TOME I
alors elle se révolte et appelle, des rivages de l'Afrique, ce roi des Vandales dont la barque était toujours tournée, disait-il, du côté des peuples que Dieu voulait punir.
Genséric dé barqua sur les côtes de l'Italie au mois de juin 455. Son approche fut le signal de la mort de Maxime, qui fut assassiné et jeté dans le Tibre ; mais cet holocauste ne pouvait sauver Rome du sort qui l'attendait. C'était une trop riche proie pour ne pas tenter la cupidité de ces grands dévastateurs. Aussi Genséric poursuivit-il sa marche. Eudoxie tremble à son tour. Saint Léon va porter au camp des Vandales des paroles de paix ; mais , cette fois , toutes ses prières ne purent obtenir que le salut de la population et des trois principales églises, et Rome fut abandonnée au pillage pendant quatorze jours. Alors disparurent les vases d'or et d'argent du temple de Jérusalem *; alors la toiture d'airain dorée du temple de Jupiter Gapitolin fut emportée avec toutes les autres richesses de la ville. Des milliers de captifs furent chargés sur les vaisseaux des Barbares, pêle-mêle avec les statues de la Grèce et les trésors des basiliques; et la veuve de Valentinien alla avec ses deux filles, Eudoxie et Placidie, expier dans les fers les cruelles joies que lui avait données le besoin de la vengeance.
Au milieu de tant de ruines et de tant de hontes, on ne reprend un peu d'espoir qu'en considérant la di-
1 Ces vases furent repris sur les Vandales par Bélisaire, et donnés alors aux patriarches de Jérusalem. Ce n'est qu'à l'époque de la prise de la ville sainte qu'ils ont disparu sans retour.
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gnité, la prudence, la force de l'apôtre qui siège à Rome. Léon fut alors le sauveur du monde ; il le fut contre l'hérésie qui triomphait à Éphôse; il le fut, autant qu'il pouvait l'être, contre les Barbares. Lorsque tout s'écroulait autour de lui, non-seulement il ne tremblait pas, ce qui était le nec plus ultra de la sagesse antique; mais il pensait à l'avenir et il le préparait par ses lois, par ses discours, par cette action journalière d'un grand génie et d'un grand cœur qui est toujours si puissante sur les peuples.
Suivrons-nous maintenant dans toutes ses phases l'anarchie affreuse dans laquelle l'empire tomba de plus en plus ? Le jeune empereur Majorien fit espérer un instant un digne ennemi de Genséric. Plein de noblesse, de résolution et de courage, chacun de ses pas était marqué par un succès. Mais cette gloire précoce effraya le Suève Ricimer, qui commandait sous ses ordres, et Majorien dut périr. Sévère est proclamé à sa place; puis il est empoisonné par Ricimer. Anthémius lui succède et croit s'assurer la protection do Ricimer en lui donnant sa fille ; mais au bout de cinq ans le Suève vient l'assiéger dans Rome, et, après avoir saccagé à son tour cette malheureuse ville, il met le comble à ses forfaits par la mort de son beau-père. Quelques hommes sans nom, Olympius, Glycérius, Nepos, Augustule, se disputent ensuite les lambeaux épars de la pourpre impériale ; puis tout à coup vient Odoacre, et le dernier des césars disparaît devant lui comme un fantôme.
Le mouvement religieux ne s'arrêta point, au reste, durant cette époque de bouleversement ; il suivit même une progression toujours croissante, et, à
mesure que les pierres des temples païens tombaient sous les coups des Barbares, les monuments chrétiens s'élevaient et prenaient leur place. La plus ancienne fondation du V e siècle est celle de Sainte -Marie in Aquiro, près du Panthéon. Elle fut érigée par le pape saint Anastase, sur remplacement du temple de Juturne, et emprunta aux èquiries *, ou courses de chevaux qui se faisaient au champ de Mars en l'honneur du dieu de la guerre, le nom antique qui est demeuré uni au doux nom de sa patronne. On l'appelle aussi de nos jours Sainte- Marie-des-Orphelins, désignation touchante qu'elle doit à l'hospice que saint Ignace fit construire auprès d'elle.
