‹ Rome chrétienne ou tableau historique des souvenirs et des monuments chrétiens de RomeChapitre 10 sur 48 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

La prédication de saint Pierre eut les même6 succès dans la capitale du monde qu'à Jérusalem et à Antioche, et le nombre des fidèles s'élevait déjà à plusieurs milliers, lorsqu'une persécution dirigée contre les Juifs obligea le chef du troupeau à quitter l'Italie La garde de l'Eglise naissante fut alors confiée à Andronic, à Urbain et à quelques autres enfants chéris des apôtres \ Or, cette Eglise croissait de jour en jour dans le silence; sa foi retentissait déjà par tout le monde, et saint Paul brûlait du désir de venir répandre sur elle les trésors de la grâce dont Dieu l'avait fait le dispensateur et le ministre *. C'est vers l'an 58 qu'il adressa aux Romains son épître dogmatique, et dès lors il leur parle comme à de vieux convertis. Au peuple le plus vain de sa raison, il proclame la faiblesse et l'insuffisance de la raison ; il lui dit que ses philosophes se sont

mêmes noms de Pudens et de Claudia sont cités par saint Paul dans sa seconde épltre à Thimolée, qui fut certainement écrite de Rome : Salutant te Eubuius, et Pudens, et Linus, et Claudia. Aussi Caraden n'hésite-t-il pas à voir une Bretonne dans l'épouse de l'hôte de saint Pierre. Mais Martial, né en l'an 40, ne vint à Rome qu'en l'an 63, ce qui laisse la question tout au moins douteuse. D'un autre côté quelques écrivains très-distingués donnent Priscille pour femme à Pudens; mais Priscille était mère de sainte Pudentienne, qui n'avait que seize ans lorsqu'elle mourut vers le milieu du second siècle. Il est donc difficile de compter moins de deux générations entre Pudens et Pudentienne. On peut consulter sur toutes ces questions les Bollandistes, au 19 mai. Nous y reviendrons.

1 11 est question de cette persécution aux Actes des Apôtres, cap. XVIII.

* Saint Paul, ad Rom., cap. XVI.

8 Fides vestra annuntiatur in universo mundo desidero vider e

vos ut aliquid impertiar vobis gratiœ spiritualis, ad conjirmandos vos. Ad Rom., cap. I.

PREMIER SIÈCLE

évanouis dans leurs pensées, et qu'en s' applaudissant de leur sagesse ils sont devenus comme des stupides; il leur rappelle leurs crimes, leurs vices sans nombre, leurs penchants contre nature, leur orgueil, leur perfidie ; et s' élevant haut et ferme sur les débris souillés du monde antique, il prêche au monde nouveau l'humilité, la docilité aux enseignements; car il n'y a de salut que dans la foi en Jésus-Christ, et la foi ne se trouve pas par les seules forces de l'intelligence, elle s'apprend : Fides ex auditu.

Saint Paul se rendait alors à Jérusalem; on sait comment emprisonné, menacé de mort dans cette ville, il vit le Christ soutenant son courage et lui disant : — Sois constant et fort, car il faut que tu me rendes témoignage à Rome comme tu viens de me le rendre ici. — Peu de temps après, en effet, saint Paul fut dirigé vers Home, sous la garde d'un soldat. Débarqué à Puteoli (Pouzzole), il y rencontra des chrétiens qui le retinrent pendant sept jours, puis il se remit en route. Les fidèles de' Rome étaient venus au-devant de lui jusqu'au Forum d'Appius et aux Trois -Tavernes (aujourd'hui Casarillo di Santa -Maria et Cisterna). Saint Paul bénit Dieu en les voyant, et fit son entrée avec eux dans la ville éternelle 1 ; il y fut bientôt rejoint par saint Pierre, mais il n'y fut pas laissé libre comme lui. Un soldat continua d'être commis à sa garde, et il n'est pas douteux qu'il le tint enchaîné, suivant les habitudes de la surveillance romaine. Aussi, écrivant alors à Philémon, Paul ne prend d'autre titre que celui de captif de Jésus-Christ,

« Voir aux Actes des Apôtres, C. XXVIII.

vinctus Chrùti Jesu. Il se logea d'ailleurs où il voulut et reçut librement ceux qui venaient à lui. On voit encore la chambre de l'apôtre dans les substructions de l'église de Sanla-Maria in via lata, au pied du Capitale; on y voit la colonne et la chaîne auxquelles il fut attaché ; sur la colonne ont été inscrits ces mots célèbres qu'il adressait à Timothée : — « La parole de Dieu du moins n'est pas captive. » — Sed verbum Dei non est alligatum.

