TOME I
mômes se détruisent, les murailles tombent. Où sont ceux qui se réjouissaient de sa gloire? où est leur pompe et leur orgueil? Autrefois ses princes et ses chefs se répandaient dans les provinces pour les piller; les jeunes gens accouraient de tous côtés au milieu d'elle pour s'avancer dans le monde : maintenant qu'elle est déserte et ruinée, personne n'y vient plus chercher la. fortune; il n'y reste plus de puissants capables d'opprimer les autres. »
Le saint pontife ne s'expliquait une telle décadence que par l'approche de la fin des temps. Aussi la voix de sa douleur retentissait -elle sans cesse dans les églises de Rome comme celle de ces prophètes qui criaient autour des murs de Jérusalem : Malheur! malheur!... «Dieu a déjà terrassé la gloire du monde, s'écriait-il, et les ruines qui s'amoncellent nous annoncent le jour de sa sévérité et de sa justice (districti suijudicii diem propinquantem denuntiant). Méprisons donc de tout notre cœur ce monde, du moins quanti il périt K »
Saint Grégoire eut le bonheur de sauver Rome d'une nouvelle catastrophe, en obtenant d'Agilulfe, roi des Lombards, qu'il n'y entrerait pas. Agilulfe se convertit peu de temps après à la foi catholique que professait son épouse, la grande et noble Théodelinde. Ainsi l'influence chrétienne agissait sur les vainqueurs, et semait parmi eux des germes de civilisation, au moment où toute civilisation semblait étouffée pour jamais sous des ruines.
L'œuvre du catholicisme fut surtout, à cette époque, 1 Hora. XVffl, in Exechiel et Hom. V, in haï.
SIXIÈME SIÈCLE
une œuvre de conciliation et de fusion. Il ne s'attacha pas plus aux lambeaux de la pourpre romaine qu'au sayon de peau des Barbares, et, comme l'Apôtre, il ne vit ni Juif, ni Grec, ni homme libre, ni esclave, mais partout des frères en Jésus-Christ. Aussi est-ce à lui que revint naturellement le patronage de toutes les infortunes et le droit d'opposition à toutes les mesures violentes et iniques. Le respect et la confiance des peuples commençaient dès lors aussi à lui reconnaître une haute juridiction sociale sur un monde qu'il avait rendu à la vie, et cette juridiction s'accrut et se fortifia avec les siècles. Pendant huit cents ans, l'Europe n'a pas eu d'autre recours contre la tyrannie.
Mais remarquez, de plus, le progrès rapide du principe d'égalité chrétienne dans le monde par la seule action du catholicisme, et au moment même où l'univers entier semble soumis au régime de la force. Sous le paganisme, il était reconnu que Jupiter privait de la moitié de leur intelligence ceux qu'il destinait à l'esclavage : Homère l'avait dit. Non-seulement l'esclavage n'était pas considéré comme contraire à la loi primordiale de l'humanité, mais il était même, assurait-on, dans l'ordre de la nature : Aristote l'avait prouvé par des syllogismes sans réplique. Enfin, pour qu'aucun remords ne vînt troubler la conscience delà société, on avait déclaré que rien de bon ne pouvait loger dans l'âme d'un esclave, et les riches avaient applaudi ! Combien de peuples, combien de générations avaient passé depuis que ces maximes dégradantes étaient devenues des lois pour le monde ! Et voilà tout à coup que, cent ans après la naissance de Jésus-Christ, un préfet de Rome, Hermès, affranchit
douze cent cinquante esclaves le jour de sa conversion au catholicisme. Sous Dioclétien, un autre préfet de la grande ville, Ghromace, donne la liberté à quatorze cents esclaves qui allaient recevoir le baptême avec lui. Ceux qui deviennent les enfants de Dieu, s'écrie-t-il, ne doivent pas être les esclaves d'un homme. La même pensée, nous nous le rappelons, s'était déjà trouvée au fond du cœur des deux pieuses vierges Praxède et Pudentienne.Les païens sourient de pitié ; ils reprochent aux chrétiens d'admettre parmi eux des âmes abjectes et ignobles.— « N'y a-t-il donc point chez vous, demandent-ils, des riches, des pauvres, des esclaves et des maîtres ? — Non, répond Lactance ; et c'est parce que nous nous croyons tous égaux que nous nous appelons du nom de frères. S'il y a diversité dans les conditions, il n'y a point pour cela d'esclaves, et, religieusement, nous sommes tous serviteurs de Dieu *. »
Au cinquième siècle, saint Chrysostôme proclamait au milieu de Constantinople, au milieu de ces puissants auxquels les lois romaines donnaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves, que si l'esclave n'était pas traité convenablement par son maître, il ne pouvait être obligé à le servir *. Les violences des Vandales et des Lombards ne ûrent que hâter le progrès de ces idées de charité, qui apparurent dès lors comme l'unique sauvegarde de la société contre la barbarie ; et bientôt les vainqueurs se virent réduits à dissimuler, sous les formes plus douces de la servitude, le pouvoir qu'ils prétendaient s'arroger sur les vaincus.
