‹ Rome & BerlinChapitre 45 sur 105 · Aviso-torpilleur · texte numérisé non relu

Aviso-torpilleur

on Ta vu déjà, avait subi les feux du Lepanto; deux projectiles de 908 kilogr. avaient atteint et percé complètement la muraille de bâbord du cuirassé français, heureusement un peu au-dessus de la flottaison ; mais la machine et les chaudières étaient atteintes : la vapeur s'échappait de toutes les ouvertures du pont et des batteries ; le Richelieu se retira aussitôt de la mêlée et le vice-amiral signala au d^Eslrées de prendre à la remorque le navire hors de combat, au Faucon et à la Couleuvrine de le protéger contre les torpilleurs ennemis.

Le Redoutable avait, lui aussi, ressenti les effets des puissantes pièces d'Armstrong. Deux coups de canon de 103 tonneaux du Doria l'avaient atteint, en plein fort central, et avaient pour ainsi dire tout détruit à Tintérieur de ce réduit.

Enfin V Arairal-Baudin, au moment où il décrivait ses 180 degrés pour revenir sur Tennemi après la première passe, avait reçu du Vesuvio une torpille Whitehead qui, éclatant sous sa hanche de tribord avait rempli d'eau un compartiment et, ce qui était plus grave, brisé sans doute une ou deux ailes de Thélice de tribord, car la machine correspondante s'était emportée et le navire gouvernait difficilement.

La mêlée qui suivit la première passe échappe à toute description : en général les cuirassés français évoluaient mieux que leurs adversaires et si leur artillerie était, en moyenne, un peu plus faible que celle des Italiens, la mousqueterie et les canons légers étaient incomparablement mieux servis.

D'ailleurs la mer grossissait toujours : le Dandolo, trop ras sur l'eau, le Preussen et le Friednch der Grosse, obligés de tenir leurs pavois rabattus pour le tir de leurs tourelles,

étaient mangés par les lames. De notre côté, le Caïman, type voisin du Dandolo, mais beaucoup plus manœuvrable, souffrait aussi des coups de mer; cependant son canon de 42% de Tavant était assez efiBcacement protégé des lames par le masque en corbeille établi à l'avant de la tourelle et gui rejetait Teau de chaque côté du navire.

Les torpilleurs et avisos-torpilleurs dont le rôle actif aurait dû commencer avec la mêlée étaient complètement paralysés par le temps : déjà le vice-amiral français avait autorisé ses torpilleurs de !'• classe à ne plus s'occuper que de leur sûreté.

Ceux des alliés, réunis en paquet et dans une confusion complète, étaient poussés peu à peu dans l'ouest, accompagnés par les projectiles des éclaireurs français.

A 11 heures, le vice-amiral italien, passé sur le Colonna au moment où coulait le Lauria, signalait à son escadre de se rallier à lui, dans le S.-S.-O. Le temps devenait de plus en plus mauvais et la continuation du combat eût été sans objet.

Ail heures 15 minutes, les deux flottes étaient séparées par un intervalle de deux milles environ, chacune comptant ses pertes et pansant ses blessures. Deux cuirassés avaient disparu dans l'engagement confus qui avait suivi la première passe : le Friedrich der Grosse, attaqué par le Trident qui manœuvrait pour battre son arrière dépourvu de feux, avait vu un projectile de 27% briser sa barre de gouvernail et fausser la mèche. Désormais incapable de gouverner, le cuirassé allemand avait été atteint et coulé par l'éperon du Colbert, De notre côté, le Friedland avait succombé sous les coups du Doria et du Deutschland accidentellement réunis. Percé de plusieurs coups à la flottaison, le cuirassé français s'enfonçait lentement, ses pompes ne

parvenant pas à épuiser Teau : bientôt les feux furent éteints et le vaillant navire, paralysé, reçut le coup mortel de l'éperon du Deutschland.

Du moins sa dernière décharge, partie du canon de 27% de la tourelle bâbord, pointé avec l'angle négatif maximum, perçait les ponts du cuirassé allemand (51% de tôle) et allait, en éclatant dans une soute à poudre, provoquer une explosion qui obligeait le Deutschland à se retirer du combat.

A midi, le coup de vent se déclarait avec violence. Les alliés, réduits à 6 cuirassés par la perte du Ruggiero-di- Lauria, du Principe - Amedeo et du Friedrich der Grosse, essayaient en vain de gagner dans le vent pour revenir à Spezia.

