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CONCENTRATION SUR STETTIN

Une des divisions de laudwehr de la garde, placée à Francfort- sur- Oder, fut mise en chemin de fer à la destination de Stettin.

Enfin le II* corps tout entier dut rétrograder de Fredericia sur Neumùnster et Lùbeck.

Ces mesures allaient procurer, dans un délaide 48 heures environ, une masse de 20 bataillons de landwehr (II* corps et garde) à Stetlin ; deux jours après, on en aurait une trentaine; puis arriveraient : le II' corps, si aucun événement défavorable ne survenait dans le Schleswig; la deuxième division de landwehr de la garde, si tout restait dans le statu quo en Pologne ; enfin les corps organisés en avant de Berlin, derrière le canal de Finow, avec les bataillons de campagne restants et les divisions de laudwehr des IIP, XII% V« et VP corps.

On voit par cet aperçu qtielle était Timportance d'une marche rapide sur Stettin pour Tarrnée expéditionnaire: chaque jour, en amenant des renforts aux troupes allemandes, ajoutait aux difficultés de Tentreprise.

Or, dès le début, la flotte de transport, malgré le brillant fait d'armes de Swinemiinde, se trouvait arrêtée devant la Swine par la carcasse du Greif, coulé en travers du chenal et qui obstruait entièrement Tintervalle entre les jetées du port.

On s'était mis à Tœuvre résolument pour débarasser la passe ; Tidée qui avait paru prévaloir d'abord était de renflouer le Greify ce qui, eu effet, ne paraissait offrir que peu de difficultés; mais il fallait pour cela du temps et Ton était pressé. Le vice-amiral décida que Ton désagrégerait à coups de torpilles, ou plutôt de charges libres de fulmicoton, la partie milieu de ce navire, laissant au courant du fleuve le soin d'en disperser les débris, puis que le

Montcalm, qui avait une hélice à deux branches pouvant se placer exactement, la machine stoppée, dans le plan de Tétambot, se lancerait en guise de bélier sur robstruction et fraierait ainsi le passage aux petits navires.

Au reste, déjà les torpilleurs, les canots à vapeur et tous les navires qui ne calaient pas plus de deux mètres pouvaient passer par-dessus Tépave; le vice-amiral donna Tordre de constituer une escadrille d'avant-garde avec 6 torpilleurs, 6 chaloupes à vapeurarmées d'un canon-revolver de 47%, les avisos de 2* classe. Vigilant, Alcyon, Pingouin etJouffroy, les chaloupes- canonnières Gamier, Chamois, Cuvellier, Hollandes et Raynaud. Celte avant-garde eut pour mission de s'avancer dans la Swine, d'en explorer les fonds, d'occuper le canal, nouvellement creusé, de Kàseburg, et de reconnaîlre le chenal du haff de Stetlin.

L'officier qui commandait cette flottille, un capitaine de frégate de l'état-major général, devait, autant que possible dans la journée, reconnaître, sur la rive gauche de l'embouchure de rOder, une plage propre à recevoir une partie du 10" corps, qui allait marcher sur Stettin par terre, en longeant le fleuve.

Des pilotes suédois et danois étaient attachés à cette escadrille qui, une fois arrivée dans le haff, recueillerait sans doute le détachement de torpilleurs et de canots à vapeur de la Peene.

Il est temps, en effet, de rendre compte des opérations de la division détachée dans le Greifswalder Bodden pour seconder la brigade du 10® corps débarquée au sud de Nord-Peerde.

La descente de ces troupes s'était effectuée, dans la tranquillité la plus complète, aux premières lueurs du jour; mais, avant qu'on eût pu occuper l'isthme de SeUin,

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on avait acquis la certitude que les sémaphores de la côLe, et notamment celui de la falaise nord de Peerde, avaient annoncé à Stralsund la descente des troupes françaises. On avait même vu une patrouille de cavaliers allemands s'enfuir le long de la plage intérieure de la presqu'île, dans la direction de Putbus.

A 6 heures du matin, la brigade française, laissant à Sellin un bataillon chargé d'occuper fortement le village et risthme, s'étendait sur les dunes boisées que traverse la route de Putbus, occupant sur le bord du golfe le village de Gobbin, pour rester en relations avec la division navale. 4pièces de 65%, empruntées à la marine, défendaient les abords, bien retranchés, de la route.

Pendant ce temps un combat très vif était engagé dans le golfe même, entre les canonnières allemandes et l'escadrille française. Nous avons vu déjà que la station de Stralsund comprenait 6 canonnières cuirassées, 2 avisos et 12 torpilleurs. Une partie de ces forces était établie dans l'ouest de Rligen, pour la défense des chenaux de Gellen et de Miihlen-Tief qui conduisent à Stralsund.