1 Instit. divin., lib. I, chap. XVI.
3 Hora. XI, in Ep. I ad Corinthios.
SIXIÈME SIÈCLE
On ne peut s'étonner, en voyant cette puissance de la religion se développer constamment, que les grands de la terre, que les empereurs et les rois cherchassent à faire perdre à l'Eglise quelque chose de sa haute indépendance pour en faire l'auxiliaire de leur politique. Ainsi nous avons vu que, depuis Constantin, les successeurs des Césars s'attribuaient une certaine influence sur l'élection des pontifes romains. Cette influence ne fut d'abord qu'indirecte; mais sous Justinien elle devint patente, et prétendit même s'exercer comme un droit. Le pape fut alors nommé, après trois jours de jeûnes et de prières, par le clergé, les grands, le peuple et les soldats (clerus, optimates, populus et milites). Il en était ensuite référé à l'empereur pour obtenir son approbation. La cour de Constantinople pensa s'être ainsi rendue maîtresse du pouvoir pontifical, et elle voulut en disposer à son gré. On vit deux courtisanes, Théodora et Antonina, l'une épouse de l'empereur, l'autre du plus célèbre général de l'empire, essayer de vendre le pontificat au prix de l'or et au prix de la foi. Le pape Sylvère maintenait avec trop de fermeté, à leur avis, la pureté du dogme ca- . tholique, et elles ordonnèrent à Bélisaire de le déposer, sous prétexte d'intelligence avec les Goths. Bélisaire manda le pontife au palais, et là, le général et la courtisane flattent, menacent, demandent une adhésion écrite à la croyance des hérétiques ou bien une abdication. Le digne vieillard demeure inébranlable et se retire à Sainte-Sabine. Deux fois on l'invite à revenir au palais, deux fois il y retourne ; mais à la dernière, ceux qui l'accompagnaient ne purent entrer avec lui, et on ne le revit plus. Le lendemain Bélisaire
fit procéder à l'élection d'un nouveau pontife, et, malgré les hésitations d'un grand nombre de Romains, il parvint à faire élire le diacre Vigile, homme de confiance de Théodora.
Sylvère fut relégué d'abord à Patare, puis dans l'île de Palmaria, où il mourut de misère et de faim (20 juillet 538).
Quant à Bélisaire, il ne tarda pas à se repentir de son crime ; il chercha même à l'expier par l'édification d'une église qui fût à jamais l'expression de sa douleur. Cette église existe encore près de la fontaine de Trevi. Elle est connue sous le nom de Sainte-Marie in Fornicâ. Une vieille pierre y porte l'inscription suivante : « Le patrice Bélisaire, ami de la ville, a fondé cette église pour obtenir le pardon de sa faute, ob culpx veniam ; ô vous qui mettez le pied dans ce lieu saint, priez souvent Dieu pour qu'il ait pitié de lui. »
La mort de Sylvère put seule confirmer l'élection irrégulière de Vigile ; mais alors il arriva, par un de ces jugements de Dieu qui font tourner toute la prudence du sage contre lui-même, que Vigile devint le champion le plus inébranlable de l'orthodoxie. Il ne craignit même pas d'excommunier l'impératrice qui l'avait fait élire. Mais le sort de son prédécesseur devint alors le sien. — « Arrêtez-le partout, écrivait Théodora au gouverneur de Rome, soit dans la basilique de Latran, soit ailleurs, excepté dans Saint-Pierre. Amenez-le devant moi, ou, si vous ne le faites, je vous jure par le Dieu éternel que je vous ferai écorcher excoriari te faciam. » Vigile fut plusieurs années dans les chaînes à Constantinople et il ne faiblit pas.
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« Quoique vous me teniez captif, criait-il, vous ne tenez pas saint Pierre. »
C'est au pape Vigile qu'Arator, sous-diacre de l'Église romaine, fit hommage de son poème des Actes des Apôtres, composé en vers hexamètres et divisé en deux livres *. Il le lui présenta dans une réunion de la plus grande partie du clergé au presbytère, devant la Confession de saint Pierre; et toutes les personnes distinguées de Rome ayant demandé que l'ouvrage fût récité publiquement, le pape ordonna que lecture en fût faite dans la basilique de Saint-Pierre-ès-Liens. Arator lut lui-même son poème, et de telles acclamations l'accueillirent ; la foule, qui encombrait la basilique, redemanda tant de fois les mêmes passages, qu'il lui fallut quatre jours pour l'achever. Cette brillante solennité ne rappelle- t-elle pas Hérodote aux jeux olympiques ?
