‹ Rome chrétienne ou tableau historique des souvenirs et des monuments chrétiens de RomeChapitre 11 sur 48 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

remarquer la tristesse empreinte sur leurs visages. Mais rien ne donnait tant d'admiration aux spectateurs que les grandes machines, hautes quelquefois de trois ou quatre étages, qui représentaient avec une saisissante vérité les événements les plus importants de la guerre. On y voyait les plus belles provinces ravagées, des troupes entières taillées en pièces,... des villes emportées d'assaut et l'ennemi passant au fil de l'épée leur population, sans épargner ceux mêmes qui n'avaient recours pour toute défense qu'aux prières. On le voyait brûlant les temples, ensevelissant sous les ruines des maisons ceux qui en avaient été les maîtres, et exerçant par le fer et par le feu d'horribles inhumanités... car les Juifs avaient éprouvé tout cela !

« Venaient ensuite plusieurs navires, et, parmi une grande quantité de dépouilles, celles qui avaient été prises dans le temple de Jérusalem : la table d'or dont, le poids était de plusieurs talents et le chandelier d'or, chef-d'œuvre de l'art. De son pied s'élevait une colonne, et de cette colonne sortaient, comme de la tige d'un arbre, sept branches cannelées, à l'extrémité de chacune desquelles était une forme de lampe... Enfin la loi des Juifs, qui est la chose du monde pour laquelle ils ont le plus de respect, fermait cette exposition magnifique de tant de riches proies conquises par les Romains.

« Le triomphe finit au temple de Jupiter Capitolin : on s'y arrêta, suivant la coutume, jusqu'au moment où fut annoncée la mort du chef des ennemis. Ce chef était alors Simon, fils de Gioras. Après avoir paru dans le triomphe, avec les autres captifs, il avait été entraîné, la corde au cou, battu de verges et exécuté

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dans le grand marché... Après donc qu'on eut annoncé sa mort et que chacun en eut témoigné de la joie par des applaudissements, on offrit des sacrifices accompagnés de prières et de vœux, puis les empereurs se rendirent au palais où ils firent un grand festin. Il s'en fit d'autres, en même temps, dans toute la ville. » (Lib. VII.)

Tels étaient les triomphes de Rome l Pour éterniser la mémoire de celui-ci, un arc fut érigé à Titus à l'extrémité de la voie Sacrée, du côté du Forum. On y remarque aujourd'hui encore, sculptés en relief sous la voûte, le chandelier aux sept branches, la table des pains de proposition et les trompettes du jubilé, portés par des soldats romains avec les autres dépouilles des vaincus. Ces dépouilles furent déposées dans le temple delà Paix, à l'exception des tables de la loi et des voiles de pourpre du sanctuaire qui servirent à l'ornement du palais impérial.

Quant aux Juifs esclaves, on les employa, dit-on, à bâtir Tare de triomphe de leur vainqueur, et à élever un immense amphithéâtre pour le martyre des disciples du Christ (le Colysée). Il fallait, en effet, un monument égal à la lutte ; il fallait que ce monument, le plus gigantesque de l'antiquité païenne, fût un éternel témoin de la vérité de cette foi qui condamnait les Juifs à la dispersion et à l'esclavage, et que des milliers de bêtes féroces ne purent éteindre dans le sang dont elles firent tant de fois ruisseler l'arène.

Vers la fin du règne de Domitien, de cette moitié de Néron, comme parle Tertullien, Portio Neronis, la persécution redevint terrible. Flavius Clémens, cousin de l'empereur, subit le premier la colère du despote. Fla-

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via Domitilla, son épouse, et une seconde Flavia Domitilla, sa nièce, furent ensuite exilées dans des îles désertes, et deux eunuques, attachés à cette dernière, Nérée et Achillée, après avoir enduré de cruels tourments, reçurent, ainsi qu'elle, la couronne du martyre. Leurs corps, ensevelis par le diacre Césaire au fond d'une crypte de la voie Ardéatine, reposent aujourd'hui dans l'antique et vénérable église qui porte leurs noms.

Ce fut également sous le règne de Domitien (an 95) que saint Jean fut amené à Rome, d'Ephèse où il s'était retiré avec la sainte Vierge depuis la dispersion des apôtres, et d'où il gouvernait les Eglises d'Asie. On se rappelle que saint Jean était le disciple que Jésvœ aimait, homme d'une tendresse vive, d'une onction touchante, qui, dans ses vieilles années, aimait surtout à répéter ce mot : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres, » et dont l'Evangile est tout entier une émanation de l'amour divin. Il faisait donc ombrage, lui aussi, ce prêtre si peu offensif, cet homme de paix, qui n'avait que des paroles de charité et de bénédiction sur les lèvres, il faisait ombrage à la politique haineuse et craintive du tyran ! N'était-ce pas un crime de prêcher une doctrine qui captivait les populations et dominait le pouvoir des dieux comme celui des proconsuls ? N'était-ce pas un crime d'attaquer les vices auxquels l'empereur se plaisait à sacrifier? Saint Jean fut donc condamné à d'affreux supplices : on le conduisit sur la route du Latium; là, ses cheveux furent coupés et on le plongea dans l'huile bouillante. Mais vainement le feu était attisé par les bourreaux, vainement l'huile bouillonnait dans la chaudière, Jean

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demeura intact. La patience des bourreaux se lassa avant la patience de Dieu ; le confesseur sortit sain et sauf de l'épreuve, et fut relégué dans l'île de Pathmos- Les cheveux du saint et les instruments de son supplice furent soigneusement conservés par les fidèles. Dans la suite, une chapelle, sous le titre de San-Giovanni-in-Oleo, fut construite au lieu sanctifié par le miracle, et ces reliques en devinrent le plus précieux trésor. Cette chapelle est contiguë à l'église de Saint- Jean antè Portam-Latinam, et elle a été renouvelée au dix-septième siècle avec une richesse tout italienne.

Ainsi finissait le siècle qui avait commencé avec la naissance du Fils de l'homme dans la crèche de Bethléem. Que d'événements, quelles révolutions dans cette période ! Les païens n'en voyaient rien encore ; ils juraient toujours par Hercule, battaient des mains aux combats des gladiateurs, s'abandonnaient à de hideux plaisirs en l'honneur de la déesse Flora, et s'imaginaient que les disciples de la croix n'étaient qu'une poignée de fanatiques dont on aurait toujours raison en les faisant passer par les verges comme des esclaves. Mais les chrétiens étaient déjà partout : invisibles comme l'âme, ils commençaient à se répandre comme elle dans toutes les parties du corps social et à en modifier l'action. Chaque excès, chaque violence nouvelle du paganisme épuisait le monde vieilli; c'était un corps étiolé avant l'âge, heureux du moins qu'un sang nouveau vînt tout à coup réchauffer ses veines, et lui rendre sa vigueur qu'il avait usée, sa jeunesse qu'il avait flétrie.

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