L'église dédiée à saint Vital et à ses deux fils Gervais et Protais fut bâtie en 416, sous le pontificat d'Innocent I er , de l'argent d'une femme illustre nommée Vestine. Parmi les richesses dont elle fut dotée dès son origine, on remarquait une tour pour garder la sainte Eucharistie, et une colombe dorée. Cette église devint dans la suite un titre de cardinal, qui a été porté par Jean du Bellay entre autres, et par Fillustre Fisher, évôque de Rochester, ce pieux ami de Thomas Morus, dont la promotion au cardinalat fut un arrêt de mort. Restaurée à diverses époques, l'église de Saint- Vital existe encore dans la vallée qui sépare le Quirinal du Viminal; près du lieu qu'elle occupe fut autrefois le temple de Romulus.
» Altéra gramineo spectabis Equiria campo,
Quem Tiberis cunris in lattis urget aquis.
Ovide, Fastes.
L'église de Sainte-Marie in Aquiro a été reconstruite en 1590 par le cardinal Salviali.
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Sous le môme pontificat d'Innocent I ,!r , saint Alexis vivait et mourait inconnu dans la maison de son père, sur le mont Aventin. Saint Alexis, si nous en croyons sa légende, quitta furtivement la chambre nuptiale afin de conserver sa virginité dont ses parents lui avaient demandé le sacrifice. Pendant dix-sept ans il erra au loin ; puis, s'étant présenté à la maison paternelle, il y fut accueilli comme un pauvre et logé sous l'escalier. Et il y passa de longs jours, oublié des hommes et priant Dieu. Le corps du saint ayant été reconnu après sa mort, fut déposé, par Euphémius son père, dans l'église de Saint-Boniface ; puis Euphémius fit reconstruire l'église, et transforma sa maison, qui lui était contiguë, en un monastère. Le couvent de Saint-Alexis est une des abbayes les plus célèbres de Rome : l'empereur Othon III y priait avec une dévotion particulière; et les voyageurs chrétiens y visitent toujours avec respect l'escalier do saint Alexis.
Près de là s'élève l'église de Sainte -Sabine, construite, elle aussi, au cinquième siècle. Ce fut un prêtre d'Illyrie, riche pour les pauvres et pauvre pour lui-même, ainsi que le porte une inscription lapidaire (pauperibus locuples, sibi pauper), qui voua ce monument à sainte Sabine au lieu même qu'elle avait habité. La station du mercredi des Cendres se fit dans cette église dès le sixième siècle, et saint Grégoire y prononça plusieurs de ses homélies. Donnée par Honorius III aux Frères Prêcheurs, elle a vu passer sous ses lambris et prier au pied de ses colonnes de marbre de Paros, saint Dominique, saint François, saint Thomas, sainte Catherine de Sienne, saint Pie V, et, dans le
couvent qui lui est annexé, ont été tenus des conclaves.
