‹ Rome chrétienne ou tableau historique des souvenirs et des monuments chrétiens de RomeChapitre 18 sur 48 · tome i · texte numérisé non relu

tome i

Au-dessus de ces arcades régnait une corniche, et audessus de la corniche se suivaient, deux à deux, les portraits des papes depuis saint Pierre jusqu'à Pie VII. Cette collection, unique au monde, avait été commencée par saint Léon. Des arabesques en stuc et d'anciennes fresques, représentant des sujets de la Bible et de la loi nouvelle couvraient ensuite les parois jusqu'aux fenêtres. Enfin, la charpente dominait le tout sans être dissimulée à l'œil, ni par une voûte ni par un plafond ; les poutres cependant n'étaient plus dorées, la couleur fauve des lambris s'était rembrunie avec les siècles et l'on n'avait plus devant soi que l'aspect assez vulgaire de contre-forts et de solives s'enchevêtrant péniblement pour venir reposer sur d'élégants arceaux.

Il ne resta de Saint-Paul, après l'incendie de 1823, que la façade avec ses mosaïques curieuses et l'abside, l'arc triomphal et le maître-autel. Depuis lors, la reconstruction en a été poursuivie avec activité ; aujourd'hui la vieille basilique est sortie de ses cendres ; mais, tout semblable à l'ancien que soit le nouvel édifice, peut-il nous rendre ce parfum d'antiquité qu'on respirait dans le premier ? et au milieu de ses nouvelles colonnes de granit de Corse et de marbre d'Egypte, comment ne pas regretter les beaux marbres de Paros, le porphyre, le cipolin, la brèche violette, qui, des temples des Gentils, étaient venus chercher un asile dans le temple du grand apôtre ?

Ce fut sur la catacombe de sainte Cyriaque, devenue à jamais célèbre par la sépulture de saint Laurent, que Constantin, toujours empressé de répondre aux pieuses pensées de saint Sylvestre, édifia, en 330, la basilique

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de Saint-Laurent hors des murs. L'église était petite, mais richement ornée ; l'argent et le porphyre revêtaient les parois de la tribune ; un tableau d'argent ciselé représentait sur l'autel le martyre du saint diacre, et trois lampes, dont l'une était d'or et à dix becs, consumaient, nuit et jour, dans le sanctuaire les parfums les plus précieux. D'importants travaux furent exécutés à Saint-Laurent par le pape Pélage II, vers la fin du YI° siècle. On rasa même, à cette époque, une des collines environnantes afin de donner à l'édifice plus d'étendue. Il résulte d'ailleurs de divers textes que l'église primitive ne fut pas démolie, car les Annalistes en distinguent deux, l'une qu'ils qualifient de major (la plus grande ;) c'était aussi la plus ancienne ; l'autre, de speciosior, nova (la plus belle, la neuve); c'était évidemment celle de Pélage II. Ces deux églises étaient complètement distinctes et se touchaient seulement par leurs chevets ; mais Honorius III les réunit et c'est de cette réunion qu'est sorti le temple actuel. Il est facile néanmoins, aujourd'hui encore, de distinguer l'église majeure de l'église neuve. Le niveau n'est pas le même et l'art non plus. L'église majeure est celle qui se présente la première, et l'église neuve, la partie qui comprend l'arc triomphal et le presbyterium \ Pendant tout le moyen-âge un portique couvert joignit Saint-Laurent à la porte Tiburtine ; nous nous rappelons qu'un portique semblable existait entre Saint-Paul et la porte d'Ostie. De nos jours encore, Bologne possède une galerie couverte de six cent trentecinq arcades, qui unit la ville à la Madone de Saint-Luc,

1 Voir le Bulletino di Archeologia cristiana de M. de Rossi, anno secundo, p. 83.

située sur le mont de la Guardia. D'aussi monumentales avenues révèlent à la fois et combien était grande la foule des pèlerins et combien était généreuse la piété des peuples 1 1