On aime à se rappeler, sous ces sombres voûtes, les diverses circonstances de l'apostolat de saint Paul, pendant les deux ans qu'il y vécut. Ce fut là qu'il convertit Onésime, qu'il reçut les présents des Philippiens, apportés par Épaphrodite ; c'était de là qu'il écrivait à Philémon, à Tite, aux habitants de Philippe et de Colosse ; c'était là qu'il prêchait la folie de la croix avec cette fougue ardente, cette éloquence abrupte, qui s'échauffait dans la lutte et que l'inspiration rendait sublime.

Pierre s'adressait surtout aux Circoncis; Paul aux Gentils 1 ; à leur science pour la confondre, à leur raison pour l'humilier. N'avait-il pas déjà converti le proconsul Sergius Paulus et Denys l'Aréopagite ? A Rome sa parole n'est pas moins puissante, et des courtisans de Néron, de ses parents même peut-être, cèdent à l'action de Dieu, qui se révèle dans chacun des enseignements de son ministre \ Autour de l'apôtre se pressent d'ardents disciples : c'est Onésiphore d'Ephèse, qui ne rougit

1 Ad Gala t., C. II, v. 7.

3 Salutant vos omnes sancti, maxime autcm qui de Cœsaris domo sunt. — Ad Philippenses, IV, 22.

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pas de porter une partie de sa chaîné 1 ; Epaphras de Colosse, qui fut captif avec lui, concaptivus meus * ; Ti- , mothée, dont une sainte union identifiait toutes les pensées avec celle de son maître, et qui lui était attaché comme un fils, sicut patri filius * ; c'est encore Hermas, auquel un ange apparaissait sous la forme d'un pasteur, et révélait les profonds mystères de la morale chrétienne ; ce sont Aristarque, Marc, Demas, et le médecin Luc, compagnon fidèle de l'apôtre, son disciple bien-aimé, Lucas medicus charissimus *.

Après deux années de séjour à Rome, Paul s'en éloigna pour visiter l'Italie ; puis il retourna en Asie, à Ephèse, en Crète, et ne revint à Rome que vers l'an 64. Les progrès de l'Evangile commençaient alors à troubler le sommeil des augures. Simon le Magicien, cet ennemi acharné des apôtres, avait cherché à lutter avec eux dans la capitale môme de l'empire, et, si l'on en croyait Tertullien, les Romains lui auraient érigé une statue dans l'île du Tibre, avec cette inscription : au Dieu saint 5 .

1 Secunda ad Titum, v. 16 et 17.

* Ad Philem.

3 Ad Philippenses, H, v. 8Î.

4 Ad Colossenses, IV, 14. — On croit même généralement que saint Luc écrivit dans le cachot de la Via lata une partie des Actes des Apôtres.

4 Tertullien ne s'est-il pas trompé ? C'est l'opinion de Baronius et cette opinion est généralement suivie. Il est certain, en effet, qu'une inscription portant Semoni Sanco et consacrée au Dieu Sabin Sancus, qu'a rendu surtout célèbre une élégie de Properce, a été trouvée précisément dans l'Ile du Tibre. L'erreur de Tertullien n'en serait pas moins fort extraordinaire, car il vivait moins de deux cents ans après Simon, et il s'adressait aux païens eux-mêmes. Que dirait-on,

« Simon se disait le Christ, lisons-nous dans une des homélies de saint Augustin, et il prétendit pouvoir voler vers Dieu, comme un fils vers son père. En effet, il s'éleva subitement par art magique, continue le grand évêque d'Hippone ; mais Pierre, s'agenouillant, pria le Seigneur, et la prière de l'apôtre vainquit la légèreté du Magicien. Simon tomba comme enchaîné du haut des airs, et se brisa les jambes dans sa chute l . »

Suivant la tradition catholique, ce serait sur le Forum qu'aurait eu lieu la vaine tentative de Simon, et l'on conserve à Sainte-Françoise Romaine deux pierres portant l'empreinte des genoux de l'apôtre.

