‹ Rome chrétienne ou tableau historique des souvenirs et des monuments chrétiens de RomeChapitre 12 sur 48 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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DEUXIÈME SIÈCLE

Au deuxième siècle, la position de l'Eglise se modifie. Elle n'a plus besoin seulement d'apôtres pour prêcher la bonne nouvelle aux hommes simples et justes de cœur, et de martyrs pour lui rendre témoignage dans les amphithéâtres; il lui faut encore des orateurs, des philosophes, des savants, pour répondre à la philosophie et à la science qui commencent à s'émouvoir; il lui faut d'habiles dialecticiens pour démêler toujours la vérité à travers les subtiles arguties des hérétiques. L'aurore de ce siècle vit la mort des derniers compagnons des apôtres, et son déclin l'apparition brillante de Tertullien et d'Origène. Durant cette période, le paganisme sembla s'arrêter pour reprendre des forces. Les empereurs furent, pour la plupart, des hommes doux, d'une société avenante, d'un gouvernement facile ; la philosophie idolâtre put s'enorgueillir de quelques rares et beaux génies; enfin

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on eût pu douter un instant de la décrépitude du culte antique, si ce mouvement de réaction fût venu de lui, et si ceux qui se portaient ses défenseurs eussent ajouté foi à ses symboles. Mais quel homme fut moins païen qu'Epictète ou que Marc Aurèle ? Etait-ce dans les traditions sacerdotales de Rome et de la Grèce, de Parthénope et d'Amathonte, qu'ils avaient trouvé ces aphorismes de vertu, cette morale plus élevée, plus sévère, plus digne, qu'ils venaient enseigner à un monde qui n'en voulait plus ? Il y avait alors deux partis dans la société païenne : le parti des hommes matériels, adonnés aux plaisirs des sens, quelque grossiers qu'ils fussent, incrédules, impies, ne voyant de désirable que le luxe et le néant ; c'est ce parti qui domina sous Néron et ses successeurs jusqu'à Antonin : et le parti des hommes graves, au cœur noble, à l'âme ardente, qui comprenaient ce qu'il y a d'humiliant dans une vie toute brutale, et cherchaient un refuge contre l'abîme ou s'engloutissait le monde, dans d'austères principes malheureusement dénués de sanction. Ces hommes étaient Antonin, Marc Aurèle et un petit nombre de philosophes. Tout en sacrifiant de fait aux idoles, ils se prenaient à douter du paganisme, et peutêtre leur morale si vantée n'était-elle déjà qu'une émanation de ces enseignements évangéliques qui se répandaient dans les familles et n'avaient pas été sans venir aux oreilles impériales. Cette réaction fut de peu de durée. Que pouvaient en effet des préceptes sévères, quand rien n'en garantissait l'exécution ? La morale n'est qu'une brillante utopie, qu'un mot vide de sens dès qu'on la sépare du dogme. Aussi le paganisme retomba-t-il lourdement après cette invasion orgueil-

leuse de la philosophie, et il n'opposa plus au Christianisme que la force d'instinct de la brute et ses accès de cruauté.

Le Christianisme se tint en dehors de ces mouvements intérieurs et de cette fiévreuse agitation de la religion mourante ; il souffrait, attendait et priait. La philosophie ne fut pas plus indulgente pour lui que la débauche ; on vit les persécutions recommencer, et se multiplier les instruments de supplices.

L'un des chrétiens qui souffrirent d'abord le martyre à Rome fut un vieillard, un évêque, Ignace d'Antioche, pasteur qu'une douceur angélique, une piété expansive et touchante, une tendre et inaltérable charité avaient rendu le bien-aimé de son troupeau. Lorsque Trajan le condamna à aller servir de spectacle au peuple oisif de la capitale, Ignace ne répondit qu'un mot : — « Je vous rends grâces, mon Dieu, de ce que vous avez bien voulu m'honorer de ce témoignage de votre amour, en permettant que je sois lié de chaînes comme Paul, votre apôtre. » — Promené ainsi par les villes et les bourgades, depuis Antioche jusqu'à Séleucie et à Smyrne, partout le noble captif rencontrait des évêques, des diacres, des fidèles, députés par les Eglises, pour lui donner des secours, s'unir à ses prières et recevoir ses paternelles bénédictions. Il enseignait encore, le saint prêtre, il affermissait les faibles, consolait les affligés ; vous eussiez dit d'un bienheureux insensible au mal et qui reporterait toute sa compassion sur nos souffrances.