Lorsque vous parcourez ces lieux, vous sentez une pieuse émotion pénétrer votre âme, car la mémoire de toutes les vertus chrétiennes semble attachée à l'histoire de chacun des monuments qu'on y rencontre. Alors aussi vous vous plaisez à évoquer le passé, et, du haut de cet Aventin, d'où l'œil plonge sur Rome entière , sur le Vatican et sur le Capitole, vous vous demandez quels furent les hôtes qui précédèrent sur cette terre sanctifiée les héros du Christianisme. Au sommet de l' Aventin, près du lieu qu'occupe aujourd'hui Sainte-Sabine, était le temple de Junon-Reine, construit par Camille après la prise de Veïes. Sœur et épouse de Jupiter, Junon présidait aux mariages, et l'on comprend quel dut être son culte à Rome, dans cette ville où, du temps de Juvénal, les femmes comptaient en cinq automnes jusqu'à huit maris! Sur l'emplacement de Sainte Prisca s'élevait le temple de Diane, érigé par le concours des villes de la confédération latine. Il était environné d'un bois sombre qu'arrosait la fontaine des Faunes ; Properce recommandait à sa Phyllis de n'en approcher jamais. Puis vous rencontriez le hideux sanctuaire de la Bonne Déesse aux lieux consacrés aujourd'hui par la pieuse église de Sainte-Marie-Aventine : toutes les saintetés à la place de toutes les hontes ! Ailleurs apparaissaient les thermes de Dèce, et sur la pente du coteau l'antre de Cacus ainsi que l'autel dédié à sa sœur Caca qui l'avait dénoncé à Hercule. Cet autel était desservi par les Vestales. Enfin, au loin, qu'apercevez-vous ? Le marché aux esclaves peut-être tout près du marché
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aux bœufs et du marché aux légumes ; des débris d'autels sur lesquels le sang humain a coulé,' car les sacrifices humains ne furent prohibés à Rome qu'en Fan 655 de sa fondation, sous le consulat de Cornélius Lentulus et de Licinius Crassus ; c'est Pline qui nous le dit *. Voilà les grands, les nobles souvenirs que bien des érudits préfèrent à la simple naïveté des traditions chrétiennes. Laissons-les jouir à l'aise de leur scientifique admiration ; aussi bien les siècles ne reculeront pas; les loges des gladiateurs sont vides sous les gradins des amphithéâtres, et la croix brille toujours au faîte du Capitole.
Nous avons vu que la basilique de Saint-Marie-Majeure avait été fondée par le pape Libère, au quatrième siècle ; elle fut agrandie et reçut à peu près sa disposition actuelle sous Sixte III, en 434. Les mosaïques au-dessus de l'arc triomphal et des colonnes de la grande nef, représentant divers sujets de l'Ancien Testament et de la vie de la Vierge, datent de cette époque, et sont un curieux monument de l'état des arts dans la primitive Eglise. Elles se lient, en outre, au souvenir d'un des faits les plus mémorables de l'histoire de l'Église , la condamnation de Nestorius par le concile d'Éphèse (l'an 431). Nestorius niait que le Christ se fût fait homme ; il s'était seulement, d'après lui, uni à un homme, ce qui détruisait à la fois et le mystère de l'incarnation et celui de la maternité divine. — Que personne n'appelle Marie Mère de Dieu,
' Faut-il ajouter que, malgré cetle prohibition, on trouve encore quelquefois des victimes humaines, dans l'histoire de Rome, môme sous l'empire de César et jusqu'au règne d'Adrien.
disait-il, elle était une femme, et il est impossible que Dieu naisse d'une femme. — Eh bien ! ce fut à la glorification de cette maternité divine de Marie que Sixte III convia le génie et les arts, et il dédia leur œuvre au peuple de Dieu (Xistus episcopus plebi Dei).
Expliquons maintenant cette œuvre :
Au faîte de Tare triomphal sont représentés un autel et un trône ; sur l'autel repose le livre fermé de sept sceaux, symbole des mystères ; puis se développent à droite et à gauche les souvenirs évangéliques qui se rapportent à la divinité de Jésus-Christ : l'Annonciation, la Présentation, l'Adoration des mages, le Massacre des innocents, la Prédication de Jésus dans le temple, la mort de Jean-Baptiste. Dans le tableau de l'Annonciation, la porte de la chambre est fermée par urne grille ; c'est la porte close d'Ezéchiel : porta hxc clausa erit (XLIV, 2). Quant à Marie, elle reste assise devant l'ange, et la colombe de l'Esprit-Saint plane sur sa tête. Dans le tableau de l'Adoration des mages, le Nouveau-Né n'est pas couché comme serait un enfant des hommes, mais assis sur un trône et se soutenant par sa seule force. Dans le tableau de la Prédication, il est couronné d'un diadème sur lequel on remarque deux cioix, l'une petite, rappelant sans doute sa nature humaine, et l'autre grande, sa nature divine *.