Sous le pontificat de Péiage II, en 589, Rome fut ravagée par une inondation du Tibre, et, lorsque les eaux se retirèrent , elles laissèrent dans les rues et dans les maisons des miasmes infects qui occasionnèrent la peste. Cette peste fut affreuse; on mourait en éternuant, en bâillant, et le pape fut emporté par la contagion. « La mort n'attend pas la maladie, s'é-
1 Arator était uq des hommes les plus distingués du sixième siècle. Théodoric lui confia plusieurs importantes missions, et Atbalaric le nomma comte des domestiques. Dans la lettre que Cassiodore lui écrivit pour lui annoncer cette dernière faveur, il s'applaudissait de ce que la Ligurie avait, elle aussi, son Cicéron Arator renonça au monde, entra dans le clergé et consacra dès lors ses talents à la religion. Son poème des Actes des Apôtres se trouve dans la collection des poètes latins ecclésiastiques, édition de Fabricius.
BOME CHRÉTIENNE
criait saint Grégoire, elle enlève le pécheur avant qu'il songe à faire pénitence ; ce n'est pas une partie des habitants qui périt, tout tombe à la fois, les maisons demeurent vides ! »
Grégoire, qui était alors secrétaire de Pélage, avait réuni le peuple dans l'église de Sainte-Sabine ; il lui propose, pour le lendemain, jour de la Résurrection, une procession solennelle qui devra se rendre à Sainte-Marie-Majeure, en sept bandes parties de sept églises différentes. Delà lui est venu le nom de litanie septiforme. «La litanie des clercs, dit Grégoire, sortira de l'église du bienheureux Jean-Baptiste (le baptistère du Latran) ; celle des hommes, de l'église du bienheureux martyr Marcel ; celle des moines, de l'église des martyrs Jean et Paul ; celle des servantes de Dieu, de l'église des bienheureux martyrs Cosme et Damien ; celle des femmes mariées, de l'église du bienheureux premier martyr Saint-Étienne ; celle des veuves, de l'église du bienheureux martyr Vital ; et enfin la litanie des pauvres et des enfants, de l'église de la bienheureuse martyre Cécile *. »
1 Grégoire de Tours indique un autre ordre toujours d'après un discours de saint Grégoire, ce qui fait supposer à Baronius qu'il y eut plus d'une litanie septiforme. Voici l'ordre donné par Grégoire de Tours. Le haut clergé à Sainte-Cosme-et-Damien, avec les prêtres de la sixième région; les moines à Saints-Gervais-et-Protais, avec les prêtres de la quatrième région; les religieuses a Saints-Marcellinet-Pierre, avec les prêtres de la première région; les enfante à Saints-Jean-et-Paul, avec les prêtres de la deuxième région; les veuves à Sainte-Euphémie, avec les prêtres de la cinquième région; les laïques à Saint-Étienne, avec les prêtres de la septième région ; et les femmes mariée» à Saint-Clément, avec les prêtres de la troisième.
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Chaque litanie se mit en marche dans Tordre réglé ; mais la maladie sévissait si cruellement, qu'avant d'arriver à Sainte-Marie-Majeure, quatre-vingts personnes tombèrent mortes dans les rangs de la procession.
Cette procession a été renouvelée tous les ans depuis cette époque sous le nom de grande litanie, mais sans être divisée en différentes bandes comme dans ces jours de douleur où la population entière voulait s'unir aux prières publiques. Vers la fin du septième siècle, la grande litanie fut fixée au 25 avril, jour auquel on la célèbre encore.
Cependant Grégoire lut élu pour succéder à Pélage ; mais cet humble chrétien, une fois le danger passé, ne recherche plus que l'obscurité et refuse le titre qu'on lui impose. D'abord il supplie l'empereur Maurice de ne pas confirmer l'élection; puis, lorsque l'empereur l'a confirmée, il se déguise, se cache, se fait emporter de Rome parmi des ballots, et va chercher la paix et la solitude au milieu des bois. Cependant, à Rome, tout le peuple priait et jeûnait pour obtenir de Dieu qu'il lui rendît son évêque. Ces prières furent exaucées ; on découvrit la retraite de Grégoire, et il fut consacré solennellement le 3 septembre 590.
Grégoire appartenait à l'illustre famille des Gordiens. Il était né à Rome sur ce versant du Cœlius qui fait face au Palatin, et qui était connu dans l'antiquité sous la désignation de clivus Scauri, Il avait pour mère sainte Sylvie, pour tantes sainte Trasile et sainte Émilienne, et comptait parmi ses aïeux le pape saint Félix IV. Dans sa jeunesse il suivit la carrière
des emplois civils et fut nommé préfet de Rome en 573; mais, dégoûté bientôt des grandeurs, il renonça au monde , transforma sa maison paternelle en un monastère sous l'invocation de saint André, et y vécut avec quelques religieux sous la discipline La plus sévère. Benoît I er le nomma un des sept diacres de Rome. Envoyé en ambassade à Constantinople, il s'y fit remarquer par une dignité et une sainte indépendance qui depuis furent toujours les qualités distinctives de son caractère. Son pontificat est un de ceux qui ont le plus marqué dans l'histoire de l'Eglise. Réformer les mœurs des clercs et leur donner l'exemple de la mortification et de la frugalité ; convertir les juifs etles hérétiques par la persuasion et la douceur; répandre au loin la foi par la mission de nouveaux apôtres ; soutenir l'intégrité du dogme catholique et l'autorité du Saint-Siège avec autant de fermeté qu'il y avait de bénignité et de familiarité touchante dans ses habitudes ; parler à son peuple, lui parler toujours, en faire comme le confident de ses joies et de ses peines, tels furent les sentiments et les actes qui ont rendu illustre devant les hommes et saint devant Dieu, Grégoire le Grand.