Les 7 cuirassés français se tenaient bien groupés, face au sud-est, le Caïman sous le vent de Tescadre et debout à la mer. L'infatigable Sfax et les croiseurs recevaient Tordre de se rapprocher de l'ennemi et de le canonner à distance. Le vice-amiral voulait constater la victoire de son armée navale en présentant à l'ennemi une occasion de renouveler la lutte.

Bien loin d'en profiter, le commandant en chef italien signala à son armée de laisser porter au sud.

A 2 heures, l'ennemi était à toute vue, poursuivi d'assez près par les trois croiseurs français qui s'engageaient de temps en temps avec les croiseurs alliés. A 3 heures, ils étaient rappelés par le vice-amiral, désireux de mettre son armée à l'abri du temps.

A 7 heures du soir, l'armée navale était mouillée àVillefranche, à l'exception de la Dévastation et des trois croiseurs que l'amiral se décidait à envoyer à Savone pour défendre les transports contre toute éventualité.

Ces quatre navires ue purent, d'ailleurs, parvenir à leur destination que le 23 à 8 heures du matin, après avoir lutté toute la nuit contre une mer démontée.

La bataille de Savone décidait de la suprématie sur la Méditerranée. Le 23 mai, la flotte alliée, le coup de vent terminé, rentrait à Spezia: le lendemain, elle y était bloquée par l'escadre française. Désormais l'armée expéditionnaire de Ligurie était assurée de recevoir ses renforts, ses munitions, ses approvisionnements. Plus heureuse que la vaillante armée de Macdonald et de Masséna, bloquée sur ces rochers par les flottes anglaises, elle allait s'illustrer par de brillantes victoires.

Résumons en quelques lignes ces opérations :

Dès le 7 mai l'influence du débarquement de 50,000 Français à Savone et à Vado s'était fait sentir sur la frontière du sud-est. L'armée italienne, qui avait un moment occupé Nice et obligé nos troupes à se réduire à la défense de la ligne du Var, était restée quelques jours indécise, tâtant nos positions, mais sans engager de combat sérieux ; c'est à ce moment qu'avaient eu lieu sm* le massif du MontfeiTat les engagements que nous avons déjà mentionnés.

Pendant ce temps, les troupes'disponibles des corps d'armée de la péninsule commençaient à aflluer en Toscane, n'empruntant d'ailleurs pour celte lente concentration que les routes et les chemins de fer du Centre.

Mais, pour passer dans le bassin du Pô, on ne disposait que de la voie ferrée de Pistoïa à Bologne, celle de l'Emilie, comme celle de la Ligurie, restant sous le canon des navires français (division du Levant).

On ne pouvait donc compter sur une action efficace des divisions des VIP et VIII* corps (les IX*, X® et XI* res-

tant chargés de la garde de la péninsule) que dans une huitaine de jours.

En revanche, le VI* corps se massait vers Plaisance et Stradella, point stratégique fort important ; une division du V* était poussée sur Pavie. Enfin, le grand état-major italien se décidait à ordonner à son armée des Alpes maritimes de se retirer lentement sur le col de Tende et le col de Nava, d'y laisser les IP et IIP corps et de concentrer le IV* vers Mondovi.

Tous ces ordres de mouvements, contrariés d'ailleurs par le mauvais temps, ne pouvaient recevoir une entière exécution qu'au bout de quelques jours : le général en chef de Tarmée de Ligurie, qui avait reçu la 2* division du 19* corps et à qui Ton venait de constituer un étatmajor général d'armée avec les services qui en dépendent, résolut de profiter, sans plus attendre, des avantages que lui procurait sa position centrale, pour battre successivement les détachements italiens qui convergeaient sur le Montferrat. C'est alors que le général en chef invita le vice-amiral à faire une forte démonstration sur Gênes; cette opération, qui avait pour but d'y retenir les troupes du VHP corps dont on signalait l'arrivée, fut retardée jusqu'au 14 par des circonstances que nous avons déjà rapportées. Le 14, l'escadre exécutait une descente à San- Pier-d'Arena ; deux bataillons et le corps de débarquement s'emparaient, après un vif bombardement, de la batterie Sant'-Andrea.

Le même jour, une brigade du 16* corps avec artillerie et cavalerie avait solidement occupé Acqui, au débouché des hautes vallées des deux Bormida et de l'Erro.

Ses demères une fois assurés, le général en chef avait porté rapidement, dès le 15 mai, trois divisions d'infante-

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