Au-dessous de ces divers tableaux sont représentés, d'un côté de l'arc, Jérusalem; de l'autre, Bethléem; et au-dessous encore, des groupes d'agneaux : pasceagnos meos.
1 J'emprunte plusieurs des ces explications au beau livre de Monseigneur Gerbet.
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Telle est l'œuvre principale de Sixte III; mais sur les murs de la grande nef, au-dessus de la frise qui domine les colonnes, apparaissent d'autres mosaïques exécutées par Tordre du même pontife, et qui forment une magnifique avenue à celle de Tare triomphal. Elles représentent des sujets de l'Ancien Testament, Abraham, Jacob, Moïse, Josué, cités par le Concile d'Éphèse comme figures anticipées du Sauveur. Sixte III ajouta enfin au trésor de Sainte-Marie-Majeure un autel d'argent du poids de trois cents livres, un vase d'or de cinquante livres, plusieurs vases d'argent, un cerf du même métal pour verser l'eau dans le baptistère, et 729 sous d'or de revenu en terres et en maisons. En même temps la Confession de Saint-Pierre était somptueusement décorée par ce généreux pontife ; il entourait celle de Saint-Laurent de colonnes d'argent et de porphyre, et il élevait une architrave de marbre au baptistère de Latran, sur laquelle étaient inscrits des vers qui exprimaient les vertus du baptême et la foi au péché originel. Nous en traduirons quelques-uns.
« Cette fontaine est la vie ; elle a pris sa source dans la blessure du Christ et elle a purifié le monde. Plonge-toi, ô pécheur, dans ce courant sacré qui te lavera de tes souillures ; ce qu'il reçoit vieux il le rend neuf. Oh ! si tu cherches l'innocence, tu la trouveras dans ce bain, que ce soit le crime paternel qui t'accable ou que ce soit le tien propre. Nulle distance ne sépare ensuite ceux qui y ont retrouvé la vie ; ils ne font plus qu'un sous l'action d'une seule source, d'un seul esprit, d'une seule foi. Mais que le nombre et le caractère des crimes n'effraie surtout personne. Celui qui trouvera la vie dans ce fleuve sera saint. »
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Aux dons du pontife, l'empereur Valentinien III joignit les siens. Il déposa notamment sur le tombeau du prince des apôtres un monument d'or orné de pierres précieuses avec douze portes, les douze apôtres et l'image du Sauveur; puis il remplaçait le fronton d'argent, que les Barbares avaient enlevé à Saint- Jean -de- Latran, par un autre fronton également riche.
Saint Léon chercha, à son tour, à relever la majesté du culte ruiné par les Vandales. Il y avait dans les trésors de l'Église romaine six grands vases d'argent donnés par Constantin, qui pesaient chacun cent livres. Léon les fit fondre et renouvela ainsi l'argenterie des basiliques. L'église du Latran lui dut, en outre, le portique circulaire que nous voyons encore derrière la tribune ; celle de Saint-Pierre, l'organisation définitive d'un corps de cubiculaires ou de gardiens pour la confession de l'apôtre. La basilique de Saint-Paul avait été frappée de la foudre; Léon la rétablit avec dépense et l'orna, aux frais de l'impératrice Galla Placidia, de cette imposante mosaïque à fond d'or, représentant Jésus-Christ et les vingt-quatre ' vieillards, qui a survécu aux âges et à l'incendie, et décore toujours le grand arc de l'abside.