C'est lui qui, au moment où les patriarches de Constantinople s'arrogeaient le titre à'évêque universel, n'eu voulait d'autre que celui de serviteur des serviteurs de Dieu, titre sublime, qui est devenu la plus belle qualification de ses successeurs. C'est lui qui a donné à la liturgie de l'Eglise romaine cette grandeur et cette majesté dans le chant et dans les offices qui nous impressionnent si profondément '. On lui a re-
1 < Je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique entonné
SIXIÈME SIÈCLE
proché d'avoir livré aux flammes la bibliothèque palatine fondée par Auguste. Quoi qu'il en soit de ce fait dont la révélation n'apparaît dans l'histoire que plus de cinq cents ans après sa mort *, je ne sais si l'incendie de quelques exemplaires d'Anacréon et d'Horace, si la destruction de quelques statues, telles que l'Antinous, peut-être, ou la Vénus Callipyge, suffiraient pour mériter le nom de vandale au civilisateur de l'Angleterre et de la Sardaigne, à l'éloquent orateur qui prêcha la vertu pendant quinze ans avec une onction divine, au médiateur dévoué qui sauva Rome du pillage dont elle était menacée pour la septième ou huitième fois.
Dès cette époque, c'est-à-dire dès le VI e siècle, le
par les prêtres et répondu affectueusement par une infinité de voir d'hommes, de femmes, de jeunes filles et d'enfants, sans que mes entrailles ne s'en soient émues, n'en aient tressailli, et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. » (Diderot, Estai sur la peinture.)
1 C'est Jean de Salisbury, évéque de Chartres dans la seconde moitié du douzième siècle, qui en a parlé pour la première fois dans son Polycrattcus. Or, saint Grégoire était mort en 604. Ainsi, pendant plus de cinq siècles, on avait ignoré un événement de cette importance, qui aurait dû cependant causer d'autant plus de bruit à Rome, que le pape aurait alors empiété sur les droits des empereurs à qui appartenaient la souveraineté de la ville et la propriété de ses monuments. Le même Jean de Salisbury raconte que saint Grégoire éteignit par l'abondance de ses larmes les flammes qui brûlaient Trajan en enfer, et que la grâce de ce prince lui fut accordée à la condition que ce serait le dernier païen pour lequel il aurait la présomption de prier (ea tamen conditione ne ulterius pro aliquo infideli Deum sollicitare prasumeret. Polycr., 1. v. e. VIII). Cette anecdote curieuse prouve quelle foi on peut ajouter aux récits du bon évèque.
pontificat suprême assumait à peu près toutes les charges de la royauté, et Grégoire, malgré les infirmités qui firent de sa vie un long martyre, ne s'occupait pas moins de la défense de l'Italie que du salut du monde. « Les infortunes de Rome, a dit Gibbon, nécessitaient la main du Pasteur apostolique dans toutes les négociations de la paix ou<ie la guerre ; il envoyait des gouverneurs aux villes et aux bourgades, donnait des ordres aux généraux, soulageait la misère commune, traitait avec l'ennemi de la rançon des prisonniers. Quoi de surprenant alors que, remplissant à la fois ces fonctions et celles de Vicaire du Christ, les dignités de prince et de pontife aient paru se confondre en sa personne ! »
La maison paternelle de saint Grégoire est occupée aujourd'hui par les Camaldules, et le monastère qu'il y avait fondé sous l'invocation de saint André est devenu la célèbre abbaye de San-Gregorio-Magno. On y voit encore la petite chapelle de Saint- André où Grégoire récitait ses homélies, la chambre où il couchait, la table de marbre où il recevait tous les jours douze pauvres pèlerins à dîner, et à laquelle un ange vint un jour prendre place. L'un des plus anciens prieurs de ce monastère fut saint Augustin, apôtre des Bretons, et l'un des derniers l'humble cardinal Gapellari, régnant naguère sous le nom de Grégoire XVI.
L'église de San-Gregorio-Magno, construite peu de temps après la mort de son saint patron, a été restaurée et renouvelée à plusieurs époques. Michel- Ange, le Guide, le Dominiquin, Annibal Carrache, Carie Maratte, l'ont embellie de leurs œuvres. C'est un des lieux les plus fréquentés de Rome moderne
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par les pèlerins et les artistes, et de nul autre point la vue des ruines de Rome antique n'est plus belle.
Lorsque saint Grégoire transforma en couvent la demeure paternelle, sainte Sylvie se retira non loin, dans un lieu nommé Celle-Neuve, qui est occupé aujourd'hui par l'antique église de Saint-Sabas.