Saint-Laurent a été restauré plusieurs fois, notamment aux XV e , XVI e , XVII e siècles, et il vient de l'être de nouveau, avec magnificence, par les soins de l'immortel Pie IX. Un portique de six colonnes antiques et peint à fresque , l'annonce sur le chemin de Tivoli. Ce portique est précédé, depuis quelques jours, d'un monolithe de granit rouge à base de marbre blanc supportant, à une hauteur de dix mètres, la statue de bronze du saint diacre distribuant aux malheureux les trésors de l'église. Vingt-deux colonnes de granit oriental divisent la basilique en trois nefs. On y retrouve les chaires de marbre ou ambons destinés, autrefois, à la lecture de l'Epître et de l'Evangile ; on y voit un siège pontifical orné de mosaïque, et on y vénère les corps de saint Laurent et de saint Etienne *.

Cependant, depuis que Constantin était maître du monde, sa pieuse mère Hélène avait jeté les yeux sur la Terre-Sainte, et, bien qu'âgée de quatre-vingts ans

1 Le portique de Saint-Paul avait environ deux kilomètres d'étendue, celui de Saint-Laurent un peu moins; celui de Bologne en a trois.

3 Parmi les colonnes antiques qui ont été réunies à Saint-Laurent, il en est une dont les volutes, ornées de grenouilles et de lézards, rappellent l'histoire des artistes Saurus et Batrachus, racontée par Pline (Hist. nat., 1. XXXVI). Ils avaient consacré des sommes considérables à agrandir et embellir le portique d'Octavie, et ne demandaient pour récompense que le droit d'inscrire leurs noms sur leur œuvre. Ce droit leur ayant été dénié, ils sculptèrent sur les chapiteaux des grenouilles et des lézards, afln que cette traduction parlante de leurs noms les rendît immortel?.

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elle y était allée arracher la statue de Vénus du temple qu'Adrien lui avait érigé sur le Calvaire. On sait comment, en démolissant les fondements de ce temple, on trouva trois croix et divers instruments de supplice. Un miracle révéla laquelle de ces croix avait été sanctifiée par la mort de Jésus-Christ; et Hélène, après en avoir laissé une partie à Jérusalem, et en avoir envoyé une seconde à Constantinople, ût édifier une basilique pour recevoir la troisième. Telle fut l'origine de Sainte-Croix-en- Jérusalem. Elle occupe remplacement du palais Sessorien et des Horli Variani, somptueux jardins que souillèrent les débauches hideuses d'Héliogabale. Depuis lors, le palais Sessorien avait été habité par Alexandre Sévère, et il l'était au cinquième siècle, par la pieuse veuve de Constance Chlore. Ce fut donc dans sa propre demeure qu'Hélène construisit un sanctuaire à la croix, imitant en cela son fils, qui avait fait de son palais de Latran l'église du Sauveur.

La basilique de Sainte-Croix fut précédée d'un atrium avec sièges de marbre. Cet atrium a fait place, depuis Benoît XIV, à un vestibule couvert ou narthex surmonté d'une coupole. A l'intérieur, l'église fut divisée en trois nefs par des colonnes de granit oriental, et, derrière elle fut construite une chapellu basse, sur la terre que sainte Hélène avait rapportée du Calvaire. Cette chapelle a toujours été l'objet d'une vénération profonde. L'autel principal en est dédié à sainte Hélène. Le pape seul et le cardinal titulaire de Sainte-Croix ont le droit d'y officier. Parmi les ornements qui décorent ce pieux sanctuaire, on remarque à la voûte d'anciennes mosaïques qui datent du règne

de Valentinien III. L'encadrement central représente le Sauveur bénissant le monde. Il est au milieu des anges et des chérubins, et tient de la main gauche un livre dans lequel on lit : Ego sum lux mundi.

Dans les compartiments environnants se trouvent les images des évangélistes et différentes scènes de Tinvention de la croix. Une inscription placée dans le couloir de cette chapelle, apprend qu'il est défendu aux femmes d'y entrer, sauf une seule fois par an, le 20 mars, jour de sa dédicace.