Lorsque les chrétiens de Rome le surent près des portes de leur ville, ils coururent à sa rencontre et l'accueillirent avec cet empressement, cette joie de

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frères qui souffrent et qui espèrent ensemble. Il y en avait même beaucoup qui voulaient se répandre parmi le peuple, pour chercher à l'attendrir et lui faire demander la grâce du vieillard ; mais le vieillard leur dit : — « Je crains votre charité, j'appréhende que vous n'ayez pour moi une pitié trop tendre... Laissez moi servir de nourriture aux lions et aux ours ; c'est un chemin fort court pour arriver au ciel. Je suis le froment de Dieu, il faut que je sois moulu pour devenir un pain digne d'être offert à Jésus-Christ. Flattez plutôt les bêtes qui doivent me déchirer, afin qu'elles me déchirent tout entier et qu'il ne reste plus rien de moi qui puisse être à charge à personne. Obtenez du Seigneur que je sois reçu de lui comme une victime d'une agréable odeur. En arrivant à Rome, j'espère trouver les bêtes prêtes à me mettre en pièces. Puissent-elles ne me point faire languir! J'emploierai d'abord les caresses pour les engager à ne me pas épargner ; et si ce moyen est impuissant, je les irriterai contre moi, afin qu'elles m'ôtent la vie. Que le feu me réduise en cendres ; qu'une croix me fasse mourir d'une mort lente et cruelle ; qu'on lâche sur moi des tigres furieux et des lions affamés ; qu'on disperse mes os, qu'on meurtrisse mes membres ; qu'on broie mon corps ; que tous les démons épuisent sur moi leur rage, je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de mon Dieu! »

Ignace fut conduit à l'amphithéâtre: c'était sans doute l'amphithéâtre Flavien, cet immense Colysée qui servait aux fêtes solennelles du peuple-roi. Lorsque j'ai visité pour la première fois ses gigantesques débris, lorsque j'ai parcouru ses gradins brisés, ses

places vides, et que j'ai vu sa noble circonférence se développer autour de moi, là pantelante et déchirée, ici imposante et grandiose, il m'a été impossible de ne pas me reporter à ce jour de mort, ce jour horrible. Oui, je voyais la foule ruisselant à grands flots sur la voie Sacrée, sur la pente du Cœlius, accourant de l'Esquilin et du quartier des Carènes. Ivres de joie, peuple et sénateurs se ruaient vers les portes du cirque ; on entendait de grands cris, un affreux tumulte ; bientôt les parois de marbre de l'amphithéâtre avaient disparu derrière des milliers de toges et de laticlaves, et il y avait une agitation, un frémissement d'impatience qui faisait rugir les lions dans leurs cachots. Qu' attend-il , que demande-t-il ce peuple ? Est-ce quelque gladiateur connu, quelque Hercule indompté qui étouffe un ours de ses mains, domine la vigueur des taureaux et la rage des tigres? est-ce quelque lutte en champ clos, quelque combat à outrance, où l'adresse le dispute à la force ? Non, c'est un vieillard qu'il veut, qu'il appelle, et on lui livre le vieillard ! Il a la tête haute et calme ; les acclamations, les trépignements que cause sa vue, sont pour lui comme s'ils n'étaient pas. — Les bêtes! * entendez-vous, les bêtes! crie-t-on de toutes parts; — et le patient s'agenouille, et deux lions, s'élançant de leur repaire, le dévorent en un instant.