L'engagement du 27 entre les torpilleurs de Warnemùnde et nos bâtiments légers de Nystad avait eu cet heureux résultat d'attirer l'ailention des autorités maritimes de Stralsund sur les passes de l'Ouest et du Nord, où pouvaient se présenter les navires français. Il n'y avait, le matin du 29 mai, au mouillage de Vilm, que les quatre canonnières cuirassées : Camàleon, Mûcke, Natter et Krokodilly l'aviso Falke et 5 torpilleurs, dont l'un, qui était de graud'garde en dedans du chenal de Land-Tief , courut prévenir, dès 3 heures 30 minutes, la division allemande de l'arrivée d'une escadre française.

Celle-ci ne pouvait évidemment s'engager dans la passe

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sans quelques recherches, sans quelques tâtounements ; les torpilleurs, à la vérité, s'étaient hâtés de franchir les bancs, non sans s'échouer quelquefois, sans faire « raguer » sur CCS fonds mouvants la crosse J^ de leur quille. Mais les 3 canonnières cuirassées et les avisos se jugeaient tenus à plus de circonspection. Cependant, le jour se faisant peu à peu, permettait de reconnaître au loin, sur la côte de Poméranie, certains « amers », certains points remarquables, qui indiquaient déjà le gisement de la passe; les pêcheurs de Rônne (Bornholm) précisaient, aidés de quelques sondages, Tentrée du chenal. Le chef de division, se faisant précéder de deux canots à vapeur, qui sondaient tous les 100 mètres environ et mouillaient de petites bouées, s'engagea enfin, vers 5 heures du matin, avec la canonnière cuirassée Achér-on (calant 3"*, 70 environ), dans une passe qui parut répondre exactement aux indications de la carte et des pilotes.

Mais, déjà, à TO.-N.-O., plusieurs panaches de fumée annonçaient l'arrivée de l'ennemi.

La situation était délicate: si l'escadrille allemande arrivait avant que la division française, obligée de défiler lentement dans le chenal, fût libre de ses mouvements, nous pouvions éprouver un grave échec.

A 5 heures 30 minutes, les canonnières Achéîvn et Cocyte avaient franchi le Land-Tief ; le chef de division, réunissant autour de lui ses torpilleurs, mais laissant les canots à vapeur à l'entrée de la passe, s'avança résolument contre les canonnières allemandes, pour protéger ceux de ses navires encore hors d'état de manœuvrez*.

La supériorité numérique de l'ennemi était contre-balancée, dans une certaine mesure, par la valeur de VAchéron et du Cocyte, bâtiments plus forts d'échantillon, ma-

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nœuvraiJt bien, marchant bien, et mieux protégés, sinon mieux armés que les canonnières qui leur étaient opposées.

Ce qu'il fallait craindre surtout, c'était que les torpilleurs allemands n'allassent, par-dessus les bancs, torpiller nos avisos et notre troisième canonnière, la Fusée, qui leur auraient forcément présenté le travers; mais ces petits navires, plus forts (85 tonneaux) et plus creux que les nôtres, ne jugèrent pas à propos de risquer des échouages fort dangereux en présence de l'ennemi : ils auraient dû, d'ailleurs, modifier le réglage d'immersion de leurs torpilles, fixé d'ordinaire entre 3 et 4 mètres. C'était là encore une occasion où l'avantage des torpilles portées se révélait.

Quoiqu'il en soit, les torpilleurs allemands lancèrent, avec des succès variés, leurs engins contre les murailles, parfaitement cloisonnées et munies de cojferdam, des deux canonnières françaises : une torpille éclata, sans résultat bien sensible, à l'avant de VAchéron; une autre, plus efficace, détermina dans la coque du Cocyte une déchirure qui, intéressant plusieurs compartiments, fit donner une bande de 5*" à ce navire. Mais déjà le canon de 27% de la canonnière française, pointé avec un angle négatif de 4**, avait, presque à bout portant, percé la flottaison du Natter, tandis que le projectile de 30%, 5 de cette canonnière, tiré sur les formes fuyantes de l'avant de ÏAchéron, y traçait sur la ceinture cuirassée un large sillon et explosait le long du bord. Le Natter, hors de combat, se dirigeait aussitôt vers le sund de Strela, mais, atteint par une torpille française, il s'échouait, ou plutôt sombrait, à peu près par son tirant d'eau, sur les bancs de Koos.

Dans cette première passe d'armes, tandis que le boulet de 27% de VAchéron effleurait, en l'ébranlant, la jo/a^i^c-

bouclier du canon de 30%, 5 du Camâleon, le canon de 10% de notre canonnière, attendant pour tirer que Tallemand fût bien par le travers, avait envoyé à rarmement de la grosse pièce*, occupé à recharger, un coup de mitraille décisif; le capitaine de cette canonnière ne put arrivera constituer un nouvel armement en temps utile. Cependant le Krokodill et le Mûcke, réservant leurs feux, se dirigeaient vers la Fusée, encore dans la passe de Land-Tief ; le chef de la division française, laissant là le Camàleon, vira de bord aussitôt et s'élança derrière les deux canonnières allemandes, qu'il gagnait rapidement.

