‹ Rome & BerlinChapitre 88 sur 105 · JI · texte numérisé non relu

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fut coulé par le Duguesdin d'un coup d'éperon, parvint à s'échouer devant Laboê sous les canons du fort de Stosch.

Quoi qu'il en soit, les avaries de nos bâtiments étaient fort graves ; le Fulminant avait reçu d'un torpilleur allemand un coup qui avait rempli plusieurs compartiments et qui lui donnait une bande assez dangereuse.

Le cuirassé danois Iver-Hvitfeldt, le seul qui n'eût pas d'avarie sérieuse, les croiseurs Rigault et Fabert et les terpilleui^s Tordenskjold et Delfiness se jetèrent sur les traces de l'escadre allemande qui s'éloignait dans l'Est, tandis que le gros de l'escadre alliée reprenait le mouillaged'Eckernfôrde.

Il était évident que l'ennemi, instruit du passage de fréquents convois de matériel et de cavalerie allant de Faxô et de Kiôje à Swinemùnde, se proposait de couler nos transports ou de les disperser. Peut-être même essaierait-il de surprendre l'escadre de combat au mouillage de la Swine : il était donc nécessaire de ne pas le perdre de vue. La division allemande essaya, pendant la jom^née du 7, de se retourner contre les navires qui la suivaient ; mais leur marche était supérieure et ils n'acceptaient le combat que de loin : seuls les torpilleurs ennemis s'engagèrent avec les Danois qui les criblèrent de projectiles.

A 7 heures du soir, au moment où les deux escadi'es se trouvaient à peu près à égale distance de Môen et de la pointe d'Arcona (Riigen), les vigies signalèrent plusieurs navires à voiles et à vapeur dans le Nord. On vit aussitôt les Allemands se couvrir de fumée et gouverner sur cette flotte qui ne pouvait être, évidemment, qu'un convoi de l'armée alliée. V Iver-Hvitfeldt força de vapeur à son tour et, suivi

ATTAQUE d'un CONVOI PAR l'eSGAORE ALLEMANDE. 267

de ses conserves, s'élança sur Tescadre allemande à qui le vieux cuirassé Kronprinz (qu'on n'eût jamais dû faire sortir de Kiel) imposait la vitesse de 12 nœuds tout au plus. A 8 heures du soir on reconnaissait aisément 12 navires de charge, dont 3 grands transports français, et 2 navires de guerre, la vieille corvette cuirassée Thétis, qu'on avait armée précisément pour lui faire remplir le rôle de convoyeur, et le croiseur danois Saint-Thomas.

La Tkétis marchait droit sur l'escadre allemande, suivie du croiseur danois et signalait à ses transports de faire route au Nord-Est.

Le cuirassé français, armé de canons de 19% et protégé par une cuirasse de 15%, engageait là une action désespérée ; l'arrivée prochaine des bâtiments qu'il apercevait derrière l'escadre allemande ne pouvait conjurer sa perte: du moins, en sauvant les transports confiés à sa garde, le commandant français entendait-il faire payer à l'ennemi une trop facile victoire et profiter des rares qualités évolutives de son navire pour couler l'un de ses adversaires.

A 8 heures 15 minutes, le petit groupe des alliés disparaissait dans la fumée des détonations : la Thétis avait gouverné d'abord tout droit sur le Baden qui tenait le centre du groupe allemand -, puis , profitant' d'un assez grand intervalle qui séparait ce navire de son matelot de droite le Kronprinz, la corvette cuirassée française était venue en grand sur bâbord et 60n tour, parfaitement calculé, lui faisait heurter de son éperon l'arrière du Kronprinz lancé sur bâbord lui aussi, mais trop tard.

Lt^Oldenburg qui suivait le Kronprinz avait d'abord tiré ses canons de 24% de chasse à la flottaison du navire français que sa manœuvre obligeait à lui présenter le flanc ; -puis, au moment où, le coup d'éperon donné, la Thétis fai-

sait machine en arrière, VOldenburg abordait à son tour le cuirassé français. Quelques secondes avant ce second coup d*éperon, le canon de 1934 de la tonrelle tribord de la Thélis, tiré presque à bout portant, atteignait les deux canons de la teugue de VOldenburg et les mettait hors de service.