Ces prodiges, et l'influence chaque jour croissante de la nouvelle loi, mirent en mouvement toutes les mauvaises passions qui fermentaient dans le vieux levain du paganisme. On pressentait une persécution ; déjà môme saint Pierre était l'objet de recherches, lorsque les chrétiens le supplièrent de s'éloigner pour quelque temps, ut paulisper cederet; et « bien qu'il n'aspirât qu'à souffrir, dit saint Ambroise, ayant égard cependant aux prières du peuple, qui lui demandait en grâce de se réserver pour l'instruire et le confirmer

par exemple, de Chateaubriand, s'il eût fait canoniser par le pape le docteur Arnauld où le diacre Pâris ?

' S. Aug., Sermo 111, de Petro et Paulo. Arnobe, écrivain du troisième Biècle, raconte le même fait, qui fut cause, dit-il, de nombreuses conversions (Adv. gentes, lib. II, p. 50, édit. de Leyde). Suétone parle, de son côté, d'un nouvel Icare qui s'éleva dans les airs en présence de Néron, puis tomba près du siège de l'empereur, qu'il arrosa de son sang. Juvénal fait allusion à un fait analogue, qu'il attribue à un Grec. Le vol magique et la chute se trouvent donc attestés par les païeos eux-mème?.

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dans la foi, il se laissa vaincre. » La nuit étant donc venue, Pierre sortit de Rome ; mais à peine avait-il fait quelques pas sur la voie Appienne, qu'il rencontra, suivant une tradition sainte, Jésus-Christ chargé de sa croix. — Seigneur, où allez-vous ? s'écria-t-il : — Je retourne au Calvaire me faire crucifier de nouveau, répondit le Fils de l'homme, — et Pierre, comprenant la pensée de son divin Maître, revint sans hésiter audevant du martyre \

Une petite chapelle s'élève aujourd'hui au lieu de la rencontre. Elle est connue sous le nom de Domine, quo vadis ?

Vers cette époque, cependant, Rome fut dévorée par un affreux incendie, dont la vue pleine d'angoisse fit étinceler de joie les yeux cruels de Néron. Ce fut pour lui comme la révélation d'une nouvelle sorte de volupté. Le monstre s'était habitué au sang, comme une bête carnassière. — « Or, le bruit s'était répandu, dit Tacite, qu'au moment de l'embrasement de la ville, Néron était monté sur le théâtre de son palais et y avait chanté la ruine de Troie.... Mais rien surtout ne pouvait étouffer l'odieuse rumeur que l'incendie avait

* Voir sur celte tradition les Bollandistes, au 29 juin; et saint Ambroise (Discours contre Auxence). M. Ampère engage charitablement la Rome papale à repousser cette légende, « parce qu'on a pu l'interpréter, dit-il, dans un sens qui ne lui était point favorable. (Histoire romaine à Rome, t. Il, p. 306). Cette manière d'écrire l'histoire d'après ce que l'on croit être son intérêt peut être à l'usage des philosophes, mais elle n'a jamais été à l'usage de Rome. L'Eglise romaine, qui ne cache pas la faute de Pierre durant la Passion, n'en cacherait point d'autres s'il en eût commis d'autres; mais le récit de saint Ambroise ne prête nullement aux interprétations dont parle M. Ampère.

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été mis par ordre; pour l'étouffer, l'empereur chercha des coupables... * — et les chrétiens furent arrêtés; on les menait dans les jardins de Néron, qui s'étendaient du Tibre à la place actuelle de Saint-Pierre ; on les entassait dans le cirque qui comprenait une partie de l'espace occupé aujourd'hui par l'église du Vatican; et là, tantôt on les couvrait de peaux de bêtes pour les faire déchirer par des chiens, tantôt on les brûlait, on les crucifiait, et le soir, enduits de poix enflammée, ils devaient éclairer les plaisirs du prince

Néron, cependant, donnait des jeux dans le cirque, se mêlant au peuple en habit de cocher, ou conduisant des chars. Aussi, quelles que fussent les préventions de Rome contre les chrétiens, la pitié se faisait jour, dit Tacite, miseralio oriebatur; on sentait qu'il ne s'agissait pas du bien public, mais de l'amusement d'un barbare, sxvitiam unius.