Mais il est encore une autre chapelle que l'on ne peut oublier en visitant Sainte-Croix : c'est celle des Reliques. Elle est contiguê à l'église, et communique avec elle par un riche balcon de marbre destiné à l'exposition de son précieux trésor. Les plus remarquables de ces reliques sont trois fragments de la vraie croix, le titre de la croix, un des clous qui percèrent les membres de Jésus-Christ et deux épines de sa couronne. Les épines conservent encore des traces de sang. Quant au titre, plusieurs des mots qui le composent sont encore lisibles. Le clou est de forme triangulaire, avec tête ronde ; sa longueur est d'environ seize centimètres, mais la pointe manque. On croit que c'est cette partie des clous, clavorum partem que sainte Hélène fit placer, d'après Théodoret, sur le casque de son fils, afin de le protéger dans les combats. Elle formerait aujourd'hui le cercle de la fameuse couronne de fer conservée à Monza.

La basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem a été restaurée et embellie à diverses époques; mais le bâtiment primitif n'a jamais cessé d'exister. Sur la façade, qui date du dernier siècle, se font remarquer les

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statues des quatre évangélistes, ainsi que celles de Constantin et de sa mère; celle-ci malheureusement n'a que sa statue à Sainte-Croix, et l'urne de basalte que Ton voit sous l'autel ne contient pas ses restes l . Nous savons que le corps d'Hélène fut déposé par ordre de Constantin dans la catacombe inter duos lauros sur la voie Labicane, catacombe célèbre par la sépulture des saints Marcellin et Pierre, et sur laquelle l'empereur fit édifier une église sous leur invocation. Cette église, construite par amour pour sa mère et par respect pour les saints, pro amore matris et vmeralione sanctorwm, a depuis longtemps disparu : on croit en trouver des vestiges dans les débris connus sous le nom de Tor Pignatara. Constantin lui avait fait don des revenus de trois îles, au nombre desquelles était l'Ile de Sardaigne.

Les divers monuments qu'érigea la piété de l'empereur furent, au reste, tous richement dotés par lui. En outre des patènes, des calices d'or, des phares d'argent, des amphores d'airain, dont on peut lire l'énumération dans Anastase, il leur constitua, ainsi que nous venons de le voir, de très-importants domaines. Le revenu total de ces libéralités s'éleva à 27,729 sols d'or, dont l'église du Latran touchait à elle seule la moitié. Les biens donnés étaient en général d'anciennes propriétés confisquées sur les martyrs, et dont les héritiers étaient inconnus. La basilique de Saint-Pierre eut notamment des propriétés à Tyr, à Alexandrie, à Antioche, sur les bords de FEuphrate, qui non-seule-

1 Cette urne, ornée de quatre tètes de lion, contient les corps de saint Césaire et de saipt Anastase.

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ment subvenaient à l'entretien du culte, mais fournissaient encore pour les cérémonies tous les parfums célèbres de l'Écriture, le baume, le nard, le cinname, le safran, le storax, la cannelle.

Ainsi se révélait au grand jour la pieuse générosité de la cour impériale. Ce serait chose longue et monotone de décrire minutieusement chacune des églises qui remontent ou dont on prétend faire remonter la fondation à Constantin. Les seules églises authentii quement Gonstantiniennes sont le Latran, Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul de la voie d'Ostie, Saint-Laurent hors des murs, Sainte-Croix-en- Jérusalem, l'église détruite des saints Marcellin et Pierre, et Sainte- Agnès de la voie Nomentane.

Cette dernière fut édifiée par l'empereur, sur la demande de sa fille Constance, au lieu où avait été enseveli le corps de la jeune martyre du cirque Agonal, et depuis lors elle est demeurée intacte au milieu de toutes les révolutions, de tous les saccagements : Sainte-Agnès est aujourd'hui le plus vieil édifice chrétien de Rome l . On y descend par quarante-cinq degrés de marbre, et ce qu'elle présente de plus singulier, ce sont deux portiques l'un au-dessus del'autre, soutenus par des colonnes antiques de brèche, et de porte-sainte *. La statue d'Agnès a un tronc d'albâtre et des pieds, une tête, des mains de bronze doré. Ses reliques sont sous l'autel qui resplendit de pierres

1 Nous avons dit., en effet, que toutes les autres églises avaient plusieurs fois été restaurées ou même renouvelées entièrement.