A saint Hilaire, successeur de Léon le Grand, remonte l'origine de la bibliothèque pontificale, la plus ancienne des bibliothèques modernes. Chose remarquable ! dans ce bouleversement social qui semblait tout emporter avec lui, il se trouvait un homme d'avenir qui ne désespérait pas de la société, alors qu'elle désespérait d'elle-même, et qui lui conservait précieusement ses archives. Cet homme était un pontife qui
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ne séparait point la science, de la religion ; la fille, de la mère. Cette bibliothèque ou plutôt ces armoires de livres, pour parler le langage des annalistes, furent placées à Saint-Jean de Latran par saint Hilaire. Le même pape fit construire un monastère près de Saint- Laurent, avec des bains, ce qui nous prouve que les anciennes habitudes romaines ne s'étaient pas perdues encore.
Une particularité relative à l'église de Sainte-Agathe in Suburrd, c'est que cet ancien oratoire fut livré par Ricimer aux prêtres ariens, et embelli par lui pour lui servir de sépulture. Vers la fin du sixième siècle, il fut purifié et rendu au culte catholique par saint Grégoire le Grand. Ciampini parle d'une image de saint Pierre avec trois tonsures ou trois couronnes cléricales qu'on voyait autrefois dans cette église. On y vénère les reliques de saint Sébastien et de sainte Agathe.
La riche basilique de Saint-Pierre-ès-Liens fut fondée en 442, par l'impératrice Eudoxie, femme de Valentinien III, pour y conserver les chaînes dont fut attaché saint Pierre dans les prisons de Jérusalem et de Rome *. — « Or, pendant la nuit Pierre dormait, attaché de deux chaînes, entre deux soldats, et des gardes se tenaient à l'entrée de la prison, lorsque apparut tout à coup l'ange du Seigneur ; le cachot fut éclairé d'une brillante lumière, et l'ange, frappant le côté de Pierre, l'éveilla et lui dit : — Lève-toi promptement ; — et les chaînes tombèrent de ses mains *. »
1 La première lui avait été envoyée par sa mère Eudozie à son retour de Jérusalem; la seconde fut unie à la première par saint Léon le Grand.
* Acta Apost., XII, 6 et 7.
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C'est sur l'Esquilin, cette colline habitée jadis par Mécène, Horace, tous les voluptueux du siècle d'Auguste, près de la voie Suburra où se promenaient les courtisanes, au-dessus du vicus Sceleratus, qui vit Tuilie pousser ses chevaux épouvantés, consternâtes equos, sur le corps sanglant de son père, que s'élève le monument destiné à éterniser le souvenir des entraves apportées par les riches et les voluptueux du monde à la mission du prince des apôtres. L'église de Saint- Pierre-ès-Liens, reconstruite par Adrien I er , somptueusement décorée par Jules II, est aujourd'hui une des plus remarquables basiliques de Rome. Les colonnes de marbre blanc, qui en divisent les nefs, sont des colonnes antiques ; plusieurs tableaux du Guerchin en ornent les autels ; elle possède la Libération de saint Pierre du Dominiquin, et dans l'un des bras de la croix apparaît, grandiose, le Moïse de Michel-Ange.
A l'autre extrémité de l'Esquilin, le pape Simplicius consacra l'église qu'avait fait ériger une dame romaine nommée Olympie, sur le lieu de l'habitation et de la sépulture de sainte Bibiane. Bibiane fut martyrisée sous Julien l'Apostat. C'était une de ces pieuses jeunes filles, comme les Agathe, les Agnès, les Lucie, dont nulle séduction, nulle menace, nulle violence ne put ternir la pudeur; esprits divins qui n'apparaissaient à la terre que comme des anges de propitiation et de grâce, et dont il semble que tous les souvenirs venaient du ciel, où étaient déjà par avance toutes les pensées et toutes les espérances de leurs cœurs. Le corps de sainte Bibiane fut exposé aux chiens pendant deux jours sur le forum du Taureau, ou Forum boarium, dans le Vélabre. Il y demeura inviolable, et ayant été enlevé
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pendant la nuit par un prêtre nommé Jean, il fut enseveli près du palais de Licinius, au lieu où reposaient déjà sainte Demetria, sœur de Bibiane, et sainte Dafrose, sa mère, martyrisées en môme temps qu'elle *.