Vers 8 hernies 30 minutes, au moment où la nuit tombait sur le théâtre de cette rapide rencontre, le Kronprinz et la TliHis coulaient à pic et Tescadre allemande, lançant ses torpilleurs à la poursuite des transports franco-danois, se retournait contre Vlver-HvUfeldt qui arrivait audacieusement pour renouveler la lutte.

Heureusement pour les alliés, Thorizon du Sud-Est laissait voir depuis quelques instants déjà de nombreux panaches de fumée.

Le 6 juin, le Vautour avait capturé un vapeur allemand sorti de Pillau, et des informations recueillies à bord de ce navire, le commandant du croiseur français avait aisément conclu que le Barfen et le 5i//s n'étaient point, comme il le croyait, rentrés dans le port de Weichselmiinde.

Le Vautour s'était dirigé aussitôt sur Swinemûnde et avait rendu compte au vice -amiral de cet incident nouveau. Le commandant en chef de nos forces navales ne pouvait se dissimuler que la eortie du Baden devait être combinée avec celle des autres bâtiments de combat renfermés soit à Kiel, soit à Travemiinde ; malheureusement, à la suite du coup de vent du 5 juin, nos bâtiments avaient dû dérader et prendre le large : seul le Terrible se trouvait à Svânemûnde et sa présence y était indispensable.

Le matin du 7 juin, toutefois, les divers navires de Tescadre ralliaient peu à peu, et quelques-uns avec des avaries sérieuses : ce ne fut que dans l'après-midi que le

RETRAITE DE l'eSGADRE ALLEMANDE. 269

vice-amiral put expédier au large, avec la mission de préserver surtout nos convois, une division composée des cuirassés Victorieuse et Montealm, des croiseurs Infernet et Vautour, de Taviso-torpilleur Flèche et de deux torpilleurs de haute mer.

Ce sont ces navires qui, attirés par le canon et forçant de vapeur, accouraient à 8 heures et demie sur le champ de bataille. Pendant que le Vautour, la Flèche et les 2 torpilleurs se jetaient sur les traces des torpilleurs allemands et du convoi, les deux cuirassés et VInfernet se dirigeaient sur les trois corvettes de sortie.

Celles-ci ne jugèrent pas à propos de continuer, en pleine nuit, une lutte que l'arrivée de ces nouveaux combattants, et surtout les avaries faites dans les combats de la journée, rendaient déjà fort inégale; mais fallait-il se retirer vers TOuest, vers le port de refuge, abandonnant les torpilleurs lancés à la poursuite des Iransporls français? Aurait-on assez de charbon dans les soutes trop petites des trois cuirassés pour atteindre Kiel en marchant à toute vapeur ?

Le commandant du Baden, devenu chef d'escadre par la disparition du contre-amiral qui montait le Krouprinz, se décida à courir au Nord-Est, à recueillir ses torpilleurs et à se diriger vers la côte de Suède, se réservant de mouiller soit à Ystadt, soit plus loin, à Carlscrona, ou bien de dépister Tennemi par de fausses marches pendant la nuit et de rentrer, suivant les circonstances, à Kiel ou à Danzig.

A 10 heures du soir, les trois cuirassés allemands, lançant des fusées de reconnaissance, ralliaient leurs torpilleurs, mais tombaient en même temps dans le groupe formé par le Vautour et ses annexes: il y eut encore là quelques torpilles lancées, quelques coups de canon tirés

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à Taventure dans une nuit sombre, mais le Vautour et la^ Flèche avaient eux-mêmes peu de charbon dans leurs soutes ..» ils durent renoncer à poursuivre la division aller mande ; seuls les torpilleurs de haute mer s'attachèrent à son sillage.

UJver-HvitfeUU avait reçu des avaries assez sérieuses dans son dernier engagement avec les trois corvettes de sortie: ce garle-côtes dut se diriger sur Copenhague; les croiseurs et les bâtiments légers s'employèrent pendant toute la nuit à rallier le convoi, fort dispersé, mais dont un seul navire, un grand trois-mâts norwégien affrété par le gouvernement danois, avait reçu une torpille qui l'obligeait à tenir aux pompes tout son personnel. Ce navire reçut des secours et fut remorqué par VInfernet jusqu'à Swinemùnde.

