SORTIE DES TORPILLEURS DE LA JAHDE
garder de croire que 18 de nos navires fussent en péril. Il semble, en effet, que la probabilité d'atteindre le but soit en raison inverse de la puissance de l'engin, et, dans le cas qui se présentait, avec une mer aussi creuse, il é!ait permis d'admettre que les torpilles allemandes, en supposant qu'elles pussent être tirées, ne fourniraient pas des trajectoires bien rectilignes.
Le 22 mai, le commandant en chef de la flotte expéditionnaire fut prévenu, au point du jour, qu'on découvrait les terres de Hanstholm (Julland) à l'E.-S.-E. Jusque-là, bien que la mer, assez forte, venant du N.-N.-O. eût contrarié, plus que le vent, la marche de son armée navale, cet officier général se félicitait de n'avoir à enregistrer aucun incident fâcheux. A 5 heures, les vigies des navires de guerre, qui naviguaient en ligne de file à la droite, c'est-à-dire au sud du convoi, signalèrent, au S.-S.-O., vers le point où la terre s'enfonçait sous l'horizon, trois vapeurs de nationalité inconnue.
A 5 heures 30 minutes, on reconnaissait distinctement trois torpilleurs qui s'avançaient avec rapidité, mais en se dirigeant sur le serre-file de la ligne des bâtiments de combat, comme pour pénétrer dans la masse des navires de charge.
En même temps l'arrière-garde, à plusieurs milles eu arrière, signalait 4 bâtiments français dans l'O.-S.-O.
Dès 5 heures 15 minutes, le commandant en chef avait donné l'ordre à l'aviso-torpilleur, ou^^luiôl contre-torpilleur Salve, au torpilleur de haute mer Edmoiid- Fontaine et à deux torpilleurs de 1'* classe de reconnaître les bâlimenls suspects et de les attaquer aussitôt s'il y avait lieu. A 5 heures 40 minutes, le combat s'engageait : du reste les Allemands ne paraissaient pas se soucier de répondre avec
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leurs canons-revolvers aux armes similaires des nôtres; rapidement et « le nez dans la plume », pour employer la pittoresque expression des marins, on les voyait traverser les crêtes de lame, pendant qu'autour d'eux pleuvaient les obus de 37% et de 47%.
Un de nos torpilleurs avait habilement essayé d'arrêter Tun des ennemis en se jetant à corps perdu dans son flanc; un coup de barre donné par l'Allemand avait amené, au lieu du choc, un fi'oissement des deux carènes qui désemparait sou arrière, mais sans l'obliger cependant à stopper.
Les trois torpilleurs ennemis, que rien ne semblait pouvoir arrêter, allaient enfin lancer leurs torpilles sur un groupe composé surtout de nos transports-avisos, excellents navires de mer, manœuvrant bien et d'ailleurs armés de pièces de 14% et de canons-revolvers. Le capitaine de vaisseau qui commandait cette division de la flotte de charge et qui avait son guidon sur l'aviso-transport la Saône, estimant qu'il fallait, avant tout, éviter de prêter le flanc à Tenneroi, signala à sa division de sortir de la ligne et de gouverner droit sur les torpilleurs. La manœuvre était d'autant plus opportune que si les petits navires ennemis (dont les tubes étaient immobiles et tirant dans dans l'axe) voulaient tourner, eux aussi, pour se replacer par le travers de nos transports, ils présentaient leur flanc à ceux des nôtres qui les poursuivaient.
Deux des torpilleurs allemands, appréciant le danger et jugeant inutile de lancer leurs torpilles sur des adversaires qui leur présentaient les formes effilées de leur avant, passèrent outre et se dirigèrent vers la troisième division de la flotte de charge, composée d'un certain nombre de paquebots.