Les reliques de ces trois saintes sont renfermées dans une urne antique d'albâtre oriental sous le grand autel de l'église, et au-dessus de l'autel est la statue de sainte Bibiane par le Bernin, l'un des plus gracieux ouvrages de sculpture qui soient à Rome.
L'église de Sainte-Suzanne au mont Quirinal, celles de Saint-Etienne-le-Rond et des Quatre-Saints-Couronnés au mont Cœlius, remontent à la môme époque que sainte-Bibiane. Saint-Étienne-le-Rond , à qui sa forme a valu le surnom qu'il porte, fut érigé par le pape Simplicius. Plusieurs antiquaires l'ont pris pour un temple de Bacchus, ou de Faune; mais il est plus probable que ce fut de tout temps une église, dans la construction de laquelle on fit entrer des débris anciens. Restaurée par Nicolas V, qui ferma les entre - colonnements du premier péristyle, ce petit monument a maintenant ses murailles couvertes de fresques du Pomarancio et de Tempesta, où tous les détails des martyres des saints sont reproduits avec une hideuse vérité.
La partie du mont Cœlius où se trouve Saint-Étiennele-Rond était connue dans l'antiquité sous la dénomination de caput Africx, parce qu'il s'y trouvait une image de femme qui avait une trompe d'éléphant pour ornement de tôte. Le quartier de sainte Bibiane était Ad ursurn pikatum (à l'ours coiffé), appellation bizarre
* Voir la légende de cette sainte au Bréviaire romain, 2 décembre.
qu'il tenait d'une statue de cet animal. Les noms des grands hommes ne demeuraient guère attachés qu'aux monuments élevés par eux.
C'est en passant sous les grandes arches de l'aqueduc de Néron, comme sous des portes triomphales, qu'on va visiter Saint-Étienne-le-Rond, Sainte-Marie in Dominica, Sainte- Marie-Impératrice, ancienne église connue autrefois sous le nom de Saint -Grégoire in Marzio, et l'église non moins ancienne des Quatre- Saints-Couronnès. Les quatre saints, Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin, étaient frères et avaient mérité, tous les quatre, d'être rangés parmi les plus braves dans les armées romaines. Ayant refusé de sacrifier aux idoles, sous le règne de Dioclétien, on leur enfonça dans la tête des couronnes armées de pointes aiguës, puis on les frappa jusqu'à la mort avec des lanières garnies de balles de plomb. Leurs corps furent ensevelis sur la voie Labicane, à trois milles de Rome, dans un cimetière où avaient été rassemblés les restes de plusieurs autres saints qui avaient souffert durant la même persécution. Au nombre de ces martyrs se trouvaient, entre autres, cinq sculpteurs qu'on n'avait pu contraindre à fabriquer des idoles. Leurs noms étaient Claude, Nicostrate, Symphorien, Castorius et Simplicius. Après avoir souffert d'affreuses tortures, ils avaient été enfermés dans des caisses de plomb et jetés dans le Tibre. Les dépouilles de tous ces vaillants athlètes de la foi, soldats et artistes, furent transportées, vers la fin du cinquième siècle, dans une petite église construite pour les recevoir sur le mont Gœlius ; c'est celle qui existe encore sous le titre des Quatre-Saints-Cou-
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ronnés, Sanclorum quatuor Coronatorum Martyrum. Elle a été restaurée sous Pascal II.