Le souvenir de saint Grégoire le Grand est attaché à un grand nombre de monuments de Rome. Ainsi, nous savons qu'il tint plusieurs conciles devant la Confession de Saint-Pierre, et qu'il y prononça onze de ses homélies. Il en prononça trois à Sainte-Marie-Majeure, et se fit pareillement entendre à Saint-Laurent, Saint-Clément, Saint-Étienne-le-Rond, Sainte-Sabine, aux Saints-Nérée-et-Achillée, et surtout au Latran, qu'il habitait. On voit encore dans l'abside des Saints- Nérée-et-Achillée la chaire de marbre qui servit à saint Grégoire. Sur le dossier a été gravée en partie sa vingt-huitième homélie, qui fut prononcée près de la tombe des deux saints. La plupart des églises où se faisaient alors les stations durent au reste entendre sa voix, car les discours qui nous restent de lui embrassent toutes les époques de l'année.
Il conviendrait ici de parler de la liturgie romaine, telle qu'elle a été fixée par ce saint pontife ; mais jetons auparavant un coup d'oeil sur les principales fondations du sixième siècle et sur celles dont l'origine incertaine est du moins antérieure à saint Grégoire.
Le pape saint Symmaque fit édifier, au-dessus de l'église de Saint-Martin, cette ancienne et vénérable cathédrale de Saint-Sylvestre, une nouvelle église plus vaste qu'il dédia à la fois au grand thaumaturge des Gaules et au puissant auxiliaire de Constantin. La
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plupart des pèlerins avaient coutume de monter à genoux les trente-cinq degrés du perron de Saint- Pierre; afin de leur rendre cet acte de piété facile, même par la pluie, Symmaque fit construire deux escaliers couverts, à droite et à gauche. De chaque côté du portique s'élevèrent en même temps par ses ordres deux demeures épiscopales, episcopia ; de nouveaux sanctuaires furent créés autour de la basilique Vaticane, Saint-André entre autres et Saint-Jean- Baptiste in fonte, qui furent comblés de richesses. Saint-Paul-hors-des-Murs et Saint-Pancrace se ressentirent également de la générosité du pontife ; il adjoignit à Saint-Paul un couvent de femmes, matroneum, et fit reconstruire de fond en comble Saint-Pancrace. Anastase nous apprend enfin que Symmaque établit des fontaines et même des bains dans les cours qui précédaient plusieurs églises. La fontaine de Y Atrium de Saint-Pierre datait notamment de son pontificat. Anastase cite du moins une vaste cuve, cantharum, et divers ornements, tels que des croix et des palmes qu'il y fit placer. Cette fontaine célèbre était formée par l'antique pomme de pin de bronze que l'on voit aujourd'hui dans le jardin du Belvédère, et que Dante compare à la tête d'un géant *. L'eau jaillissait du sommet et retombait en petites cascades ; au-dessus s'élevait un pavillon orné de feuilles de palmier et de croix dorées, et soutenu par huit colonnes de porphyre. Du haut de ce pavillon, des dauphins
1 La faccia sua mi parea luoga e gros*a
Comè la pina di San-Pietro a Roma.
(C. XXXI, y. 58.)
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et des paons au plumage d'or jetaient l'eau dans le vaste bassin de Saint-Symmaque; \eLabarwn de Constantin couronnait l'édifice.
Parmi les dons nombreux que Symmaque fit aux églises de Rome, il est surtout question de ciboria ou de baldaquins richement sculptés ; l'un d'eux représentait le Sauveur et les douze apôtres.
Sous le pontificat d'Hormisdas , Théodoric offrit à l'église de Saint-Pierre deux chandeliers d'argent du poids de soixante-dix livres. Félix III érigea l'église des Saints-Cosme-et-Damien sur la voie Sacrée, près du temple de Vènxis et Rome, et employa comme vestibule l'abside du temple de Romulus et Rémus. Cette petite église a successivement été restaurée par saint Grégoire, par Adrien I er et par Urbain VIII. On y remarque une curieuse mosaïque des premiers artistes chrétiens et une porte de bronze qui est antique. C'est à Saints-Cosme-et-Damien qu'a été découvert le plan de Rome qui est aujourd'hui au Capitole.
« Tout porte à Rome l'empreinte de la domination et de la durée ; j'ai vu la carte de la ville éternelle tracée sur des rochers de marbre au Capitole, afin que son image même ne pût s'effacer l . »
Pélage I er commença une église sous l'invocation des saints Jacques et Philippe, laquelle fut achevée par son successeur Jean III. Cette église était ornée de peintures et de mosaïques. Pélage II remit à neuf l'église de Saint-Laurent hors des murs, qui tombait en ruine. L'arc triomphal de la basilique fut alors orné, sur sa façade orientale, d'une mosaïque dont on ne
• Chateaubriand, Martyrs
voit plus que des vestiges. Elle représentait Notre- Seigneur assis sur un globe et faisant le geste de la bénédiction : à sa droite étaient saint Pierre, saint Laurent et Pélage II ; à sa gauche, saint Paul, saint Etienne et saint Hippolyte. Au-dessus on aperçoit encore Bethléem, et de l'autre côté était, sans aucun doute, Jérusalem, çomme à Sainte-Marie-Majeure.