Oh ! qui dirait alors le délire, la frénésie de cette horde de cannibales ! le plaisir a été trop court sans doute, elle en voudrait d'autres ! Le peuple-roi n'cst-il pas un dieu et ne lui faut-il pas des hécatombes? Mais voyez; dans ce coin obscur, sur ce gradin plus silencieux, il y a quelques hommes qui cherchent à dérober

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leurs larmes; ils s'enfuient tout-à-coup de l'amphithéâtre, s'arrachent aux clameurs menaçantes de la multitude : revenus chez eux, ils écriront ce qu'ils ont vu, pour la consolation de leurs frères et l'édification de l'Eglise.

« Après que nous eûmes vu de nos propres yeux ce spectacle qui nous fit répandre beaucoup de larmes, nous passâmes la nuit dans la maison ou nous étions logés, en veilles et en prières, suppliant Notre-Seigneur de nous consoler de cette mort, en nous donnant quelque gage assuré de la gloire qui l'avait suivie. Dans la consternation où nous étions tous, quelquesuns s'étant un peu endormis, virent saint Ignace qui entrait comme à la hâte et nous embrassait; d'autres le virent priant pour nous et nous donnant sa bénédiction ; il apparut aussi à quelques-uns tout en sueur, comme une personne qui sort d'un pénible et laborieux combat, se tenant debout devant le Seigneur avec une grande confiance et comblé d'une joie ineffable... Nous avons marqué le jour et le temps de sa mort, afin que nous puissions nous assembler tous les ans pour honorer son martyre, dans l'espérance de participer à la victoire de ce généreux athlète de Jésus-Christ 1 . »

Admirable et sainte religion, qui n'avait que des hymnes de joie pour les souffrances, et qui était parvenue à ennoblir, à rendre désirable la plus terrible des crises humaines, la mort !

Sous Adrien et sous Antonin, le sang continua de couler, et l'on vit se renouveler deux fois l'épouvan-

• Acta Sanctorum, sanctus Ignalius Theophorus.

table sacrifice des Machabées et de leur mère. Adrien avait résolu de se construire, au pied de la colline de Tibur, un palais qui fût comme un abrégé de toutes les merveilles de l'art, où les formes des monuments de la Grèce et de l'Egypte et l'aspect des paysages qui l'avaient frappé se trouvassent reproduits avec cette perfection de travail, cette richesse de décoration qui devaient appartenir à sa puissance et à son orgueil. Le palais édifié, on consulta les oracles et on appela les prêtres des dieux pour en faire la dédicace. Or, les oracles répondirent : « La veuve Symphorose et ses sept fils nous déchirent tous les jours en invoquant leur Dieu. » — Symphorose était veuve d'un tribun qui avait souffert et était mort plutôt que de s'agenouiller devant les idoles. Elle vivait retirée à Tibur, enseignant à ses enfants la vertu et le courage , et faisant redire de pieux cantiques aux échos qui tant de fois répétèrent le bruit des orgies d'Horace et les soupirs voluptueux de Properce et de Délie. L'empereur l'appelle devant lui et lui ordonne de faire voler l'encens devant les dieux. Mais Symphorose n'a qu'une réponse : « Mon mari Getulius et son frère Amantius étant vos tribuns, ont souffert divers tourments pour le nom de Jésus-Christ, et ont vaincu vos démons par leur mort. Ils ont été couverts d'ignominie devant les hommes , et maintenant ils jouissent de la vie éternelle. » — L'empereur la menace, mais elle ne répond plus rien. Alors on la conduit au temple d'Hercule, qui s'élevait riche et majestueux, au centre de la ville. Là elle est souffletée et pendue par les che^veux : mais les supplices sont aussi impuissants que les menaces, et l'on ne trouve moyen de triompher

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de cette grande chrétienne qu'en la précipitant dans l'Anio, au pied du temple de la Sibylle.

Les sept fils de Symphorose comparurent ensuite devant Adrien; mais aussi inébranlables que leur mère , on les attacha à sept pieux autour du temple d'Hercule, et là ils furent démembrés à force de poulies *.