Peu de temps après ces horribles scènes, Pierre et Paul furent enchaînés dans la prison Mamertine. Cette prison, aujourd'hui San-Pietro-in-Carcere, avait été construite par Ancus Martius et Tullus Hostilius, au milieu de la ville, au-dessus du Forum *. Elle se composait de nombreux cachots et de souterrains profonds, qui existent encore. Il y avait dans ces souterrains un précipice où l'on jetait quelquefois les criminels; d'autres fois ils étaient étouffés dans la prison, et leurs cadavres étaient abandonnés sur l'escalier de ces sombres cavernes ; on appelait cet escalier les Gémonies.

1 Tacite, Arm., I. XV.

* Carcer ad terrorem excrescentis audaciœ, média urbe, imminent Foro œdificatur. (Tïte Live.)

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Les souffrances qui attendaient les apôtres dans cet odieux repaire, ne pouvaient pas plus diminuer leur foi que ralentir leur zèle. Pierre prêchait toujours, et à sa voix les geôliers Procèssus et Martinianus et quarante-sept captifs embrassaient la loi du Christ. Une source jaillissait de terre pour servir au baptême des néophytes. Paul, l'ardent apôtre, soutenait les droits de la conscience et la justice de Dieu en face de Néron ; puis il épanchait avec bonheur ses dernières paroles dans le sein de Timothée, son enfant, son disciple.

« Dieu ne nous a pas donné l'esprit de crainte, mais de courage, lui disait-il. Ne rougis donc point de rendre témoignage à Notre Dieu.... C'est pourquoi je souffre; mais je ne suis pas confondu, parce que je sais en qui j'ai foi... Je t'adjure au nom du Seigneur et de Jésus-Christ qui doit juger les vivants et les morts;... prêche la parole sainte, insiste au temps propice, ou même avec importunité, discute, supplie, reproche en toute patience et toute vérité de doctrine;... veille avec soin, travaille pour tous, remplis l'œuvre d'un évangéliste, accomplis ton ministère, sois sobre.... Pour moi, j'ai combattu un bon combat, j'ai consommé ma course, j'ai gardé ma foi. » (Sec. ac. Tim., c. I. et IV.

Les adieux que Pierre adressait à tous ceux qui avaient reçu, comme lui, le précieux don de la foi, n'étaient ni moins touchants ni moins dignes.

« Je suis certain, leur disait-il, que je dois bientôt quitter ma tente, ainsi que Notre-Seigneur Jésus- Christ me l'a fait connaître, mais j'aurai soin qu'après ma mort ce que je vous ai recommandé vous soit remis en mémoire; ô mes bien-aimés ! attendez le jour

du Seigneur, hâtez-le par vos désirs.... car nous espérons, suivant sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice fait sa demeure. » (B. Pétri Epist. sec.)

Le jour approchait en effet où les deux apôtres devaient recevoir la couronne de justice qui leur était réservée. Ils furent extraits de la prison le 29 juin 67, et conduits d'abord au bâtiment des Comices, sur le Forum, pour y être flagellés. Les deux colonnes auxquelles ils furent alors attachés ont été transportées dans l'église de Santa-Maria Traspontina. Puis le funèbre cortège reprit sa marche en se dirigeant vers le grand cirque. C'était le quartier du petit peuple, et, sans doute, il recelait plus d'un chrétien. Nous trouvons ensuite divers monuments du passage des bourreaux et de leurs victimes dans deux directions différentes, sur la route d'Ostie et sur la voie Appienne. Sur la route d'Ostie, c'est la petite chapelle de la Séparation, à un mille de Home 1 ; elle fut élevée au lieu où les deux apôtres durent se quitter. Sur la voie Appienne, c'est l'église de la Fasciola, ou, en français, de la Bandelette, érigée, suivant la tradition, en souvenir d'une bande de linge des plaies de saint Pierre, que l'apôtre laissa tomber en cet endroit.

L'église de la Fasciola, dédiée depuis lors aux saints Nérée et Achillée, s'élève dans l'ancienne vallée d'Égérie, occupée, au temps des empereurs, par de malheureux Juifs, qui n'avaient pour tout mobilier que des nattes et un peu de foin, et auxquels on vendait, dit

• Cette petite église est désignée par le nom de SS. Pielro è Paolo qui séparait.

