PLANS DE CAMPAGNE
Opérations dans le Jutland et les duchés. — Continuation des préparatifs en France et eu Danemark; discussion du plan d'opérations. — Examen de l'éventualité d'un grand siègo de Kiel et d'opérations sur les derrières de l'armée allemande. — Répugnance à admettre le Jutland et le Schleswig comme base. — Examen du plan du ministère français qui préconise une descente vers les bouches de rOder et une marche rapide sur Berlin, avoc diversions sur le Schleswig et Danzig.
L'activité des préparatifs d'attaque en France et en Danemark ne dépassait pas celle des préparatifs de défense en Allemagne. Fidèles à leur tactique, nos adversaires jugeant que le meilleur et le plus efficace moyen de se défendre est d'attaquer résolument l'ennemi, n'avaient pas hésité à couvrir le Jutland de leurs troupes.
Le 8 mai, tandis que les divisions de landwehr des IX* et X* corps venaient remplacer an blocus de Fredericia trois brigades actives du IX*, une colonne allemande entrait à Yiborg et y installait aussitôt l'administration prussienne. Toute la péninsule était destinée à rester à l'Empire, c'était du moins ce qu'annonçaient bion haut les présidents et directeurs venus dans les fourgons des troupes allemandes.
Cependant 5 régiments d'infanterie, 2 régiments de cavalerie et 8 batteries suivaient en combattant une division danoise qui se retirait par la route du littoral sur Kalô et de là sur la presqu'île de Hôlgenœss.
Le 10 mai, le général allemand, pressé d'en venir sérieusement aux mains avant que les Danois eussent gagné leur réduit, donna l'ordre à son avant-garde, composée d'un régiment d'infanterie, de la brigade de cavalerie et de 3 batteries, de s'engager le plus tôt possible avec l'arrière-garde danoise et de la pousser de façon à obliger le gros de la division à faire volte-face.
Ce jour-là même, le commandant des forces danoises à Fredericia, gardant deux bataillons français dans la forteresse, en avait expédié trois au secours de la division qui se retirait sur Hôlgenœss et qu'il savait vivement pressée.
A midi, nos navires légère, pilotés par les Danois, mouillaient dans la petite baie de Knebel, qui s'ouvre sur le Kalô-Viig, et mettaient à teiTe les troupes, une batterie de 80% et deux sections de 65%.
Le petit corps français marcba aussitôt au canon qui retentissait vers le milieu de la presqu'île de Knebel, au nord de l'isthme de Hôlgenœss ; à 1 heure, la jonction s'opérait avec l'extrême gauche de la division danoise qui, eu effet, avait dû faire face à l'ennemi, et ce secours inespéré, tombant sur la droite des Allemands, changeait immédiatement l'aspect du combat.
A 2 heures, le IX* corps allemand lâchait prise et se retirait vers Kalô, laissant sa cavalerie seule en contact avec les troupes danoises et françaises, solidement établies dans la presqu'île.
A 4 heures, les colonnes de vivres, de munitions et d'artillerie en retraite sur la route de Kalô à Hôlgenœss longeaient le littoral, lorsqu'elles reçurent les projectiles des navires danois et français : ce fut bientôt un sauve-quipeut général, ime confusion complète ; une batterie lourde (88%) fut cependant placée derrière un ressaut du terrain
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et tira quelques coups sur nos bâtiments; elle ne tarda pa^ à être démontée ; la cavalerie qui revenait vers 5 heures par la même route, reçut le même accueil et fut dispersée.
Le 11 et le 12, des renforts arrivèrent à la division danoise d'UôIgenœss, et un bataillon d'infanterie de marine, suivi d'une section de 80% et d'un demi-escadron du lO* corps, vint donner au détachement français la force d'une petite brigade. Il fut décidé que, pour dégager entièrement les abords de la presqu'île de Knebel, qui devait servir plus tard de base à une armée assez considérable, débarquée sous Hôlgenœss, on prendrait l'offensive contre le IX* corps et que l'on attaquerait la position de Kalo.
La marine prêterait son concours en menaçant le flanc droit et les derrières du corps allemand, dont la ligne de retraite, soit sur Aarhus, soit sur Viborg, passait sous le feu des canons des navires alliés.
Ce projet reçut son exécution le 14 mai ; la brigade française (qui tenait la gauche) et une brigade danoise attaquèrent vigoureusement Kalô, tandis que le gros de la division et quelques faibles escadrons soutenaient le combat conlre la gauche allemande et sa belle cavalerie.
Le combat, indécis à la droite, tourna, à Kalô même, à l'avantage des alliés, soutenus par le canon et par les compagnies de débarquement des navires. Vers 3 heures, le IX® corps allemand se retirait, empruntant des chemins de traveree pour éviter de passer sur la côte ; sa retraite était efficacement protégée par sa cavalerie et son artillerie de campagne.
Le général allemand, qui avait rappelé le détachement de Viborg, ne jugea pas prudent de garder Aarhus et s'établit, pour couvrir le siège de Fredericia, derrière la ligne du Himmelsberg et des lacs de Mos-See.
L*arrivée des renforts qu'il attendait d'Allemagne était retardée par les opérations de la marine qui, pénétrant dans les fjords de Horsens et de Veile, détruisait fréquemment, malgré les détachements des troupes allemandes, des tronçons de voie ferrée. Les Allemands avaient été obligés de s'établir en forces à Kolding pour s'assurer la ligne de Schleswig à Fredericia ; encore cette voie étaitelle Tobjet de fréquentes attaques du côté de Gudsô, où elle touche la branche nord du fjord de Kolding.
Le 13 mai, une brigade danoise prenant passage à Faaborg sur des paquebots et des bâtiments à voiles, s'était montrée devant Sonderburg-Dùppel ; puis, la nuit venue, convoyée par notre escadrille de la baie de Hôrup, elle avait effectué un débarquement devant Flensburg, s'était emparée de la ville et s'y maintenait en présence des troupes chargées de garder, sur les derrières de l'armée allemande, la route d'étapes.
Le grand état- major estimant que cette situation ne pouvait durer sans préjudice pour les opérations dans le Nord et pour le prestige des armes allemandes, combina avec l'amirauté un plan d'attaque vigoureuse, par terre et par mer, contre les forces des alliés échelonnées sur la côte du Jutland.
Tous les renseignements parvenus à Berlin portaient à 3 cuirassés seulement et à quelques croiseurs la composition de l'escadre française : on se flatta qu'en faisant concourir à l'attaque projetée les navires disséminés sur toute l'étendue de la côte poméranienne et prussienne, on obligerait les navires alliés à se retirer, au moins momentanément, et que leur retraite entraînerait celle des contingents de l'armée de terre. En outre, le IP corps tout entier dut entrer dans les duchés et concourir avec le IX'^à la con-