J'ai vu Tivoli, petite cité s'élevant riante et fraîche sur les débris de la blanche Tibur; je l'ai vue toute fière de sa sibylle, de ses cascatelles, promenant gaiement le voyageur de la villa d'Horace à celle de Mécène, de l'humble demeure de Properce au palais d'Adrien. J'ai descendu sur le bord de son Anio, dans ses grottes retentissantes ; mais indifférent aux souvenirs qu'on me rappelait, je cherchais le lieu où mourut Symphorose. Remonté sur la colline , je demandai le temple d'Hercule; mais le temple d'Hercule est mort comme son dieu : à peine en découvre-t-on quelques vestiges derrière l'abside d'une basilique chrétienne ! La maison d'Horace est devenue le patrimoine d'un couvent; la madone de Quintiliolo a seule profité de l'héritage de Quintilius Varus ; et le spiendide palais d'Adrien, ses propylées, ses temples, ses thermes, ses amphithéâtres, tout cela caché parmi les buissons, enfoui sous l'herbe, n'offrant plus que des débris où la science s'épuise en recherches, eût complètement disparu depuis longtemps sans la pro-

1 Oq nous saura gré de citer ici les noms de ces jeunes martyrs : ils s'appelaient Crescent, Julien, Némésien, Primitivus, Justin, Stacteus et Eugène. Us furent enterrés sur le chemin de Rome, à huit milles de cette ville, et une église fut édifiée dans la suite sous leur invocation, au lieu de leur sépulture.

tection de quelques prêtres qui y ont succédé aux empereurs romains *.

Un dévouement analogue à celui de Symphorose amena, sous les Antonins, le supplice de Félicité, dame romaine, et de ses sept fils. Ce fut dans le champ de Mars que cette généreuse femme comparut avec ses enfants devant les juges, et qu'elle résista à leurs offres bienveillantes comme à leur colère. Ses enfants et elle furent mis à mort. Les uns eurent la tête tranchée; d'autres furent assommés à coups de lanières garnies de balles, et les derniers périrent sous le bâton *. Les corps de ces généreux martyrs furent enterrés près du pont Salaro dans une crypte qui devint bientôt un oratoire sous l'invocation de sainte Félicité. Cet oratoire avait la forme d'une rotonde, et chacune des reliques reposait au fond d'une abside pratiquée dans la profondeur du tuf.

Oublierons-nous maintenant le martyr d'Eustache, général des armées romaines, de sa femme Théopista et de ses deux fils, Agapet et Théopiste ? Eustache était un vétéran des légions. Il se distingua particulièrement à la tête de la cavalerie au siège de Jérusalem. Trajan l'éleva aux plus hauts grades ; Adrien lui confia ses armées ; mais, un jour, revenant à Rome après une victoire, Eustache refusa de monter au Capitole pour en rendre grâces aux dieux; et Adrien le fit jeter, lui, sa femme et ses enfants, dans un taureau de bronze

1 Les jésuites de Roccabruna. La villa d'Horace est devenue, avec les siècles, un couvent de Saint-Antoine.

* Ils se nommaient Janvier, Félix, Philippe, Silanus, Alexandre, Vital et Martial.

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chauffé au rouge. La maison d'Eustache, près des thermes de Néron, devint dès lors un lieu de réunion pour les chrétiens qui y célébrèrent longtemps leurs agapes. C'est aujourd'hui Saint-Eustache in Thermis.

Les païens avaient divinisé la vie, suivant l'expression de M me de Staël, les chrétiens divinisaient la mort.

Ne voilà-t-il pas cependant assez de supplices ? Mais qui ne sait combien les chrétiens souffrirent à cette époque? qui ne sait la constance des papes saint Alexandre, saint Sixte, saint Télesphore, saint Victor, et de cet Onésime d'Ephèse que saint Paul avait converti et qui revint à Rome chercher la palme du martyre? En même temps on voyait à Lyon deux jeunes hommes, saint Alexandre et saint Épipode ; à Autun, saint Symphorien ; en Asie, saint Polycarpe, monter au ciel, comme autant d'élus des Églises naissantes, pour y porter les témoignages de leur foi et les prémices de leur amour.