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Juvénal, jusqu'à l'ombre des vieux arbres Qui ne comprend que ce fut pour les rendre témoins de l'humiliation de leur compatriote, qu'on allongea à plaisir la dernière marche de saint Pierre *? L'apôtre fut enfin conduit sur la rive droite du Tibre, également habitée par des Juifs, et il y subit la mort de la croix, au faîte d'un coteau qui dominait les jardins de Néron, ou peut-être dans ces jardins eux-mêmes, déjà consacrés par la mort de dix mille martyrs Soit pour ajouter à l'ignominie de son supplice, soit pour céder à son dernier vœu, les exécuteurs le crucifièrent la tête en bas. Le grand apôtre protestait, si nous en croyons saint Augustin et saint Ambroise, qu'il était indigne d'être élevé comme l'avait été Jésus-Christ, indignum se vociferans ut Dominum exsultan \ C'est ainsi qu'il mourut, louant et bénissant Dieu,

1 Nune sacri fontis nemus et delubra locantur

Judœis quorum cophinas fœnumque supcllex.

Omnis enim populo mercedem pendere jussa est Arbor....

Juv., sat. 3.

* Nous ne voyons que ce moyen d'expliquer le détour que l'on fit faire à saint Pierre. Peut-être, au reste, est-ce antérieurement et à l'époque où l'apôtre fuyait de Rome par la voie Appienne, qu'il laissa tomber le linge de ses plaies. Dès lors, en effet, il avait porté les chaînes.

8 Sur le coteau s'élève aujourd'hui l'église de Saint-Pierre in Montorio, et dans les jardins de Néron la grande basilique de Saint- Pierre du Vatican. Les auteurs qui pensent que l'apôtre a été crucifié sur le Moniorio, sont Baronius, Pancirole, Martinelli et Porzio. Coux qui pensent, au contraire, qu'il l'a été au Vatican, sont Mallio, Comestore, Biondo, Affaranno, Panvinio et Anastasele Bibliothécaire.

4 Voir, entre autres, Grcg. Tur, de Gloria martyrum, C. XXV.

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au milieu de ses bourreaux et des saintes femmes qui étaient venues en cachette s'édifier à son martyre et chercher à dérober son corps. Deux d'entre elles, Basilisse et Anastasie, furent saisies à l'instant où elles recueillaient le sang de l'apôtre, et eurent la tête tranchée aussitôt.

Saint Paul avait suivi la route d'Ostie ; ayant rencontré une dame nommée Plautille, au lieu consacré aujourd'hui par l'église de San-Salvator, il la pria de lui donner un linge pour se couvrir les yeux, lui promettant de le lui rendre. Plautille lui donna le linge, et la nuit suivante le saint lui apparut et le lui restitua. Ses gardes le menaient aux Eaux Salvienncs, vallon riant çt frais à trois milles de Rome : là il fut attaché à une colonne de marbre et décapité. Sa tête, assure-t-on, bondit trois fois sur la terre, et à chacun des bonds jaillit une fontaine.

Le corps de saint Pierre fut déposé au Vatican, lieu que devait rendre à jamais célèbre l'église érigée en sa mémoire ; et celui de saint Paul fut enterré par Lucine, dame romaine, dans un terrain qui lui appartenait, à peu de distance des Eaux Salviennes, terrain sur lequel s'éleva, au quatrième siècle, la basilique placée sous son invocation.

Aujourd'hui, des temples magnifiques ont été édifiés en tous les lieux sanctifiés par la présence des deux martyrs. Dès le premier siècle, saint Anaclet, troisième évêque de Rome, creusa un oratoire souterrain au Vatican, pour y recevoir les reliques de saint Pierre. Au quatrième, la partie du Janicule, qui, suivant quelques opinions, avait été le théâtre du crucifiement de l'apôtre, se couronna de la belle église de

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Saint-Pierre in Montorio. Au cinquième, l'impératrice Eudoxie fit construire l'admirable basilique de Saint- Pierre-ès-Liens, derrière les thermes de Titus, pour y conserver et y exposer au respect des fidèles les chaînes qui avaient attaché l'apôtre à Jérusalem et àRome. La prison Mamertine devint à son tour un oratoire et un lieu de saint pèlerinage. La table sur laquelle le premier vicaire de Jésus-Christ avait coutume de consacrer le pain et le vin, devint l'autel majeur de Saint- Jean de Latran. Enfin les Eaux Salviemies furent consacrées par une chapelle où l'on vénère encore la colonne de marbre blanc sur laquelle Paul fut décapité, et les trois fontaines, muets souvenirs de son supplice.