Le 8 juin, à midi, tous les transports étaient arrivés devant la Swine et ceux qui n'étaient pas destinés à remonter le fleuve amarrés dans le port.

Le retard de 24 heures amené par les incidents et les combats de la veille dans la mise à terre du chargement, ne devait pas avoir d'influence sensible sur les opérations: à la vérité, les grands transports français amenaient le dernier régiment de la division territoriale et ses trois batteries, mais les trois premiers régiments, débarqués depuis le ô et le 6 à Swinemiinde et à Ziegenort, occupaient déjà Usedom et la route d'étapes de Stettin. Les transports et paquebots danois étaient chargés des voitiu*es du parc réuni à Faxô et de fourgons administratifs, mais déjà les deux corps danois s'étaient constitués avec leur artillerie et une division réduite de cavalerie (4 régiments à 3 escadrons).

Le 7 juin, le général en chef de l'armée de la Baltique

MARCHE DE l'aRMÉE SLR l'uGKER. 271

avait repris les opérations actives en marchant avec le gros de ses forces, le lO'' corps, le l*"' corps danois et la division d'infanterie de marine, snr les positions de l'Ucker, occupées par le II* corps allemand et les divisions de landwehr des IIP et XIP corps.

Le 2* corps danois, composé d'une division d'infanterie et d'une division de cavalerie, était chargé de contenir sur la ligne Penkuhn-Tantow Tarmée allemande du Randow. Ce corps, s'il était trop vivement prefc^sé, devait se retirer lentement sur Stettin, s'arrêter sur une position préparée qui couvrait la jonction des lignes de Stralsund et de Berlin, ainsi que les routes venant de ces deux points, y appeler les troupes de la division territoriale, les forces de la marine et y résister le plus longtemps possible. Enfin il devait s'enfermer dans Stettin, dont on armait les remparts, et y tenir jusqu'à la dernière extrémité.

L'armée qui marchait sur Pasewalk comptait 55,000 fantassins, 1,500 chevaux et 23 batteries; le 2* corps danois se composait de 10,000 fantassins, 2,400 cavaliers et 6 baUeries.

Je ne décrirai pas ici des opérations où la marine ne pouvait jouer qu'un rôle efTacé : disons cependant que le général en chef avait donné l'ordre de tirer d'Usedom un bataillon de la division territoriale, de le débarquer à Neuwarp au moyen des avisos de flottille et des chaloupescanonnières, de le joindre par Albrechlsdorf et Rieth au détachement de Hammer et de diriger ces troupes, par la route d'Ahlbeck-Jagerbrùck, sur le flanc gauche des positions occupées par l'ennemi.

Le régiment territorial attendu devait se joindre à ce détachement s'il arrivait en temps utile, et la diversion pouvait acquérir dès lors une véritable importnnce ; le

général en chef, se réservant de donner à cet égard des ordres ultérieurs, avait surtout en vue d'occuper plus tard le cours inférieur de TUcker et Uckermùnde, petite ville assez importante jMir son port et par le canal (creusé à 3"*,50) qui termine le cours de la rivière. Le contre-amiral commandant la flottille fut invité à préparer Toccupatiou de ce point en faisant entrer quelques-uns de ses navires dans le canal de TUcker.

La flottille avait aussi pour mission de tenir le cours de rOder jusqu'à Garz, où le 2® corps danois, établi sur la ligne Penkuhn-Tantow, appuyait son flanc gauche.

Déjà les ponts de Greifenhagen avaient été détruits sur la rive gauche du bras principal du fleuve, ainsi que celui de Podejucz sur la grande Reglitz.

Le 8 juin fut livrée la bataille de Pasewalk qui nous livra le cours de TUcker ; le 9, Tarmée de la Baltique, poursuivant l'ennemi rompu, mais non désorganisé', eut encore un vif engagement sur les hauteurs de Gross- Lùckow avec le II* corps allemand; l'ennemi était repoussé à 1 heure sur Strasburg, que nous occupions le 10, de grand matin.