3 Lesltatiens donnent ce nom à une espèce de brèche qui forme les chambranles de la porte Sainte à SaimVPierre.

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précieuses, et dans les parois ont été incrustées de nombreuses et antiques inscriptions sépulcrales.

Près de cette église en est une autre de forme elliptique, que sa voûte, ornée d'enfants cueillant des raisins, a longtemps fait prendre pour un ancien temple de Bacchus. S'il faut en croire cependant Anastase le bibliothécaire, ce gracieux monument aurait été construit par Constantin pour que sa sœur et sa fille y reçussent le baptême, et elles y auraient plus tard été . ensevelies.

Consacrons maintenant un pieux souvenir à un monument plus ancien encore, mais surtout beaucoup plus humble; nous voulons parler de l'oratoire do Saint-Sylvestre, de sa première cathédrale peut-être. Au sortir des basiliques impériales, qui rappellent le triomphe, on ne descend pas sans émotion dans ce souterrain abandonné qui rappelle encore la persécution et la lutte. « Sylvestre, dit Anastase, construisit une église au milieu de Rome, dans la propriété d'un prêtre nommé Equitius, touchant les thermes de Domitien, et il en fit un des titres 1 de la ville. » — Cette église forme aujourd'hui une dépendance de Saint- Martin des Monts; on y voit d'anciennes peintures malheureusement très-effacées : l'une d'elles représentait saint Sylvestre aux pieds de Marie ; une seconde, la Vierge entre deux Saintes. Ailleurs apparaissaient Jésus-Christ ayant à ses côtés saint Pierre et saint Paul, et Y Agneau de Dieu entre les deux saints Jean. Rien ne peut égaler d'ailleurs l'aspect de désolation de ce sanctuaire froid, désert, verdi par l'hu-

1 Titre se prend pour paroisse.

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midité et par le temps ; mais enfin, saint Sylvestre a prié là, et Ton ne peut fouler aux pieds le pavé antique, à petits carreaux blancs et noirs, sans penser qu'il a été foulé autrefois par un grand Pontife et par les Pères de deux Conciles. Dans cette église en effet se réunirent, en 324 et 325, deux assemblées solennelles qui confirmèrent la foi de Nicée et condamnèrent de nouveau Arius. La première de ces assemblées comptait 284 évèques. On montre même le dossier du siège pontifical de saint Sylvestre et, dans le trésor de l'église, sa mitre de soie verte brochée d'or

Quelques historiens font remonter à Constantin l'église des Saints- Apôtres au pied du Quirinal. Cette origine est douteuse. On peut en dire autant, et avec plus de raison encore, de l'opinion qui a longtemps classé Saint -Sébastien aux catacombes, Saint-Pierre in Montorio et Saint-Chrysogon du Transtévère parmi les églises Constantiniennes. Il est certain, dans tous les cas, que la consécration de ces lieux saints remonte à une haute antiquité. On ne peut douter surtout que les fidèles n'eussent, dès le IV e siècle, des oratoires publics aux catacombes de Calixte et au Janicule. Lorsque la demeure, le sang et les reliques des martyrs étaient l'objet du plus pieux respect, avait-on pu oublier la colline qui fut témoin de la mort de Pierre, et la crypte vénérable qui avait été, pendant plus de cent ans, la sépulture des saints et la métropole de la

1 In sacristia monstrant S. Sylvestri stolam atgue mi tram. Moatfaucon. Diarium Italicum, I. IX. Sur cette mitre on lit toutefois les mots Ave Maria, écrits en caractères gothiques; ce qui a fait supposer à Mgr Gerbet qu'elle avait plutôt dû appartenir à Sylvestre 11.

