coups de canon de 100 tonnes contre le Caïman, qu'il avait manqué, et contre le Richelieu, à qui il avait fait de graves avaries, s'était trouvé sous le feu des canons du i9/aa? avant d'avoir pu terminer le chargement de ses pièces de 100 tonnes. Les canons de 16%, modèle
1881, des tourelles tribord* de ce croiseur et ses canonsrevolvers avaient fait pleuvoir sur les grosses pièces et sur les organes de chargement une telle pluie de projectileSi que la manœuvre de deux canons de 100 tonnes était devenue impossible.
L'un des monte-charges, notamment, troué en plusieurs endroits par les petits obus de 37 % , présentait des bavures de métal qui ne permettaient plus l'accès du projectile : on reconnaissait là les inconvénients, déjà pressentis par tant d'officiers, de ces systèmes de précision, admirables en temps de paix, mais trop délicats, trop compliqués pour le service de guerre.
En outre, un coup heureux d'un des canons de 16% avait atteint le blockhaus du commandant italien et l'avait mis en pièces.
Le Principe- Amedeo^ qui se tenait sur la hanche de bâbord du Lepanto, avait reçu du Redoutable un coup de canon de 27%, modèle 1875 n** 1, qui l'avait perforé à la flottaison ; ce cuirassé, la première passe terminée, s'éloignait du fort de l'action et se tenait à la bande, mettant en action toutes ses pompes et présentant, ce qui paralysait sa manœuvre, son flanc de bâbord à la mer, pour éviter l'irruption des crêtes de lames dans sa plaie béante.
C'était là, pour les torpilleurs français, une proie assurée ; malgré l'état de la mer, le Déroulède^ et la Bombe ^ se détachèrent du gros de l'escadre et réussirent à couler le Principe-Amedeo,
Les avaries de l'escadre française, après cette première passe, ne laissaient pas d'être fort graves. Le Richelieu,