ATTAQUE DU CONVOI PAR LES TORPILLEURS ALLEMANDS
Le troisième torpilleur, au moment où il exécutait son mouvement de giration pour tirer ses torpilles dans le flanc de tribord de la Saône, reçut de la Salve un coup de canon rapide de 47 % qui perra sa muraille et alla briser son grand cylindre.
Ce torpilleur amena aussitôt son pavillon, non sans avoir, à tout hasard, lancé ses deux torpilles sur le groupe qui défilait en ce moment devant lui. Ces deux engins coulèrent d*ailleurs sans avoir rencontré aucune carène.
Il n'en devait pas être de même pour celles des deux torpilleurs, qui, plus avisés, avaient poussé jusqu'à nos paquebots.
L'un d'eux fut assez heureux pour atteindre un cargohoat chargé de matériel appartenant au 2* échelon du parc du 10* corps. La torpille ayant éclaté franchement au contact de la coque, détermina une voie d'eau considérable dans le compartiment d'avant de ce vapeur, qui commença à s'enfoncer peu à peu. Trop tard pour sauver ce navire, mais assez tôt pour le venger, plusieurs navires de combat arrivaient enfin sur le théâtre de l'action : le garde-côtes cuirassé Terrible écrasait bientôt ce torpilleur du feu de ses pièces de 10% et de ses canons rapides, placés sur sa superstructure.
L'autre torpilleur avait tiré ses deux torpilles, mais avec des chances diverses : la première avait explosé sous la hanche d'un grand paquebot du Havre chargé de troupes; du coup l'hélice et le gouvernail de ce navire avaient été brisés, mais la voie d'eau restait très localisée et le bâtiment flottait, légèrement déjaugé de l'avant. Une deuxième torpille, toutefois, allait assurer sa perte; mais, au moment où elle sortait du tube, un violent coup de
tangage du torpilleur faussait sans doute les gouvernails horizontaux, car Tengin plongea et ne reparut plus.
Il est probable que ce torpilleur allemand chercha, mais sans succès, à cause de la mer qui envahissait ses tubes, à disposer deux nouvelles torpilles pour le tir. Toujours est-il que, se décidant brusquement à cesser le combat et voyant toute retraite fermée, aussi bien au Sud, où s'avanrnient la Salve, Y Edmond- Fontaine et nos torpilleurs, qu'à rOuest, où apparaissaient le Ovguay-Trouin et ses annexes, le petit navire, aussi invulnérable que l'italien FoJgore, se lança rapidement vers le N.-N.-E., courant se mettre 60US la protection des eaux suédoises.
La tentalive de l'amirauté allemande n'avait, en définitive, qu'un succès fort médiocre. Il n'était pas difficile de prévoir ce résultat, et il aurait fallu, pour en obtenir un meilleur, une véritable flottille de torpilleurs, 20, 25, 30 peut être; encore les torpilleurs lance-torpilles n'auraientils rien pu entreprendre contre les bâtiments de faible tonnage*.
li n'est pas si aisé qu'on l'imagine de rassembler sur un point donné 30 Imy illeurs en état de rendre de bons services et de marcher plus de 30 heures contre une mer assez creuse. Les guerres de l'avenir nous apprendront si cet idéal est réalisable : il suppose tout d'abord qu'une puissance comme l'Allemagne, ayant un littoral étendu à défendre, compte au moins 200 torpilleurs armés; il suppose aussi qu'on ait enfin trouvé le type du torpilleur robuste, rapide, habitable, bon marin — et pas trop cher.
Quant aux croiseurs allemands, ils n'étaient pas assez
1. La torpille Whilehead ne peut être pratiquement employée contre des navires calant moins de 3 mètres. La torpille portée au bout d'une hampe est alors la seule efficace.