Près de Saint-Laurent existait alors un hospice pour les pauvres et les pèlerins, fondé par saint Symmaque. Des établissements charitables de ce genre étaient attachés à la plupart des basiliques.
Sous le pontificat de Pélage II, en 580, le mont Cassin fut ruiné par les Lombards. Les religieux vinrent alors dans leur détresse chercher un asile à Rome, ne portant avec eux qu'un petit nombre de livres avec l'autographe de la règle de la main de saint Benoit, le poids du pain et la mesure du vin. Pélage leur permit de bâtir un monastère près de Saint-Jean de Latran, et l'ordre des Bénédictins s'y établit pour tout le temps de son exil : cet exil dura cent cinquante ans.
Saint Grégoire ne construisit peut-être pas d'églises nouvelles ; mais il restaura et entretint avec soin celles qui existaient, notamment Sainte-Cécile trans Tiberim et Sainte-Agathe in Suburrâ, qu'il consacra de nouveau ; il fit même orner de peintures et de mosaïques Sainte-Agathe. Suivant Anastase, il donna à la basilique de Saint-Pierre un baldaquin d'argent soutenu par des colonnes; et nous rappelle, rons que le nom de Porte d'Argent {Porta Argenlea) sous lequel est connue dans l'histoire la principale porte de la basilique, lui est dû en partie; car il
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fut le premier à l'orner de lames ou de bas-reliefs de ce métal.
Saint Grégoire raconte que, de son temps, on voyait, dans le vestibule de l'église de Saint-Clément, un pauvre paralytique, priant et mendiant, sans que jamais une plainte sortît de sa bouche, malgré les vives douleurs qu'il endurait. Chaque fidèle lui donnait; et le paralytique distribuait, à son tour, aux malheureux, ce qu'il avait reçu de la compassion publique. Lorsqu'il mourut, son corps fut placé près de saint Clément, pape, et de saint Ignace, évêque d'Antioche, et son nom fut inscrit au martyrologe. On le vénère dans l'Église sous le nom de saint Servol
Vers la même époque, trois vertueuses femmes, Romule, Redemte et Hérondine, vivaient retirées près de Sainte-Marie-Majeure. Hérondine avait passé une partie de sa vie dans la solitude sur les montagnes de Préneste. Ces femmes s'occupaient de prières et de bonnes œuvres, Romule demeura pendant de longues années privée de mouvement, et sa résignation aux volontés de Dieu était sans égale. Ces pauvres filles, ignorées du monde, sont comptées aujourd'hui parmi les saints*. Sublime prédication d'égalité religieuse! Quelle action puissante ne devait pas avoir sur la société une religion qui accordait à la vertu modeste ce que les hommes n'accordent presque jamais qu'à l'éclat et au pouvoir, et qui rendait à saint Servol et à sainte Romule les mêmes honneurs qu'à saint Augustin et à saint Grégoire !
1 Sa fête tombe le 23 décembre.
5 Leur fêle tombe le «3 juillet.
l-UMB I
Parmi les monuments du sixième siècle, nous ne pouvons oublier, en terminant, Saint-Césaire in Palalio, mentionné par saint Grégoire. Cette église doit la désignation qui accompagne son vocable au voisinage des thermes ou palais de Caracalla ; on y remarque de riches colonnes de brocatelle, débris précieux de quelque monument païen. Près de Saint-Césaire était autrefois le célèbre temple de Mars extra muros, qui était orné de cent colonnes, et la pierre coulante, lapis manalis, placée hors des murs, mais qu'on apportait solennellement dans la ville pour obtenir de la pluie.
Saint-Adrien in campo Vaccino était compté, dès l'année 600, parmi les anciennes diaconies de Rome. Le grand mur de briques qui lui sert de façade est antique ; il était recouvert de stucs, et appartenait vraisemblablement à la basilique Emilienne. La belle porte de bronze qu'on admire à Saint-Jean de Latran ornait autrefois Saint-Adrien.
Saint-Georges in Velabro, près de l'arc de Janus, était une des églises où se faisaient les stations sous Grégoire le Grand.