Il ne put cependant arriver assez tôt pour éviter à la Fusée un coup funeste du canon de 30%, 5 du Mûcke: Tobus de 292 kilogr. atteignit le masque blindé (10%) du canon de 24% qui venait d'envoyer son premier coup au A'rokodill, le mit en pièces, renversa le canon et tua ou blessa tous les servants.

Cet avantage avait-il fait perdre au capitaine du Mùcke l'exacte appréciation de la distance qui le séparait des bancs, ou bien VAchéron, qui lui coupait la route vers l'Ouest, l'obligea-t-il à les longer de trop près pour courir au Sud, toujours est-il que cette canonnière s'échoua un moment, par 2 mètres de fond, présentant sa hanche de tribord au chef de la division française. Un obus de 27% ne tarda pas à l'atteindre et brisa l'hélice et le gouvernail, au moment où le Mûcke, faisant machine en arrière, commençait à se dégager. L'allemand amena son pavillon.

Le Krokodill restait seul sans avaries, ayant envoyé au Cocyte, qui le serrait de près, un projectile de rupture de

1. Seules les opéralions du pointage en direction s'effectuent à l'abri des projectiles légers, sous la tourelle.

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329 kilogr. qui avait percé de part en part les œuvres mortes à TiCV, mais sans atteindre aucun des organes essentiels de la canonnière française. L'allemand jugea bientôt inutile de continuer le combat et se retira sur Stralsund. Cette fuite, dans les conditions d'infériorité de vitesse du Krokodill, pouvait être aussi dangereuse que la continuation de la lutte, ces bâtiments n'étant pas armés pour le combat en retraite. Mais les torpilleurs allemands se réunirent autour du Krokodill et se dévouèrent pour arrêter la poursuite de VAchéron et des avisos français, qui accouraient enfin. L'un de ces torpilleurs fut coulé par les canonsrevolvers et les canons de 10% ; les autres purent atteindre, sans de trop graves avaries, le sund de Strelaet y convoyer le Krokodill et le Camàleon.

Le chef de la division française avait hâte, d'ailleurs, de s'acquitter de la deuxième partie de sa tâche, en protégeant le flanc gauche de la brigade du 10* corps, débarquée dans la presqu'île de Thiessow.

Le combat naval s'était terminé vers 6 heures 30 minutes ; vers 7 heures, l'escadrille française s'enfonçait dans le golfe de Vilm et se mettait en rapport avec les troupes qui occupaient les dunes boisées de Gobbin. Toutefois, le chef de la division, en exécution des ordres du vice-amiral, avait détaché, à 7 heures, 2 torpilleurs et 2 grands canots à vapeur dans le chenal de la Peene avec la mission de pousser le plus rapidement possible sur Sandford-Carnin et d'y détruire, ou au moins d'y dégrader le pont du chemin de fer de Stettin à Swinemùnde. Nous verrons tout à l'heure les péripéties et les résultats de ce raid.

. A 7 heures 30 minutes, les avant-postes de la brigade du 10* corps signalaient des patrouilles allemandes sur le

chemin de Zirkow et la route de Putbus ; quelques minutes après, la fusillade commençait, et Ton voyait, au delà de la route qui traverse la presqu'île, s'établir des pièces de campagne. A 8 heures, nous étions attaqués par quatre bataillons, expédiés en toute hâte de Stralsund à-Bergen par la voie feiTée, et de Bergen à Zirkow-Vilmnitz par les routes ordinaires. Cette attaque, bien que secondée par une batterie de campagne, échoua complètement devant les retranchements improvisés à la lisière des bois de Lanken. Quelques gros projectiles de nos avisos, lancés sur le flanc droit de la colonne allemande de Vilmnitz, n'avaient pas peu contribué à ce résultat. A 9 heures, Tennemi était en pleine retraite, 3 bataillons et Tartillerie sur Putbus, 1 bataillon sur Zirkow.

A 10 heures, sur l'invitation du général conmiandant la brigade du 10* corps, le chef de la division navale envoyait un torpilleur porter au général en chef et au vice-amiral la nouvelle des deux engagements de la matinée et demander des instructions.

Le chef de division avisait particulièrement le viceamiral que, d'après les nouvelles tirées de l'équipage du Mùcke, il fallait s'attendre d'un moment à l'autre à une nouvelle attaque de la flottille allemande, 3 canonnières cuirassées, 2 avisos et 8 torpilleurs au moins restant disponibles.

La Fusée était hors de service, le Cocyte manœuvrait difficilement ; seule, la canonnière de 1" classe VAchéron, les avisos et les canonnières en bois étaient en état de faire face à une agression des navires allemands.

Pendant que ces événements se passaient au nord du Greifswalder Bodden, nos quatre hardies embarcations s'engageaient dans le chenal de la Peene sur les indica-

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