Mais ce n'était pas assez de ces pieux hommages de la foi chrétienne envers les glorieux prédicateurs de la loi du Christ; ce n'était pas assez des temples, des tableaux, des chefs-d'œuvre des arts chrétiens et de la civilisation moderne, envers ceux qui implantèrent au sol de Rome le germe de ces arts et de cette civilisation; il fallait que les monuments du paganisme s'humiliassent à leur tour devant ceux que le paganisme avait humiliés, opprimés, martyrisés; il fallait qu'ils devinssent comme autant de marchepieds pour porter plus haut le souvenir de leur triomphe ! Aussi est-ce une grande chose de voir aujourd'hui, à la place des Statues décrépites des empereurs romains, s'élever, nobles et pures, celles du pécheur de Tibériade et du fabricant de tentes de la Cilicie, au-dessus de deux des plus beaux ouvrages de l'art antique, les colonnes Trajane et Antomne *.

1 Les statues ont été placées là par Sixte-Quint. Les actes des

Les successeurs de saint Pierre, dans le gouvernement de l'Eglise, furent, au premier siècle, saint Lin, saint Anaclet, saint Clément et saint Évariste, Lin et Clément étaient disciples des apôtres et avaient prêche 1 avec eux l'Evangile \ A partir du pontificat de Lin, les femmes ne purent entrer dans l'Eglise que voilées. On attribue à saint Clément l'établissement des notaires ecclésiastiques chargés de rechercher et de rédiger les actes des martyrs *.

Or, en dépit des persécutions, le nombre des chrétiens se multipliait. On se retirait dans quelque maison solitaire pour prier. Là, les prêtres et les évêques lisaient l'Ecriture, consacraient et distribuaient l'Eucharistie; puis on prenait un repas en commun, lequel était encore sanctifié par la prière. On choisissait surtout pour ces réunions pieuses les lieux qu'avaient habités les martyrs. Ainsi la maison de saint Pierre au pied de l'Esquilin et plus tard celle de saint Valentin, près du cirque de Flaminius ; celle de saint Clément, au-dessus de l'amphithéâtre de Vespasien ; celle de sainte Sabine, sur l'Aventin; celle de saint Pancrace, sur la voie Aurélienne, étaient transformées en chapelles, où tout ce qui avait appartenu au saint était religieusement conservé, comme rappelant de nobles vertus et un grand courage. Lorsqu'on pouvait se rassembler près des tombeaux des martyrs, on le

Apôtre» disent, en parlant de saint Paul et d'Aquila, erant sœnofactoriœ artis.

» Ad Philipp., IV, 2; et sec. ad Timoth., IV, 81.

1 Hic fecit septem regiones et dividit notariis fldelibus Ecclesiœ, qui gesta martyrum sollicite et curiose unusquisque per regionem suam diligenter perquirerct. (Catalogue de Félix, IV.)

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faisait avec bonheur. J'ai parlé de l'oratoire creusé au Vatican par saint Anaclet, mais il fallait un profond mystère, car la surveillance était minutieuse dans les lieux de supplices, pour empêcher les chrétiens d'en approcher. Alors il arrivait que de courageuses femmes se dévouaient pour dérober les reliques des saints et les cacher dans quelque caverne, dans quelque puits, autour duquel on pût prier. Ainsi, dans l'église actuelle de Sainte-Praxède ge trouve un puits où la sainte patronne amoncelait les ossements des martyrs qu'elle parvenait à arracher aux bourreaux.