Nous remarquons également, parmi les églises stationnâtes, Saint-Nicolas in Cqrcere ; la station y avait lieu le cinquième samedi de carême. Cette église devait son surnom soit à une ancienne prison pour dettes, dont elle occupait, dit-on, la place, soit au voisinage de la célèbre prison des décemvirs, dont la république avait fait un temple de la Pitié. Tout le monde connaît le récit de Pline : « Une pauvre jeune femme du peuple, et par conséquent ignoble, dit-il (et ideo ignobilis), avait obtenu l'autorisation de voir sa mère condamnée à mourir de faim dans cette prison. Le geôlier veillait
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avec grand soin à ce qu'elle n'apportât aucune nourriture ; mais un jour il la surprit nourrissant sa mère de son lait, et cette merveille fut cause qu'on accorda le salut de la mère à la piété de la fille. La nourriture leur fut de plus assurée à toutes les deux pour leur vie, et un temple fut cansacré à la Piété sur l'emplacement même de la prison, au lieu qu'occupe aujourd'hui le théâtre de Marcellus. »
Le nom de saint Nicolas, le patron, le libérateur des prisonniers, ainsi que l'appelle saint Jean Damascène, ne se lie-t-il pas admirablement à ce souvenir ? Les affinités de ce genre se rencontrent à chaque pas à Rome. C'est ainsi, par exemple, qu'au pied du Palatin, en face du prétendu lac où s'engloutit Curtius pour sauver Rome, la piété des vieux âges édifia une petite église au sauveur du monde, sous le titre de Saint-Sauveur in lacu. Cette église fut appelée dans la suite Sainte-Marie Libératrice de V Enfer \ Ouel rapprochement ! Curtius et les deux grandes victimes de la croix ! Le gouffre du Forum et le gouflre de l'enfer !
Les églises étaient distinguées à Rome par les qualifications diverses de Patriarcats, de Basiliques, de Titres, de Diaconies et à' Oratoires.
Les églises patriarcales dépendaient plus spécialement du pape; c'étaient comme les cathédrales du monde entier, et les pontifes dataient toujours d'une de ces églises leurs bulles et leurs décrétâtes. Saint- Jean de Latran, qui est surtout connu dans l'histoire sous le titre de basilique du Sauveur, était la première
1 Voici l'invocation de cette église |: sancta Maria, libéra nos a pamis inferni et libéra nos a peste.
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des églises patriarcales ; puis venaient Saint-Pierre du Vatican, Sainte-Marie Majeure, Saint-Paul sur la voie d'Ostie, et Saint-Laurent hors des murs. C'était comme la réunion des quatre patriarcats de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, sous la suprématie du grand et universel patriarcat de Rome.
Les basiliques sont aujourd'hui au nombre de treize, comme les apôtres après l'accession de saint Matthias et de saint Paul. A leur tète figurent les sept grandes basiliques Romaines, but obligé de tout pèlerinage. Ces basiliques sont d'abord les cinq églises patriarcales et, avec elles, Sainte-Croix-en-/éru$aJem et Saint-Sébastien-aux- Catacombes.
Les églises titulaires ou cardinalices étaient les paroisses de la ville : il y en avait trente dès le temps du pape Symmaque.
Quant aux diaconies, on entendait par là des hôpitaux ou des dispensaires, gouvernés par un diacre et toujours attachés à une église. Il y eut d'abord sept diacres régionnaires ; saint Grégoire le Grand en porta le nombre à quatorze, et, plus tard, Grégoire III à dix-huit. Les plus anciennes diaconies de Rome sont : Saint-Marie in Dominicâ, Sainte-Marie in Cosmedin, Saints-Cosme-et-Damien , Saint-Pierre in Montorio, Sainte-Marie in Aquiro, Sainte-Agathe in Suburrà, et Saint-Adrien. Sainte-Marie in Dominicd était et est encore la première des diaconies, en souvenir du grand archidiacre saint Laurent, qui y distribuait des secours auxpauvres, dans la maison de sainte Cyriaque.
Les oratoires ne pouvaient avoir ni office public ni prêtre desservant. Il y en avait dans tous les cimetières, et quelquefois chez les particuliers. La messe
SIXIÈME SIÈCLE
n'y était célébrée qu'avec une permission spéciale de l'évêque.
Quant à Tordre des solennités de l'Église romaine, il avait été fixé d'abord par saint Gélase, et il le fut en dernier lieu par saint Grégoire. Les chrétiens avaient conservé les désignations païennes des jours de la semaine, sauf celle du dimanche et peut-être celle du samedi. Ils avaient également conservé la division des jours en fêtes et fériés, mais avec une signification différente de celle que ces expressions avaient dans l'antiquité. « Tous nos jours, même les plus ordinaires, sont consacrés, » disait Tertullien, Nobis omnis dies etiam vulgata consecratione celebratur \ La consécration du dimanche se distinguait de toutes les autres, par l'assistance au sacrifice et l'abstention de tout travail, de tout jeûne et de toute génuflexion. « Nous estimons malséant, disait Tertullien, de jeûner et de prier Dieu à genoux le dimanche *; » et saint Pierre d'Alexandrie en donnait la raison : « Parce que c'est un jour de réjouissance pour nous 8 . » Les jeûnes et les génuflexions étaient également supprimés pendant le temps pascal, ainsi que nous l'apprenons par le concile de Nicée *.
Chaque dimanche, à Rome, le pape envoyait par des acolytes, à tous les prêtres-cardinaux de la ville, le ferment, qui était une partie de l'Eucharistie, afin qu'ils le joignissent en signe d'union au sacrifice qu'ils
1 De Jejun., 14.
5 De Corond.
s Ep, canon.
