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ORGANISATION DU CORPS DANOIS

typhoïde, conséquence ordinaire de Tencombrement, et il avait fallu mettre à terre, dans des lazarets provisoires, une centaine de soldats gravement atteints. Les pertes en chevaux s'élevaient à une trentaine environ, mais elles avaient été réparées par les arrivages continuels d'animaux achetés sur tous les rivages de la Baltique. Cependant le commandant en chef hâtait le plus qu'il pouvait la réunion des trois divisions danoises dont le concours lui était promis et qui devaient s'embarquer, partie à Copenhague, partie à Nyborg et à Faaborg.

L'organisation de ces 3 divisions d'infanterie et d'une forte brigade de cavalerie (3 régiments) avait porté à 6 divisions actives l'effectif entretenu jusqu'alors par le Danemark, et cet armement, sans excéder les ressources du vaillant petit peuple, commençait à devenir pénible. Un conseil de guerre, tenu le 26 à Copenhague, entre le roi, le ministère, les commandants en chef des deux armées et des deux flottes, décida qu'on n'attendrait pas plus longtemps pour entreprendre l'exécution du plan de campagne. Une division danoise et la brigade de cavalerie étaient prêtes à Copenhague. Une deuxième division d'infanterie, concentrée à Nyborg, ne pourrait partir que le 30 à peu près ; celle de Faaborg, que le 31 mai ou le 1" juin ; on n'avait d'ailleurs de bâtiments de transport que pour l'une de ces deux dernières : il fut donc convenu que les transports qui portaient l'avant-garde de l'armée française seraient, aussitôt que le commandant en chef le jugerait possible, dirigés sur Faaborg pour prendre la 3* division danoise.

Cette division était celle que l'on destinait à la diversion prévue sur le littoral du Schleswig. Cette diversion dut se faire à Sonderburg-Dûppel, déjà occupés, on s'en

souvient, par une brigade danoise et quelques bâtiments de guerre.

Fredericia, dont la garnison paraissait insuffisante, allait recevoir quelques renforts d'infanterie d'Odense ; enfin la division danoise qui occupait Aarhus, désormais privée du secours de la brigade combinée française, qui avait rallié le gros de l'armée expéditionnaire, dut borner son rôle à retenir dans le Jutland, par des opérations incessantes, les troupes du IX* corps allemand.

Le dépai:t de l'armée expéditionnaire fut fixé définitivement au 28 mai. La division, partie de Nystad le 28, vers 8 heures du matin, se présenta vers 4 heures du soir au point de rendez-vous, à 10 milles à l'est de Ttle de Môen ; à 6 heures, la flotte était réunie, couvrant de ses navires l'entrée du golfe de Faxô, et offrant l'aspect le plus imposant. Le temps était parfaitement beau avec de faibles brises de N.-N.-E., qui ridaient à peine la surface de la mer.

Les états-majors généraux, réunis sur la superstructure du Terrible, ne virent pas sans un mouvement d'orgueil et de joie patriotique cette armée de près de 60,000 hommes de toutes armes', réunie enfin après tant de labeurs et de soucis, et prête à se jeter sur la côte allemande.

La route fut signalée, à 6 heures 15 minutes, au S.-E.- 1/4-E. ; elle élait donnée de manière à éviter que les guetteurs de la pointe d'Arcona pussent, malgré la nuit, reconnaître la marche d'une flotte nombreuse.

L'armée navale ayant un peu plus de 80 milles à faire

1. 49,000 hommes d'infanterie, dont 12,000 Danois; 2,200 cavaliers (1,300 Danois); 5 compagnies du génie; 2,000 artilleurs et 96 pièces (dont 18 danoises); 1,200 marins avec 3 batteries de 65%; le reste en conducteurs des parcs, des convois, des ambulances, en ouvriers des télégraphes et chemins de fer.

DÉPART POUR SWINEMCNDE. 205

avant de se présenter devant Swinemûnde, la vitesse fut réglée à 8 nœuds, les bâtiments à voiles prenant les remorques des bâtiments à vapeur désignés d'avance et s'aidant de leur voilure.

Il était inutile que le gros du convoi arrivât devant la Svvine avant 4 heures ou 5 heures du matin, car il fallait, avant tout, éteindre le feu des batteries allemandes, et cette opération exigerait au moins deux heures d'un feu violent, exécuté par tous les cuirassés et par les principaux croiseurs.

A minuit, au moment où Ton changeait de route pour gouverner sur Swinemûnde, le commandant en chef détacha, d'après le plan convenu et communiqué à tous les chefs de corps, une brigade du 10* corps avec 3 canonnières cuirassées, 2 avisos de station, 3 canonnières non cuirassées et 6 torpilleurs pour effectuer une descente au sud de la falaise de Peerde, vers la pointe de Thiessow (Rûgen).

La division navale détachée avait pour mission d'enirer dans le « Greifswalder Bodden », ou golfe de Greifswald, et, en pénétrant dans les coupures intérieures de l'île de Rùgen, de favoriser l'occupation de l'isthme boisé de Sellin, qui relie la petite presqu'île de Thiessow au noyau de l'île.

Cette mission était d'ailleurs difficile, non pas seulement à cause de la présence dans les eaux. du Greifswalder Bodden d'une division de canonnières allemandes, mais parce qu'on ne saurait pénétrer dans ce golfe ou dans cette mer intérieure que par deux passes étroites, creusées à 5", 50, balisées en temps de paix, mais impraticables en temps de guerre, à moins de sondages précis et minutieux.

