CHAPITRE V
Proh nefuf orbu terrarum rail ; nulla est regio quae exulw Romanoi non ha beat.
Sawt JftaÔMi.
V-t mine omni décore midata, prostrata jacet, insUr giganti cadateris corropti atque (indiqua exesi ■
LB POOOI.
CINQUIÈME SIÈCLE
La grandeur temporelle de Rome s'était évanouie, et cependant, aux yeux mêmes des païens, Rome imposait encore : elle imposait par ses richesses qui rappelaient celles des derniers temps de la république, par la majesté de ses monuments que les âges et les révolutions avaient respectés, et par les titres de ses magistrats, ces titres de consuls, de tribuns, d'édiles, qui perpétuaient à toujours les souvenirs de la puissance et de la gloire romaines.
On eût dit, à voir les profusions et les largesses des hauts personnages de cette époque, que l'ère des Lucullus allait renaître. Symmaque dépensa deux millions de sols d'or pour célébrer l'entrée de son fils dans l'exercice de la préture; Maxime dépensa quatre millions dans une circonstance semblable. Tout ce
qui n'avait pas subi le travail [de régénération qui s'opérait dans le monde par la foi nouvelle, se perdait honteusement dans la volupté, ou disputait à l'autorité impériale quelques vestiges impurs des coutumes païennes. Les temples des dieux étaient fermés, il est vrai; on ne suspendait plus de dépouilles opimes aux voûtes du Capitole, plus de guirlandes de myrthe et de roses aux statues de Vénus; les oracles étaient muets et les autels sans sacrifices ; mais l'amphithéâtre avait encore ses hécatombes, et le sang des gladiateurs consolait de l'absence des dieux.
Or, un jour, un solitaire chrétien venu de l'Orient voulut assister aux combats de ces victimes. Il prend place sur les degrés ; les victimes s'avancent au bruit des acclamations de la foule ; mais à peine la lutte a-t-elle commencé, que le solitaire se lève : — « Loin d'ici ces sacrifices impies, s'écrie-t-il, loin d'ici ces superstitions idolâtres !» — Et s'élançant dans l'arène, il interpelle, de toute l'énergie de son âme, les combattants et les spectateurs. Le peuple étonné hésite, puis il reprend ses instincts féroces et, par un mouvement général, se précipite sur le saint, qui périt sous ses coups *.
L'année suivante, 404, une loi d'Honorius interdit les combats de gladiateurs. Ainsi le dernier sang qui ait rougi l'amphithéâtre de Vespasien est le sang d'un martyr. Il fallut encore près d'un siècle pour l'entière abolition des Lupercales, fêtes impures que célébraient de jeunes hommes parcourant la ville dans un état de honteuse nudité.
1 Ce saint est honoré dans l'Église sous le nom de saint Almaque ou saint Télémaque : sa fête tombe le 1 er janvier.
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Terlia post idua nodos aurora Lupercos Adspicit.. ... •
Détournons les yeux de ces dégradantes images et reportons-les sur ces familles chrétiennes au sein desquelles se développait avec tant de puissance le germe de la foi. Du fond de sa grotte de Bethléem, saint Jérôme criait aux Romains : — « Rome signifie force chez les « Grecs, sublimité chez les Hébreux ; soyez donc forts et « sublimes ; la vertu vous élèvera, mais vous ne trou- « verez qu'humiliation dans les plaisirs *. »
Et il y avait des âmes privilégiées qui entendaient toujours sa voix. Sainte Paule et sainte Mélanie l'avaient suivi en Palestine, mais Pammaque, Marcelle, Principia, Fabiola, étaient restés à Rome. Fabiola, séparée jeune d'un mari vicieux, en avait épousé un autre sans bien connaître les sévérités de l'Evangile. Devenue veuve, elle fit publiquement pénitence de ce second mariage. On la vit, en effet, dès les premiers jours de son deuil, se couvrir d'un sac, et, à la vue de toute la ville de Rome, avant le jour de Pâques, se mettre au rang des pénitents dans la basilique de Latran. Le pontife, les prêtres, le peuple fondaient en larmes avec elle 8 . Etrange spectacle, sans doute, pour ces dames romaines qui célébraient si souvent leur veuvage comme une fête, et, jouissant alors de leur liberté, allaient aux bains, se promenaient sur les places pu-
1 Ovide, Fastes,
1 Pwp) ait fortitudo apud Grœcos, sublimitas apud Hebrœos. Serva quod diceris; virtus te excelsam faciat, sed voluptas humilem. (Advera. Joyin., 1. II, in fine.)
3 Hieronym., Vita Fabiolœ.