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chrétienté ? Saint Marc, successeur de saint Sylvestre, fonda, à son tour, Sainte-Balbine sur leGœlius et Saint- Marc au pied du Gapitole. La sève chrétienne, si violemment comprimée naguère par les empereurs païens, s'épandait rapidement désormais dans toutes les veines du corps social et vivifiait chacune des branches de ce vieux tronc qui s'en allait en poudre. — « Si la multitude des chrétiens vous eût quittés pour se retirer dans quelque contrée lointaine, disait Tertuilien aux Romains, dès le second siècle, la perte seule de tant de citoyens de tout état vous eût assez punis. Vous auriez été effrayés de votre solitude, du silence , de l'élonnement du monde qui aurait paru comme morL (Apol. 37.) » — Si telle était dès lors la puissance du catholicisme, que ne devait-elle pas être après Constantin ! et cependant une grande partie de la population n'avait pas encore cessé d'être idolâtre ; les temples païens continuèrent, jusqu'à Théodose, à recevoir des offrandes et à être rougis du sang des sacrifices ; mais tandis que les églises chrétiennes ne pouvaient suffire à la multitude qui en assiégeait les portes, les temples étaient abandonnés et on les fermait successivement, faute d'adeptes.

Cette ère de grandeur et de prospérité eut malheureusement ses jours de douleurs et d'épreuves, car y en eut-il jamais de plus tristement pénibles que ceux qui virent les querelles ardentes de l'arianisme ? Ce n'est plus une guerre franche comme celle des persécutions, mais une lutte de mots captieux, d'arguties enveloppées de phrases amphibologiques. L'arianisme mit en feu l'empire romain pendant près d'un siècle ; mais ce fut surtout à Constantinople et à Alexandrie

que les animosités et les débats furent ardents et opiniâtres. Ce fut à Alexandrie que saint Athanase, homme prodigieux, qui sembla être le génie du catholicisme dans ce siècle, combattit cinquante ans contre les passions ameutées, les calomnies et les empereurs. Chassé quatre fois de son siège, en reprenant possession quatre fois comme un triomphateur, toujours inébranlable au milieu d'une persécution qui s'étendit comme une lèpre sur les plus saints, aussi puissant, aussi terrible à ses adversaires du fond des Gaules et des solitudes de TÉgypte que du haut de la chaire de son église, c'est véritablement l'homme fort, l'homme soutenu de Dieu, qui espère contre toute espérance, et que la haine est réduite à accuser de magie, tant il y a d'entraînement dans sa voix, tant il y a de divination dans sa prudence!

Saint Athanase vint deux fois à Rome : une première, lorsque les Ariens le citèrent au jugement du pape ; une seconde, lorsque l'intrusion de Tévêque Grégoire l'obligea de quitter Alexandrie. Il amena avec lui quelques moines d'Egypte, et il vécut avec eux dans la capitale du monde, observant les exercices et les pénitences qu'il avait vu pratiquer aux cénobites de la Thébaïde. C'est donc à saint Athanase qu'on peut faire remonter l'introduction de la vie monastique à Rome. Il y répandit son livre de la Vie de saint Antoine, premier ermite, et y inspira à sainte Marcelle ce goût de la méditation et de la retraite qui la porta, dans la suite, à vivre avec sa fille dans la solitude et la prière.

Nous apprenons de l'illustre patriarche qu'il fut accueilli et logé à Rome par quelques-uns des membres de la famille même de Constance, le protecteur de ses

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ennemis. Nous savons par lui que ses hôtes lui prodiguèrent les honneurs et les devoirs les plus touchants de la charité, mirificse charitatis obsequia. Quels étaient cependant ces hôtes ? Baronius nomme Eutropie, sœur de Constantin le Grand, et Népotien, son fils, qui fut un instant empereur. Ce serait donc peut-être au Palatin, dans la demeure d'Auguste et de Néron, qu'aurait été recueilli et comblé d'honneurs Athanase. De ce palais des Césars, comment ne le suivrions-nous pas, par la pensée, dans les basiliques romaines, où il consacra son temps, pendant plusieurs années, à la célébration des saints mystères et aux assemblées des fidèles? Multum eram insynaxibus celebrandis. Comment ne le suivrions-nous pas devant le pape saint Jules, le jour où il récita, pour toute réponse à ses accusateurs, le Symbole qui garde encore son nom ? Athanase vint la première l'ois à Rome en 340, et la seconde en 342. Il y resta alors trois ans. Parlant d'un de ces voyages, il ne dit que ces simples mots : « Je me rendis à Rome, afin d'aller trouver I'église et l'évêque ; » Romam ascendi, Ecclesiam et episcopum aditurus. (Bar., an 349).