Le règne de Marc Aurèle commença sous de favorables auspices ; non-seulement ce prince ordonna de renvoyer les chrétiens absous, mais il leur fut permis d'exercer une action contre leurs accusateurs. Les disciples de l'Evangile se montrent alors partout, dans les villes, dans les armées. Elle était toute composée de chrétiens cette Légion fulminante, dont les prières triomphèrent des Marcomans dans une sanglante bataille. Nul fait historique peut-être n'est resté entouré de plus de témoignages. Chrétiens et païens, historiens, poètes et sculpteurs, l'ont à l'envi célébré. — - « Cette fois la gloire n'est plus pour les généraux, s'écrie Claudien, car l'orage et la foudre pleuvent sur l'ennemi qu'emporte tremblant son coursier dévoré par la

flamme. Son casque étincelle et bout, son épée se liquéfie entre ses mains; désormais ce ne sont plus les traits des mortels qui soutiennent la lutte, c'est le ciel luimême qui combat. » — Mais à qui attribuer ce prodige ? — « Est-ce quelque mage de la Chaldée, se demande le poète païen, sont-ce les prières des pontifes qui ont armé les dieux ? Ou plutôt ne seraient-ce pas, comme je le pense, les vertus de Marc Aurèle ! »

Le sénat fit hommage de la victoire à Jupiter Pluvieux et il le fit sculpter abaissant les nuages, lançant la foudre et terrassant les barbares, sur le marbre de la colonne Automne. Mais personne ne s'y trompa, et Tertullien, rappelant cette campagne de Germanie et cette pluie abondante obtenue par les prières des soldats chrétiens, put dire hardiment aux païens euxmêmes : — « Qui ne sait que les sécheresses cèdent à nos jeûnes et à nos prières ? Le peuple alors chante les louanges du Dieu des Dieux, du seul puissant, mais sous le nom de Jupiter, c'est à notre Dieu qu'il rend hommage. » (Ad Scapul. 10.)

Cette gloire toute nouvelle pour les chrétiens, et les prétentions philosophiques de l'empereur devaient assurer, ce semble, aux fidèles une complète liberté de conscience ; mais les païens s'effrayèrent, ils circonvinrent Marc Aurèle, et le sang recommença de couler à flots. Alors mourut saint Ptolémée pour avoir cherché à détourner une femme des impuretés dont le libertinage païen souillait le mariage. Deux chrétiens prirent sa défense et partagèrent son sort. Sous le règne de Commode, un sénateur, Apollonius, souffrit également le martyre. Ce n'était plus seulement le peuple qui affrontait les supplices, c'étaient les grands,

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les puissants du monde : saint Eustache, martyrisé sous Trajan, avait, nous l'avons dit, commandé les armées ; sainte Sabine et sainte Sérapie, martyrisées sous Adrien, appartenaient à la noblesse de Rome ; et saint Hermès était préfet du prétoire.

Les persécutions, les tortures inquiétaient peu l'Eglise; mais ce qui commençait à la contrister, c'étaient les scissions multipliées qui s'opéraient déjà dans son sein. Il y a, dans notre siècle, un grand nombre de philosophes qui, repoussant tout dogme précis comme un texte à la discussion, se perdent avec jouissance dans la pensée unique, infinie de Dieu ; comme si l'on pouvait concevoir la matière sans la forme, l'idée sans l'expression, l'harmonie sans les accords, la divinité enfin sans sa définition. Or, toute définition de Dieu est un dogme. Au deuxième siècle de notre ère et dans tous les siècles suivants, on a envisagé la religion d'un tout autre point de vue ; on l'a considérée comme une révélation divine dont chaque parole est sacrée, comme un vaste symbole dont toutes les parties se correspondent entre elles, et auquel on ne peut pas plus retrancher une syllabe, qu'une note à une suave mélodie. De là les prières des fidèles et la sollicitude des évêques, du moment qu'un profane osait toucher à l'arche sainte. Les gnostiques, hommes charnels, trouvent d'abord la morale de l'Evangile trop sévère, et ils s'en façonnent une facile et relâchée. Montan, tout au contraire, prêche un renoncement plus absolu que ne l'ordonnait même l'Evangile; Marcion renouvelle l'erreur des deux principes. Pour répondre à ces attaques simultanées, les chefs de l'Eglise s'assemblent- plusieurs

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