Cependant, le commandant en chef ne désespérait pas de recueillir dans cette opération, confiée à l'un de ses meilleurs capitaines, les fruits de sa prévoyance. Il avait depuis longtemps fait rassembler les renseignements les plus exacts sur la situation de ces passes (assez variables du reste) au moment de la déclaration de guerre. Il avait fait rechercher les pécheurs de Bornholm qui avaient la pratique de cette côte, et en avait trouvé quelques-uns qui se faisaient fort de conduire les navires français calant moins de 5 mètres dans le Greifswalder Bodden.

Au reste, les bancs qui ferment l'entrée de cette vaste baie laissent aisément passer des torpilleurs et des canots à vapeur; eu plus d'un endroit même, nos avisos de flottille, calant moins de 3 mètres, pouvaient franchir ces passages dangereux sans trop de risques et sans se préoccuper des deux chenaux.

Le commandant eu chef sachant que le chenal du Nord était le plus praticable et que d'ailleurs il se prêtait mieux par sa position même à l'opération qu'il avait en vue, donna l'ordre à un certain nombre de bâtiments légers de mouiller dans le second, celui qui longe les bancs de Vile de Ruden, des torpilles de blocus, engins qui permettent de barrer rapidement une passe dont on veut interdire l'accès à l'ennemi, mais dont on se résigne aussi à ne jamais faire usage*.

Les instructions du chef de division portaient qu'après avoir pénétré dans le golfe, il devait avant tout s'assurer que rien n'entraverait le débarquement de la brigade du 10' corps; qu'il combattrait les canonnières allemandes

1. Ces torpilles explosent on effet aulomatiquement au contact do la carèue du tout navire qui vient les choquer.

DIVERSION DANS LE GREIFSWALDER BODDEN. 207

dès qu'elles se présenteraient, en s'efforçant de leur inU^rdire le passage du chenal du Nord ; enfin que si le comhat tournait à sou avantage, il détacherait 2 torpilleurs et 2 grands canots à vapeur dans le canal de la Peene pour tâcher de détruire le pont du chemin de fer de Sandford avant Tarrivée des renforts ennemis dans Tîle d'Usedom, Outre un pilote suédois que Ton avait pour cette hardie opération, il était recommandé au commandant de la division détachée d'enlever quelques pécheurs de la côte et d'obtenir d'eux, coûte que coûte, des renseignements sur la difficile navigation de la Peene.

Ce n'était pas sans raison que le commandant en chef attachait tant d'importance à une opération qui faisait le pendant du raid de nos dragons du 16* corps sur Orte.

Le succès de cette entreprise pouvait en effet procurer de grands bénéfices en permettant à l'armée de combattre la seule garnison de Swinemiinde et de l'île d'Usedom,

Quant à la brigade d'infanterie débarquée au nord de Tliiessow, elle devait, en marchant sur Putbus, attirer sur elle l'attention de la forte garnison de Stralsund, menacée ainsi à la fois par terre et par mer. Il était recommandé toutefois au général commandant la brigade de ne pas s'engager à fond et de rester en communication avec la division navale.

Tout était calculé pour que la descente s'effectuât à la pointe du jour, vers 3 heures du matin, cette division détachée n'ayant depuis minuit que 23 milles à parcourir.

Nous verrons un peu plus loin quel fut le succès des mesures prises parle vice-amiral et par le chef de divisieii à qui était confiée cette diversion.

Revenons à l'armée navale et à l'attaque de Swinemùndc. A 3 heures du matin, au moment où l'aube commençait,

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nos éclaireurs, parvenus à 5 milles de Swinemùnde, aperrurent un torpilleur de grand'garde qui croisait à 3 milles de terre environ. L'aviso-torpilleur Dague et le torpilleur de haute mer Edmand-Fontaine s'élancèrent aussitôt à la poursuite de Tennemi, qui prit chasse en se dirigeant à toute vapeur vers l'embouchure de la Swine. Le commandant en chef, averti, estima que la poursuite serait probablement infructueuse et que, la garnison de la place étant avisée de la présence des navires français, il fallait brusquer l'attaque le plus possible.

A 4 heures 15 minutes du matin, les cuirassés Terrible^ Furieux, Tonnerre et Fulminant ouvraient le feu de leurs pièces de 42%, 34% et 27% sur la face nord des ouvrages de la rive gauche et sur la face ouest de ceux de la rive droite, que battaient à revers les pièces de 19% et de 24% du Montcalm et de la Victorieuse, Les dislances de tir, variables en raison de la mobilité de nos navires, que l'amiral ne voulait pas exposer, sans vitesse, aux coups des canons de 24% de Tennemi^, flottaient entre 1,400 et 1,800 mètres. Nos projectiles de gros calibre manquaient rarement de tomber soit sur les parapets, soit sur les terre-pleins. On remarquait cependant que les obus qui éclataient dans les terres de revêtement n'en déformaient pas sensiblement le relief et que, malgré la justesse et la puissance de nos pièces, le résultat se faisait attendre. Toutefois il devenait peu à peu manifeste que le feu des ouvrages se ralentissait ; il était difficile de savoir s'il y avait des pièces démontées : on penchait plutôt à croire que les obus projetaient sur les pièces en barbette, de telles masses de terre et de sable que le service en devenait fort

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