Saint Athanase fut le précurseur de cette longue série de grands et nobles génies qui illustrèrent l'Église au quatrième siècle. Un de ceux qui le suivirent de plus près, saint Ambroise, appartenait à une famille romaine. Né à Trêves, pendant que son père était préfet des Gaules, il vint peu de temps après à Rome, et passa son enfance dans la maison paternelle, à l'endroit où s'éleva depuis Sant-Ambrogio délia Massima. C'est là que l'heureux enfant, dans la bouche duquel les abeilles étaient venues, comme dans celle de Platon, déposer leur miel, donnait en jouant sa main à

baiser à sa mère et à sa sœur, en disant : Je serai évêque; c'est là que sa sœur bien-aimée, sainte Marcelline, s'étudiait à former son esprit et son cœur. Marcelline reçut le voile des vierges, dans la basilique Vaticane, des mains du pape Libère \ et saint Ambroise quitta Rome pour aller gouverner la Ligurie. On sait comment la voix d'un enfant le proclamant évêque fut considérée comme la voix de Dieu par le peuple de Milan ; on sait comment il recourut, mais en vain, aux ruses, ce semble, les plus imprudentes, pour se soustraire à la dignité qui le menaçait ; on sait les vertus, le courage, la fermeté inébranlable de son épiscopat, la constante douceur de son caractère et l'éloquence de ses ouvrages, éloquence autrement sentie que celles des chefs-d'œuvre de Rome et de la Grèce.

Un nom qui se trouve intimement uni dans l'histoire à celui de saint Ambroise, c'est celui de saint Augustin. Lorsque Augustin vint à Rome, il sortait de Garthage, où son âme s'était laissé séduire par tout plein de mauvaises amours. Las des plaisirs, trouvant partout la science impuissante à combler le vide de son cœur, il s'en allait flottant à tout vent de doctrine, le malheureux jeune homme, enseignant les lettres à de jeunes hommes ardents, voluptueux, inquiets comme lui, cherchant peut-être comme lui, dans des études frivoles, un refuge contre les inquiétudes qui les obsédaient. C'est au lieu où s'élève

1 Saint Ambroise nous a conservé au troisième livre de son traité de la Virginité, le discours que Libère prononça dans cette circonstance : Bonntj fllia, nuptias desiderasti, etc.

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aujourd'hui le haut clocher de Sainte-Marie in Cosmedin, sur les ruines du temple de la Pudicilè, près du temple debout encore de Vesta, qu'était l'école où la foule se pressait pour entendre Augustin ». Il ne quitta Rome qu'en 384 pour aller à Milan, où il devait trouver saint Ambroise. Monique, sa pieuse mère, vint l'y rejoindre, et elle eut le bonheur de voir la conversion d'un fils aux pas duquel elle s'était attachée comme son bon ange (an 387). Délivrée alors de ses inquiétudes, elle songea à retourner en Afrique, et Augustin se mit en route avec elle. Arrivés à Ostie et attendant le départ du navire, ils se tenaient, un jour, appuyés sur la fenêtre de la maison qu'ils occupaient, oubliant le passé et cherchant à pénétrer dans l'avenir les mystères de la vie bienheureuse. Les pensées, les affections de la terre s'évanouirent pour eux dans cette méditation sainte; leurs âmes s'élançant par l'ardeur de leurs désirs parvinrent à goûter comme les prémices de l'ineffable félicité, et ils gémissaient d'être réduits aux accents de la voix humaine pour exprimer ce qui est au-dessus de toute parole. Alors Monique dit à Augustin :