Cette paisible intrépidité de la femme est remarquable ; elle l'est surtout chez ces Romaines que Juvénal nous représente, vers le même temps, n'ayant de courage que pour braver la honte. Nous avons vu sainte Lucine ensevelissant saint Paul, sainte Basilisse et sainte Anastasie mises à mort pour avoir voulu recueillir le sang de saint Pierre. Asservie, avilie par le paganisme, la femme se relève tout à coup ; elle retrouve au fond de son cœur ce besoin d'affections pures, dévouées, généreuses que Dieu y avait mis , mais que le paganisme avait comme étouffé par ses dissolutions hideuses et cette servitude domestique, dont la roideur prévenait tout abandon dans l'intimité et toute confiance dans les épanchements. Visiter les prisonniers, consoler les malades, soigner les plaies des confesseurs, recueillir les ossements des martyrs, telles deviennent ses occupations, et il n'y a plus chez elle qu'amour et sacrifice depuis qu'elle a trouvé des frères, une famille, un Dieu pour répondre aux battements de son cœur.

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Lorsque l'assemblée chrétienne pouvait se réunir près du tombeau de quelque saint, c'était sur ce tombeau qu'on offrait le sacrifice, et l'autel s'appelait alors la Confession. C'est ainsi que les tombeaux placés sous les autels des grandes basiliques romaines ne sont encore nommés que la Confession de saint Pierre, la Confession de saint Laurent, la Confession de saint Sébastien, etc. Là, en effet, étaient les dépouilles mortelles de ceux qui avaient confessé Jésus-Christ par leur mort comme par toutes les actions de leur vie. Dans les moments de persécution, on priait avec une ferveur nouvelle , mais sans crainte ; car on se souvenait des paroles de saint Paul : « Si Dieu est pour nous, qui est contre nous? Si Deus pro nobis, quis contra nos ? »

La persécution, après avoir été si violente sous Néron, cessa d'être publique et ouverte avec son règne. On sait comment Néron, gorgé de sang et de débauches, se tua misérablement dans la maison d'un de ses affranchis, en apprenant la révolte de ses gardes. Il fut enterré près de la voie Flaminienne, en attendant que ses cendres fussent jetées au vent pour faire place à une église de cette religion qu'il avait cru pouvoir étouffer, et qui devait grandir par les supplices. C'est cette église de Sainte-Marie du Peuple, la première que l'on aperçoit en entrant dans Rome, par la route de Florence, avec ses peintures du Pinturrichio, ses bas-reliefs de Contucci, ses marbres, ses riches cénotaphes, et son nom si doux, symbole de ce règne de paix et de justice, qui prend soin des plus petits et a détrôné à jamais la tyrannie antique.

Sous Vespasien s'accomplissent les anathèmes des

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prophètes contre cette nation perfide et lourde d'iniquité, qui n'avait pas craint de faire retomber sur elle le sang du Juste. Jérusalem est emportée d'assaut, le temple est détruit, sans qu'il y reste pierre sur pierre ; et les Juifs, traînés à la suite des cohortes romaines, servent d'ornemeut au triomphe... « Le jour de cette pompe superbe étant arrivé, raconte Josèphe, il ne se trouva personne dans l'infinie multitude du peuple de Rome qui ne voulût en être spectateur. Les légions cependant n'avaient pas attendu l'aurore pour se mettre en marche. Elles se rendirent dans un ordre magnifique aux portes du temple d'Isis, où l'empereur Vespasien et son fils Titus avaient passé la nuit, et le soleil ne faisait que poindre lorsqu'on vit les deux empereurs sortir couronnés de lauriers et vêtus de pourpre. Le sénat, les chevaliers et les principaux de la république les attendaient près du portique d'Octavie. Un trône y avait été élevé avec des sièges d'ivoire. Quand les empereurs s'y furent assis, les soldats commencèrent à célébrer leurs exploits comme en ayant été témoins et s'acquittant de ce qu'ils devaient à leur vertu. Vespasien leur imposa silence par modestie, puis il se leva, et couvrant en partie sa tête d'un pan de sa robe, ainsi que Titus, ils firent, l'un et l'autre, les prières et les vœux accoutumés... On marcha ensuite vers la porte Triomphale, ainsi nom. mée parce que c'est la seule que parcourt la pompe des triomphes...

« Or, il est impossible de dire quelle fut la magnificence de cette pompe auguste... Les captifs eux-mêmes avaient été habillés avec tant de recherche et de tant de manières différentes, que cette variété empêchait de

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