Tel est le tableau des principales fondations qui furent faites à Rome dans le cinquième siècle et dont on est heureux de retrouver les vestiges au milieu des merveilles de Rome moderne. La plupart des églises que nous venons de mentionner sont à peine citées dans les itinéraires ; plusieurs d'entre elles sont rarement ouvertes, et c'est là cependant, dans ces lieux consacrés par la mort ou par l'habitation des saints, sous ces voûtes qui ont retenti des premiers cantiques des fidèles, que nous pouvons nous pénétrer de la vie sainte et fervente de ces premiers âges du Christianisme.
La succession des papes donnait alors rarement naissance à des contestations. C'étaient les évôques des villes voisines (finUimarum urbium) qui faisaient l'élection avec le clergé et les fidèles. Les votes se donnaient de vive voix, et le plus souvent le pontife était proclamé par acclamation. Mais à partir du règne de Constantin, les chefs de l'empire prétendirent exercer une certaine influence sur les nominations, sous prétexte de prévenir des collisions parmi le peuple. Cette prétention finit môme par être plus ou moins admise, chaque parti désirant s'appuyer sur l'autorité impériale. Ainsi, lorsqu'en 418 l'archidiacre Eulalius se fut fait élire dans la basilique de Latran, tandis que la plus grande partie du clergé et des fidèles appelait à l'épiscopat Boniface dans l'église de Saint-Marcel, ce fut à Honorius que les deux élus eurent recours pour prévenir un schisme. Quatre-vingts ans plus tard, Symmaque et Laurent ayant été promus simultané-
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ment, le premier à Saint-Jean-de-Latran, le second à Sainte-Marie-aux-Neiges, ils s'en remirent à la décision de Théodoric, bien que ce prince fût arien. Théodoric déclara que le bon droit était du côté de celui qui avait obtenu le plus grand nombre de suffrages, et ainsi fut reconnu Symmaque. Symmaque profita de cette circonstance pour assembler un concile dans la basilique de Saint-Pierre, afin de déterminer d'une manière positive les formes de l'élection pontificale.
« Je vous ai réunis, dit le pontife aux évêques, malgré les rigueurs de l'hiver, pour chercher les moyens les plus puissants de retrancher les brigues des clercs et les tumultes du peuple, comme on en a excité à mon ordination. Voyons donc ce que l'on doit observer touchant l'élection de l'évêque de Rome. » Tous les assistants s'écrièrent : « Jésus-Christ, exaucez-nous ; vive Symmaque ! »
On formula aussitôt des décrets qui punissaient sévèrement les brigues ; puis on ajouta : « Si le pape meurt subitement sans avoir pu pourvoir à l'élection de son successeur, celui-là sera consacré évêque qui aura le suffrage de tout le clergé ou du plus grand nombre. »
C'est là un des derniers actes de ce siècle, qui ne fut pas sans gloire pour le catholicisme, puisqu'il produisit saint Cyrille, saint Prosper, saint Hilaire d'Arles, saint Rémi, Ciovis, sainte Clotilde, et qu'il entendit les derniers accents des Pères de l'Eglise. Théodoric vint à Rome en l'an 500 ; saint Fulgence assistait à son entrée triomphale, et la pompe qui y fut déployée, l'aspect de toutes les grandeurs humaines dans ce qu'elles ont
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de plus enivrant et de plus sublime, lui inspirèrent, assure-t-il, un profond dégoût du monde.
Le roi des Goths séjourna peu de temps dans cette ancienne capitale de l'empire. Odoacre y avait passé, lui aussi, en 467 ; mais il était presque aussitôt retourné à Ravenne. On dirait que cette veuve des nations était trop majestueuse encore dans sa ruine pour ces chefs d'aventuriers, sans aïeux et sans souvenirs de gloire. Il leur fallait une capitale nouvelle comme eux; et Rome, abandonnée à elle-même, vit croître de jour en jour au milieu d'elle la puissance pontificale, seule puissance, au reste, qui convint désormais à sa grandeur déchue, parce qu'elle embrassait à la fois le passé et l'avenir.