Nous ne pouvions d'ailleurs pousser plus loin nos avantages contre cette fraction de l'armée allemande : déjà le 9 juin, le 23^ corps allemand (divisions de landwehr de la garde), les divisions de landwehr des P' et IP corps et des fractions du 24' corps (régiments de marche) marchaient d'Angermûnde et Schw^edt sur Tantow^. Le premier choc cMiLre l'avant-garde de cette armée et le 2® corps danois fut favorable à nos alliés ; mais, le 10, les Danois débordés par leur droile, vers Penkuhn, furent obligés de battre en retraite; le 11, ils occupaient la ligne Pomellen-Kobûtzow- Schillersdorf à 3 lieues de Stettin, couvrant le réseau de

MOUVEMENT DE l'aRMÉE SUIl LE HAUT HANDOW. 273

routes qui descenl du haut Randow. La cavalerie danoise tenait en échec, le long de ce cours d'eau marécageux, la cavaleiie allemande, pressée d'atteindre Lôcknitz.

Le général en chef qui, dans sa marche sur Pasewalk et Strasburg, avait reçu quelques rt?nforts d artillerie et de cavalerie, qui avait d'ailleurs ses parcs au complet et les vivres du sac alignés, résolut de tenter une opération hardie mais praticable avec une armée souple et mobile. Les corps allemands refoulés au delà de Strasburg ne pouvaient revenir à la charge avant plus^ieurs jours ; d'ailleurs l'occupation de Pasewalk et de l'Ucker ne leur permettait pas de troubler aisément nos opérations sur le Randow. Le général en chef laissa donc à Strasburg la division dlnfanterie de marine et tous les impedimenta (convois administratifs, 2® .échelon du parc, parc du génie, ambulances de corps d'armée) et marcha, dès l'après-midi du 10 juin, sur Prenzlau, où il comptait passer l'Ucker, avec le 10* corps et le 1" corps danois. Les bagages de l'armée reçurent Tordre de rétrograder sur Pasewalk sous la protection de la division d'infanterie de marine. Le soir du 10 juin, la cavalerie française se jetait, comme autrefois celle de Murât, sur le pont de Prenzlau et culbutait quelques coureurs de l'armée allemande du Randow.

Le soir du 11 juin, après une marche de 8 lieues, le 10* corps et la cavalerie occupaient la ligne du chemin de fer d'Angermiinde à Stettin, culbutaient sm* les ponts de Passow l'arrière-garde de l'armée du Randow et capturaient des détachements isolés, des bagages, des voitures de parc et de vivres; le 12, l'armée tout entière descendait sur Tantow, pendant que l'armée allemande, suivie de près par les Danois, réoccupait cette ville. Le choc qui se produisit alors et qui a pris le nom de bataille de Tan-

ROHB RT BBRLIK. 18

tow décidait, on peut le dire, du sort de la guerre. La défaite des Allemands, complètement tournés, vivement attaqués de front par nos deux corps d'armée, et en queue par le 2* corps danois, prit les proportions d'un désastre : à peine quelques fractions constituées purent-elles repasser le Randovv et se retirer sur Schwedt, laissant entre nos mains 50 pièces de canon et 15,000 prisonniers. La cavalerie ennemie, qui avait brillamment combattu toute la journée du 13 juin notre aile gauche et la cavalerie danoise, réussit à franchir le Randow dans une direction opposée et à s'écouler vers Prenzlau.

Le 15 juin, au moment où, après une journée de repos bien mérité, Tarmée de la Baltique se mettait en marche sur Angermùnde et la flottille sur Schwedt, le général en chef apprit que le 24* corps français commençait à passer les détroits. On pouvait compter sur la coopération complète de ce corps d'armée pour le 20 juin. Le 16, l'armée occupait Angermùnde, elle 17 nos cavaliers se montraient sur le canal de Finow, devant Neustadt-Eberswalde, à 11 lieues de Berlin.

Pour couvrir la capitale de l'Empire, le grand état-major général, déjà obligé de suspendre toute offensive dans l'Ouest, avait prescrit après la défaite de Tantow la concentration immédiate à Neustadt-Ebersw^alde de toutes les forces disponibles. Le II® corps et les divisions de landwehr qui l'appuyaient avaient dû reculer jusqu'à Neu- Brandenburg et Neu-Strelitz pour se porter sur Berlin par la grande voie ferrée de Stralsund ; le IX® corps, après avoir défendu le Danewerk contre les Danois, avait reçu l'ordre de gagner Neumunster et de s'y embarquer pour Berlin : seules les divisions de landwehr des IX" et X'' corps couvraient Kiel, dont on prévoyait l'attaque par

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