« Mon fils, je vous avoue qu'il n'y a plus rien en cette vie qui soit capable de me plaire, et je ne sais plus ce que j'y fais, ni pourquoi j'y demeure davantage, puisque je n'ai plus rien à y espérer. La seule chose qui me faisait un peu désirer de vivre, était de vous voir chrétien et catholique avant ma mort. Dieu a plus fait, puisqu'il ne m'a pas seulement accordé

1 Dès cette époque il devait exister eo ce lieu un oratoire fondépar le pape saint Denys, au troisième siècle.

une telle grâce, mais aussi celle de vous voir devenir entièrement son serviteur par le mépris que vous faites, pour l'amour de lui, de tous les biens et de toutes les félicités de ce monde. Que fais-je donc ici davantage ? »

Cinq jours après, elle fut prise d'une fièvre ardente, et appelant ses fils : « Vous enterrerez ici votre mère, leur dit-elle ; souvenez-vous d'elle à l'autel du Seigneur, en quelque heu que vous soyez. » Ce furent ses dernières paroles *.

Ostie est aujourd'hui déserte, infecte, marécageuse; à peine quelques barques légères peuvent-elles mouiller dans son port comblé de sable; ses monuments sont ruinés, son enceinte s'est amoindrie; quelques paysans minés par la fièvre errent seuls dans ses deux ou trois rues, comme des spectres parmi des décombres. Mais une chose y est demeurée intacte et révérée, une chose y attire encore la curiosité du voyageur plus que son temple délabré de Jupiter et les vestiges de son arène, c'est la chambre où pria saint Augustin, où mourut sainte Monique.

Augustin revint une dernière fois à Rome, et il composa même dans cette ville ses livres des Mœurs de l'Église, de la Grandeur de l'dme et du Libre arbitre. Quant à sa vie en Afrique, elle n'appartient qu'à l'histoire générale du catholicisme qui le renomma toujours comme l'un des plus intrépides défenseurs de la vérité, comme le plus complet surtout, car personne, parmi les hauts génies de cette époque, n'envisagea l'ensemble des dogmes religieux d'un point de

• Saint Augustin, Confess., liv. IX, ch. X et XI.

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vue plus vaste, et n'en développa le tableau avec plus d'abondance et de lucidité.

Saint Jérôme et saint Paulin de Noie durent se trouver à Rome en même temps qu'Augustin. C'était à Rome que le fougueux Dalmate avait passé son orageuse, son inquiète jeunesse, s' abandonnant à l'étude et aux plaisirs avec toute l'ardeur qui, plus tard, l'entraîna dans la Palestine et inspira son éloquence.

« Au sein des déserts, dans ces vastes solitudes brûlées du soleil, combien de fois j'ai rêvé les délices de Rome ! Assis au fond de ma retraite, seul, parce • que mon âme était pleine d'amertume, défiguré, maigri, le visage noir comme un Éthiopien, mes membres se desséchaient sous un sac hideux. Tous les jours des larmes, tous les jours des gémissements; je criais au Seigneur, je pleurais, je priais; et lorsque, oppressé par le sommeil et luttant contre lui, il venait me surprendre, mon corps épuisé tombait sur la terre nue. Je m'étais condamné à ces supplices pour échapper au feu de l'enfer. Eh bien ! dans ces tristes déserts, environné de tigres et de serpents, je me revoyais en idée parmi les danses des vierges romaines. Le visage abattu par la pénitence, le cœur brûlé de désirs, dans un corps exténué, dans une chair morte avant l'homme, l'incendie des passions se rallumait encore. Alors j'invoquais le Seigneur, je mouillais ses pieds de mes larmes; le jour, la nuit, je criais, me frappant la poitrine et ne cessant d'implorer mon Dieu jusqu'au moment où il rendait le calme à mon âme. Je me souviens d'avoir passé des semaines entières sans manger, craignant même d'entrer dans

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