* Can. 20.
allaient offrir. Le mercredi et le vendredi; les fidèles jeûnaient jusqu'à l'heure de none; c'était, en effet, un mercredi que les Juifs tinrent conseil pour se saisir adroitement de Jésus et le faire mourir, et c'était un vendredi que le Fils de l'homme avait porté la croix pour le salut du monde. Enfin il était peu de jours qui ne fussent marqués par une station dans quelque église. 1 L'origine des stations remontait aux premiers temps de l'ère chrétienne. Le nom en avait été pris au langage militaire ; c'était comme une station sous les armes qui se faisait dans les cimetières, aux jours de fêtes des martyrs ; plus tard, elles eurent lieu dans certaines églises qui prirent le nom de stationnâtes. il y avait également des croix stationnâtes; c'étaient celles de Saint-Jean, de Saint-Pierre, de Sainte-Marie- Majeure, qui seules pouvaient précéder les fidèles se rendant à la station. Le lieu de réunion était une église désignée à l'avance par l'archidiacre : on commençait par y chanter des psaumes ; c'était ce qu'on appelait la collecte ; puis on se mettait en marche au chant du Kyrie eleison. Le célébrant, qui était souvent le pape, s'avançait pieds nus. Arrivé à l'église stationnale, il prononçait une homélie, offrait le saint sacrifice et distribuait la communion au peuple. Saint Grégoire le Grand manquait rarement de se trouver aux stations et il leur donna leur organisation définitive. La station du mercredi des Gendres avait lieu à Sainte-
1 Les stations tombèrent en désuétude pendant la demeure des papes à Avignon, et elles n'ont pas été rétablies. Les anciennes églises stationnale» sont néanmoins, aujourd'hui encore, l'objet de pieux pèlerinages, au jour antique de la station.
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Sabine ; celles du Dimanche de la passion, à Saint- Pierre ; du dimanche des Rameaux, à Saint-Jean de Latran ; du mardi saint, à Saint-Paul hors des murs ; du vendredi saint, à Sainte-Croix-en-Jémsatem ; celle de la messe des pasteurs du jour de Noël, à Sainte- Anastasie.
Les cérémonies de la messe différaient peu de ce qu'elles sont aujourd'hui. Après le Gloria in exceUis, qui ne se chantait qu'aux messes épiscopales, et que les simples prêtres ne pouvaient chanter qu'à Pâques, l'officiant allait recueillir les offrandes des assistants ; d'abord celles des hommes, qui se tenaient au nord, puis celles des femmes, qui se tenaient au midi \ Ces offrandes étaient des pains en forme de couronne pour la communion.
Saint Grégoire rédigea un Sacramentaire et un Antiphonaire, afin que les offices fussent tous parfaitement déterminés; et, désirant accroître la majesté du culte, il institua une école de chantres à laquelle il donna deux maisons, l'une près de Saint-Pierre, l'autre près de Saint Jean de Latran. Lui-même présidait aux leçons, armé, dit-on, d'une férule que Ton conserva longtemps à Saint-Jean de Latran, avec le célèbre Antiphonaire écrit de sa main. Aujourd'hui, après douze cents ans, c'est encore le chant de saint Grégoire que nous admirons dans nos églises
Lorsqu'un nouveau pontife prenait possession de la chaire de saint Pierre, il envoyait par des diacres
1 Je ne connais que l'église de Saint-Ambroise, à Milan, où cette disposition existe encore. Les hommes et les femmes y sont séparés par des rideaux
des lettres de communion à tous les évêques ; et les évêques, de leur côté, maintenaient cette communion par les actes de leurs synodes, parleur recours à Rome dans toutes les difficultés de leur ministère, et par les fréquents pèlerinages qui se faisaient au centre de la chrétienté. Au cinquième siècle, et pour ne parler que de la France, nous voyons saint Victrice de Rouen, saint Germain d'Auxerre, saint Hilaire d'Arles, saint Prosper, venir baiser les marches des basiliques des apôtres, apostolorum et martyrum ut cxoscularentur limina. Au sixième siècle, saint Césaire d'Arles reçut le pallium des mains du pape Symmaque, et saint Grégoire de Tours fut gratifié d'une chaîne d'or par Grégoire le Grand, au moment où il venait apporter, lui aussi, les vœux de son Église à la Confession de saint Pierre. Alors les envoyés de toutes les parties du monde conféraient avec le chef suprême sur les besoins des Espagnes ou des Gaules, de la Grèce ou de la Palestine. L'unité demeurait ainsi inébranlable, et elle s'établissait de plus en plus dans la liturgie et dans la discipline. Partout les conciles provinciaux, seules assemblées législatives de l'époque, proclamaient les mêmes lois civiles, les mêmes principes d'ordre, à Alexandrie comme à Carthage, à Orléans comme à Tolède ; et, venant d'en haut, le mouvement civilisateur agissait de front sur tout le monde connu.